Maison de Naissance de Namur - L'Arche de Noé | Témoignages des parents
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Témoignages des parents

Tant d’histoires s’entremêlent dans notre petite Arche…

Merci de nous partager un morceau de la vôtre! 

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  • Très vite j’ai su que j’étais enceinte. Gros coup de fatigue, premières nausées, vomissements bref 10 jours de folie. J’accueille ces nouveaux symptômes pour moi et ceux ci disparaissent rapidement. C...

  • Je dois dire que je ne regrette en aucun cas mon choix d’accoucher à la Maison de la Naissance. Je suis arrivée en septembre et depuis le début je me suis sentie bien accompagnée. J’avais les réponses...

Une naissance heureuse

C’était un week-end d’hiver entre soeurs, Ju était en Suisse quelques jours pour son boulot. Ce matin-là, je décide de faire un test de grossesse, même si je sais que c’est un peu tôt. Depuis quelques jours, je n’ose y croire totalement mais je sens qu’il se passe quelque chose. Un tourbillon hormonal assez unique. Enfermée dans les toilettes avec le test sous les yeux, je vois la fameuse deuxième petite barrette bleue apparaître timidement. Elle est pâle, mais je la vois. Je reste un instant à la regarder, figée.  » Non, Adèle, tu déconnes, regarde mieux « . Je vérifie le mode d’emploi. Ma respiration s’accélère, et je ne peux m’empêcher de prévenir ma petite soeur.  » Viiiic ! Je crois que je suis enceinte ! « . Avant de m’emballer et de téléphoner à Ju, je décide d’aller faire une prise de sang. Mon taux d’HCG confirmera la nouvelle le lendemain matin. Hé ben ça, c’est un putain de cadeau d’anniversaire ! (j’avais eu 28 ans la veille). J’appelle Ju :  » Minooou ? Tu sais quoi ? On va avoir un béééébéééé ! « . J’oscille entre un sentiment de bonheur ultime mêlé à une sorte de vertige quasi abyssal. Une aventure de malade va commencer, j’ai l’impression de ne plus toucher le sol, j’ai du mal à y croire mais je ne suis déjà plus la même. Je me sens habitée et je n’arrête pas de penser à cette petite chose qui grandit en moi.

Bordel de merde, je suis enceinte !

Le terme est prévu pour le 10 octobre. De quoi profiter d’un bel été pour faire le plein de bons fruits et de légumes frais, de finir les travaux et de nous installer dans notre nouveau chez nous. Et puis l’idée de pouponner à l’entrée de l’hiver me réjouit. Je ne suis décidément pas une fille du soleil. Les premiers mois, un festival de symptômes m’assaillent en quasi permanence. Mais j’ai l’impression que le temps passe vite malgré tout. Les semaines filent à toute allure. Je fais des photos de mon ventre qui s’arrondit, je prends plaisir à inscrire dans un petit carnet ce que je ressens au fil des jours… J’adore être enceinte. J’apprends à apprécier mon corps, à me faire confiance, je me sens changer. J’aime le regard bienveillant que l’on pose sur moi, le fait de me sentir appartenir à cette minorité si unique des femmes enceintes. Les choses qui m’entourent prennent une autre importance, mon regard sur la vie, sur moi-même change, mais surtout – et peut-être pour la première fois de mon existence – je me sens exactement à ma place, exactement là où je devrais être. Comme si tout d’un coup, tout avait du sens. Je n’ai plus peur de rien.

Ces neuf mois sont rythmés par des consultations régulières avec un binôme de sage-femmes adorables : Maud & Evelyne, à la maison de naissance de Namur : L’Arche de Noé. La question du lieu du suivi de grossesse et de l’accouchement ne s’est pas posée très longuement. Je souhaitais – si toutefois bien sûr ma grossesse se déroulait sans encombre et dans les conditions exigées par la Maison de naissance – un accouchement naturel, physiologique, avec un accompagnement plus humain. Un accouchement  » comme à la maison  » mais avec un encadrement adapté. Je voulais un maximum éviter d’être dépossédée de mon rôle, d’être prise en otage par une surmédicalisation trop souvent injustifiée. Pour moi l’évidence me parait claire qu’une sage-femme a toutes les compétences pour accompagner une grossesse et un accouchement qui ne présentent aucun risque, et que le rôle des gynécologues et obstétriciens est de prendre en charge les complications et autres pathologies. Chacun son métier. L’un et l’autre se devant toutefois d’être complémentaires, dans l’intérêt de tous. Paradoxalement, les trois échographies obligatoires que j’ai passées en milieu hospitalier et qui étaient sensées me rassurer m’ont fait imaginer tout un tas d’anomalies mortifères potentielles. Même si c’était merveilleux de voir et d’entendre mon bébé, je ne pouvais m’empêcher de ressentir l’ambiance anxiogène des examens médicaux et de penser à tout ce qui pourrait ne pas aller…

La première visite à L’Arche de Noé m’a d’emblée convaincue. J’ai tout de suite su que c’était là que je voulais mettre au monde mon bébé. Je m’y sentais un peu comme chez moi. Le vieux carrelage d’époque, les petits fauteuils en osier, les murs imprégnés de souvenirs de naissances heureuses, les poules qui picorent dans le jardin, le grand tilleul protecteur qui surplombe la maison, la chaleur naturelle qui s’en dégage, la bienveillance de Maud qui nous a accueillis… un cocon quasi familial, bien loin donc de l’ambiance froide, impersonnelle et aseptisée des maternités classiques. Les ateliers, les préparations, les moments d’écoute et de questions avec mes deux sage-femmes me mettaient en confiance. (Il n’y a rien à faire, le tutoiement, ça change tout ! ). Au fil de nos échanges, je me sentais à l’aise, et surtout… comprise ! Quand j’y pense, c’est tellement unique cette relation qui s’instaure avec les sages-femmes. Cette intimité toute particulière, presque maternelle, alors même qu’on ne se connait pas. Le rôle de Ju dans cette aventure ne s’est pas limité à la satisfaction de mes envies en tout genre. On était deux à attendre ce bébé et on s’est préparé à deux.  » Si la mère porte l’enfant, le père, lui, porte la mère et l’enfant « . En plus du soutien moral et affectif inconditionnel qu’il m’apportait, on a beaucoup échangé sur notre identité de futurs parents, sur comment on envisageait les choses. Que ce soient nos discussions avec les sage-femmes pendant les consultations, nos échanges après nos participations aux ateliers, nos discussions autour de l’éducation, du portage, de l’allaitement, du co-dodo, de la place des sage-femmes dans le système médical, de la prise en charge des accouchements dans les maternités classiques versus les maisons de naissance ou à domicile, le visionnage de films et de documentaires sur la naissance… Ca nous a permis de construire une base commune pour accueillir ce bébé. Cette grossesse nous a donné l’occasion d’ouvrir un nouvel espace dans notre relation. Ca nous a beaucoup nourris.

Celui qui m’a également accompagnée tout au long de cette grossesse et qui a été une sorte de pilier, de repère, c’est le fameux livre d’Isabelle Brabant :  » Vivre sa grossesse et son accouchement – Une naissance heureuse « . Au fil de ma lecture, j’avais le sentiment de m’approprier totalement ma grossesse. Certains passages me prenaient quasi aux tripes.  » Mais oui… c’est exactement ça ! « . Ca me parlait. En plein dans le mille. Depuis le début, j’avais besoin de savoir que je pourrais faire mes propres choix en toute connaissance de cause, faire valoir mes compétences de femme dans cette épreuve, avoir une certaine liberté d’action dans cet événement rempli d’incertitudes qu’est l’accouchement. Je voulais éviter d’être aliénée, contrôlée, paralysée par une péridurale, qu’on m’injecte des produits sans me demander mon avis, qu’on me dise quoi faire et quand. Je me suis donc armée d’un maximum d’outils pour pouvoir traverser ça autrement, tout en restant ouverte à l’imprévu. Comme quand on part en mer… on se prépare à toutes les éventualités, même si on ne sait pas quel genre de tempête on va devoir traverser. Ce livre m’y a bien préparée. Bien sûr, j’ai eu l’ultime privilège de pouvoir vivre tout cela à fond, sans être obligée d’aller travailler tous les matins, comme la majorité des femmes y sont contraintes. J’ai donc pu me consacrer totalement à cette grossesse, à cette naissance, et à la préparation de la venue de bébé en toute sérénité. J’étais dans une sorte de bulle délicieusement magique, en connexion totale avec moi-même et ce petit bout qui grandissait dans mon ventre et que j’aimais déjà tellement.

Arrive le huitième mois de grossesse. Mes pieds me paraissent être à des années lumières de mes mains, j’ai l’impression de trimballer une cargaison de 300 tonnes, je me déplace comme une maman canard obèse, me retourner dans mon lit se révèle souvent être une épopée de longue haleine, mes maux de dos me réveillent la nuit, la fatigue me frappe comme des coups de fouets à toute heure de la journée, mais tout va bien et je me réjouis que bébé arrive, même si je me questionne. Est-ce que je vais être nostalgique de cet état de grâce, de plénitude que me procure cette grossesse ? Est-ce que l’accouchement va bien se passer ? Est-ce que je vais supporter la douleur ? Est-ce qu’on va y arriver ?

A trois semaines du terme, un événement bouleversant me confronte à la fragilité de la vie, à la mort. Le parrain du bébé a eu un très grave accident cardiaque. Je suis tout à coup déconnectée de cet état de plénitude, et même de mon bébé. J’ai peur, je perds confiance, je dérive de ma trajectoire, je suis focalisée sur cet accident. J’ai peur pour Tibo, d’abord, et puis je mélange tout. Je commence à avoir peur d’accoucher, j’ai peur de mourir, j’ai peur que Ju meure, j’ai peur que bébé meure. S’en suivent donc quelques nuits agitées où mes angoisses me prennent comme des vagues. La journée, je suis tendue, à bout de nerfs, je ne dors plus. Mon coeur bat beaucoup plus vite que d’habitude, et j’ai du mal à me calmer. Et si je devais accoucher là, ce soir ? Dans ces conditions affreuses ? Je pourrais pas… Je suis pas prête. Pas maintenant. Ca peut paraitre difficile à croire, mais j’ai le sentiment que bébé m’a entendue. Ces jours-là, il s’est fait discret. Pas de contraction, pas de douleur, j’ai l’impression d’être plus légère, bébé bouge moins que d’habitude… aurait-il compris qu’il fallait me laisser du temps ? Etre sûr que son parrain soit tiré d’affaire avant de se manifester ? Un soir, je finis par me dire que je dois arrêter d’avoir peur. Que j’ai de la chance. Putain oui, tellement de chance. De respirer, de porter la vie, que tout se passe bien… je peux pas me permettre d’avoir peur. Non. Je peux pas. Les jours suivants, j’ai attrapé la crève. Celle qui me prend souvent après un stress. Mais ça ne m’a pas empêché de passer mon temps à cuisiner, à préparer des plats tout prêts à décongeler pour quand bébé sera là. Des bouillons, des gâteaux, des soupes… Je me dis que ça nous sera bien utile. Tibo va mieux, l’été indien fait son apparition après quasi 15 jours de grisaille et de pluie, je me sens bien. Je suis prête. Même si j’ai le sentiment que bébé est bien là où il est. C’est sûrement pas pour tout de suite.

Samedi 10 octobre. Jour-J ? Soit disant. On ne devrait pas donner de date prévue d’accouchement. Déjà, ça ne veut strictement rien dire quand on sait que seulement 5 % des femmes accouchent à cette date, et que surtout, les calculs de terme varient d’un pays à l’autre. Mais même quand on sait ça, on a tendance à s’accrocher à cette fameuse date, comme une sorte d’objectif ultime. Si on disait aux femmes  » vous accoucherez très probablement entre le … et le … « , ça serait certainement plus zen à vivre. En tout cas pour moi, ça ne sera pas pour le 10, même si ça se prépare doucement, je le sens. Mais je me sens bien, je me sens prête, j’essaie de modérer mon impatience en profitant comme je peux : des films au FiFF avec Ju, un tour au marché de Namur, un petit café en terrasse sous un agréable vent d’automne… Le soir, je me mets en mouvement sur le ballon pour soulager mon bassin qui travaille pas mal ces jours-ci… Et à part ça, j’attends.

J’attends.

J’ai trop hâte de le découvrir, de toucher ces petits pieds qui me malaxent les côtes depuis tout ce temps, de percer le mystère de son sexe, de voir sa bouille, de sentir son odeur, sa chaleur contre moi, d’annoncer son prénom… Je vais mettre mon bébé au monde. C’est en s’entrainant, un soir, à mettre l’écharpe de portage avec Ju que j’ai réalisé que bébé  » ne m’appartenait pas « . Inconsciemment, jusqu’ici c’était le mien. A moi toute seule. Voir Ju avec cette poupée contre lui dans l’écharpe m’a fait comme un choc. C’est aussi son bébé. Autant qu’à moi. Il va être son papa. C’était assez émouvant.  » Tu vas mettre ton bébé au monde, Adèle. Et plus le temps passera, moins il sera  » à toi « , et plus  » il sera  » au monde  »  » (Evelyne).

Et puis ce soir-là, en allant me coucher, je suis submergée par une émotion qui me dépasse complètement. J’éclate en sanglots sans savoir pourquoi. Quelque chose me dit que mes hormones sont au climax… serait-ce un signe ? Quelques heures plus tard, je me réveille avec une belle contraction. D’autres s’enchaîneront très rapidement à trois minutes d’intervalle. Je réveille Ju. Je vais prendre une douche. Je suis calme, j’ai même envie de « me faire belle  » pour l’événement. J’enlève mes lunettes rafistolées pour mettre mes lentilles, je coiffe mes cheveux. Très vite, Ju téléphone à Maud, sage-femme de garde cette nuit-là qui nous dit de re-sonner dans une heure pour voir comment ça évolue. Les contractions s’enchainent, plus de doute. Ju rassemble nos affaires doucement, pendant que je « ôôôôôm » sur les vagues de mes contractions. Ca y est !! On est en route pour la maison de naissance ! Le trajet en voiture me parait être une torture, mais heureusement, on habite à dix minutes de là, ça ne sera pas très long. Et puis j’arrive quand-même à sourire sur le titre « Ouvrez les frontières » de Tiken Jah Fakoly (j’avais fait une compile « accouchement » qu’on a mis dans la voiture). Arrivés là-bas, Maud vient nous accueillir sur le pas de la porte. Je suis si heureuse de la voir, je la serre dans mes bras. On monte dans la chambre, des petites bougies ont été installées, l’ambiance est feutrée, il fait bien chaud, l’endroit parfait pour vivre ce que je m’apprête à vivre. Je me sens bien, en confiance.

Et puis me voilà entrée dans cette phase si étrange, si difficile à raconter avec des mots. Une sorte d’état d’extase primitif, j’ai l’impression de vivre une expérience chamanique. J’entre comme dans une sorte de transe, je pousse des cris graves, tout ça me dépasse complément, mon cerveau ne fonctionne plus de manière  » rationnelle « , il puise dans des ressources que je ne soupçonnais pas avoir. Maud et Caroline se font discrètes. Je pense qu’elles ont bien compris que Ju est la meilleure personne pour me soutenir, me réconforter. Je vois dans ses yeux une sérénité et une bienveillance si extraordinaire… il me donne confiance en moi. Il me guide à merveille, me parle sans cesse pour m’aider à surmonter les contractions si puissantes.  » Elles sont là pour le bébé, accompagne-les « ,  » vas-y, souffle dans le cercle qui s’agrandit « … J’entends tout ce qu’il me dit, et à la fois, j’ai l’impression qu’il n’est pas dans le même espace-temps que le mien. Je vois flou, je suis étanche à tout ce qu’il se passe autour de moi pour tenter de rester dans ma bulle. La voix douce de Maud qui m’encourage me rassure, je sens qu’elle est sereine. Je me dis que je suis contente qu’elle soit là, à vivre ça avec nous. Pour traverser cette tempête – je dirais d’ailleurs LA tempête de ma vie ! – je tente aussi de me raccrocher à tout ce qu’a dit Evelyne, pendant l’atelier sur le thème de la douleur :  » Le seul moyen d’en sortir, c’est d’y rentrer « . J’imagine toutes les autres femmes entrain d’accoucher au même moment que moi à travers le monde. Je m’efforce de me dire que finalement, ces quelques heures où mon col va s’ouvrir n’est pas si long, quand on sait qu’il est resté fermé pendant 28 ans.  » Plus c’est puissant, plus c’est efficace « .  » S’abandonner, se laisser aller, mon corps sait. « . Je me rappelle pourquoi je traverse tout ça…  » mon gros bébé  » : j’essaie de garder le contact. Encore une vague à traverser. Elles sont de plus en plus fortes, elles m’emportent. Je tire de toute mes forces sur l’écharpe que Maud à accrochée au-dessus de ma tête, ça m’aide beaucoup ! Mon doudou sur mes yeux m’aide aussi à me concentrer. Quand je perds pied, que les vagues me submergent, je lache quelques insultes, et puis je pense « bouchon de Liège « . Un petit bouchon de Liège au milieu des vagues, si grandes soient-elles, flottera toujours. Je pense au fait qu’on va enfin rencontrer notre bébé, ça me donne du courage. Et puis vient assez rapidement cette envie de pousser. Même si ce  » rapidement  » est tout relatif. Sur le moment, je n’ai aucune notion du temps, de l’heure qu’il est. Et pourtant, là, on est parti pour quasi deux heures de poussées où j’entre en contact avec cette partie de moi-même que je ne connaissais pas : cette force primitive, animale, instinctive. Je ne trouve pas de position confortable. Accroupie sur le lit, assise sur le cabinet de toilette, couchée sur le côté… Ces envies de pousser ne me donnent pas le temps de réfléchir. Je sens que bébé avance bien. Tout le monde m’encourage. J’entends  » on voit ses cheveux ! « .  » Il a des cheveux ??  »  » Oui ! Tout noir ! « . Alors ça ! Je n’ai plus de contraction, mais ça brûle tellement que je pousse quand-même. De toutes mes forces. Ca progresse bien, je le sens ! Une dernière poussée, et là… j’ai la sensation de mettre au monde l’univers tout entier. Les rayons du soleil filtrent à travers la tenture et m’éblouissent. Ju ne peut pas accueillir le bébé, parce qu’il a sa petit main à côté de sa tête, et enroulé deux fois dans son cordon (d’où la longue poussée). On pose bébé sur moi… je pleure. Je regarde Ju, quel amour intense. C’est une petite fille ! Elle est née le poing levé et elle sent la noix ! On plantera donc un noyer là où on enterrera son placenta.

On se pose à trois dans le grand lit, sur un air de  » Hunger – Until The Quiet Comes  » de Flying Lotus : un pur moment d’éternité. Un merci INFINI à Maud, à Evelyne et à Caroline, et puis, évidemment à Ju, qui a juste été exceptionnel, de m’avoir aidée à traverser ce tsunami d’amour. C’était juste merveilleux. La plus belle chose que j’ai faite dans ma vie. Je t’aime tellement ma petite Nicole.

Mon petit Elior,

Dans quelques jours, les 2 et 3 mai 2015, c’est la fête des 10 ans de la Maison de Naissance et toi tu fêteras en même temps ton premier anniversaire. Un an d’existence, déjà ! J’ai maintenant envie de te raconter l’histoire de ta naissance telle que je l’ai vécue, telle que je l’avais retranscrite une semaine après ta venue au monde, telle que je m’en souviens encore aujourd’hui… Une si belle, si rapide et si intense naissance ! Tu es né avec l’aurore, ce 3 mai 2014 à 05h13, à la Maison de Naissance de Namur. Mais avant de commencer, petit retour en arrière…

2 mai 2014

Plus que 3 jours et 4 nuits pour que tu naisses spontanément, naturellement… j’en ai tellement envie ! Mais j’ai tellement peur que ce ne soit pas le cas ! Tu as dépassé le terme de plus d’une semaine, presque deux et j’ai peur que la naissance soit provoquée. C’est une véritable épreuve de confiance… Je sais que je dois lâcher-prise, accepter ce qui est… mais c’est tellement difficile ! Bon, ce soir, on va se changer les idées, on va regarder un documentaire sur Jacques Brel…

3 mai 2014

Je me réveille en sursaut au milieu de la nuit, redressée d’un coup, par une sensation de réveil impérieux, comme si j’avais entendu sonner un réveil. Puis l’envie d’aller aux toilettes et là je commence à avoir mal au ventre… est-ce toi qui t’en vient ? Cela fait tellement longtemps que je t’attends, je n’ose espérer… Je me redirige vers le lit, mais impossible de me recoucher. J’ai envie de m’appuyer sur le lit en me mettant à genoux, je commence à sentir une douleur dans le bas du dos et le bas du ventre. Je me souviens avoir à ce moment là demandé l’heure à Sébastien, mon homme, ton papa : 01h28. Cela fait déjà quelques minutes que je me suis levée, peut-être 5 ou 10… ça y est, je me dis que c’est enfin l’accouchement qui s’en vient ! Je suis contente et en même temps je suis déjà prise dedans, je n’ai plus vraiment le temps d’y penser. C’est tout de même intense et ça me prend toute mon attention. Je demande à Seb le gros ballon pour m’appuyer dessus.

Quand la contraction arrive par l’arrière dans le bas du dos puis se propage à l’avant, dans le bas-ventre, j’ai besoin des mains de Seb pour la traverser. Je repense à la vague d’Isabelle Brabant, j’émets l’intention d’être avec la douleur, de ne pas lui résister. Je pense que je n’ai pas ce luxe-là, j’ai tellement eu peur que l’accouchement soit provoqué et à l’hôpital que le fait de le vivre spontanément me soulage et « m’oblige » à suivre le courant… Je me dis, pour traverser l’intensité, la douleur, la puissance : « Oui, contraction, fait ton travail ! Ouverture, ouverture, ouverture… », comme un mantra. L’intention est là et puis je me laisse emporter, je ne pense plus vraiment…

Je tremble beaucoup et je commence à bien sortir ma voix. Parfois j’ai l’impression de chanter des mélopées amérindiennes. Sortir ma voix m’aide à m’appuyer sur le souffle, sur l’expiration… j’ai l’impression que je rentre en transe. Rapidement j’ai envie de vomir. Je suis étonnée et un peu inquiète car je me souviens avoir lu quelque part que c’était en général plutôt vers la fin que les femmes vomissent, pas au début… mais de toute façon ça sort, pas le choix. Heureusement que Seb est là, me soutient, m’apporte la bassine, pose ses mains dans le bas de mon dos…

C’est très intense, les contractions me paraissent très rapprochées, je n’ai pas l’impression d’avoir le temps de souffler, de respirer entre chacune d’elle. Et en effet, Seb me confirme qu’elles sont toutes les 2 minutes, pas toutes les 5 ! A peine une minute pour m’en remettre que déjà la suivante arrive… Rapidement je lui dis de faire la valise, je sens une urgence qui monte en moi. Il court à droite et à gauche pour rassembler les dernières affaires mais revient à chaque fois m’aider à passer la contraction, une main bien appuyée pour faire contrepoids dans le bas de mon dos. Je suis déjà dans ma bulle, les yeux fermés. Tout me semble intense et rapide.

Sébastien appelle Evelyne, la Sage-Femme de la Maison de Naissance de garde cette semaine-là. Il est 02h30 du matin, cela fait moins de deux heures que j’ai des contractions mais elles sont très intenses et surtout très rapprochées et je sais que je suis déjà à 3 cm d’ouverture depuis plusieurs jours. Evelyne demande à me parler, je ne sais plus très bien ce que je lui raconte, je suis déjà à moitié dans un autre monde, puis la contraction vient alors que je suis toujours en ligne… et après avoir entendu mon « chant » elle nous donne rendez-vous à la Maison de Naissance. L’intensité de mes râles et mes paroles peu cohérentes ont dû la convaincre de l’imminence de la naissance.

Sébastien finit de préparer la valise, je dois passer deux ou trois contractions seule et ça me paraît beaucoup plus dur : l’impression d’être seule, d’avoir mal, de ne pas réussir à me laisser traverser, de devoir davantage « contrôler » la contraction… Heureusement qu’à part ces courts instants il sera là tout du long ! Je vomis encore parfois, tremble toujours et continue à sortir ma voix, plus proche du râle que du cri, ou disons un « cri grave »… toujours à quatre pattes, à genoux, penchée en avant sur le gros ballon.

Ca y est, la valise est prête. Je me revois par terre, me demandant comment j’allais pouvoir supporter le trajet en voiture. Je prends mon courage à deux mains, Seb m’aide à me redresser et c’est parti. Dès la fin d’une contraction je descends les escaliers rapidement… et hop, une nouvelle contraction en bas des escaliers avant de monter en voiture. J’embarque avec un gros coussin sur mes genoux, comme un airbag, mais surtout pour me pencher et m’appuyer dessus comme je le faisais jusqu’à présent sur le gros ballon.

A ma grande surprise, le trajet en voiture me paraît presque plus court que normal, mais je ne suis plus dans le temps habituel, tout me paraît intense et rapide… il doit être trois heures du matin, peut-être que Seb roule un peu plus vite que d’habitude aussi, pressé par l’urgence de m’amener à bon port et que je n’accouche pas dans la voiture ! Je suis toujours dans ma bulle, les yeux fermés. Je me souviens de quelques virages qui m’ont donné le haut-le-cÅ“ur… et du petit trottoir du parking de la Maison de Naissance : « Ouf, ça y est, on est arrivés !». Sébastien me dira plus tard qu’il regardait l’heure en voiture et savait quand allait venir la prochaine contraction : c’était toutes les deux minutes, de manière très régulière. Il continue à me mettre la main dans le bas du dos quand la conduite le permet, je suis le nez dans le coussin, je le mords parfois, yeux fermés, dans un autre espace-temps. Un moment donné j’ai l’impression de faire pipi, je n’arrive pas à me retenir… après coup je comprendrai que je venais de « perdre les eaux ».

En arrivant je me souviens de la nuit noire et des petites lumières qui brillaient en contraste à travers les fenêtres de la Maison de Naissance, les seules allumées à cette heure-là, comme un appel, un phare au loin dans la tempête, une promesse de chaleur, ça y est, on est arrivés à bon port ! Je suis arrivée « à la maison »… home, sweet home.

Evelyne nous accueille sur le pas de la porte. Je la prends dans les bras, elle semble surprise, ce n’est pas trop dans son habitude, mais elle me rend mon étreinte. Je suis soulagée d’être arrivée et c’est ça que je dépose dans ses bras. Je me dirige rapidement vers l’escalier et hop, une nouvelle contraction. Une fois passée je monte l’escalier à toute allure, puis droit vers la chambre soleil…

Et là, quel bonheur, quel plaisir, quelle douceur de voir des petites bougies allumées, une musique toute douce en fond sonore (c’est ce que j’ai cru sur le moment, étant un peu dans les vapes, mais j’apprendrai plus tard qu’il n’y avait que la musique du « glou-glou » de l’eau qui passe dans les radiateurs qui venaient d’être allumés) bref, de la chaleur, de la magie ! Je me sens contenue, comme honorée, apaisée… quel bonheur d’être arrivé dans ce chaud cocon !

Mais hop, une nouvelle contraction. Rapidement Evelyne me demande si je suis en train de pousser, ce que je commençais déjà à sentir un peu vers la fin du trajet en voiture, mais sans trop savoir. Je m’installe péniblement entre deux contractions sur le dos, sur le lit, pour qu’elle m’examine. Elle confirme : je suis à dilatation complète, prête à pousser ! Je n’y crois pas et me réjouie en même temps, tout est allé si vite, c’est déjà le stade final ! Et pourtant tout me semble si naturel !

Je demande à aller dans l’eau, j’ai envie de m’y déposer, d’être entourée de chaud. Evelyne me prévient, si j’y vais c’est pour y accoucher ! J’y vais, c’est ce que je sens sur le moment, je suis mon instinct, mon envie. Et rapidement l’envie de pousser devient de plus en plus forte et ça me fait du bien ! J’aime cette sensation de participer à l’intensité du moment. Je suis dans une bulle « d’extra-présence », « d’ultra-réalité », pleinement Ici et Maintenant… dans un autre espace-temps et en même temps 100% présente.

Couchée dans l’eau, j’aime pouvoir m’y déposer entre chaque contraction… mais j’aimerais en même temps pouvoir être à quatre pattes et ce n’est pas possible dans la baignoire. Evelyne me demande de choisir… je reste dans l’eau. Je m’accroche avec force aux mains de Sébastien, agenouillé près de la baignoire, en m’agrippant comme si je pouvais m’y suspendre. J’ai peur de lui broyer les mains…

Puis, je me souviens de l’arrivée de Pascale, la 2ème Sage-Femme. Je l’entends se laver les mains, ça me sort un peu de ma bulle mais rapidement j’y retourne en réalisant qui elle est. Je compatis pour les femmes qui sont perpétuellement dérangées pendant leur travail par des sons parasites, des allées et venues de personnes autour d’elles, des paroles échangées sans précaution… Mais dans ce cadre là, je peux revenir à moi rapidement et je nous sens très vite de nouveau tous très présents, dans un silence habité, pleinement vécu. Tout est si intense, si rapide…

Et puis je commence à sentir ta tête qui pousse, ou qui est poussée par les contractions, bref, qui arrive sur mon périnée. C’est paradoxalement la partie de l’enfantement qui m’a paru la plus longue. Est-ce parce que j’avais cru que tu sortirais immédiatement dès que tu arriverais à ce stade là ? Je te sens faire plusieurs allers et retours. Avancer avec la contraction puis revenir en moi quand elle se termine. C’est toi que je sens maintenant, ce n’est plus que la contraction ! C’est très étrange comme sensation. Ces allers-retours me paraissent longs mais les Sages-Femmes me rassurent : « Il est en train de préparer ton périnée, tout va bien !». Et ce fut vrai… au final, aucune déchirure ! Elles m’invitent à crier de manière plus grave. Je tente de le faire ainsi de mon mieux. Puis Evelyne m’invite à m’allonger sur le côté gauche en remontant haut mon genou droit. Encore quelques allers et retours et je sens ta tête qui s’en vient de plus en plus loin à chaque fois. Une fois ou deux j’entends les Sages-Femmes chuchoter entre elles, tout doucement, mais je m’inquiète : quelque chose de grave ? Mais non, elles me rassurent régulièrement, tout va bien. Elles écoutent ton cÅ“ur et toi aussi tu vas bien.

Et puis ça y est, une contraction et ta tête sort en entier. Je la sens, c’est étrange… Je suis toujours les yeux fermés. Je n’y crois pas. Ca m’a paru long pour que ta tête sorte mais l’ensemble m’a paru si rapide ! J’entends le mot « cordon » et je m’inquiète un peu (j’apprendrai par la suite que tu avais un tour de cordon autour du cou mais pas serré, comme la moitié des bébés à la naissance apparemment) mais je n’ai pas vraiment le temps d’y penser, une autre contraction arrive aussitôt et tes épaules sortent, je les sens passer, je sens aussi qu’elles t’aident avec leurs mains à passer ce cap un peu difficile. Et puis le reste de ton corps… avec une autre contraction ? Je ne sais plus, c’est si intense et si rapide !

Et voilà, tu es là, elles te déposent sur moi… je n’en reviens pas. Il est 05h13 du matin, cela fait à peine 4h que je me suis réveillée en sursaut à la maison. C’est incroyable. J’ouvre les yeux… je te vois et pourtant je suis encore dans un autre monde, je ne réalise pas encore tout à fait ce qui se passe. Je te serre dans mes bras et te parle, t’embrasse, te nomme : « Elior, tu es le bienvenu sur Terre. Tu es aimé… Â» .

Puis je vois les Sages-Femmes qui te massent vigoureusement la poitrine, je m’inquiète : est-ce que tu respires ? Mais j’entends ton cri. Je te découvre encore, je ne réalise pas vraiment, je suis encore sous le choc, encore en transe… c’est tellement incroyable.

Je me souviens des grands ciseaux gris et de Sébastien qui coupe le cordon. Déjà ! De nouveau, tout me semble si rapide. Et puis je sens l’eau du bain qui se vide et je pense au placenta. Je me souviens que l’accouchement n’est pas terminé tant qu’il n’est pas sorti… Intuition, coïncidence ? Une contraction et « bloup », le voilà dehors. Ouf, je suis soulagée, là je sais que l’accouchement est vraiment terminé, que tout va bien.

Les Sages-Femmes proposent que Sébastien te prenne en peau-à-peau pendant qu’elles m’aident à sortir de la baignoire… quoi, déjà, je dois te lâcher ?! La réaction est si forte, instinctive, surprenante… Mais je me rassure moi-même en me disant que tu vas dans les bras de ton papa. Il retire son T-shirt et te prend délicatement contre sa poitrine… Les Sages-Femmes m’aident à me relever, à me nettoyer puis elles m’accompagnent sur le lit et m’y installent.

Et te voilà sur moi, nu sur ma peau nue, quel bonheur ! Sébastien est à côté, on est tous les trois sur le grand lit, posés, ensemble, comme à la maison… Je commence enfin à réaliser un peu. Je découvre ton visage, ton corps… tout me paraît incroyable ! Premier échange de regard, intense, profond, magique. Ca y est, tu es né ! En ce beau matin de mai, avec l’aurore, mon petit Elior…

Le soleil s’est levé et ses rayons illuminent la chambre, la chambre « soleil », qui porte si bien son nom ce matin… Nous sommes samedi, il n’y a aucun bruit, seul le chant des oiseaux qui réveillent le monde… tout semble si paisible, si doux… et tout s’est bien passé ! C’était si rapide, si intense… si beau ! Je suis soulagée et heureuse, quel bel accouchement ! Quel beau bébé tu es ! Je te découvre et m’émerveille…

« Bienvenue sur Terre Elior. Je t’aime de tout mon coeur…»

10 mai 2014

Cela fait une semaine que tu es né… et l’intensité de la Vie continue ! Merci d’être là, de t’être incarné, d’avoir décidé de faire le grand voyage d’une vie en commençant par le creuset de notre famille. De nous accorder ta confiance… Confiance, comme confier. Je me souviens de cette première sensation, dans les heures qui ont suivi ta naissance, une sensation étrange… celle que tu nous étais confié (comme « prêté » et non pas « donné »), que nous devions prendre soin de toi mais que tu n’étais pas « à nous » (je repense au poème de Khalil Gibran « vos enfants ne sont pas vos enfants… », ce message était très clair pour moi dans ces premières heures !). Je te découvrais comme un « Autre », un être à part entière, que j’allais apprendre à connaître, que j’étais déjà en train « d’adopter », un être dont on nous avait confié la responsabilité de prendre soin. Elior, nous allons prendre soin de toi, merci pour ta confiance. Merci d’être là, avec nous. Merci, merci, merci…
Un grand merci à toi mon homme, mon tendre et cher Sébastien, toi qui m’a aidé et accompagné dans chacune de mes contractions, la main dans le bas du dos, puis en m’offrant ta main pour que je puisse m’y accrocher, m’y suspendre presque quand j’étais dans le bain. Je me sentais tellement rassurée par ta présence, pleinement accompagnée, aimée, entourée… merci mon amour ! Et maintenant qu’on a passé la première semaine de vie d’Elior et que je te vois aux petits soins avec nous deux, je me dis… quel super papa ! Merci, merci, merci…
Et merci à vous les Sages-Femmes de la Maison de Naissance ! Quelle présence bienveillante et soutenante ! Quelle compétence ! Je me suis sentie entre de bonnes mains, tout au long de la grossesse et de l’accouchement et ça m’a fait tellement de bien ! J’avais 100 % confiance… et j’avais raison, vous êtes de toute confiance ! Merci, merci, merci…

Merci à toi, la Vie !

Enyam

 

La naissance de Timothée

J’ai longuement réfléchi à la manière de raconter l’accouchement de Timothée, si bien que cela fait déjà 1 mois et demi qu’il est avec nous.

Je n’avais pas envie de faire un décompte à la minute qui se serait résumé à peu près à ceci: 23h: « Oh, une contraction que je sens fort…Yannick, il va falloir y aller sans doute bientôt…. Non, ça n’a pas l’air d’augmenter, tu peux aller te coucher »… 3h30 : du matin, ça devient douloureux toutes les 10 minutes : »Yannick, il faut te réveiller, c’est pour aujourd’hui…. En fait, retourne te coucher, Bénédicte a dit que j’avais une belle voix 😉 et que je pouvais encore attendre une peu ».

4h30, j’ai mal : « Yannick, tu dois te réveiller, il faut partir ». Départ à 5h après une douche pour lui et l’arrivée d’une amie pour s’occuper des filles (mille merci encore). « Yannick, ça fait maleuh…. ».

Arrivée à la maison de naissance à 5h30 et selon les sources, bébé est sorti à 5h45 ou 6h, en quelques poussées.

Bon, ben, c’est fait quand même 😉 mais ma version minutée longue, est plus longue encore;-). Ce que je retire de cette version: apprendre à toujours écouter plus mes besoins dans ce genre de situation. Pour profiter de la maison de naissance, j’aurai du partir à 3h30 mais bon un bain en pleine nuit, juste pour profiter c’est bof et puis je laissais ainsi dormir Bénédicte et Yannick encore un peu 😉 mais quand même… Pour ne pas souffrir le martyr dans la voiture, je n’aurai pas du laisser Yannick prendre sa douche… La prochaine fois donc et pourquoi pas à d’autres moments aussi, être plus à l’écoute de moi-même 😉

Au-delà des faits, ce que j’ai cette fois envie de vous raconter et de laisser en mémoire pour mon petit homme, c’est l’incroyable voyage entre force et douceur au creux d’un océan assez douloureux.

Force d’abord profondément enfouie dans notre humanité de femme, force qui ne demande qu’à surgir pour nous aider à donner vie. Une force qui prend son ampleur aux moments où nous avons l’impression que ça devient trop dur, que nous n’aurons plus le courage de tenir la douleur. Dans mon expérience de l’accouchement, se lie à ma propre force, celle de mon tout petit, si désireux de voir enfin le soleil se lever.

Force ensuite, issue de la présence de Yannick à mes côtés, tel un roc, me portant littéralement et littérairement dans ses bras.

Force enfin, grâce à la présence des sages-femmes, Bénédicte, Agathe et Maud. Quelle confiance elles ont eu en moi, en ma capacité à savoir ce qu’il se passait et comment je pouvais aider mon bébé à naître.

Cette force quasi primitive a trouvé elle-même source et réconfort dans les nombreux instants de douceur qui parsèment un accouchement. Oui, oui, vous avez bien lu, de douceur.

Douceur d’abord, propre au déroulement de l’accouchement. J’ai pu, entre les contractions, pleinement profiter des moments de repos que notre corps nous offre. Seule, puis avec l’aide de Yannick, j’ai pu être dans « ma bulle », dans une atmosphère et une attitude propice à accueillir sereinement contractions et temps calmes et ainsi à pouvoir reprendre force entre chaque contraction. Jusqu’à 4h, avant que la phase finale se mette en route, j’accueillais aussi les contractions comme des amies qui me rapprochaient toujours plus de mon bébé (après 4h, c’était plutôt « fait ton travail et fiche moi la paix, fichue contraction »:-)). C’est une expérience bien différente que celle d’essayer à tout prix de trouver la position pour avoir moins mal, qui n’est pas toujours celle qui aide bébé à naître. Expérience d’accueil qui m’a permis d’être pleinement présente à mon bébé dans son chemin vers le jour.

Douceur, dans les paroles et les mains de Yannick. Lors du trajet en voiture, durant lequel ma « bulle » a un peu éclaté et où la douleur me semblait si ardue, ses paroles m’encourageaient à tenir le coup. Et surtout à la maison de naissance, quelle qualité de présence il m’a offerte, me soutenant, me massant, me disant tout son amour. Je n’ai pas accouché, nous avons accouché. Merci mon mari ! Je t’aime.

Douceur, dans la présence des sages-femmes qui évoluaient comme dans un cocon ouaté autour de nous et surtout aussi pour l’après naissance: j’ai l’impression d’avoir pu redescendre tranquillement de ma bulle et elles ont tout fait pour que la délivrance, les petits soins soient le plus rapide possible, les plus respectueux de mon corps. Quelle joie après avoir accouché de pouvoir passer de ma bulle à un lit douillet qui pouvait accueillir Yannick à nos côtés. Merci mes bonnes fées! Et merci aussi à Evelyne, qui nous a aussi accompagnés, particulièrement pour la rencontre sur la douleur qui m’aura finalement bien aidée le jour J.

Enfin, douceur de Timothée. Si je devais retenir une image de cet accouchement, je retiendrai celle-ci. Lorsque la tête de mon bébé est sortie, accouchant à quatre pattes, j’ai pu facilement la toucher. Découvrir déjà sans le voir, ce petit être. Et que de douceur dans cette découverte. J’ai pu profiter d’un temps de répit entre deux poussées, pour caresser le somment de sa tête, tout couvert de cheveux. C’est si doux les cheveux d’un bébé. J’ai été surprise et charmée par la douceur découverte qui a fait de ce moment un instant d’éternité. Dans les faits, il n’a pas du durer bien longtemps mais dans mon expérience, le temps fut un instant suspendu et j’ai gouté la VIE pleinement.

Timothée, après la poussée suivante, s’est retrouvé paisiblement sous moi, accueilli par les paroles de son papa qui a de suite vu les attributs du jeune homme:  » Bienvenue Timothée ». Perdue dans son regard tout étonné de voir, j’ai aimé entendre ses paroles. Oh, nous avons un fils….

Merveille que ce moment de la rencontre où tout s’apaise, où tout prend sens, où un instant nous sentons intensément que quelque chose nous échappe dans ce miracle de la vie et que nous devenons les dépositaires d’un précieux don, d’une petite vie à aider à grandir.

Bienvenue Timothée, merci à toi de faire de nous, à nouveau, d’heureux parents.

 

L’arrivée d’Alia

Dès que nous avons appris que tu grandissais en moi, ton papa et moi avons souhaité t’accueillir à la maison de naissance de Namur, comme ton grand frère. La rencontre avec lui avait été si belle, si tendre et intime dans ce cocon particulier, accompagnés par Evelyne, que nous espérions y retourner pour ton arrivée.

Je craignis un peu au cours de ma grossesse de ne pas arriver jusqu’au terme, je me reposais donc beaucoup pour atteindre les 37 semaines nécessaires afin d’accoucher à la MDN. Vers la fin du 9e mois, tout se présentait au mieux et nous n’attendions plus que ton signal pour nous y rendre. Le matin du 2 juillet, alors que nous venions de conduire ton frère à la crèche, je ressentis des contractions douloureuses toutes les 20 minutes pendant une bonne heure. Papa et moi imaginions déjà que tu arrivais… mais après quelque temps, tout se calma : tu décidas de rester encore au chaud. Papa  et moi profitâmes de cette semaine-là pour ranger et nettoyer la maison, passer du temps avec ton frère, préparer tes petits vêtements et nous reposer autant que possible.

Le lundi 8 juillet, c’était mon anniversaire de 33 ans, je remarquai des contractions en conduisant ton frère à la crèche avec Papa. De retour à la maison, elles se rapprochèrent : elles n’étaient plus espacées que de 15 minutes. Je pris un bain « test » pour différencier cet épisode d’un éventuel faux travail et après environ 2 heures, tout se calma. Papa n’osait pas proposer la moindre activité, de peur de tout déclencher, mais j’insistais pour sortir et profiter de cette première chaude journée d’été après un printemps maussade pour aller chercher le sable qui manquait encore pour terminer le bac à sable de ton frère, au jardin. Nous eûmes juste le temps d’aller l’acheter  avant de partir pour notre rendez-vous de 16h à la MDN pour le monitoring de la 40e semaine.

Evelyne constata que d’après le monito, je n’avais pas vraiment de contractions, les douleurs que je sentais de temps à autre étaient plutôt une sorte de tension qui durait plusieurs minutes. Ton cœur battait parfaitement et mon col était ouvert à 4 cm, mais comme nous l’expliqua Evelyne, cela n’était pas indicatif de la proximité de l’accouchement : tu pouvais arriver le soir même, ou au contraire prendre encore des jours avant de t’annoncer. Nous rentrâmes donc à la maison vers 17h, pour chercher ton frère à la crèche. Sitôt de retour, Papa se lança dans le remplissage du bac à sable pour le plus grand plaisir de ton frère. Je m’assis à l’ombre du parasol d’où je prenais des photos des travaux sabliers. Je continuais à sentir des contractions éparses, douloureuses mais très supportables, comme j’en avais ressenti de temps à autre les derniers jours et surtout le matin même.

Vers 19h20, je décidai d’aller prendre un bain « test » et en même temps de laver ton frère de tout le sable dont il était rempli.  J’rentrai dans l’eau vers 19h45, et je crus d’abord que le travail s’était arrêté car les contractions rapprochées de 10’ connurent une brève pause. Puis, vers 20h05, elles reprirent. Elles étaient douloureuses, mais encore supportables : je n’osais pas encore croire que c’était bien toi qui t’annonçait. Entre-temps, Bonne Maman était arrivée pour me souhaiter bon anniversaire ; Papa lui demanda de s’occuper de ton frère ce soir-là. J’appelai Evelyne à 20h44, pas encore persuadée que le véritable travail était en route. Comme je doutais, elle me proposa de la rappeler quelques minutes après, au milieu d’une contraction, pour qu’elle puisse m’entendre. Comme je raccrochai, ton Papa me dit « Tu doutes encore que ce soit ça ? Moi pas ! ». Soudain je réalisai qu’il serait hautement improbable de voir des contractions aussi fortes s’arrêter tout d’un coup.  A 21h, j’embrassai  ton frère qui partait dormir chez Bonne Maman, et je rappelai Evelyne en lui disant « Maintenant je ne doute plus, on arrive ! ».

Le temps de rassembler nos esprits et de fermer la maison, nous démarrâmes vers 21h10. Les contractions étaient de plus en plus rapprochées, entre 8 et 5 minutes. Papa trouva encore l’énergie de plaisanter « heureusement que le rodage de la voiture est fini, on va pouvoir foncer », mais il n’en menait pas large. Je tentai de le rassurer en lui disant « au moins, elle n’aura pas le même anniversaire que moi, elle naitra le 9 » et lui, avec beaucoup de doutes dans la voix, « ah tu crois ? ». Sur le chemin, les contractions se firent de plus en plus fortes. Arrivés sur les hauteurs de Bouge, je me tordais dans la voiture aux côtés de ton Papa, inquiet et hyper-concentré sur la conduite.

Nous arrivâmes vers 21h35 à la MDN où Evelyne nous attendait tandis qu’un autre accouchement était en cours. J’étais tellement émue que je me mis à pleurer dans ses bras, puis je rassemblai mes forces pour grimper l’escaler entre deux contractions. Papa me fit couler un bain où je me plongeai sans attendre, puis Evelyne m’examina et m’annonça que le col avait 8 cm d’ouverture ! Je n’en revenais pas, mais je n’eus pas le temps de réaliser : les contractions se succédaient si rapidement que je n’avais presque aucun répit entre deux. Je demandais à boire, j’avais soif, mais j’avais du mal à trouver quelques secondes sans contraction pour pouvoir boire une gorgée à la paille. J’étais submergée par la douleur et j’avais beaucoup de mal à me détendre pour accueillir les contractions et les laisser agir, alors Evelyne resta à mes côtés pour m’encourager et me rappeler de respirer calmement, de penser à toi, mon petit bébé qui arrivait, et d’être à tes côtés dans les contractions. Les quelques fois où je parvins à me calmer, la contraction passa bien mieux.

Dès notre arrivée, évaluant que tu serais le premier des deux bébés à naitre cette nuit-là, Evelyne apporta le chariot de naissance. Ton Papa ne lâchait pas ma main, il me parlait sans cesse et m’expliquait ce qui se passait. « Tu es en train d’accoucher, on va avoir un bébé, bébé est presque là, tu fais ça très bien, ça va super vite, elle sera bientôt là… » C’était bien utile car tout allait trop vite pour que je réalise. Je sentis un moment un « plop », comme le bouchon d’une bouteille de champagne qui saute, et Evelyne me signala que je venais de perdre les eaux. Quelques minutes après, elle me dit que je devais choisir d’accoucher dans l’eau ou sur le lit. Je répondis qu’on avait encore le temps, surement, pour décider ça ? Et ton Papa me dit que non, que tout allait très vite et que tu serais bientôt là… je choisis de sortir du bain et je me mis à quatre pattes sur le lit pour pousser, pendant que les mains de Papa me réchauffaient le ventre pour aider les contractions à passer. Je poussai 4, 5 fois : je sentais tout mon bassin s’ouvrir, ta tête passer  et soudain, Evelyne guida ma main pour sentir ta tête entre mes jambes. Une dernière poussée, et tu étais là. Tu crias aussitôt. Je me couchai sur le dos et Evelyne te posa sur moi. Il était à peine 22h23. Papa et moi étions si émus et bouleversés par ton arrivée ! Surpris aussi, par sa rapidité. Quelques minutes après, après avoir ouvert un œil pour regarder mon visage, tu trouvas le sein et pris ta première tétée. Tu tenais très bien ta tête. Papa se mit à appeler tes grands parents pour leur annoncer ton arrivée ; la plus surprise fut Bonne Maman qui en nous quittant à 21h n’imaginait pas être grand-mère moins de deux heures après. Tous étaient heureux et émus d’apprendre la nouvelle et de découvrir ton prénom.

Cette nuit-là, tu dormis entre nous dans le grand lit où tu étais née.  Nous passâmes une grande partie de la nuit à te regarder dormir ; je n’osais pas m’endormir car je voulais veiller sur ton sommeil. Tu pris un bon nombre de tétées avant le matin. Nous rentrâmes à la maison le soir vers 16h, à temps pour chercher ton frère à la crèche : il ne s’était même pas vraiment aperçu de notre absence.

Comme pour ton grand-frère, ce fut Evelyne qui accompagna ta naissance et t’accueillit. Sa présence, ses encouragements, son accompagnement de ton arrivée furent précieux, attentionnés, attentifs et bienveillants.  Nous sommes aussi reconnaissant envers elle, Bénédicte et les autres SF pour leur accueil et leur chaleur tant au long de ma grossesse que lors de ton arrivée. Et qui sait, peut-être aurons-nous encore l’occasion de retourner un jour à la maison de naissance…

La naissance de Numa

Très vite j’ai su que j’étais enceinte. Gros coup de fatigue, premières nausées, vomissements bref 10 jours de folie. J’accueille ces nouveaux symptômes pour moi et ceux ci disparaissent rapidement.

Comme les précédentes, j’ai eu une super grossesse. Te sentir grandir en moi et passer ensemble tous ces moments privilégiés, a été pour moi, un pur bonheur.

Comme pour ta grande sœur, j’ai été suivie par un diabétologue afin de gérer ce diabète gestationnel. Régime « maison » suivi, glycémie gérée, résultat…pas de traitement par insuline et le projet peut donc se poursuivre à l’Arche de Noé. J’en suis ravie !

Malgré le déménagement, j’ai la pêche et l’énergie nécessaire pour t’accueillir. Nous nous réjouissons et je m’impatiente de voir ta petite frimousse. A partir de la 37ème semaine, nous sommes prêts !

Arrivé le 24 juin, date du terme, je m’impatiente d’autant plus car je souhaite éviter l’induction. Le Gynécologue nous laisse 2 semaines de répit, ce qui était bien évidemment une excellente nouvelle.

Durant les jours qui ont suivi, nous avons pas mal bougé avec Noam et Nell. Piscine, ballade en forêt, gym…afin qui sait te donner un petit coup de pouce :-).

Fin de la semaine, je commence à ressentir quelques contractions par ci par là mais rien de bien régulier. Il suffit pourtant d’un petit déclic et le travaille commencerait, je le sens.

La nuit de vendredi à samedi et la suivante sont agitées. Ça travaille en douceur…

Lundi vers 5h30, je commence à ressentir des contractions plus douloureuses et surtout plus régulières. Vers 6h, je réveille ton papa et lui demande d’aller prendre son petit déjeuner et boire son café relax car je pensais bien que notre rencontre était proche.

Je téléphone à Béné, la sage-femme, et lui partage mon ressenti et mes sensations. Je commence à dilater, il est temps de partir !

Le trajet me parut long avec des contractions douloureuses dont l’intensité et la fréquence ne cessaient d’augmenter !

Arrivés à l’Arche vers 6h45, enfin ! Je monte les escaliers quasi à 4 pattes tellement les contractions sont fortes. Je perds mes eaux et m’installe pour t’accueillir.

Je suis avec toi, Numa mon trésor, notre rencontre est proche !

7h07 la délivrance, je te serre dans mes bras et ne te lâcherai pas avant 17h…

Accouchement trop rapide pour toi, cordon ombilical en bretelle, tu as atterri complètement sonné et angoissé. Il t’a fallu une paire d’heure dans la quiétude de la maison de naissance pour te décrisper. Nous sommes restés allonger jusqu’à la fin de journée à faire connaissance et atterrir ensemble après cet accouchement ultra rapide.

Vers 18h, nous voilà de retour à la maison avec un accueil royal de la part de Noam et Nell. Ton grand frère Noam dira avec plein d’émotions dans les yeux : « Il est né Numa », « Qu’il est beauuuuu », « il est tout nouveau » et « maintenant il n’y a plus personne dans le ventre de maman ».

Ta grande sœur Nell te couvrera de baisers et de caresses avant d’aller s’installer dans le fauteuil pour te prendre dans ses bras. Je suis comblée et déjà si fière d’être ta maman.

Que c’est bon d’être déjà de retour et tous ensemble à la maison !

Merci a vous Béné et Hélène pour votre présence et soutien.

Julie

 

La naissance de Louise

Je dois dire que je ne regrette en aucun cas mon choix d’accoucher à la Maison de la Naissance. Je suis arrivée en septembre et depuis le début je me suis sentie bien accompagnée. J’avais les réponses à toutes mes questions et si j’avais besoin de contacter une sage-femme en dehors des rendez-vous, cela pouvait se faire par SMS ou par appel. Le suivi était super. Les préparations étaient également bien et très explicite. En bref, tout s’est extrêmement bien déroulé.

Et puis le jour est venu où ma Louise a décidé de venir…

Je suis arrivée à la Maison de Naissance et on m’a emmenée dans ma chambre. J’ai adoré le fait que je pouvais être dans la pénombre. En milieu hospitalier, il y aurait eu de la lumière partout. Ici, une ou deux lampes de chevet étaient allumées et c’était tout. Il faisait calme aussi.

Bénédicte et Thérèse étaient les deux sages-femmes présentent durant les quelques heures qui ont suivi. Tout s’est bien déroulé jusqu’au moment où le placenta n’a pas voulu sortir entièrement. On m’a alors dit que je devrais aller aux urgences pour le faire enlever. Chose qui me terrifiait étant donne que j’ai peur des hôpitaux et surtout je ne voulais pas être proche d’un hôpital.

Le transfert à l’hôpital

Bénédicte m’a conduite et est restée avec moi durant les 2 heures qui ont suivi. Moi, qui me méfiais des docteurs et infirmier(e)s, les deux qui étaient présents étaient très gentil(le)s et agréables. On riait même. J’ai aussi eu beaucoup de chance que mon docteur soit venu pour faire la délivrance. C’était une grosse crainte pour moi de devoir avoir un autre docteur qui ne me connaissait pas. Je dois dire que pour quelqu’un qui n’aime pas les hôpitaux, mon expérience a été très bonne.

Bien sûr j’aurais préféré être uniquement à la Maison de la Naissance mais il faut faire ce qu’il faut faire. Aussi mon gynéco était franchement à l’écoute de mes besoins. Donc, franchement, je remercie l’équipe de l’hôpital pour avoir été si gentil, mais bien sure aussi mes sages-femmes qui m’ont super bien guidée à faire arriver mon joli bébé dans ce monde.

Aussi un merci spécial pour Bénédicte qui est restée a l’hôpital durant les deux heures à attendre de me ramener à la Maison de la Naissance et à Thérèse qui avait eu la bonne intuition que je pourrais rentrer ce même soir et qui avait re-preparé la chambre pour mon retour.

A vous tous un super grand merci.

 

La naissance d’Olivia

Je ne peux raconter la naissance d’Olivia sans parler de celle de Faustine, ma fille ainée, car, c’est là où tout commence. Ce sont les circonstances de la naissance de Faustine qui nous ont poussés à nous battre pour que celle d’Olivia soit d’autant plus respectée. Leur naissance à chacune et les nôtres, à son père et moi en tant que parents, s’entremêlent massivement. Nous formons un tout, nous, quatre, intimement liés par les liens du sang.
Faustine s’est nichée au creux de mon ventre en décembre 2009. Elle devait venir au monde au alentour du 21 septembre 2010. Une grossesse parfaite, un suivi en maison de naissance en prévision de l’accouchement au même endroit, jusqu’à la mi-aout 2010, date à laquelle ma tension et diverses analyses montrent un risque de pré-éclampsie, date à laquelle notre petit rêve a basculé. Selon les estimations, notre enfant (nous ne connaissons pas le sexe) aurait, en outre, un poids trop faible. Le 25 aout 2010, sous la pression médicale et la crainte de complications, Daniel et moi acceptons avec regret le déclenchement le lendemain, accouchement en milieu hospitalier. Cela parait banal pour la plupart des gens mais dans mon esprit, tout s’écroule. Notre projet de naissance dans le respect et la douceur tombe à l’eau. Je me sens fautive, terrassée par la culpabilité de ne pas pouvoir mené mon enfant à bon port, de l’abandonner, de le jeter dehors… Si l’accouchement est difficile (pas de contraction malgré l’induction, perçage de la poche des eaux, pas d’avancée du travail, épuisement principalement moral mais aussi physique, péridurale 30 minutes avant la naissance), la naissance de notre fille reste un souvenir magnifique, son odeur, sa douceur, ce coté chaud et mouillé. Ce jour-là, j’ai été prise dans une énorme tempête, plus une tempête contre moi-même (je ne voulais pas lâcher mon bébé, je devais accoucher dans trois semaines seulement, mon job n’était pas fini… sont autant de phrases que j’ai tenté, en vain, de me sortir de la tête), qui, lorsqu’elle a cessé, m’a permis de me rendre compte de la douceur et de l’intensité de ce moment. Nous avons vécu l’événement, à mon sens, le plus marquant et le plus merveilleux d’une vie : la naissance de notre fille, Faustine, le 26 aout 2010. Cette naissance laisse néanmoins des traces, des blessures qui s’effacent peu à peu. L’arrivée de notre seconde fille, Olivia, m’a permis de panser un peu les plaies.
Quand Faustine a eu un an, l’envie d’un second enfant s’est fait ressentir. Très vite, je me suis retrouvée enceinte, bébé était prévu pour le 10 juillet 2012. Nous projetons à nouveau de mettre au monde notre enfant en maison de naissance. Mes antécédents nous obligent à la plus grande prudence. Je me plie à tous les examens médicaux nécessaires afin de s’assurer de la santé du bébé et de la mienne. Arrive la date du terme que notre gynécologue ne veut pas me voir dépasser, elle souhaite m’induire le jour du terme. Pour Daniel et moi, tant qu’aucune cause médicale ne justifie le déclenchement avant 42 SA (doppler ok, échographie ok, analyses sanguines et urines ok, monitoring ok) nous refuserons l’induction, qui comporte, dans ces conditions, plus de risques pour moi et bébé que d’attendre sagement le jour, l’heure parfaite pour notre enfant (ce que ma fille ainée n’a pu choisir et qui me blesse encore énormément aujourd’hui). Evelyne nous encourage dans ce sens en nous disant qu’un antécédent de pré éclampsie (sans autre problème) n’est en rien un motif de déclenchement et nous assure que si nous sortons de la physiologie, à n’importe quel moment, nous serons réorientés vers la clinique. Soutenus par nos sages-femmes, avec qui une relation de confiance s’est installée au fil des mois, nous restons sereins face à notre capacité de mettre au monde notre enfant. La gynécologue tente de nous effrayer et nous présentant les pires scenarios mais nous ne nous laissons pas impressionner. Nous sommes des parents confiants et conscients et nous n’imposerons pas à notre enfant les désirs d’un médecin stressé. Je me plie néanmoins à son souhait de nous faire subir à mon bébé et moi, un monitoring tous les deux jours à partir de 40 SA et un monitoring tous les jours à partir de 41 SA. (Je parle de « subir » car c’est bien cela le terme, j’angoisse et je stresse à chaque examen et je le communique à mon bébé. J’essaie de me maitriser mais cette surmédicalisation me révolte.) S’ajoute à cela, des protocoles ridicules (examen du col à J+10 ?) auxquels je n’ai ni l’envie, ni l’intention de me plier. Je suis de plus en plus anxieuse à l’idée que mon enfant ne se décide pas à venir nous rejoindre avant 42 SA ce qui impliquerait un second déclenchement. Je crains tellement l’accouchement médicalisé que je vais droit dedans. Le 20 juillet 2012, après m’être énervée à l’hôpital avec une sage-femme coincée dans la rigidité des procédures, j’appelle Bénédicte pour me confier. Comme à son habitude, elle m’écoute attentivement et me conseille de parler à mon bébé, de lui dire à quel point je l’aime, à quel point cet irrespect m’est difficile à accepter, pour moi mais aussi et surtout pour lui, de lui expliquer pourquoi je souhaite lui offrir une naissance à l’arche de Noé. Je prends alors le livre d’Isabelle Brabant, une naissance heureuse et je lis « le récit d’une naissance vue de l’intérieur » à haute voie, je raconte cette histoire merveilleuse à mon bébé, je le rassure, lui explique à quel point la vie est belle ici, dehors, avec son père, sa sœur et moi. Je lis quelques récits d’accouchement à domicile. Je lui explique comment j’imagine sa naissance. Je lui dis aussi que, le 25 juillet 2012 (42SA), est notre dernière échéance, qu’à ce terme, je ne pourrai plus lutter pour lui permettre de choisir son jour, son heure… que s’il souhaite cette naissance, je le respecterai, je l’aimerai comme j’aime sa sœur, que cet amour est immuable, incontrôlable, effrayant même. Je lui dis que je m’en remets à lui, que je lui fais confiance. Les examens médicaux intensifs de ses derniers jours, nous ont un peu volés ces derniers moments de complicité qui doivent être, en principe, si beaux, si doux mais, à présent, je retrouve toute ma sérénité, je suis connectée avec mon bébé. Tout va bien, tout est doux, tout est paisible.
Faustine revient de chez sa grand-mère. Daniel rentre du travail, nous jouons, nous soupons, Faustine va au bain, nous la mettons au lit. Elle met longtemps à s’endormir, elle est calme et nerveuse à la fois. Étrange… Je n’ai rien fait de la journée, mais je suis crevée, nerveusement sûrement… Daniel me dit qu’il va aller faire la vaisselle et ranger en bas. Je vais, pour ma part, rincer les couches (lavables) de Faustine et les mettre dans le seau à couches sales. Ensuite, je vais m’allonger. J’ai envie de mon homme auprès de moi alors je l’appelle, lui demande de laisser tomber la vaisselle, que j’ai vraiment envie qu’il me sert fort contre lui. On s’allonge tous les deux et on papote. Il est 23 heures quand je commence à avoir mal. Dans mon esprit, c’est « comme d’habitude », des contractions irrégulières, parfois violentes, qui vont finir par s’espacer, par disparaitre et demain, je me réveillerai, un peu déçue, avec mon gros ventre tout rond, comme cela a été si souvent le cas ces derniers jours… Rien qui puisse me faire penser que c’est LE grand jour de mon bébé, SON jour parfait, celui qu’il aura choisi pour nous rencontrer, le premier choix de SA vie, .
La douleur me paraît plus forte que d’habitude mais je n’ose y croire… Je dis à Daniel que je vais prendre un bain, que si c’est un faux travail, les contractions vont disparaitre et si c’est le jour J, cela devrait s’intensifier. Ensuite, j’hésite, peur de réveiller Faustine pour rien… Je dis à Daniel que j’attends deux contractions puis je me déciderai pour le bain. Finalement après une, je lui dis de me le faire couler. Daniel aimerait regarder une série pendant mon bain et il me propose de remonter dans 30 minutes pour voir ce qu’il en est. Je pense qu’il n’y croit pas trop, ou du moins, qu’il n’ose pas vraiment y croire…Il est 23h30 quand Je rentre dans le bain et les contractions semblent s’espacer. L’espace d’un instant, je suis déçue mais, aussitôt, elles reprennent de plus belle. Je supplie Daniel de rester à mes côté, j’ai besoin de lui, de sa présence bienveillante et rassurante. Devant ma douleur, il reste à mes côté et commence à minuter les contractions. Elles sont rapprochées, toutes les 2 à 5 minutes. On plaisante car Marie-Christine m’avait dit d’appeler quand les contractions surviennent toutes les 10 minutes, puis toutes les 5 minutes pendant 2 heures. Mais, notre cas de figure, elle n’en a pas parlé. À chaque contraction, je me dis « mon bébé, si c’est le jour parfait pour toi, il est parfait pour moi aussi ! Fais ton boulot sans te soucier que ça fait mal » et je fais le mien en visualisant mon col qui s’ouvre. Je pense à ce train qui arrive et qui repart dans le lointain. Je souffle, je gémis un peu. Je prends contact avec bébé à chaque moment de répit. J’essaie 1001 positions mais, rien à faire, le bain ne me convient pas. A 00h20, je sors du bain. Les contractions sont de plus en plus fortes. Je m’effondre au sol dès qu’une contraction arrive, je me suspends au cou de Daniel, j’ai besoin de ses bras. Cela me fait tellement de bien quand il me prend dans ses bras. Daniel appelle sa maman qui doit garder Faustine. Elle a 30 minutes de route. Il appelle Marie-Christine et lui décrit les contractions. Elle nous dit de venir à la maison de naissance dès que possible. Ma belle-mère arrive, on l’installe, on embrasse notre « futur grande fille» mais encore si petite, sans la réveiller. Je pleure un peu de douleur mais, surtout, de me dire que nous y sommes arrivés, que ce combat n’a pas été vain, que nous sommes à l’aube de notre rencontre avec notre bébé, à l’aube de notre vie à quatre. Daniel installe les protections dans la voiture en cas de perte des eaux. Il me demande quel est le sac pour l’accouchement et celui pour après la naissance. Il m’énerve car je lui avais dit et là, dans mon état, je suis incapable d’y réfléchir. Le noir ? , le brun ? Je ne sais plus et d’ailleurs, c’est le cadet de mes soucis pour l’instant. A ce moment, je suis entrain de me demander comment je vais survivre aux 30 minutes de route, comprenant les trois énormes casse-vitesses de notre rue et pas mal de rond-point. (Phase de désespérance ?) Je n’ose pas en parler à Daniel mais je me demande comment je vais tenir le coup si le travail dure encore des heures. J’ai peur de ne pas y arriver sans péridurale. Je me dis que Daniel et Marie Christine vont devoir rivaliser d’ingéniosités pour trouver les moyens de m’apaiser. Je ressens un poids immense sur le périnée. Plus encore que les contractions, c’est cette pression qui m’incommode finalement le plus.
Nous arrivons à la maison de naissance vers 1h30-40. Nous embrassons Marie-Christine qui nous accueille avec un large sourire. La maison de naissance a un effet placebo sur moi. Je me sens déjà un peu mieux, en sécurité et tellement heureuse d’entrer dans cette chambre où nous allons mettre au monde notre enfant. Je réalise seulement à ce moment que, cette fois-ci, c’est la bonne, notre bébé va arriver… cette naissance, tant souhaitée, va avoir lieu, la rencontre est imminente. Tout est parfait, un sentiment de plénitude. Marie-Christine me demande de me coucher pour m’examiner. J’attends qu’une contraction passe en m’appuyant sur le lit. Et là, elle me dit avec sa petite voix aigue et son grand sourire : génial, tu es à 9 cm. Je n’arrive pas à y croire. Daniel est aussi tres surpris… Agréablement surpris ! La naissance est imminente. Marie-Christine me précise que bébé doit encore effectuer une rotation pour se mettre dans l’axe et que les positions en avant sont parfaitement indiquées pour l’y aider, ce que je fais intuitivement depuis le début du travail. Daniel met la musique que nous avons sélectionnée. Nous n’aurons pas le temps pour les massages et les bougies mais, peu importe, tout est parfait. Notre bébé a trouvé son jour parfait, son jour rien qu’à lui, son 21 juillet 2012. Marie-Christine appelle Hélène, la seconde sage-femme. Elle explique à Daniel la manière dont elle va lui passer le bébé afin de le mettre sur moi. Je suis debout m’appuyant sur le lit lorsque je perds les eaux. Quel jet ! Oups, ca glisse ! Marie-Christine éponge, Daniel l’aide un peu. Marie-Christine me demande comment je veux accoucher. Je ne sais pas, je suis déconnectée de la réalité, je n’arrive pas a réfléchir, je n’en ai d’ailleurs pas envie. J’ai envie de lui dire que je m’en fous mais je me retiens… Accroupi, je ne le sens pas trop, mes jambes tremblent, je suis fébrile. Je me mets à 4 pattes, une position que j’aimais en étant enceinte car elle soulageait les tensions dans le ventre et le dos… Les contractions se calment un peu. J’ai quelques instants de répit, de précieuses minutes qui m’ont semblé être une éternité tant mon corps et mon esprit ont pu se reposer à ce moment-là. Quel bien-être, comme je me sens bien, le calme après la tempête qui a fait vibrer mon corps tout entier afin de frayer un passage à mon bébé. Bébé et moi nous préparons pour un nouveau travail : l’aider à descendre. Je sens que ça pousse. Hélène arrive avec discrétion. Daniel, Marie-Christine et Hélène sont là, rassurants, réconfortants. Je n’arrive plus à garder le contact avec bébé tant les contractions sont intenses alors, sans que je lui demande, Daniel prend le relais. Il me caresse ses cheveux et soutient mon ventre avec l’autre main. C’est sa manière d’aider notre bébé dans ce chemin vers l’inconnu. C’est sa façon de faire, parfaite pour bébé, lui et moi à ce moment très précis. Par la chaleur de ses mains, sa douceur, Il nous rassure tous les deux. Je sens que ça pousse. Marie-Christine m’applique des compresses chaudes sur le périnée. Quelle pression, je le dis à Marie-Christine qui me répond qu’elle va devenir de plus en plus forte, que tout cela est parfaitement normal que je me débrouille très bien et que mon bébé sera là bientôt. Il est 1h55. Je pousse quand et comme je le sens, je souffle, je pousse, je sens bébé qui descend. Je ne bloque pas ma respiration. J’accompagne mon bébé. Daniel, Hélène et Marie-Christine m’encourage sans me diriger. Elles me disent de ne pas me sentir obligée de pousser trop fort, on a le temps, bébé a le temps, j’ai le temps, elles ont le temps. J’ai une sensation de brûlure. Le bout de la tête sort, Daniel regarde et me dit que notre enfant a des cheveux tout noirs. Je caresse son crâne, ça repousse, je pousse en soufflant, ça brûle, ça brûle tellement fort. Je le dis a Hélène qui me rassure d’un ton empathique et compatissant « oui, ça brûle, ça brûle fort, courage ». Je n’oublierai pas ces mots, cela peut sembler banal mais ça fait tellement du bien de se sentir comprise et encouragée dans ces moments-là, d’entendre autre chose que l’éternel « pousssezzzzzzzzzzzzzz, Poussssssssseeeezzzzz madame…, SSSSSSttttopppppppp ».
En 15 minutes, notre bébé est sorti le bras en avant, un peu comme superman. Il est 2h10. Daniel me chuchote « une petite sœur pour Faustine ». Je la mets contre moi et Marie-Christine et Hélène m’aide à m’allonger. J’ai encore un petit travail à faire avec l’évacuation du placenta, mais pour moi, tout cela n’a plus d’importance, c’est comme si la terre toute entière s’était arrêtée de tourner, l’espace de quelques minutes. J’ai un placenta postérieur donc délivrance dirigée. Malgré un placenta décollé, je n’ai pas de contractions. Marie-Christine me demande de pousser un peu et le placenta sort très facilement. Il est intact. Nous le mettons dans une boîte. Nous profitons de deux heures de peau à peau. Peu à peu, notre fille cherche à téter. Hélène nous apporte biscuits et jus de fruit frais. Quel bonheur, quel sentiment d’accomplissement, quel bien-être! Nous appellerons notre seconde fille Olivia. Nous n’étions pas encore tout à fait décidés sur son prénom… Daniel prévient les grands-parents, parrain et marraine comme promis. Vers 4h, Marie-Christine, voyant de la lumière dans notre chambre, nous dit que, quand on le souhaite, elle peut venir pour la pesée et un petit examen. Elle vient de suite car notre fille commence à se rendormir. Elle pèse 3kg720. Nous la mesurerons dans quelques jours quand elle sera « dépliée ». Vers 5h, le jour se lève, Daniel s’endort et moi, je contemple notre merveille. Elle est belle, je repense à ce que nous venons de vivre. Vers 7h, je m’endors enfin avec Olivia entre son papa et moi. Je savoure ces moments si intenses.
Je sais que tout reste à (re)créer, le lien avec Olivia, dont les prémisses ont déjà été construit in utéro, notre vie à 4, la place d’ainée de Faustine et de cadette pour Olivia, notre couple également mais je suis heureuse, ce bonheur profond et intense dont on se rappelle toute une vie. Nous sommes à l’abri, en sécurité, à la maison de naissance. J’aimerais tellement à cet instant où je porte ce petit bout de nous contre mon cœur, pouvoir passer mes doigts dans les cheveux de sa sœur encore endormie, respirer son odeur, passer mes lèvres sur ses joues. J’aimerais avoir à cet instant mes deux filles auprès de moi. Les deux grossesses et les deux naissances que j’ai eu l’occasion de vivre au cours de ma vie et jusqu’ici, ont été extrêmement enrichissantes, jalonnées de grands bonheurs mais aussi de crainte. Je tiens à remercier mes deux filles, Faustine et Olivia mais également mon amour, Daniel, sans qui ces expériences n’auraient pu m’être offertes. Je m’accomplis aujourd’hui dans ma vie en tant que maman, c’est pour moi le plus beau des métiers, et mon souhait le plus cher serait de pouvoir l’exercer à temps plein.

 

La naissance de Benjamin

La maison de naissance, c’est… Comme accoucher à la maison, mais sans avoir à se taper tout le ménage après. C’est accoucher en toute confiance avec des sages-femmes qui ne sont là que pour toi et ton bébé. C’est avoir toute l’attention pour toi, rien que pour toi, et hurler ta douleur sans honte. C’est pouvoir rentrer dans ton cocon, ton chez toi, dès les premières heures de bébé, sans passer de longs jours tristes et froids dans une chambre d’hôpital impersonnelle. J’ai adoré le suivi. Juste 3 sages-femmes, que tu vois en consultation en alternance, parce que personne ne peut savoir qui sera de garde le jour où bébé pointera le bout de son nez. Le tutoiement est de rigueur dès la deuxième visite : il n’y a rien à faire, ça détend. Et la consultation… Une petite pièce douillette, des fauteuils confortables, et surtout, surtout, une heure entière à papoter. De tout. De toi, de ton bébé, de ton environnement familial, du sien, de tes peurs, de ton passé, de ton homme – lequel est le bienvenu. A la maison de naissance, on ne fait pas qu’accoucher. Des tas de préparations différentes sont proposées. Pour cause d’emploi du temps déjà rempli par Mini1 et Mini2, j’ai seulement choisi la préparation ballon : des séances pour faire des étirements, faire travailler son corps en douceur dans l’optique de l’aider à mieux supporter les petits maux de la grossesse et de se préparer à l’accouchement. Le papa a aussi voulu apporter sa contribution : ensemble, nous avons suivi des séances de ballon-couple, où on apprend des positions pour accompagner les contractions et le passage de bébé (papa indispensable pour se souvenir de tout le moment venu), et une séance de préparation à la douleur. Loin du cliché de dizaines de femmes haletant de concert, il s’agit là d’apprivoiser la douleur par des mots, pour la sortir de soi, y compris le jour J. Le principe est simple : moins on a peur, moins on a mal. Cela étant, ya pas de miracle, ça douille quand même. Au final, le ballon-couple ne nous a pas servi des masses. Après des semaines d’une interminable attente, Mini3, qui semblait décidé à profiter au max son séjour in utero, est rentré d’un seul coup dans le vif du sujet. A minuit pile, comme s’il avait attendu d’être sûr de naître le même jour que sa mamie. A minuit pile donc, alors que rien ne le laissait présager, je perds les eaux. Je sonne illico à la sage-femme de garde, Evelyne, qui me dit d’attendre de voir si je vais avoir des contractions. A peine avons-nous raccroché que c’est parti. Une contraction toutes les 2 à 3 minutes. Autant dire qu’avec la poche rompue, j’étais tellement tenaillée par la douleur que je n’ai pu que m’écrouler comme une loque, à quatre pattes sur mon ballon. Impossible de mettre en application les exercices enseignés par Françoise. Au bout d’une heure de ce régime, je me dis que, même s’il ne me paraît pas très charitable de la réveiller encore une fois, ce serait peut-être pas mal de rappeler ma sage-femme, histoire de la tenir au courant. “Ha quand même”, lâche-t-elle quand je lui indique la fréquence des contractions. Un long quart d’heure plus tard, nous nous retrouvons devant la maison de naissance. A partir de là, tout n’est plus que nébuleuse et flou artistique. D’autant plus que je ne suis pas un oiseau de nuit, moi. Le sommeil, c’est sacré. Mini3 a eu tôt fait de me le faire ressentir. Je me souviens avoir attendu à peine quelques minutes qu’Evelyne prépare la chambre. Je me souviens m’être traînée sur le lit. Je me souviens avoir passé pas mal de temps à quatre pattes, appuyée sur le ballon, pour pouvoir balancer sur chaque contraction. Je me souviens avoir geint, gémi, hurlé, pesté, vociféré, éructé une quantité incroyable de mots fleuris et moins fleuris. Il paraît que dire qu’on a mal aide à avoir moins mal. Heureusement. Je me souviens d’un long moment dans la baignoire, couchée sur le côté, à labourer les avant-bras de mon homme. Je me souviens d’Evelyne lui apportant un café alors qu’il piquait du nez, prêt à m’y rejoindre malgré lui. Je me souviens d’avoir usé et abusé de mon écharpe de portage, pour m’étirer au maximum à chaque contraction. Et puis… Et puis le jour a commencé à se lever. J’étais épuisée et je n’avais plus la force de tenir à quatre pattes. Et, surtout, je ne sentais pas ma poussée. Alors, comme les deux autres fois, j’ai fini sur le dos, à mon grand désespoir, moi qui aurais voulu accoucher autrement. Mais, arrivée à un certain stade, la seule façon de mettre fin à la douleur, c’est de le sortir vite fait, ce bébé. Enfin, vite fait… J’ai quand même pris le temps d’une petite sieste. Combien de temps ? Je ne sais pas. Quelques contractions en tout cas. Pendant tout ce temps, Evelyne nous a gratifiés d’une présence discrète. A certains moments elle était avec nous, à me conseiller, à me masser le dos ; à d’autres, au contraire, elle nous a laissés dans notre intimité – je crois. Et puis Agathe est arrivée pour l’épauler. Toutes deux m’ont vraiment facilité la tâche, notamment sur le plan technique, en massant mon périnée, en le recouvrant de compresses chaudes. La douleur est devenue insoutenable, j’ai failli perdre pied, j’avais tellement mal, je ne savais plus quoi faire. Elles m’ont transmis leur calme et leur confiance. Et enfin, au petit matin, mon koala est arrivé, tout tranquille. Un vrai petit marathonien. Après ? Je ne m’en souviens pas beaucoup plus, occupée que j’étais à roucouler et admirer ma progéniture, mon fils, ayayaye, le plus beau des petits garçons du monde. Nous avons bullé sous la couette un certain temps. J’ai pris une douche rapide, avec l’aide d’Evelyne. Elle nous a apporté les croissants, et j’ai pris mon petit déj au lit tout en donnant à mon petit ange sa première tétée. Puis elle nous a commandé un couscous et est partie se reposer chez elle pour ne revenir qu’en fin d’après midi. Nous aurions pu rester sur place encore une nuit, mais j’ai préféré rentrer à la maison le soir même. Mes filles piaffaient d’impatience de voir leur petit frère, et moi d’être là, pour elles, même sans m’en occuper. Les grands parents ont tous déboulé en même temps ; je les ai laissés prendre les rênes de ma maison, et fêter ensemble la naissance de leur petit-fils en même temps que l’anniversaire de ma quasi-maman. La semaine suivante, Agathe est venue me voir chaque jour, nous prodiguant à mon koala et à moi les soins nécessaires, mais aussi apportant son aide précieuse, son écoute, ses conseils. Et, franchement, faire ses premiers pas de maman, accompagnée par une professionnelle, chez soi, c’est inestimable. Un premier bain donné à la maison n’a rien à voir avec celui qu’on donne à la maternité. Par la suite, elle a été disponible pour moi à tout moment, au téléphone, pour me soutenir dans mes débuts d’allaitement très difficiles. Je pense que c’est en grande partie grâce à elle qu’à presque 1 an, mon koala profite toujours du lait de sa maman. De cet accouchement, je garde surtout le souvenir d’un immense calme. La lumière était tamisée, la musique, douce. Nulle précipitation, nulle agitation. Une chambre douillette, des voix posées. Des mains chaudes, rassurantes, apaisantes. Un bébé réellement accueilli.

 

En tant que femme, je trouve qu’il y a une chose dont on parle peu et qui pourtant est susceptible de faire des dégâts en termes d’estime de soi et de protection de la vie privée et physique: tomber enceinte signifie sans qu’on vous le dise, que votre corps ne vous appartient plus. Et cela ne concerne pas que le bébé, à qui nous offrons toutes bien volontiers le meilleur des nids douillets, et la priorité dans tout ce dont il a besoin en apports nutritifs, … Mais en dehors de cela, non seulement il arrive que de parfaits étrangers se mettent à vous poursuivre, la main ouverte pour toucher votre ventre, mais le staff médical suit la tendance et est frappé d’amnésie localisée sur les concepts « intimité », « discrétion »  et « respect ». Sans compter qu’il tend souvent à prendre les décisions à votre place. Je me souviens avoir pensé: « tiens, je n’ai jamais entendu que grossesse rimait avec retard mental ». 

Bien entendu, beaucoup de suivis de grossesse « classiques » se passent très bien, mais je pense que c’est aussi parce que beaucoup de femmes font taire en elles leur exigence de respect minimal envers elles-mêmes. Nous sommes parfois juste des « couveuses », et pour le bien de notre enfant, souvent nous l’acceptons, avec les conséquences que cela engendre: nombreuses épisiotomies inutiles, césariennes « préventives », monitorings contraignants…
Voilà la raison pour laquelle je ne voulais pas d’un suivi classique. Je voulais la garantie qu’on ne me mette pas inutilement la pression pour accepter tel ou tel acte médical, ni que l’on ne force mon intimité sans un minimum de respect. Préserver l’estime de soi, la vie sexuelle, le bien-être de la maman sont importants!  
 
A la maison de naissance, j’ai trouvé une équipe respectueuse, qui discute des décisions à prendre, du sentiment de la maman, de son bien-être, de ce que la maman et le papa veulent. Je me souviens avoir été surprise lorsque Béné m’a demandé: « Est-ce que tu as un projet de naissance? Qu’Est-ce que tu VEUX? » Voilà bien des questions auxquelles je n’avais pas été habituée.. 
 
Puisque je n’étais pas sûre de la manière dont je voulais que cela se passe (je savais que je prendrais mes décisions « au feeling »), j’ai énuméré ce dont je ne voulais pas: pas de décision sans que je sache pourquoi et que je puisse intervenir, pas d’examen intime inutile, pas trop de lumière, pas de personne dans la pièce sans que j’en sois informée, et pas d’entrave physique. Tout a été respecté. Magnifiquement.
J’ai aussi été soulagée de savoir que je pouvais hurler à la lune sans être rabrouée (il ne faut pas hésiter à crier: ça fait un bien fou!). Je savais que j’allais vers une épreuve physique et émotionnelle sans précédent, et il était bon de savoir que les personnes qui allaient être avec moi se considéraient comme mes équipiers. 
 

C’était notre « D-Day », le débarquement, la délivrance… Non sans un rude combat!
J’étais en toute fin de grossesse, tout se passait bien. Sauf mon dos, mon impatience, mon caractère qui fait que lorsque je m’apprête à vivre une épreuve, je fonce dessus. Après quelques jours de grandes marches à pied rapides, de café, trucs et astuces en tous genres,…. Naël me fait signe. Ca y est. Etrangement sereine, j’ai passé 7heures d’attente à la maison, à rire, discuter, regarder un film et manger des morceaux de tarte. La Maison de naissance était prévenue, on m’attendait. A l’aise. C’est bon de se sentir tellement en confiance que la panique disparaît, que l’écoute de mon corps devient mon seul indicateur. Et puis je me suis décidée, lorsque j’ai senti que c’était le moment, ou bien était-ce parce que je ne tenais plus en place?! Et nous sommes partis. Je passerai les détails de la recherche effrénée de mes deux bêtes chiens qui, au moment du départ, se sont éclipsés (il fallait me voir, au volant de ma voiture, interroger entre deux contractions, les passants du quartier…).
 
Arrivés à la maison de naissance, on a fait un premier examen, discuté, plaisanté. J’ai demandé à mon amour de mettre de la musique, choisie pour l’occasion.

J’ai « joué » avec tout ce qui m’étais proposé: foulard, tabouret, lit, ballon, et puis j’ai demandé à entrer dans la baignoire. Bon sang, ce que ça fait du bien! La pression sur le dos se réduit, et même les contractions faisaient moins mal. Une fois ressortie, la poche des eaux s’est rompue. J’ai commencé le travail « dur » sur le lit, puis le ballon. Bien que je trouvais celui-ci amusant jusque là, je ne l’ai plus supporté et j’ai décidé de retourner dans la baignoire. Mon amour était avec moi. Il respirait avec moi, me massait le dos, m’embrassait,… Ca devenait vraiment très douloureux, je voulais en finir. Je ne sais plus qui m’a demandé si je souhaitais accoucher sur le lit. J’ai dit oui, espérant que les choses s’accélèrent hors de l’eau. Je me suis redressée, découvrant avec indignation que hors de l’eau, ça faisait encore plus mal (je me demandais comment ça pouvait être possible) Mais il était trop tard, l’enfant arrivait. Nous sommes donc restés dans l’eau. Calé dans mon dos, moi appuyée sur mon amour, on y était! Je continue à dire que c’est moi qui ai fait tout le boulot (non, mais sans rire, qui a inventé l’expression « accoucher une femme », que je l’attrape?!), mais rarement un papa a pu participer à ce point.

 

Il m’a tenu les jambes, a été mon appui, mon soutien, mon épée dans ce combat dur et douloureux. Mon excalibur, en somme! Et la sage-femme, le meilleur des boucliers! Les pauvres ont été insultés, rendus sourds, et exhortés à m’ouvrir le ventre avec un couteau tellement j’avais mal. Même mon petit garçon a eu droit à un « mais sors de là!! » Mais ils ont tenu, ont été mon courage quand je l’ai perdu, et de véritables guides pour moi. Et jamais je n’ai eu à remettre en doute la confiance totale que j’ai été amenée à mettre en eux. Car pour une parturiente, il est impossible de réaliser l’exploit de donner la vie sans confiance.
Et Naël est arrivé. Je l’ai eu immédiatement dans les bras, et son papa a pu couper le cordon. Mes premiers mots à mon fils ont été: « désolée de m’être fâchée sur toi, je t’aime! » Il était magnifique, et je l’ai trouvé tellement grand que malgré les sensations de douleur encore bien lancinantes, je me suis demandée comment il était possible qu’il soit sorti de mon ventre. Ce premier moment est unique et magnifique. Il n’efface pas toutes les épreuves, ni la douleur, mais le seul fait de voir son enfant donne une nouvelle dose de courage dont nous n’avons pas conscience. A ce moment, j’ai réalisé à quel point les femmes sont fortes!

Une fois sortie de l’eau, Naël cajolé et séché par son papa, la deuxième phase a débuté. Les sages-femmes ont appuyé sur mon ventre pour aider le placenta à sortir. C’est moins douloureux, mais après l’épreuve que je venais de traverser, je trouvais injuste d’avoir encore ça à subir. Je pense qu’il faut bien garder en tête qu’il faut y passer, ça rend les choses plus faciles.

Là, j’ai perdu beaucoup de sang. Mon amour me rappelle parfois à quel point il a eu peur. On a tous discuté d’un possible transfert à Ste Elizabeth, mais j’ai tenu bon, et on m’a écoutée. Les risques ont été bien évalués, en tenant compte de mon état psychique, et j’ai pu rester. J’ai été très bien suivie après pour ça et 2 semaines plus tard, j’ai reçu des poches de sang pour me remettre plus vite, et m’aider à mieux produire mon lait.

 

La douleur est incroyable, mais je tiens à dire ceci: il y a beaucoup d’astuces, qu’on vous propose à la maison de naissance, pour la rendre supportable. Pour la contrôler, même. Oui, c’est vrai, nous avons ce pouvoir de contrôler partiellement la douleur, de comprendre notre corps, de « sentir » ce dont nous avons besoin. Et le respect de la mère, de son enfant, la compréhension de notre propre puissance, de notre force, valent toutes les péridurales du monde!

 
Par la suite, un peu énervée par les femmes qui clament que l’accouchement est le plus beau jour de leur vie (unique, avec certains moments magnifiques, d’accord, mais ça s’arrête là pour moi), je me suis forcée à garder vifs dans mon esprit les bons comme les mauvais souvenirs. Pour ne pas faillir avec un moment de regret, la prochaine fois que nous nous déciderions à avoir un enfant. Pour entrer dans cette aventure en pleine conscience. Et pour la douceur avec laquelle Naël a été traité, pour le respect de mon avis, de mon corps, et du rôle du papa, je recommande la maison de naissances.
 

Encore un grand merci à toute l’équipe, et peut-être à bientôt 😉

Jeny

 

  Témoignages des parents de David

On nous avait dit que notre valise devait être prête dès la 37e semaine. Dans ma tête cela signifiait que je pouvais espérer la venue de notre petit bout dès ce moment là. Mes espoirs et mon attente grandissaient de jour en jour ! Les sages femmes avaient beau me dire que les premiers arrivent toujours plus tard, je ne pouvais pas m’empêcher d’attendre ce « petit bout de nous », comme disait son papa. Mais malgré mon attente, malgré mon amour, David ne pointait pas le bout de son nez. Avec mon impatience habituelle, je ne laissais pas le temps à la nature, je voulais imposer mon rythme à David. Mais ma détresse était réelle.

Quand enfin arriva le 13, début de la 40e semaine, je n’avais plus d’espoir, je m’imaginais devoir subir un accouchement déclanché, en maternité…

Pourtant avant que Pierre ne parte au travail, je lui ai demandé de me placer d’une manière devant aider la position du bassin, montrée par Nathalie, la sage femme qui nous suivra après la naissance. Il m’installe donc et puis, en caressant mon ventre, dit à David « Tu sais, tu peux venir quand tu veux. Papa et maman sont prêts à t’accueillir. ». A ce moment là, je sens un liquide tout chaud au creux de mes jambes. Un peu anxieux, nous regardons et constatons qu’un amas de glaires et de sang a été expulsé. Je suis partagée entre l’excitation et la peur que ça ne soit qu’un signe banal de l’avancée de la grossesse.

Pierre part quand même au travail. Et j’attends un peu, pleine d’espoir, que l’heure avance pour appeler Bénédicte, qui est de garde ce jour là. C’est elle qui m’a examinée deux jours avant et pour elle, il n’y a aucune raison de s’alarmer. Bon, …

Je retourne donc à mes occupations. Mais rapidement, à 9 heures, je ressens des contractions. Je suis un peu excitée mais en même temps cela pourrait être un « faux travail ». Pourtant, les contractions arrivent de manière régulière. Je décide de noter les heures auxquelles elles surviennent pour me faire une idée plus précise de leur régularité. Je marche de long en large dans la maison. Je chante en dansant doucement, en me déhanchant pour permettre à David de descendre, je tourne et tourne et tourne sur ma balle. Je téléphone à Pierre pour le prévenir que j’ai des contractions et que j’aimerais qu’il rentre. Il doit terminer ses dossiers et tout régler pour s’absenter pendant 15 jours et arrive. Une longue attente s’en suit. Je me glisse dans un bain bien chaud qui doit aider à atténuer la douleur. C’est aussi le test ultime : si elles ne partent pas malgré ça et qu’elles sont toujours aussi régulières, c’est que David arrive ! Effectivement, le temps s’égraine par tranche de 5 minutes, entre les contractions. Vers 11h je retéléphone à Pierre : ça devient urgent qu’il arrive. Je ne sais pas si je suis avancée ou non, et je ne m’inquiète pas d’arriver trop tard, mais je ressens le besoin d’avoir l’avis de Bénédicte sur ce qui est en train de se passer. Finalement, je sors du bain et fini de faire les valises pour l’accouchement. C’est relativement dur de se concentrer et pas facile de monter et descendre les escaliers, mais enfin voilà, tout est près.

Enfin, Pierre arrive ! Avec un peu de frénésie, il embarque nos affaires et nous voilà parti. Je lui demande de conduire tout doucement, je me sens si fragile. Le trajet passe vite. Je ne sais plus bien de quoi nous parlons. Je me rappelle juste m’être efforcée d’utiliser les méthodes de respiration de Corinne, la sage femme dont nous avons suivi les cours d’aqua gym.  Pendant le trajet, Bénédicte, à qui j’avais laissé un message, me rappelle : elle sera là pour nous accueillir.

Nous arrivons à la maison de naissance à 13h10. Bénédicte est là, comme toujours si souriante et apaisante. Nous montons dans la chambre d’accouchement, je me couche dans le lit qui sera celui de la naissance de David. Bénédicte m’ausculte. J’attends avec une pointe d’angoisse son verdict : si ce que j’ai vécu là n’a pas fait beaucoup avancer les choses, je ne sais pas si je pourrai endurer bien pire. Sa réponse est un véritable soulagement : mon col est dilaté à 5/6cm ! J’ai donc déjà bien avancé sur le chemin de mon accouchement.

Bénédicte me propose un bain bien chaud que j’accepte avec plaisir. Il  me fait du bien. Pierre s’installe à côté de moi avec un petit plateau repas. Pendant que Bénédicte part à une petite réunion dans un bâtiment à côté, nous discutons, tout heureux de ce qui nous arrive. Il m’embrasse, il me prend dans ses bras. Son amour me fait du bien. Bénédicte m’avait dit que David se présentait son dos dans mon dos et que s’il descendait comme ça dans mon bassin, l’accouchement pourrait durer deux heures en plus et être très douloureux. Il faut donc que je me penche beaucoup pour lui permettre de se tourner. Ca tombe bien : je vis mieux les contractions à quatre pattes que couchée. Lorsqu’elles arrivent je me tourne et appuie ma tête dans la main de Pierre. Mais au bout d’un moment, elles deviennent insupportables. J’ai un besoin impérieux de sortir de l’eau, de marcher. Pourtant quand elles arrivent, j’ai l’impression de ne plus savoir respirer, que je vais tomber dans les pommes. Je panique et je vois que Pierre aussi. Mais il fait tout pour m’aider. Lorsque Bénédicte revient, je me sens à nouveau rassurée. Elle me propose de me mettre sur le lit, appuyée en avant sur une balle. Ca m’aide beaucoup de me bercer doucement entre les contractions. Pierre me caresse les cheveux. Bénédicte me masse doucement le dos. Quand je sens les contractions arriver, je commence à me dire « Oh non ! Encore une autre qui arrive ! ». Je respire profondément, je gère aussi bien que je le peux. Je commence vraiment à m’endormir entre deux contractions. Je me souviens que Bénédicte m’a proposé d’aller aux toilettes. Ce que je fais, même si c’est fort douloureux. Et là, alors que tout pousse en moi, la poche des eaux se rompt. C’est très brutal, comme un ballon d’eau qui explose. J’imaginais quelque chose de plus doux, une eau chaude qui aurait coulé le long de mes jambes. Je me replonge dans la baignoire. Là, je commence à vraiment ne plus savoir où j’en suis. Je sens qu’on a passé un nouveau stade dans la douleur, dans mon accouchement. Je ne suis pas sure que mes souvenirs soient justes ou même dans l’ordre chronologique tant je ne suis plus que dans le ressenti. Lors d’une poussée, je perds du sang. Je ne sais pas de quoi il s’agit mais Bénédicte téléphone à Marie Christine qui est deuxième sage femme ce soir là. Je suis contente que ça soit elle, une personne que nous connaissons bien tout les deux, qui nous rejoigne. Je sors de la baignoire et m’allonge sur le lit. Bénédicte écoute régulièrement le cœur de David. Je ne trouve pas ça très agréable, comme si ce geste venait perturber notre travail à tout les deux. Pourtant je sais bien que c’est tout à fait nécessaire pour voir si notre petit loup vit bien nos efforts. Je pense aujourd’hui aux mamans qui sont sous monitoring continu avec tous ces bidules dans les bras et sur le ventre. Je les plains sincèrement. Bénédicte m’ausculte encore et se rend compte que mon col fait un pli, qui empêche le travail d’avancer. Elle me dit qu’elle va faire quelque chose qui va me faire mal mais qui va me faire gagner beaucoup de temps : lors de la poussée suivante elle laisse ses doigts sur le pli pour que David puisse enfin le passer. C’est douloureux mais je suis heureuse lorsqu’elle m’annonce : « Ca y est ! David peut passer. » Les poussées continuent et je perds pieds. Je suis complètement perdue. Je me pends au foulard, je m’assieds sur le tabouret d’accouchement, je me couche sur le lit en poussant sur le mur, mais le travail avance doucement. J’ai l’impression qu’il stagne. Je ne me souviens plus à quel moment Marie Christine arrive. Autant Bénédicte est une force tranquille, autant Marie Christine est la bonne humeur personnifiée. Elle apporte une nouvelle énergie qui permet à Bénédicte et Pierre d’avoir de nouvelles forces, de nouvelles idées pour me suivre. On recommence les poussées, dans toutes les positions. Marie Christine me fait sentir une huile essentielle. Je ne sais pas ce que c’est mais je trouve que cela sent bon, et je le vis comme un petit moment de plaisir, au milieu de mon brouillard. Elles me disent que David n’a plus qu’à passer la peau. Je me remets sur le tabouret et je me repends au foulard. On voit sa petite tête pousser. Mais elle repart aussitôt. Malgré tous mes efforts, cela dure et dure et dure. Je tombe dans l’abattement. J’ai l’impression de pousser aussi fort que je peux, de donner tout ce que j’ai et pourtant, David ne passe pas. Bénédicte me dit que si elle coupait, il viendrait sans problème. A ce moment là, j’ai très envie de lui dire de le faire. Tout plutôt que continuer à souffrir alors que j’ai le sentiment que rien ne change. Alors, elles prennent la décision de me proposer de le faire en « soufflé-bloqué ». J’accepte parce que je me sens incapable de faire naître David avec les méthodes qu’on a déjà testées. Pierre s’assied sur le lit contre le mur. Je m’installe entre ses jambes. Ca me fait du bien d’être à nouveau dans ses bras. Je voudrais pouvoir m’arrêter un peu pour qu’il me cajole. Mais tout n’est que douleur, je n’ai plus une seconde de répit. Bénédicte et Marie Christine s’installent face à moi, de manière à ce que je puisse appuyer mes jambes sur leurs épaules. Je pousse avec toutes mes forces, avec tout mon être. Pierre me soutient dans ces poussées : c’est contre ses bras que je pousse, que je donne tout ce qui est en moi. Les sages femmes me disent alors qu’on voit sa petite tête de plus en plus sortir à chaque fois. Quand enfin, elle sort sans rentrer à nouveau, je n’en peux plus. Lorsque je pousse, d’horribles crampes surviennent. J’ai peur de pousser parce que ça les déclanche. Les plus douloureuses sont dans mon bassin, qui me déchirent vraiment en deux. Alors j’ai besoin de m’arrêter. J’ai envie de refermer mes jambes, pour que mon corps puisse se détendre un peu. De toutes leurs forces, les sages femmes et Pierre m’en empêchent pour que je ne fasse pas de mal à David, dont la petite tête sort déjà. Je le vis comme une véritable agression, j’ai l’impression d’avoir déjà tant donné, comment peut on me refuser ce quelques secondes de calme ? Et pourtant, … J’imagine les conséquences qu’auraient pu avoir ce réflexe sur mon petit bout. Et encore aujourd’hui les larmes me montent aux yeux…. Pour me redonner de la force, elles me disent de toucher la tête de mon bébé, qui est là, qui arrive. Je la caresse mais je sens bien que ce n’est pas ça dont j’ai besoin : si je pense à David, qu’il est presque dans mes bras, je vais perdre mes moyens. A ce stade là, j’ai le sentiment que je dois me couper de mes émotions. La seule chose sur laquelle je dois me concentrer c’est l’effort que je dois produire. J’ai même une parole dure envers Pierre qui pleure de voir son fils naître : j’ai besoin de lui, de son courage, de sa force pour continuer. S’il m’abandonne, je n’y arriverai pas. Alors je pousse encore, plus fort, au-delà de toutes mes limites. Son corps passe et puis, tout d’un coup, ses jambes. Lorsqu’elles sortent de mon vagin, j’ai l’impression d’un immense soulagement. Tout mon corps se vide. Il se vide de David, de ses forces, de toute cette tension accumulée. Enfin, je redeviens moi, je redeviens l’épouse de Pierre, la maman de David. Je me reconnecte avec mes sentiments, avec ma tendresse pour ce petit être que nous avons tant attendu.

Enfin, il est sur moi, contre moi. Pierre se laisse aller lui aussi à ses sentiments et pleure de bonheur. Que c’est bon d’être contre lui, qui nous enlace tous les deux. Nous sommes une famille ! Il est 17h30. Mon accouchement aura duré 8 heures et demi.

Alors s’ensuit l’expulsion du placenta. Mais je suis si occupée par notre bébé tout contre moi que je ne la vis que superficiellement. Je ne me souviens plus qui coupe le cordon qui nous relie David et moi, Bénédicte ou Marie Christine. Je l’entends expliquer à Pierre comment cela se passe, mais ça ne m’intéresse étonnement pas : je n’ai de pensées que pour David.

Et puis, les sages femmes se retirent. Pendant deux heures, je resterai avec mes deux hommes, à découvrir ce fils que j’ai porté en moi pendant tout ce temps et pour qui mon amour a éclaté lorsqu’on l’a posé sur moi. Il est si beau, si parfait. Il tète déjà doucement mon sein et puis s’endort tout blotti contre moi.

Bénédicte et Marie Christine reviennent pour nous prodiguer quelques soins. Le côté gauche de mon bassin me fait encore fort mal. Elles me resserrent donc le bassin avec une écharpe. Avec l’aide de Bénédicte, je parviens à me lever et à marcher, à uriner. Mon rétablissement commence déjà !

Je n’ai qu’une petite éraillure. Je suis contente d’avoir suivi les conseils de Marie Christine qui me recommandait de me masser le périnée chaque jour à partir de la 36e semaine. A ce moment là, je suis heureuse d’avoir tenu bon et de ne pas avoir demandé l’épisiotomie. J’ai tant besoin de calme après cette tempête. Si j’avais dû vivre la nouvelle agression qu’aurait été la couture, alors que tout était fini, alors que David était là, cela aurait vraiment été dur à accepter.

Pendant ces soins Pierre prend enfin David contre lui. Je suis heureuse d’avoir vécu tout ça avec lui. Je suis fière de nous. Et quand finalement nous nous retrouvons seuls, nous nous endormons l’un près de l’autre, David entre nous, heureux.

 

Témoignages des parents de Luce

Ma puce. Tu es là depuis 3 mois maintenant, tu souris et tu gazouilles : le temps passe à une vitesse folle !

J’essaie d’écrire ces mots depuis plusieurs semaines. Ils sont difficiles à trouver, tant ta naissance a été magique, et nous a réconciliés, ton papa et moi, avec une partie de nous-même.

Quand nous nous sommes aperçus que nous t’attendions, la Maison de Naissance a été une évidence. Je voulais être acteur de ta naissance, je voulais être avec toi, tout le temps. Je ne voulais pas que ta naissance soit médicalisée, comme ça a été le cas de celle de ton grand frère.

Bénédicte, Marie-Christine et Evelyne, petites fées, nous ont accueilli, avec nos doutes, nos peurs, nos questions, mon obstination (!) et notre grand besoin de rassurance : évidemment, on y arriverait !

Petit à petit, elles ont tissé un cocon de douceur et de réalité autour de nous quatre.

Petit à petit, avec patience, elles ont recueilli nos craintes, et elles les ont détricotées, avec nous.

Petit à petit, tu grandissais, et notre confiance en nous aussi.

Petit à petit, je me suis sentie devenir forte.

Nous sommes mi-août à présent. Tu as le hoquet très souvent (et ça n’a pas changé !)

Je suis lourde, et depuis plusieurs semaines déjà je me languis de te voir. Mes craintes reviennent : et si tu dépasses le terme, comme Brieuc ? Et si tu dois venir à l’hôpital ? Et si ta naissance nous échappe ? Heureusement que les petites fées sont là, et qu’elles m’apprennent à lâcher prise : tu sais ce qu’il y a de mieux, je dois te faire confiance.

Je dis souvent à Brieuc que, bientôt, « le bébé » va manquer de place dans le ventre de maman, qu’il va sortir. Nous voulons que lui aussi participe à ta naissance, à sa manière.

Tu es attendue le 29 août. Je t’espère plus tôt, et en même temps, j’ai du mal à arrêter de travailler. Je suis une tête de mule !

Le 23, je vois Bénédicte, pour un monitoring. En la quittant, on se dit « à jeudi » ! Puis, je file chez Pascal, notre ostéopathe. En chemin, j’essaie d’appeler ton papa : pas moyen de le joindre, heureusement que je n’accouche pas !

Je rentre à la maison, je m’occupe de Brieuc, je l’embrasse fort avant d’aller faire dodo, avec cette curieuse sensation dans le dos… Pendant la soirée, des contractions… Chouette ! On essaie de noter l’intervalle, mais ton papa et moi n’avons jamais été très rigoureux avec l’heure… Je tricote, je suis bien. Pourtant, impossible de dormir !

A minuit et demi, je réveille ton papa. On descend, il prépare les dernières petites affaires, et puis on attend. On regarde l’heure, il me dit d’appeler Bénédicte, mais j’ai peur que ce soit un faux travail, je ne veux pas réveiller Brieuc, Bénédicte, Cécile et Pascal pour rien !

A 2h, plus moyen de se tromper, les contractions sont bien là, douloureuses mais supportables.

On appelle Bénédicte, on tire Cécile et Pascal de leur lit, on enveloppe notre petit bonhomme et on quitte la maison.

Dans la voiture, on explique à Brieuc qu’on va te chercher, que c’est le moment, que maman a mal au ventre parce que tu dois sortir… Et puis je perds une partie des eaux (merci Marie pour le bon conseil-voiture). Cécile et Pascal nous attendent, heureux. Thibault décharge les affaires de Brieuc, j’essaie de lui faire un câlin, les contractions sont intenses. On lui dit au revoir, à tantôt mon chéri !

Nous partons. Papa roule vite ! Nous sommes à la Maison de Naissance. Bénédicte arrive une dizaine de minutes après nous. Il est 3h30, je suis à 6 bons cm.

Ca y est ! Mes doutes, mes craintes ont disparu : je viens te chercher, tu arrives, papa t’attend, nous y sommes arrivés, ensemble.

C’est dur, j’ai mal, je hurle, mais je suis heureuse. Ton papa et moi sommes ensemble, Bénédicte nous entoure, Pascale arrive. Les deux heures qui suivent sont comme ouatées : je suis dans une sorte de brouillard, tout en étant extrêmement consciente. Conscience accrue des mains qui me massent le dos, avec une douceur infinie, conscience de la moindre parcelle de mon corps, conscience de la présence attentive de Bénédicte, fusion avec Thibault, fusion avec toi, qui avance vers nos bras.

Il est un peu plus de 5h. J’ai l’impression de tu écartes les os de mon bassin pour descendre, tu me fais comprendre qu’il est temps. 1, 2, 3… « Viens le chercher ! » me dit Bénédicte. Et je t’attrape, et tu es là, merveilleux bébé. Ton papa rayonne.

Il est 5h30, le 24 août.

Instant d’éternité.

On se recouche. Ton papa coupe le cordon.

Bébé-surprise, tu es tellement serein, tellement paisible, tout à notre bonheur, ni papa ni moi n’avons regardé si tu étais un garçon ou une fille ! Et là, émerveillés, nous te regardons longtemps avant de soulever les couvertures… Luce, petite lumière.

Merci, ma puce, d’être là.

Merci, Brieuc, d’être toi, si attentif.

Merci, Thibault, d’avoir accepté cette part d’inconnue. Merci d’avoir mis notre petite fille au monde ensemble.

Merci, Cécile et Pascal, pour votre amour.

 

Merci, petites fées, de permettre l’existence de la Maison de Naissance. Vous faites de la magie au quotidien.

 

Anne-Catherine, Thibault, Brieuc et Luce.

 

Naya-Lisbeth, née le 21 Juillet 2012 à l’Arche de Noé

Et voilà, j’ai fini les peintures de la chambre de ton frère dimanche et mercredi les faires-parts. Tout est fini, tu peux venir quand tu veux. Le lendemain, vers 4h, j’ai mal au ventre, comme des petits pincements tous les quart d’heure. Fausse alerte ou alors c’est toi qui commence à faire tes valises pour ton voyage ??? Je décide à 6H du mat, pour ne pas réveiller ton papa et ton frère (qui était venu nous rejoindre) de descendre. Je prépare d’abord les valises (la mienne et celle de Basile) et puis je me fais couler un bon bain, que ça fait du bien…….au calme avec toi dans mon ventre pour la dernière fois…… j’ai du resté une demi heure et quand je suis sortie, les contractions étaient plus rapprochées (+/- 5min). Ton papa et Basile étaient descendus et commençaient à jouer… Ils n’avaient pas remarqué les valises 😉 Je leurs ai donc dit qu’il  fallait se préparer car tu voulais venir aujourd’hui.

9H30,  les contractions sont toujours aussi rapprochées mais j’arrive à bien les gérer et quand je sens  qu’une vague arrive, je me met dans l’encadré de la porte, le dos collé d’un coté et les bras de l’autre et  je  m’imagine sur la plage avec les vagues qui viennent et repartent calmement et les contractions font de même.  Entre chaque, j’habille Basile qui me demande pourquoi je fais ça, je lui explique que tu aimerais bien sortir du ventre de maman pour venir le voir et que lui pendant ce temps, il ira jouer chez Nany Papy. Il regarde mon ventre et puis dit « tu peux pas faire mal à ma maman Naya » Je lui explique alors que ce n’est pas toi qui me fait mal mais mon ventre car il est devenu trop petit pour toi. … Alors il fait un grand bisous dessus 😉

10h, Je sonne à Béné pour lui dire que le travail a commencé et va bientôt démarrer. Pas de soucis pour elle, elle nous attend à l’arche. Mes parents arrivent pour prendre Basile, il est tout content que tu arrive et qu’il viendra te voir tantôt. Ton papa est enfin prêt aussi, heureusement car parfois j me disais qu’on allait jamais savoir aller à l’arche car les contractions son très très rapprochées mais je gère 😉

10H45 on arrive décontracté à l’arche (que une contraction sur le trajet, ouf car dans la voiture, c’est toujours galère pour les accueillir). Par contre dès que je sors de la voiture, une très belle vague m’envahi, j’attends un peu et puis on rentre voir béné, toute souriante comme d’habitude. Elle me trouve radieuse (ça fait plaisir de l’entendre dire ça), on papote un peu devant un bon pti thé, j lui explique ma matinée et puis, elle me dit qu’on va quand même monter pour voir à combien je suis. Vu que pour Basile, j suis arrivée à 3cm et que j’avais bcp plus mal, j’espère que je suis quand même à 3 ou 4. Béné me dit vu comme je suis, elle ne mettrait pas plus de 5 mais quand elle a vu la très belle vague et comment je l’ai accueillie, elle était plus très sûr du chiffre…… après  deux belles coup sur coup, elle m’ausculte et là, le verdict tombe je suis à 9 cm. Je n’ai qu’un mot à dire YES!!!! Elle téléphone donc à Agathe pour qu’elle vienne dès maintenant.

Les douleurs dans le dos sont de plus en plus fortes mais celles dans le bas ventre ça va. J’ai l’impression de mieux gérer les contractions quand mon dos est collé au mur alors entre les vagues je marche et puis hop au mur 😉  Agathe arrive, on parle un peu, puis elles me laissent pour que je me reconcentre sur le travail. J’ai envie de bouger, donc j’essaye le ballon, Agathe qui était revenue me masse le bas du dos (ça fait un bien fou). Comme le travail commençait à ralentir, Béné m’a conseiller de faire les escaliers (sur place) et puis j’ai eu envie de me mettre sur le lit, au passage, on a écouté ton petit cœur pour voir tu allais bien. Tout était parfait.  Béné a quand même dû aider la poche des eaux à se rompre. Tout en accueillant les contractions, je me suis mise sur le côté et à chaque contraction, j’allais un peu plus sur le ventre. J’ai alors entendu Agathe qui disait à Béné, « t’as vu, elle se met sur le ventre ». Et oui, c’est MA position, qu’est ce qu’on est bien

Dès que j’étais sur le ventre, les contractions étaient beaucoup plus intense mais aussi et à ma grande surprise, aussi gérable que les autres. J’ai commencé à pousser et après quelques poussées, tu étais là dans mes bras, toute petite avec tes grands yeux déjà bien ouverts pour regarder tout autour de toi.

ET voilà, il est 14H …..

 

Deuxième bébé, deuxième accouchement sur le ventre. Même pour la délivrance, j’ai dû me remettre dans la position d’accouchement car les contractions s’étaient arrêtées et le placenta devait sortir.  Béné m’a donc dit de me mettre sur le ventre, et les contractions ont repris et en deux poussées, il est sorti. 

Un tout grand merci pour vous toutes pour vos conseils, votre présence à chaque consulte et Merci à Agathe et Béné qui m’ont superbement accompagnées tout au long de cette aventure ainsi qu’a Chantal qui m’a bien aidé avec ses cour de yoga.

 

La naissance d’Artus

La maison de naissance, c’est… Comme accoucher à la maison, mais sans avoir à se taper tout le ménage après. C’est accoucher en toute confiance avec des sages-femmes qui ne sont là que pour toi et ton bébé. C’est avoir toute l’attention pour toi, rien que pour toi, et hurler ta douleur sans honte. C’est pouvoir rentrer dans ton cocon, ton chez toi, dès les premières heures de bébé, sans passer de longs jours tristes et froids dans une chambre d’hôpital impersonnelle. J’ai adoré le suivi. Juste 3 sages-femmes, que tu vois en consultation en alternance, parce que personne ne peut savoir qui sera de garde le jour où bébé pointera le bout de son nez. Le tutoiement est de rigueur dès la deuxième visite : il n’y a rien à faire, ça détend. Et la consultation… Une petite pièce douillette, des fauteuils confortables, et surtout, surtout, une heure entière à papoter. De tout. De toi, de ton bébé, de ton environnement familial, du sien, de tes peurs, de ton passé, de ton homme – lequel est le bienvenu. A la maison de naissance, on ne fait pas qu’accoucher. Des tas de préparations différentes sont proposées. Pour cause d’emploi du temps déjà rempli par Mini1 et Mini2, j’ai seulement choisi la préparation ballon : des séances pour faire des étirements, faire travailler son corps en douceur dans l’optique de l’aider à mieux supporter les petits maux de la grossesse et de se préparer à l’accouchement. Le papa a aussi voulu apporter sa contribution : ensemble, nous avons suivi des séances de ballon-couple, où on apprend des positions pour accompagner les contractions et le passage de bébé (papa indispensable pour se souvenir de tout le moment venu), et une séance de préparation à la douleur. Loin du cliché de dizaines de femmes haletant de concert, il s’agit là d’apprivoiser la douleur par des mots, pour la sortir de soi, y compris le jour J. Le principe est simple : moins on a peur, moins on a mal. Cela étant, ya pas de miracle, ça douille quand même. Au final, le ballon-couple ne nous a pas servi des masses. Après des semaines d’une interminable attente, Mini3, qui semblait décidé à profiter au max son séjour in utero, est rentré d’un seul coup dans le vif du sujet. A minuit pile, comme s’il avait attendu d’être sûr de naître le même jour que sa mamie. A minuit pile donc, alors que rien ne le laissait présager, je perds les eaux. Je sonne illico à la sage-femme de garde, Evelyne, qui me dit d’attendre de voir si je vais avoir des contractions. A peine avons-nous raccroché que c’est parti. Une contraction toutes les 2 à 3 minutes. Autant dire qu’avec la poche rompue, j’étais tellement tenaillée par la douleur que je n’ai pu que m’écrouler comme une loque, à quatre pattes sur mon ballon. Impossible de mettre en application les exercices enseignés par Françoise. Au bout d’une heure de ce régime, je me dis que, même s’il ne me paraît pas très charitable de la réveiller encore une fois, ce serait peut-être pas mal de rappeler ma sage-femme, histoire de la tenir au courant. “Ha quand même”, lâche-t-elle quand je lui indique la fréquence des contractions. Un long quart d’heure plus tard, nous nous retrouvons devant la maison de naissance. A partir de là, tout n’est plus que nébuleuse et flou artistique. D’autant plus que je ne suis pas un oiseau de nuit, moi. Le sommeil, c’est sacré. Mini3 a eu tôt fait de me le faire ressentir. Je me souviens avoir attendu à peine quelques minutes qu’Evelyne prépare la chambre. Je me souviens m’être traînée sur le lit. Je me souviens avoir passé pas mal de temps à quatre pattes, appuyée sur le ballon, pour pouvoir balancer sur chaque contraction. Je me souviens avoir geint, gémi, hurlé, pesté, vociféré, éructé une quantité incroyable de mots fleuris et moins fleuris. Il paraît que dire qu’on a mal aide à avoir moins mal. Heureusement. Je me souviens d’un long moment dans la baignoire, couchée sur le côté, à labourer les avant-bras de mon homme. Je me souviens d’Evelyne lui apportant un café alors qu’il piquait du nez, prêt à m’y rejoindre malgré lui. Je me souviens d’avoir usé et abusé de mon écharpe de portage, pour m’étirer au maximum à chaque contraction. Et puis… Et puis le jour a commencé à se lever. J’étais épuisée et je n’avais plus la force de tenir à quatre pattes. Et, surtout, je ne sentais pas ma poussée. Alors, comme les deux autres fois, j’ai fini sur le dos, à mon grand désespoir, moi qui aurais voulu accoucher autrement. Mais, arrivée à un certain stade, la seule façon de mettre fin à la douleur, c’est de le sortir vite fait, ce bébé. Enfin, vite fait… J’ai quand même pris le temps d’une petite sieste. Combien de temps ? Je ne sais pas. Quelques contractions en tout cas. Pendant tout ce temps, Evelyne nous a gratifiés d’une présence discrète. A certains moments elle était avec nous, à me conseiller, à me masser le dos ; à d’autres, au contraire, elle nous a laissés dans notre intimité – je crois. Et puis Agathe est arrivée pour l’épauler. Toutes deux m’ont vraiment facilité la tâche, notamment sur le plan technique, en massant mon périnée, en le recouvrant de compresses chaudes. La douleur est devenue insoutenable, j’ai failli perdre pied, j’avais tellement mal, je ne savais plus quoi faire. Elles m’ont transmis leur calme et leur confiance. Et enfin, au petit matin, mon koala est arrivé, tout tranquille. Un vrai petit marathonien. Après ? Je ne m’en souviens pas beaucoup plus, occupée que j’étais à roucouler et admirer ma progéniture, mon fils, ayayaye, le plus beau des petits garçons du monde. Nous avons bullé sous la couette un certain temps. J’ai pris une douche rapide, avec l’aide d’Evelyne. Elle nous a apporté les croissants, et j’ai pris mon petit déj au lit tout en donnant à mon petit ange sa première tétée. Puis elle nous a commandé un couscous et est partie se reposer chez elle pour ne revenir qu’en fin d’après midi. Nous aurions pu rester sur place encore une nuit, mais j’ai préféré rentrer à la maison le soir même. Mes filles piaffaient d’impatience de voir leur petit frère, et moi d’être là, pour elles, même sans m’en occuper. Les grands parents ont tous déboulé en même temps ; je les ai laissés prendre les rênes de ma maison, et fêter ensemble la naissance de leur petit-fils en même temps que l’anniversaire de ma quasi-maman. La semaine suivante, Agathe est venue me voir chaque jour, nous prodiguant à mon koala et à moi les soins nécessaires, mais aussi apportant son aide précieuse, son écoute, ses conseils. Et, franchement, faire ses premiers pas de maman, accompagnée par une professionnelle, chez soi, c’est inestimable. Un premier bain donné à la maison n’a rien à voir avec celui qu’on donne à la maternité. Par la suite, elle a été disponible pour moi à tout moment, au téléphone, pour me soutenir dans mes débuts d’allaitement très difficiles. Je pense que c’est en grande partie grâce à elle qu’à presque 1 an, mon koala profite toujours du lait de sa maman. De cet accouchement, je garde surtout le souvenir d’un immense calme. La lumière était tamisée, la musique, douce. Nulle précipitation, nulle agitation. Une chambre douillette, des voix posées. Des mains chaudes, rassurantes, apaisantes. Un bébé réellement accueilli.

 

Témoignages de la famille de Samir

Histoire d’un cheminement familial

Le choix de la maison de naissance ne fut pas une évidence pour nous. Ton papa craignait l’éloignement d’un milieu très médicalisé, moi j’avais envie de t’accueillir ailleurs qu’à l’hôpital, mais j’avais peur des conséquences en cas de complication. Après une première rencontre avec Evelyne, j’étais assez convaincue que ce milieu me conviendrait mieux que l’hôpital, mais ton papa était encore un peu dubitatif.

Nous avons donc choisi d’entamer un suivi à la MDN afin de nous laisser le temps d’y réfléchir d’apprivoiser l’idée d’une naissance là-bas. Parallèlement, ma grossesse était suivie ‘classiquement’ à St Pierre, Ottignies. Au fil des mois et des rencontres avec les sages-femmes de la MDN, nous nous sentions de plus en plus à l’aise avec l’idée d’un accouchement à la MDN. La froideur de certains médecins et la rapidité des rendez-vous à l’hôpital nous laissait décontenancés et un peu perdus face aux multiples questions que cette première grossesse suscitait. Au contraire, à la MDN, nous avions le temps de poser toutes les questions qui nous venaient, mais aussi d’être écoutés sur les aspects physiques et psychologiques de la grossesse, de l’accouchement et même de notre « parentalité » future. Les questions des sages-femmes, toujours judicieuses, nous permettaient parfois d’aborder des sujets un peu délicats ou d’évoquer avec un tiers des questions pas toujours évidentes à discuter à deux.

Les soirées thématiques de la MDN nous aidèrent beaucoup aussi. Nous avions assisté à une soirée similaire à Ottignies sur la douleur : après avoir suivi celle d’Evelyne sur le même thème à la MDN, il nous parut clair que celles de la MDN étaient plus riches, plus intéressantes et remplaceraient avantageusement celles d’Ottignies.

Au fil des rencontres à la MDN, il était de plus en plus évident que c’était là que nous souhaitions t’accueillir. Autour de nous, ce projet suscitait des réactions mitigées, souvent étonnées, parfois dubitatives. Face aux commentaires décourageants ou carrément hostiles de certains, nous avons finalement décidé de garder notre projet discret et de ne l’évoquer qu’avec les plus ouverts de nos proches.

Grâce aux bons conseils et aux encouragements des sages-femmes et de ton papa, je réussis à atteindre 37 semaines en pleine forme. Nous étions soulagés d’avoir atteint la date limite d’accueil à la MDN, et impatients de t’accueillir !

Le 9 juin, vers 18h, je remarquai quelques douleurs bénignes. J’attendais ta naissance avec tant d’impatience que je n’osais pas trop y croire. Cela faisait déjà plusieurs semaines que je guettais chaque signe en espérant ton arrivée, alors je n’osais pas trop m’emballer. A 20h, les douleurs étaient devenues un peu plus fortes et je décidai d’aller prendre un bain chaud, comme conseillé pour différencier le faux travail du vrai. Mes contractions ne s’arrêtèrent pas, mais je doutais encore que ce soit véritablement l’accouchement qui se préparait A 21h, Rémy (qui n’avait plus trop de doutes, lui, quant à l’imminence de l’événement), me convainquit de téléphoner à Evelyne. A 22h mes contractions étaient fortes et rapprochées, il n’y avait plus de place pour le doute (même si j’avais encore du mal à le réaliser). J’entrais peu à peu dans un état second contre auquel je me laissais entièrement aller, je m’efforçais de rester « dans le coton » suivant les conseils de la préparation à la naissance que nous avions fait avec Bénédicte. Mes communications avec l’extérieur de cette bulle se réduisirent au minimum. Je n’étais plus tout à fait consciente de la réalité autour de moi et je me laissais guider. Rémy m’encourageait sans relâche malgré sa propre anxiété.

Nous arrivâmes à la MDN vers minuit. Evelyne nous accueillit dans le calme et la sérénité. J’étais déjà 4 centimètres. Ton Papa ne lâchait plus ma main et la force qu’il me communiquait m’aidait à tenir bon. Evelyne me fit couler un bain dans la spacieuse baignoire de la MDN et l’apaisement que me procura l’eau chaude m’aida énormément à supporter la douleur. Sans ce soulagement procuré par ce bain, j’ignore comment j’aurais supporté les contractions de plus en plus fortes. Je passai l’essentiel de mon travail dans ce bain, encouragée par Evelyne et Rémy qui ne me quitta pas un instant.
Evelyne allait et venait, vérifiant régulièrement que tout se passait bien tout en nous laissant vivre à deux ce moment précieux et intime. Il n’était pas facile d’appliquer les conseils de Bénédicte pour traverser la douleur de chaque contraction, mais lorsque j’y arrivais j’avais la sensation de « surfer sur la vague » de la contraction plutôt que d’être engloutie par elle. Je visualisais chaque contraction comme une bouée : j’essayais de plonger en son centre, et lorsque j’y parvenais je la surmontais sans lutter. Entre chaque contraction, je me laissais aller dans les mains de Rémy qui soutenait ma tête et je m’endormais presque, j’oubliais tout au point que j’étais étonnée de réaliser que j’étais en train d’accoucher quand je reprenais conscience. Je tentais d’accueillir la contraction suivante en résistant le moins possible. De temps en temps, dépassée par la douleur, je n’y parvenais pas et je subissais la vague de la contraction sans parvenir à « surfer » dessus. A ces moments là, j’avais l’impression de perdre pied, de me noyer dans ma douleur. A la contraction suivante, je visais à nouveau ma « bouée ».

La présence rassurante d’Evelyne et de Rémy dans l’ambiance tamisée de cette pièce avec un fond de musique douce me permirent d’arriver au bout du travail en quelques heures. Peu avant 3 heures, Evelyne m’informa que le col était dilaté et effacé ; la poussée pouvait commencer. Ce fut un soulagement : les contractions étaient plus supportables en poussant, et je m’installai sur le lit, d’abord à quatre pattes, appuyée sur un ballon. Après quelques poussées, brusquement, un liquide chaud éclaboussa brusquement mes jambes et le lit : je venais de perdre les eaux. J’avais tout à fait oublié la poche des eaux et je fus assez surprise.

La douleur se précisa au creux de mes reins, et le massage d’Evelyne dans mon dos m’aida beaucoup. Peu après, Evelyne me dit que ta tête paraissait. Rémy me confirmait qu’il la voyait, ainsi que tes petits doigts : tu naissais la main droite en avant ! Pascale, seconde sage-femme, arriva peu de temps avant ta naissance. Elle m’offrit le support de sa robuste épaule pour appuyer mes pieds pendant les dernières poussées. Tu crias alors que tu étais encore à demi dans mon ventre, comme me raconta ton Papa. A la poussée suivante, Pascale te cueillit dans ses mains puis te posa sur moi, ton cordon palpitant encore relié à mon ventre.

Ton Papa et moi étions tellement émus ! Un quart d’heure plus tard, après quelques tâtonnements, tu trouvas mon sein et pris ton premier repas. Enfin, épuisé par ta traversée et ces émotions, tu t’endormis pour une douzaine d’heures !

Ton Papa et moi sommes très heureux d’avoir pu réaliser notre projet de naissance à la MDN et très reconnaissants de l’accueil, de l’écoute, du suivi et des soins reçus. La maturation de ce projet nous permit de mieux nous connaitre l’un l’autre, de nous confronter à des questions intimes et de faire un choix très personnel pour ta naissance. Ce choix nous convenait parfaitement, à tel point que, si la nature le permet, nous prévoyons déjà d’y retourner pour ton petit frère ou ta petite sœur …

 Témoignage des parents de Célia

Célia, cadeau du Ciel, nous avons désiré t’accueillir à la maison de naissance pour que tu sois au cœur de ta naissance et que nous puissions accompagner ta traversée. Nous voulions également être à l’écoute de mon corps et permettre à ton papa de participer activement.

Nous t’attendions et nous préparions à te rencontrer au fil des rencontres avec Bénédicte, Evelyne et Marie-Christine. Autant de moments privilégiés pour revenir à l’essentiel… c’est-à-dire toi et ce, au-delà de tes mensurations et de celles de mon utérus. Le suivi avec les sages-femmes a permis de construire les réponses à nos questions et créer une équipe compétente qui se connaît et s’apprécie en vue du travail le jour J. Ces rencontres nous ont mis en confiance. La date du terme approchait et nous étions de plus en plus prêts à te serrer dans nos bras mais tu prenais ton temps au point qu’il était prévu de te provoquer… Ce fut l’occasion ; notamment en échangeant avec Bénédicte et Thérèse d’apprendre à peser le pour et le contre et … lâcher prise par rapport à notre projet, pour se centrer sur le meilleur pour toi. Mais finalement, tu as du entendre les mots d’amour que je te murmurais et tu es arrivée un dimanche très ensoleillé, à ton rythme et en douceur. Ah ; quelle belle aventure comme le dit si bien Bénédicte.  

Ce 22 mai, nous avons atterri à la MDN très sereins, forts de l’expérience de la naissance magnifique d’Evy trois ans plus tôt. Nous nous réjouissions de recommencer avec Bénédicte. Le travail était intense et rapide mais grâce à la préparation avec Evelyne sur la gestion de la douleur, je gérais, blottie dans les bras de Jean-Pol. Nous étions impatients de te tenir et attendions enthousiaste l’arrivée d’Evelyne, seconde sage-femme, tout en se préparant à la poussée…. Jusqu’à ce que les contractions s’arrêtent, que la fatigue de la grossesse et des derniers préparatifs m’envahissent et qu’un rebord de col ne prolongent le travail durant 6 longues heures. Benédicte et Jean-Pol, fidèles à eux-mêmes, m’ont prodigués encouragements et soins tout au long de la journée…

Bénédicte m’a massée des heures tout en veillant à éliminer ce rebord de col avec doigté et maîtrise. Jean-Pol a fourni calme, chaleur et tendresse. Ne montrant rien de son inquiétude. J’ai pu ainsi aller chercher et accueillir les contractions dans le respect du rythme de Célia… et du mien.   La douleur et la lassitude étaient présentes mais le soutien et la confiance de mes coachs m’ont permis de me dépasser, de savourer l’instant présent et d’être enfin prête à pousser. J’ai pu profiter également des conseils judicieux d’Evelyne, revenue une seconde fois, pour pousser encore et encore puisant l’énergie dans le corps à corps avec mes trois accompagnateurs. C’est à bout de souffle et en hurlant que j’ai pu t’expulser tout en caressant ta tête presque sortie.  

En sentant ton corps sortir de moi, reposer sur mon ventre reliées par le cordon, je mesurais que seule je n’y serais pas arrivée, que l’accompagnement des sages-femmes et la force de ton père a permis d’éviter forceps, ventouse et épisiotomie. Pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs. Jean-Pol et moi envahis de joie te regardions et puis il s’est précipité pour annoncer ta venue au monde entier (ou presque). Pendant ce temps nous savourions toi et moi un peau-à-peau de 2 heures empreint de tes succions au sein et de tes pleurs racontant ta naissance. En partant Evelyne m’a dit de t’écouter parce que tu es forte et que tout irait bien si j’allais doucement avec toi. Ces paroles ainsi que la « positive attitude » de Bénédicte m’ont guidée dans la découverte de cette seconde et merveilleuse maternité.

Accoucher en MDN, c’est bénéficier d’un post-partum personnalisé durant plusieurs jours voire semaines. Merci à Thérèse de nous avoir aidé à découvrir le mode d’emploi de nos filles.   Finalement, la MDN pour nous, c’est la manière dont nous avons choisi d’accepter une part d’inconnue, de se (re)connecter à bébé et à soi. C’est vivre au-delà de la souffrance la communion avec d’autres femmes de part le monde tout en s’appropriant notre rôle de parents. Merci à toutes les sages-femmes qui ont ouvert ces portes.  

 

Témoignages des parents de Marco

Déjà 4 mois que nous formons une petite famille et les souvenirs de ta naissance s’effacent peu à peu ; vite il faut que j’écrive avant d’avoir tout oublié.

Cela fait déjà 4 jours que le terme est dépassé. Tous les remèdes y passent : homéopathie prescrite par M-Christine, huile d’onagre, méthode italienne, viande de bœuf et pâtée de campagne à tous les repas…rien n’y fait, tu restes blotti au chaud dans le ventre de maman. Nous sommes bien comme ça tous les deux, rien ne presse, le jour que nous avions secrètement choisi n’est pas encore arrivé.
Par ce beau mardi de printemps, nous partons faire les courses comme tous les matins depuis une semaine ; il ne faut manquer de rien le jour J, les placards et le frigo sont pleins. La maison est plus propre que jamais. Après une petite sieste matinale, nous faisons notre grande promenade au pas de course comme tous les jours depuis déjà un mois, c’est Arena qui est heureuse de cette habitude. Je te raconte l’odeur de la nature, les oiseaux qui tournoient dans le ciel, le soleil qui me caresse le visage en me disant que ça devrait te décider à pointer le bout de ton nez. Puis je t’explique ta naissance, j’essaie de te rassurer, je te dis que nous serons tous les deux et que papa, Bénédicte et M-Christine seront là pour nous aider.
Nous rentrons, j’appelle Bénédicte pour prendre rendez-vous pour le monitoring de jeudi mais je lui dis que nous nous verrons sans doute avant pour ta naissance.
Rien n’a changé et pourtant je suis persuadée que demain sera le grand jour. Nous allons nous coucher comme tous les soirs, pas une contraction, me serais-je trompée?
A 4h30, une contraction me réveille, elle n’est pas vraiment douloureuse. Alors j’essaie de me rendormir en me disant que si le travail a vraiment commencé je ne trouverai pas le sommeil. Puis les contractions commencent à se succéder, régulières, douces mais suffisamment intenses pour que je ne replonge pas dans le sommeil. Une heure plus tard, je me décide à attraper le portable pour chronométrer le temps qui s’écoule entre deux vagues : 6 minutes, je suis contente, on dirait que ce sera pour aujourd’hui. 6h30 : je me plonge dans un bain pour vérifier que les contractions ne disparaissent pas…toujours 6 minutes, le travail a bien commencé. Jose se réveille, il est tout excité!
8h : l’heure me semble convenable pour appeler Bénédicte et la prévenir que nous arriverons certainement dans la matinée. Elle me dit de prendre mon temps et de la rappeler lorsque nous démarrerons de la maison. Jose part acheter le pain, je prépare le petit-déjeuner, rassemble les affaires, sort le Kougelhopf que j’avais préparé pour ta naissance du congélateur. Je suis obligée de m’assoir ou de m’accroupir à chaque contraction, elles me coupent le souffle, elles se sont rapprochées : 4 minutes.
Nous déjeunons puis je décide de rappeler Bénédicte, il faut que nous partions, nous avons 3/4 d’heure de route et il est 9h, j’ai peur de tomber dans les bouchons et les contractions se sont intensifiées d’un coup. Nous nous donnons rendez-vous à la maison de naissance à 10h.
Nous voilà partis, nous sommes sur un petit nuage, à chaque contraction je m’agrippe à la poignée au-dessus de la vitre. La circulation est fluide. Nous arrivons plus tôt que prévu à Namur, Bénédicte n’est pas encore arrivée, c’est M-Christine qui nous accueille. Je monte enfin cet escalier vers la chambre où tu verras le jour, j’ai rêvé si souvent de ce moment ces 9 derniers mois. Nous y voilà enfin.
2cm d’ouverture ce n’est pas très encourageant mais M-Christine me dit que ce sont les plus longs et les plus difficiles, bébé devrait arriver aujourd’hui. Elle nous laisse nous installer, me propose de me changer, de me promener dans le jardin et Bénédicte, qui nous a rejoints entre temps (après un petit tour chez le coiffeur, elle s’est faite toute belle pour t’accueillir) nous demande ce que nous voulons manger à midi 🙂  avant de partir au marché. Mais les contractions sont trop fortes et trop rapprochées pour que j’arrive à bouger de la chambre, je me dis que jamais je n’arriverai à descendre jusqu’à la cuisine pour manger et encore moins jusqu’au jardin. J’ai très mal au dos entre deux contractions, aucune position ne me soulage, jamais je ne tiendrai comme ça 10 heures ou plus. Je demande à José de me faire couler un bain, le chaleur m’aidera peut-être. Il est midi, Bénédicte vient m’ausculter et me dit que c’est très bon signe cette envie de prendre un bain…effectivement, 7cm. Quel soulagement, il me semblait bien que ça travaillait sérieusement. On oublie le repas, bébé sera là en début d’après-midi.
Bénédicte va se changer et va  prévenir M-Christine de la bonne avancée des choses. L’eau change tout, plus de douleur entre deux contractions, je récupère un peu mais les vagues sont plus fortes, plus longues, je me concentre sur bébé, je me dis que je veux qu’il ait une belle naissance qu’il ne souffre pas, je l’encourage et ça me donne beaucoup de force.
Puis tout à coup cette formidable envie de pousser, il faut que je sorte de la baignoire, je ne veux pas qu’il naisse dans l’eau (j’imaginais encore qu’en 3 poussées tu serais là, j’avais finalement le temps de sortir de la baignoire tranquillement…). Bénédicte m’aide à arriver jusqu’au lit, j’essaie de pousser à 4 pattes mais je n’ai plus la force, cette position m’épuise. Alors elle me propose le tabouret hollandais et l’écharpe, mes forces reviennent, cette envie de pousser est si puissante, ça me dépasse, j’ai envie de crier, ça me donne plus de force encore, c’est bestial, mon corps sait ce qu’il doit faire et il le fait avec tant de puissance, ça me dépasse, je n’en peux plus, je ne suis plus, j’ai trop chaud, j’ai soif, j’ai besoin d’une pause mais une nouvelle contraction me rappelle que je dois continuer. Bénédicte me dit que tu avances bien et me propose d’aller toucher ta tête, elle me semble encore si loin. M-Christine m’éponge le front, José pose une main rassurante, c’est bon de sentir leur présence mais je ne supporte plus le moindre contact, j’ai si chaud. Puis je sens tes pieds pousser pour te propulser, tu es là, tu as envie de naître, nous sommes tous les deux, il faut que je t’aide, je ne veux pas que tu souffres, cette idée m’obsède et m’encourage.
Je ne tiens plus debout, il faut que je me couche. Tu arrives, ça brûle, tu n’es plus loin, ça brûle encore mais tu ne parviens pas à sortir, ton rythme cardiaque baisse. Bénédicte me dit qu’elle est obligée de faire une épisiotomie, je ne veux pas, j’ai peur d’avoir plus mal encore, mais avant que je m’en rende compte, ta tête est là, tu bouges, tu vas bien. Papa jubile, tu es si beau. La prochaine contraction me semble tarder à arriver, je veux te serrer contre moi. Puis tu es là, tout entier, il est 14h20, j’ai besoin de te prendre contre moi pour te consoler, pour me consoler, pour nous reposer après cette tempête.
Le calme revient mais au fait quelqu’un a-t-il vu si tu étais une fille ou un garçon? Papa lève ta petite jambe, tu t’appelleras Marco.
Nos deux anges s’éclipsent et nous laissent en famille, nous sommes si heureux.
Un immense merci à cette formidable équipe que forment Bénédicte, M-Christine et Evelyne. Grâce à elles, nous avons vécu cette grossesse en toute sérénité et ta naissance a été encore bien plus belle que tel que nous la rêvions. Tout nous a semblé si facile, si naturel dans ce contexte ; nous n’avons jamais douté en nos capacités à être parents et en tes capacités à venir au monde grâce à l’incroyable soutien de toutes les sages-femmes de la maison de naissance.

 

Ce sera le 1er septembre…

 

Fin août 2010. Je me sens lourde mais si bien dans les rondeurs de ma grossesse, avec toi au creux de moi. Le terme est prévu pour le 1er septembre. Je profite pleinement des quelques jours de congé avant ton arrivée pour me faire plaisir et prendre du temps pour moi, juste pour moi.

 

31 août: je me rends à une séance de monitoring à la maison de naissance. Petite ouverture et col effacé. Bénédicte me dit que ça ne traînera pas trop, mais que ce ne sera pas pour demain non plus. Ces jours qui précèdent ton arrivée, mon bébé, sont vraiment des jours particuliers. Un mélange d’excitation, d’impatience, de crainte, et de nostalgie – oui, cette superbe grossesse – cet « état de grâce » – est déjà presque terminée.

L’appartement est bien rangé, la valise est presque préparée, tes petites affaires sont prêtes. Il ne manque plus que toi… Ce soir-là, nous regardons un très beau film, « Milk », conscients que nous passons nos dernières soirées « juste à deux »…

 

4h30, je suis réveillée par des tiraillements dans le ventre. Régulièrement, doucement. Je ne parviens pas à me rendormir. Je ne réveille pas Michaël, et commence à regarder les minutes qui s’écoulent entre les contractions. 10 minutes.

Vers 7h, je vais prendre un bain, pendant une bonne heure. Les contractions restent régulières… J’écris quelques mots dans mon carnet: « Y serait-on? Est-ce le grand jour? »…

 

Vers 8h, nous appelons Bénédicte, qui nous dit de rester chez nous pour le moment et qui nous prodigue quelques conseils au passage.

La matinée passe, Michaël reste près de moi. Nous continuons à noter les minutes entre les contractions, si excités d’être sans doute au fameux jour J. J’essaie de me rendormir un peu en fin de matinée, ma nuit a été écourtée et je voudrais avoir toutes mes forces pour ce qui semble s’annoncer! Je dors entre les contractions, qui sont toujours bien régulières et qui me réveillent.

 

Vers 14h, je commence à tourner en rond dans l’appartement. J’ai besoin de bouger. Nous mettons nos affaires dans la voiture et partons pour la maison de naissance. La route pentue avant la maison de naissance, avec quelques légers nids de poule, me semble être une piste complètement défoncée… 

Bénédicte nous accueille. Deux accouchements ont eu lieu cette nuit-là, mais heureusement, il y a quand même une chambre libre pour nous! Elle m’examine et me dit que j’ai une ouverture de 2,5 cm. C’est sans doute le vrai travail qui est en route, mais en attendant, elle nous propose d’aller nous balader dans Namur. Ce que nous faisons. Je trouve encore l’énergie de manger un morceau de bombe au chocolat du Pain quotidien ;-). Mais je suis mal installée sur ma chaise, la douleur est de plus en plus forte. Je me dis que ça risque encore d’être long, je propose donc à Michaël de faire un détour par la librairie pour acheter un bon bouquin. Pendant que la libraire nous conseille, je m’assieds, je souffle, les contractions se rapprochent (toutes les 5 minutes) et sont de plus en plus fortes. Nous retournons à la voiture, je prends régulièrement appui aux murs…

Quand nous arrivons à la maison de naissance, vers 17h, Bénédicte me dit: « Toi, tu as changé de tête… Monte… ».  Je gravis ces escaliers, en pensant que je pars vers ta rencontre, vers ta naissance, et quand je redescendrai, tu seras dans mes bras. C’est tellement incroyable… Nous nous installons dans la chambre et je me mets assez vite sur un ballon. Avec Michaël, nous accueillons chaque contraction, dans le calme et la tranquillité de l’endroit. L’image de la vague, qui va et qui vient, m’apaise. Une autre petite phrase est restée dans ma tête toute cette soirée et m’a beaucoup aidée: « Le meilleur moyen d’en sortir, c’est d’y rentrer ».  Bénédicte nous propose un petit souper, j’accepte volontiers. Elle remonte un peu plus tard mais finalement, je n’ai plus vraiment d’appétit. A l’auscultation, j’ai une ouverture de 6,5 cm. On progresse… Il est 20h, je n’ai plus la notion du temps. Je demande pour prendre un bain. Il est très chaud mais me fait du bien. Michaël et moi « gérons » mon travail, il m’est d’un si grand soutien. Bénédicte nous laisse quelques instants, discute avec Marie-Christine pour lui dire que tout va bien et que le travail avance bien. Marie-Christine vient nous dire au revoir mais entre-temps, j’ai perdu les eaux et rien ne va plus… je ne comprends plus rien à ce qu’elle me dit, je suis dans ma bulle…Mon col a « lâché » et ça y est, « ça » pousse. Marie-Christine dit à Bénédicte de remonter. Avec Michaël, elle m’aide à sortir du bain car je n’ai pas envie d’accoucher dans l’eau. Mes jambes ne me soutiennent guère, la douleur est vraiment puissante. La poussée me surprend, tant elle est forte également. Hélène nous rejoint. Je m’installe sur le côté, sur le lit. Notre bébé descend mais très lentement. Je passe par des moments de découragement mais les mots et les gestes si doux et si bienveillants des sages-femmes et de Michaël m’encouragent vraiment beaucoup. J’étais dans le flou (j’avais enlevé mes lunettes, je suis très myope), dans une bulle, mais j’ai un souvenir très précis de ce halo de douceur tout autour de moi. De la lumière rouge-orange de fin de soirée, au travers des voilages. De la musique que j’avais choisie pour m’accompagner ce soir-là. Beaucoup d’attention, de gestes tendres. Bénédicte me propose de m’installer sur le tabouret d’accouchement pour aider le bébé à mieux descendre. Ce que je fais, et je sens effectivement qu’il descend, d’un bloc. Je m’accroche de toutes mes forces pour accompagner la poussée à l’écharpe suspendue au plafond et j’ai l’impression de tirer tellement fort que je l’entends craquer… Hélène me donne de l’eau sucrée car la poussée est longue et je commence à m’épuiser; elle durera 1h45… J’ai besoin de m’étendre, je retourne sur le lit et on continue. J’ai l’impression que je ne vais jamais y arriver, que j’ai beau pousser de toutes mes forces, mon bébé reste à l’intérieur. J’ai la sensation d’être sur un plongeoir: il faut y aller mais j’ai un peu peur, j’ai fort mal et donc je me retiens un peu, je veux encore un peu de répit… Les sages-femmes perçoivent cela et me disent: « Pense à toutes ces femmes qui sont, à l’instant même, en train de donner la vie comme toi ». Cette pensée m’encourage. Je continue, encore et encore, à pousser. Plus doucement, pour ne pas causer de déchirure. On voit sa tête, mais elle disparaît, puis revient, disparaît et revient à nouveau… Finalement, elle sort mais mon bébé a le cordon enroulé autour du cou, avec une de ses petites mains qui passe dedans. Bénédicte et Hélène coupent le cordon mais la petite main gigote et gêne un peu. Je ne me rends compte de rien et n’entends rien. Puis quelques secondes plus tard, il est là, tout beau, tout chaud, sur mon ventre, il sent si bon, c’est notre bébé et il est enfin là! Il est 23h45…

Je le regarde mais regrette de ne pas avoir mes lunettes à portée de main pour mieux le voir, pour mieux croiser son regard. Nous ne savions pas si c’était une fille ou un garçon. Michaël, quelques minutes plus tard au milieu de cette bulle de bonheur, se pose la question et regarde, puis me dit – persuadé qu’il était que nous aurions une fille: « Je me suis trompé! » Et bien, ce sera donc notre petit Hippolyte… Je lui demande de prendre Hippolyte sur lui car j’ai besoin de retrouver un peu mes esprits et de récupérer quelques forces. Et d’expulser le placenta, aussi. Puis je reprends notre petit loupiot, et il se dirige vers mon sein. Il tête. Moment de pur bonheur. Tellement magique. Bénédicte nous laisse tous les trois. Nous passons la nuit à te contempler, petite merveille, petit bonhomme. En peau à peau, blottis tous les trois les uns contre les autres.

 

Le lendemain, Bénédicte nous amène un petit-déjeuner royal, que nous partageons avec elle dans la chambre. Nous nous reposons, profitons de ce lieu enchanteur et retournons chez nous en fin de journée. Nous sommes heureux de rentrer à la maison avec notre petit garçon mais avons quand même le cœur un peu serré de quitter cet endroit…

 

Nous sommes seize mois après ta naissance, mon petit Hippolyte. J’ai sans doute oublié certaines choses mais je garde le souvenir d’un moment empli de douceur et d’attentions. Je ne peux que nous souhaiter de revivre une telle expérience pour le(s) suivant(s).

La maison de naissance est vraiment un lieu magnifique, avec des sages-femmes à l’écoute des mamans (et des papas). Qui les éclairent dans le chemin de leur grossesse et qui les encouragent le jour de la naissance. Et qui continuent à être présentes après la naissance, toujours à l’écoute.

 

Un immense merci à elles. Particulièrement à Bénédicte et Hélène pour leur présence lors de la naissance d’Hippolyte, et pour toutes leurs attentions. A Pascale pour notre accompagnement à la maison, et tous ses conseils si précieux. A Christel pour son aide dans les moments plus difficiles de l’allaitement. Sans doute aussi un peu grâce à elle, mon petit bonhomme profite toujours du lait de sa maman…

Et mon amoureux, aussi, qui fut, malgré la construction de la maison, malgré le tendon d’Achille sectionné, toujours si présent, et qui m’a toujours apaisée en me transmettant sa sérénité, son calme et tout son amour…

 

Voilà, mon expérience de la naissance est multiple puisque Flavio est mon quatrième enfant.

Pour ma première grossesse (en 2000), ma priorité était que mon enfant naisse dans une structure compétente et apte à le prendre en charge rapidement si un problème survenait pendant l’accouchement.

Ma grossesse s’est déroulée sans problème. 15 jours avant la date prévue, la poche s’est rompue spontanément la nuit sans que le travail n’aie démarré, je me suis rendue à la maternité où on m’a mis d’office sous perfusion d’ocytocine pour démarrer le travail. Ma fille est née 16 h30 après la rupture. Je n’ai pas eu de péridurale et pourtant la douleur était évidemment, à la fin, insupportable.

Ma deuxième grossesse (2001), je suis allée à terme mais on a déclenché l’accouchement car le bébé était gros, et aussi je pense que ça arrangeait bien la gynéco, Il est né après 10h de perfusion et des tas d’interventions médicales (injection de Perdolan, sonde urinaire,…), qui à mon sens étaient inutiles, et une menace de césarienne qui planait.

Je pense que cet accouchement m’a perturbé. C’est le seul que j’ai eu sous péridurale mais du fait de ne pas l’avoir senti naître, c’est comme si je ne l’avais pas mis au monde.

Pour ma troisième grossesse (2008), je voulais autre chose, je voulais une naissance plus naturelle et me sentir respectée, ainsi que mon bébé.

C’est en cherchant sur internet que je suis tombée par hasard sur ce site, c’est devenu une évidence pour moi de mettre au monde mon bébé dans ce cadre là. Mon mari a tout de suite été d’accord, ça cadrait parfaitement avec notre philosophie de vie.

Encore une grossesse sans problème, avec en prime un suivi beaucoup plus complet puisque le côté émotionnel est pris en compte également et un contact avec les sages femmes beaucoup plus familier.

Malheureusement pour moi, le scénario de mon premier accouchement s’est répété, rupture spontanée de la poche sans travail, après une nuit à la maison de naissance (12 h sans eaux), direction maternité où le petit est né sans péridurale, 7 h plus tard avec perfusion d’ocytocine.

J’étais très déçue, même si à la maternité j’ai été respectée par rapport à mes idées et on m’a laissé tranquille le temps du travail et aussi avec le bébé contre moi au moins 2 h sans l’habiller ni le bousculer. J’ai remarqué une certaine évolution de la mentalité.

Je me suis sentie longtemps déçue par cette dernière expérience, et à chaque fois que je me rendais sur Namur, j’y repensais avec un poids sur le coeur.

Pour ma quatrième grossesse, je voulais de nouveau tenter l’expérience tout en sachant que je risquais à nouveau le même genre de problème, mais de toute façon le suivi par les sages femmes me convenait beaucoup mieux.

Me voilà arrivée à terme, le bébé est prévu pour le 15/04, il n’a pas été contrariant. J’ai ressenti les premières contractions régulières dès minuit (toutes les 10 minutes) des contractions légères mais qui m’empêchait de dormir. A 5 h du matin je me suis levée pour prendre un bain pour voir si ça s’arrêterait, et là dans la salle de bains, rupture de la poche, le sort s’acharne sauf que j’avais un léger début de travail et donc un peu d’espoir. Le temps d’emmener le petit chez ma soeur il est 7 h quand nous arrivons à Namur.

Marie-Christine (qui m’avait déjà accueillie pour la naissance précédente et qui avait donc vécu ma déception) m’ausculte pour m’annoncer que par rapport à ma dernière visite, il n’y a pas de changement, malgré les remèdes homéopathiques, les tisanes de framboisier et les gelules d’onagre pour murir le col. Donc elle me suggère de bouger, ce que je vais faire toute la journée pour stimuler le travail, en allant me promener. Il a fallu attendre 16 h, et quelques manipulations, les remèdes homéo et compagnie pour vraiment avoir un vrai travail. Flavio est né à 21 h 58 très serein et très calme.

Amélie (stagiaire canadienne) nous a soutenus toute la journée avec patience.

J’ai bien sûr eu des contractions douloureuses comme pour les autres mais plus supportables parce qu’elles étaient « naturelles » et au rythme nécessaire pour faire descendre le bébé. Je l’ai également vu par le fait que je n’ai pas pleuré nerveusement comme je l’ai fait pour les autres. Pas parce que je n’étais pas émue mais parce que je n’étais pas à bout, malgré la fatigue de la longueur du travail.

Pour moi cette naissance n’avait rien de comparable aux autres.

L’ambiance et l’approche de l’accouchement est tellement différente, les sages-femmes ont toujours des petites attentions pour soulager ou encourager le travail. Une confiance dans la capacité à une mère de mettre son enfant au monde, ce qui manque beaucoup dans les maternités.

Je ne m’étends pas sur les détails de l’accouchement car pour moi ce qui importait c’était de mettre en avant la différence entre le médicalisé et le naturel, et de montrer qu’il y a une évolution des mentalités.

Merci à Marie-Christine, Amélie, Catherine, Bénédicte et Evelyne pour votre soutien tout au long de cette aventure.

Naissance de Gaspard, le 2 février 2010

Après 9 mois d’une grossesse sans soucis et harmonieuse, te voilà enfin… J’étais devenue impatiente à l’idée de te rencontrer et également de me libérer de ce gros ventre, tu es arrivé un jour avant la date prévue. Mais début janvier, suite à une série de contractions un peu précoces, j’ai été hospitalisée deux jours et mise sous traitement. A l’arrêt de ce traitement, je pensais que tout allait reprendre et que tu serais vite là, mais non… Tous les soirs, j’avais quelques contractions mais une fois au lit, je m’endormais et tout s’arrêtait.

Le lundi 1er février, j’avais au programme une journée salzinnoise.

A 10h, rendez-vous avec Evelyne et Amélie pour un monitoring, tout va bien, tu étais en super forme avec une petite activité utérine, on se programme un rendez-vous fin de semaine et tout le monde est prêt si jamais tu pointais le bout du nez d’ici là…

A 12h, petite séance d’aquabulle, ce qui me fait beaucoup de bien, on en oublierait son gros ventre et surtout son surpoids, que du bonheur ! Je n’hésite pas à faire à fond les exercices.

Ensuite, passage chez Papé et Mamé, on révise la procédure pour la prise en charge des grands qui viendront chez eux le jour J.

Enfin, il est temps d’aller chercher Elise et Samuel à l’école, de goûter, jouer, donner les bains et préparer le souper.

Papa profite de sa soirée du lundi et va se dépenser au badminton. Moi, par contre, vannée par ma journée, je m’endors comme une masse devant la TV.

A 22h30, j’ouvre un œil, réveillée par une contraction, je décide de continuer ma nuit dans mon lit. Mais, pour une fois, je ne me rendors pas, les contractions continuent, j’attends que papa rentre du badminton.

A 23h30, il rentre et je lui explique que j’ai des contractions un peu plus douloureuses et plus basses que d’habitude mais ne nous faisons pas de faux espoir. Il prend sa douche et vient s’allonger avec moi. Cela continue mais elles restent espacées 10 – 15 minutes entre chaque. Au fond de moi, je pense qu’on approche du grand jour de notre rencontre avec toi, ça y est on va pouvoir te découvrir, te toucher, te sentir, te serrer dans nos bras, t’embrasser… que du bonheur, je suis tout à fait prête.

Papa et moi, on s’organise, si à 1h j’ai toujours des contractions, on appelle Evelyne, j’ai très peur d’accoucher vite comme pour Samuel et je ne veux surtout pas accoucher à la maison ou pire encore, dans la voiture. Je donne encore quelques « directives » à Papa pour le chargement de la voiture : nos bagages mais également ceux des enfants que l’on déposera chez Papé et Mamé.

1h arrive, les contractions sont toujours là, espacées de 10 minutes et je commence par réveiller Evelyne, qui je pense voudrait être sûre que je sois bien partie pour un vrai travail et non pas comme tous les soirs dans un « faux » travail. On décide de se recontacter dans une ½ heure pour voir où j’en suis. Ensuite, je réveille Mamé pour lui dire qu’on risque d’arriver d’ici une ½ heure déposer les deux grands. Entre-temps, Samuel est réveillé, on lui explique que le petit frère a l’air bien décidé de vouloir sortir du ventre de maman. Papa s’occupe de tous les bagages et n’oublie rien, bravo ! Je me prépare pour partir et après un passage aux toilettes, la poche des eaux se rompt. Surprise de Samuel : « Oh, maman fait des bêtises ! », en pensant que je faisais pipi par terre… Là, je rappelle Evelyne, le signe clair d’un vrai travail est arrivé et on lance le départ pour la Maison de Naissance. On fait un dépôt express des deux grands : Samuel est bien conscient de ce qui se passe, il voulait d’ailleurs venir à la Maison des bébés avec nous… et Elise est toute endormie. Déjà merci à Papé et à Mamé pour cet accueil nocturne et des jours suivants pour Elise et Samuel.

Arrivée nocturne à la Maison de Naissance à 1h40 de tout le monde en même temps. Amélie est là également. J’ai froid et je suis trempée, je n’ai qu’une envie, aller dans la chambre (côté jardin, comme pour Samuel) et de me mettre au sec et au chaud.

Tout est calme, rassurant et réconfortant. Amélie prend le temps de m’examiner, tu es bien mis, bien en forme et je suis à 7 cm de dilatation ! Je me sens bien également, contente d’être à la Maison de Naissance, entourée de personnes de confiance, je me laisse aller dans ma bulle avec toi, je t’invite à descendre, Papa reste près de moi, je le sens très présent.

Ensuite, c’est parti pour la poussée, c’est toujours pour moi, quelque chose d’extrêmement fort et difficilement gérable ! Evelyne le sait, j’ai eu l’occasion de lui en parler plusieurs fois. Je la sens proche, avec moi, remplie d’encouragement, me proposant de changer de position. Je me retrouve assise au bord du lit, je tire Papa de toutes mes forces lors de chaque poussée, je sens que je dois me recoucher, je me retrouve sur le côté, je pousse encore et j’ai l’impression que je me déchire, ta tête est là, Papa m’encourage, je te touche avec ma main, ça me rassure, je pousse encore, voilà ta tête est sortie, je pousse une dernière fois, tes épaules sortent et je te prends directement et t’amène près de moi. Quelle intensité, quelle énergie on a mis dans cet accouchement mon petit Lou, il 2h19 et je te serre dans mes bras soulagée, libérée et heureuse.   

Tu es magnifique, tout rose, tu tousses et tu pleures un peu pour te dégager les voies respiratoires, tu ouvres tout doucement les yeux, avec une certaine hésitation, tu es curieux, à la découverte de tes nouvelles sensations, tu te caresses le visage, les oreilles avec tes longs doigts tout fin, et tu finis par découvrir le bonheur de téter.

Quel bonheur pour Papa et moi de te voir comme ça, on rayonne en pleine nuit !

Un énorme, gigantesque merci à Evelyne et Amélie de nous avoir accompagné et soutenu afin de pouvoir vivre cette naissance heureuse.

Et surtout, bienvenue à toi, petit Gaspard !

 

Ayant vécu mon premier accouchement à la Maternité (avec le projet d’accoucher à la maison de naissance) et le deuxième à l’Arche de Noé, j’ai décidé de raconter les deux car pour nous ils étaient vraiment très différents…  Ce sera donc un peu long…

J’ai entendu parler du projet de la maison de naissance plusieurs années avant d’être enceinte : une amie étudiante sage-femme m’en avait parlé et depuis ce moment je désirais y faire naître mes futurs enfants. 

Enceinte d’Amandine, notre première enfant, j’en ai parlé à mon mari Olivier qui a été séduit par l’accueil que nous y avons reçu et l’atmosphère amicale où on s’est tout de suite sentis comme chez nous.  Mais vers la fin de la grossesse Amandine restait en siège et ne pouvait donc naître à l’Arche de Noé.  Après avoir essayé toutes sortes de choses (marcher à 4 pattes, haptonomie etc.) la gynécologue nous a proposé une manœuvre de version externe afin de retourner Amandine.  Nous avons décidé de tenter le coup afin d’éviter une césarienne (et pour que notre deuxième enfant puisse naître en maison de naissance) et cette manœuvre a fonctionné.  Nous étions donc à nouveau en route pour la maison de naissance.  Mais deuxième stress : Amandine dépassait de plus en plus la date du terme et je n’avais encore eu aucune contraction…  Finalement Amandine est née à la Maternité car elle a dû être provoquée.  C’était une grande déception pour moi mais je me suis résignée et suis partie pour accoucher l’esprit en paix.  La sage-femme était très à l’écoute et m’a encouragée à essayer d’abord sans péridurale en me proposant des moyens pour y arriver.  Mais ensuite les allées et venues incessantes dans la chambre d’accouchement m’ont stressée au moment où les contractions devenaient plus fortes et j’ai demandé la péridurale.  Je devais donc rester allongée sur le dos sans bouger et j’ai dormi plusieurs heures.  Entre-temps j’avais changé de sage-femme.  De temps en temps elle venait changer mes jambes de position jusqu’au moment où elle m’a redressée en me disant qu’il était temps de pousser.  Elle m’a expliqué comment faire et comme je ne sentais rien elle me disait quand pousser.  Quand la gynécologue est arrivée, elles se sont faites assez pressantes (en période de vacances, la gynéco était seule pour tous les accouchements et il y avait 5 accouchements provoqués ce jour-là, en plus des autres).  Il fallait aller assez vite « si vous ne poussez pas plus fort, ça sera les forceps ! »  La sage-femme est même montée sur la table d’accouchement pour appuyer très fort sur mon ventre, ce qui m’a vraiment fait mal et j’ai eu très peur pour Amandine.  Finalement Amandine est née, sanglotant.  Je l’ai consolée un moment et puis on me l’a prise pour, avec Olivier, lui donner les soins et l’habiller.  Elle hurlait.  Pendant ce temps on me recousait vite, vite car il fallait aller auprès des autres femmes qui accouchaient.  J’avais l’impression de ne pas avoir pu faire naître ma fille moi-même et d’avoir été comme une marionnette dans les mains de l’équipe médicale, mais la joie d’avoir Amandine dans les bras m’a fait oublier très vite la déception de sa naissance.  L’allaitement n’a pas été facile au début, mais tout est allé mieux quand Bénédicte de la maison de naissance est passée me dire bonjour et m’a conseillée de renvoyer à la maison ma montre et mon stylo et de ne pas noter quand je donnais le sein.  Encore une fois le stress bloquait tout… 

Quand je suis tombée enceinte de Cyprien, la maison de naissance était pour nous à nouveau une évidence.  Le suivi de la grossesse d’Amandine avait été un plaisir et m’avait permis de vivre une grossesse sereine.  Cette deuxième grossesse a été encore plus sereine et il n’y a eu vraiment aucun pépin malgré la charge de travail importante et de longs trajets tous les jours pour aller au boulot.  Cyprien a aussi un peu dépassé la date du terme, mais là je me suis remuée afin d’éviter l’induction : soirées « disco » à la maison avec Amandine et Olivier, longues marches dans la neige…  Et un matin au réveil j’ai commencé à ressentir des contractions… quelle joie !  Elles étaient irrégulières et longues.  Ensuite elles sont devenues plus régulières mais pas très douloureuses.  Le soir, elles étaient là toutes les 3 minutes mais toujours pas très fortes.  J’ai téléphoné à Evelyne afin de voir ce qu’elle en pensait et elle m’a proposé de me rendre à la maison de naissance mais sans certitude que c’était le « bon travail ».  Une fois arrivée, elle m’a suggéré de me mettre à 4 pattes et là, ouahh…  l’intensité de la douleur était bien plus forte !!  Nous avons donc décidé que je restais et j’ai gardé cette position pendant plusieurs heures.  C’était visiblement la meilleure pour aider Cyprien à avancer.  Sur le lit appuyée sur des coussins, dans la baignoire, sur un tapis par terre…  J’ai rapidement commencé à pousser des cris timides « aaa… »  Mais quand j’ai osé crier plus fort, ça m’a soulagé et j’ai crié à chaque contraction.  Olivier était vraiment fier de moi et impressionné par cet accouchement serein.  Evelyne était présente tout en nous laissant notre intimité.  Elle avait toujours la petite phrase d’encouragement dont j’avais bien besoin.  Ca faisait vraiment très, très mal mais c’était fantastique de sentir Cyprien qui avançait dans mon corps et de l’aider à avancer.  J’étais impatiente que la douleur s’arrête, je pensais à la péridurale pour me soulager mais je voulais y arriver toute seule !  Mais le moment le plus impressionnant pour moi, c’est quand la poche des eaux s’est rompue et que, quelques secondes après, j’ai eu cette énorme envie de pousser.  C’était formidable, mon corps me disait quand je devais le faire !  L’expulsion a duré très longtemps.  Evelyne et Pascale, la deuxième sage-femme qui nous avait rejoints, m’ont proposé de changer de position et de m’accroupir sur un tabouret en demi-lune et de me suspendre à une écharpe accrochée au plafond.  C’est ainsi qu’un peu après Cyprien est sorti…  Il a fallu aspirer les mucosités et lui donner un peu d’oxygène avec un petit tuyau près de son nez car il était un peu « stone », et puis on s’est reposé tous les 3 pendant 2 heures dans le grand lit douillet.  Evelyne et Pascale nous ont laissés entre nous tout ce temps et puis elles sont venues me rafraîchir et aider Olivier à habiller Cyprien.  Il est resté calme, très serein et on ne l’a entendu (un peu) pleurer que le lendemain matin.  Comme on avait décidé de ne prévenir la famille qu’à notre retour à la maison, on s’est reposés toute la journée du lendemain et Amandine nous a rejoints l’après-midi.  L’équipe de la maison de naissance nous a vraiment laissés en famille toute la journée, ne nous dérangeant presque pas.  Evelyne est venue début d’après-midi pour me recoudre (j’avais eu une belle déchirure à l’endroit de l’épisiotomie d’Amandine) et ensuite nous avons pu retourner à la maison. 

Merci à toute les sages-femmes de l’ « Arche de Noé » de nous avoir permis de réaliser ce rêve…

Olivier et Maryline

 Jamais autant pleuré devant le Roi Lion moi!

Dimanche matin, matinée un peu difficile avec Marion, on se décide à se faire un petit dessin animé familial. Première scène, chaudes larmes, ça commence fort! Et ça continue, à des moments les plus surprenants. Pas grave, je suis enceinte, ce sont les hormones! A un moment, oh, une contraction! Pas forte mais longue! Bon, elle est toute seule, pas de quoi s’alarmer, tant pis! Florent me l’a avoué après, il a regardé par la fenêtre la tempête de neige avec anxiété… moi j’ai bêtement continué à pleurer devant Timon et Pumba qui faisaient les clowns, normal quoi!

Puis vers midi je me lève pour une bête question de guirlande et là… « Mon chéri, on y va! » Perte des eaux magistrale! On rassemble le peu qui n’était pas déjà dans la voiture, je vais me changer, on appelle nos sauveurs pour notre Marion chérie qui tout à coup devient la crème des crèmes, super compréhensive, se réjouit de revoir sa marraine et nous fait un bisou quand on la quitte! merveilleux! Merci ma chérie! Merci aussi à Marie et Jérôme pour la réaction au quart de tour, la disponibilité et l’amour avec lequel vous avez accueilli Marion!
 
Nous voilà partis pour la maison de naissance! C’est Evelyne de garde, on se réjouit! En plus, elle y est déjà et nous attend!

Sur le chemin, juste deux contractions légères et bien espacées, juste pour la forme, on est zen sur les routes enneigées… tout va bien!

Arrivés à la maison de naissance, surprise, Evelyne y était déjà car un petit Anthony venait d’y naître 40 minutes plus tôt! Quel timing, Evelyne et Anne seront toute disponibles quand on en aura besoin! Bon, maintenant qu’on est à la maison de naissance, les contractions peuvent commencer et elles le font! Avec un soutien homéopathique elles prennent de l’intensité et se rapprochent tout doucement… Le temps passe, les contractions deviennent vraiment douloureuses, je me réjouis d’avoir avec moi les outils reçus de Caroline, sage-femme avec laquelle nous avons fait la préparation et avec laquelle j’ai fait le yoga. Ces outils étaient exactement ceux dont nous avions besoin pour vivre ce moment unique. Pour moi, de me permettre de gérer la douleur et de l’accompagner, pour Florent de m’aider très concrètement à y parvenir. On est ensemble dans notre bulle et on va aider Coline à arriver à bon port!

Manifestement, on entre dans la deuxième partie du travail, il doit être 16-17h, les parents du petit Anthony nous laissent gentiment leur chambre pour qu’on puisse profiter de la baignoire, les pauvres, ils vont déguster pour leur repos… Mais l’heure n’est pas à l’altruisme, je m’exprimerai  quand-même, j’en ai besoin et Coline aussi, ça nous aide. Me concentrer sur le son « O », le sentir vibrer en moi. Je m’installe donc dans la baignoire et varie les positions pour essayer d’aider au mieux Coline à descendre et se préparer à nous rejoindre, ça devient long et vraiment très fort, je sens mon énergie qui s’amenuise, je n’en peux plus, je suis à bout, comment vais-je y arriver? Je ne peux plus me poser la question, on y est, la seule chose est de pousser encore pour arriver au bout, la faire enfin sortir et en finir une bonne fois pour toutes, l’avoir enfin dans nos bras! Allez Coline, avance, je te pousse comme je peux… et ton papa me soutient, m’aide, me soulage, me masse, est présent tout contre moi, j’ai ma tête dans ses bras, c’est bon, si bon, on est ensemble… Evelyne vient nous dire que les parents d’Anthony sont de tout coeur avec nous que la maman déguste aussi car elle a des contractions costaudes… c’est sûr que je ne l’aide pas! Allez, on continue… on va finir par y arriver, il le faut! Par des petits contrôles réguliers on sait qu’elle va bien, son coeur bat comme il faut. J’y mets encore tout ce qui me reste d’énergie et de rage de vaincre pour la pousser dehors, encore, encore, encore, encore… et enfin elle est là! Il doit être environ 19h30.

Je m’assieds dans la baignoire, je la reçois comme un cadeau dans mes bras, elle est magnifique! Toute ronde, en pleine forme, toute blanche recouverte de sa couche de protection, je suis soulagée et si heureuse! Florent la prend ensuite dans les bras pour me permettre de regagner mon lit et puis c’est le calme après la tempête… on est à trois dans ce lit, dans cette pièce chaleureuse pour accueillir notre petite Coline chérie, lui laisser le temps de découvrir le sein de sa maman… Anne vient discrètement nous apporter un petit apéro pour nous requinquer: un bon jus d’orange pressées et des quartiers de pomme, le pied! Plus tard elles nous rejoindront quelques minutes pour fêter l’événement ensemble, nous proposer un bon petit souper puis nous laisser dans notre bulle au maximum.

Aujourd’hui je me sens bien, fatiguée certes mais étrangement bien… Je me sens en pleine possession de mon corps, je sens qu’il se remet étonnamment vite et bien de cette épreuve si forte.

Merci Evelyne et Anne pour votre présence bien assurée et à la fois discrète, nous ayant permis de vivre cet accouchement comme nous le sentions, nous encourageant dans notre feeling, nous guidant juste là où nous en avions besoin, merci aussi pour toutes ces bonnes choses que vous nous avez préparées pour gâter nos estomacs et nos papilles gustatives, on s’est sentis accueillis comme des rois!

Merci mon amour d’avoir fait ce choix ensemble de l’accouchement à la maison de naissance, d’avoir fait avec moi cette séance de préparation avec Caroline, d’avoir été présent et acteur dans ce travail douloureux où ton aide me fut d’un grand secours. J’avais besoin de toi, tu étais là! Nous l’avons vécu ensemble cet accouchement, toi et moi pour la faire venir notre petite chérie. Et tout simplement… merci de nous avoir offert Coline!

Merci Caroline pour cette préparation si adéquate pour l’accouchement, c’était exactement ce dont j’avais besoin et on a pu utiliser à bon escient tous tes bons conseils, c’est énorme…

Merci Marion d’avoir été aussi adorable à un moment où nous avions tant besoin de te sentir bien pour aller vivre sereinement ce que nous devions vivre sans toi, merci aussi pour l’accueil que tu as fait à ta petite soeur lors de votre première rencontre. Tes bisous, tes caresses délicates et tes câlins à Coline furent les plus beaux cadeaux que tu nous aies faits! « Manion grande soeur », « Bisous Coline! », « petite soeur Coline », vous êtes merveilleuses toutes les deux!

Et puis merci à chacun pour sa part contributive avant et après, de la grossesse à l' »après »…

Nous sommes comblés, heureux de cette vie à 4 qui commence!

 

« Beaucoup d’entre vous se demandent comment j’ai vécu ce second accouchement en maison de naissance ou ce que m’a apporté ma préparation « hypnose »…
 
Dimanche, 3h du mat’, quelques contractions se font ressentir d’intensité et de durée variable, elles continuent jusqu’au matin : rien d’alarmant… Jeanphi travaille sur Namur.
Je déjeune, je prends un bain, je me repose, je vais au monito prévu en début d’après midi : Evelyne, la sage-femme, suppose me revoir dans la soirée…
De retour à la maison, les choses ne semblent pas vraiment évoluer, Lili rentre de la crèche, on joue, un peu de rangement,…
Le fait de m’activer un peu semble décider le petit bonhomme… On décide de mettre la petite chez mes parents pour la nuit par facilité et « confort »…
 
18h, on soupe, les contractions deviennent plus intenses mais tout à fait supportables : je pense que chacunes d’entre elles me rapprochent de mon BB et sont utiles pour « m’ouvrir à lui »… Je prends le temps de me centrer sur ma respiration tout en préparant les dernières affaires de la petite…
J’explique à Lili qu’on doit aller faire « une course » et qu’elle va aller jouer et faire dodo chez son Papy et sa Mamy… Je lui montre à nouveau la chambre de son frère et lui explique que bientôt, on irait le chercher ce BB !
 
19h45, Jeanphi revient de chez mes parents, on prévient Evelyne, je prends un bain pour me détendre : les contractions sont bcp plus supportables dans l’eau chaude, j’ai vraiment pas envie de bouger…
Ayant un strepto, je sais qu’il ne faut pas tarder pour avoir le temps de faire les 2 doses d’antibiotique nécessaires à 4h d’intervalle.
Je me décide donc à me lever… Les contractions s’accélèrent… Toutes les 2′ voir 1’…
Jeanphi me presse, j’en rigole… On a le temps, je lui répète…
 
21h15, on arrive à la maison de naissance, Evelyne nous accueille, on discute un peu : on plaisante : elle donne une préparation à la naissance sur « la douleur ». Je prends le temps de souffler et m’enfermer dans ma bulle à chaque contraction… Je suis zen…
On monte les 2 volées d’escalier, elle m’ausculte sur le lit : 7 cm… J’y crois à peine… Je suis très fière car tout est resté sous contrôle…
Elle me prépare un bain et se retire de la pièce…
Pendant ce temps, Jeanphi arrange tout ce qu’on avait préparé pour m’aider à me détendre : HE, photos, chocolats, bougies… Je l’appelle, le travail s’emballe : j’imagine que je suis « devant le mur », celui qui semble insurmontable et qui m’a bloquée lors de mon accouchement pour Lili : il ne m’arrêtera pas deux fois ce « mur » !

Je m’imagine sur ma planche de surf au dessus de la vague, celle de la contraction qui m’emporte et contre lequel je ne peux que me laisser aller… Je la vois, l’imagine et la sens ensuite redescendre sur le sable. J’espère me reposer un peu mais la suivante et est déjà à son sommet…
JeanPhi m’aide en me soutenant, me parlant, m’encourageant, me rappelant pourquoi nous sommes là…
Je lui demande de me soutenir jusqu’à la toilette pour que je puisse uriner avant d’aller dans le bain…
 
Cette sensation…

Ce n’était pas celle d’un « besoin pressant » mais déjà le BB qui entamait sa descente…
Le bouchon muqueux est tombé…

Evelyne est revenue pour voir si tout allait bien…Très surprise, je pense de voir le travail si avancé sans qu’on ne l’ai prévenue…
Moi, j’étais persuadée que j’étais toujours face à ce mur et je ne comprenais pas que le BB était sur le point de sortir…
Jeanphi et Evelyne m’ont aidée à me déplacer jusqu’à une chaise en forme de « fer à cheval », Evelyne m’a demandé d’arrêter de pousser mais déjà je ne contrôlais plus rien…
Le BB était dans mes bras : il était 21h57…
 
Nous sommes retournés nous coucher : Lou en peau à peau… nous sommes restés ainsi toute la nuit…

 

Lou est un BB très zen, très curieux, qui semble très bien dans sa peau.

 

Evelyne a géré la venue de Lou, seule (la 2ème sage femme n’a pas eu le temps d’arriver) avec un professionnalisme et un calme extraordinaire. Elle a, malgré la situation, pris le temps d’avoir des gestes de réconfort envers moi en plus de ceux indispensables à l’arrivée du petit : en un temps record, tout était prêt à l’envelopper, à l’accueillir…

 

JeanPhi perdu, par moment, par mes commandements « fais ça, non pas là, viens vite, donne moi ça, heueueu, non pas celui là, mais qu’est ce que tu fous ?, appelle Evelyne, non, reste ici… »…, est resté très confiant et a montré son calme qui le caractérise si bien…

Il a eu les mots justes, ceux qui vous boostent au moment où vous en avez besoin…

Les gestes qui réconfortent quand on semble au bord de ses limites, la tendresse et la fierté d’un 2ème, futur Papa prêt à accueillir son fils… »

  

PS : Marie-Christine, si tu ne l’as pas dit lors de la préparation, n’hésite pas à ajouter que le « mur » est  plus facilement franchissable et beaucoup plus petit quand on prêt à l’affronter !   😉

 

Les jours avant la date du terme furent très longs surtout que j’avais déjà très souvent des contractions, indolores, mais qui me faisaient penser que tu n’allais plus tarder.

Le terme était prévu le 10 novembre et ce jour là, ce sont des contractions un peu plus fortes qui m’ont réveillée à 4h du matin. Pour le moment, chaque contraction me fait sourire, serait-ce le grand jour ??

Je laisse Corentin dormir et je continue de me reposer sans savoir vraiment me rendormir.

A 9h, on a rendez-vous à la maison de naissance, ça tombe bien. Evidement, la valise est dans le coffre. Bénédicte m’ausculte et me dit que c’est peut-être mon travail qui commence mais mon col n’a presque pas bougé. Ce n’est donc pas pour tout de suite, elle nous propose donc de revenir vers 21h pour faire le point avant la nuit sauf si ça s’arrête.

Corentin va travailler et me dépose à la gare, je reprends le train pour Ciney.

A la maison, les contractions continuent doucement sans trop me gêner encore. Je fais la vaisselle, quelques courses au magasin du coin et prépare mon gâteau préféré.

J’essaye de me reposer mais les contractions me réveillent, en plus je n’ai vraiment pas envie de dormir ! Je me sens en pleine forme.

Fin d’après-midi, j’appelle Corentin pour être sûre qu’il rentre à l’heure. Il a l’habitude de faire des heures supp. mais là j’ai besoin de lui.

Au cours de la journée, les contractions se sont renforcées et rapprochées. A chacune d’elles, je me plie en me tenant à une chaise.

Corentin rentre et je prépare à souper, je n’arrive pas à manger.

J’appelle Bénédicte pour voir si je ne peux pas venir plus tôt, nous arrivons donc à 20h à la maison de naissance.

Elle m’ausculte de nouveau et me dit que je suis à 3 cm. Youpiii !!

Par contre, mon col n’est pas centré sur la tête du bébé et il faut donc tiré sur le col pour le recentrer, aïïee.

Elle nous installe dans la chambre de derrière. On dépose toutes nos affaires et je trouve ma place sur le ballon sur lequel j’ai déjà passé de longues heures pendant ma grossesse. Elle allume les bougies, la pièce renferme une ambiance calme, chaleureuse, de petit cocon.

Je ne me rends pas encore compte que tu vas arriver.

Quelques heures passent et je trouve ma place toujours sur le ballon et à chaque contraction, je me suspends à l’écharpe qui est attachée au plafond.

 

Marie-Christine prend le relais. A minuit, je suis à 7cm !! Ca avance super bien.

Par contre, les heures qui suivent me paraissent une éternité. La fatigue commence à se faire sentir, la faim aussi. Je mange un biscuit qui revient aussi net..

A un moment, je me mets dans le lit, je me sens complètement paralysée par la douleur, clouée au lit. A chaque contraction je me balance, je respire profondément et je regarde la lumière de la bougie qui bouge sur le mur. Je me plonge dans cette lumière et je me sens ailleurs, déconnectée ; l’image qui me vient est celle d’un feu de bois sous un ciel étoilé.

Les contractions s’intensifient encore, les heures passent, la fatigue se fait de plus en plus sentir. J’ai l’impression d’être dans une course sans fin, je n’y arriverai pas ! Je ne sais plus quoi faire. Corentin et Marie-Christine m’encourage, me rassure. C’est dur, c’est trop dur… Je n’aurais jamais cru que ce serait si difficile, j’ai mal !! J’ai l’impression que je vais tomber là, je vais mourir… J’essaye de profiter de chaque pause.

Vers 4h30, Marie-Christine me propose de marcher un peu, de faire les escaliers pour faire avancer les choses. Je fais un aller-retour jusqu’en bas puis revient sur le ballon. Pourvu que ça finisse vite. Elle me propose de me mettre à 4 pattes dans le lit. Très rapidement, je sens que ça change. Une sensation étrange m’envahit, serait-ce ça l’envie de pousser ? De toute façon je ne peux pas lutter, je pousse. Marie-Christine me rassure. Je pers la poche des eaux, le bruit est assez impressionnant.

Après quelques poussées, Marie-Christine me propose de sentir ta tête avancer du bout des doigts. Wouaww, tu es là, quel réconfort !! A chaque poussée, tu avance un peu plus, c’est magique. Je donne tout ce qui me reste de force, j’ai l’impression de courir en pleine tempête, contre le vent et puis d’un coup tout se calme et un cri ! C’est le tien, c’est toi Lucie, si petite. C’est ton papa qui t’a pris et qui te pose délicatement sur moi. Que tu es belle ! Les larmes coulent. Je te découvre enfin, après 9 mois de vie ensemble. Merci pour ce beau cadeau que tu nous fais d’être parent.

Les jours et même les semaines suivantes, je fus partagée entre la révolte et la joie.

Je n’avais jamais pensé que ce serait difficile, douloureux. J’avais complètement idéalisé ta naissance en me disant que je trouverais des moyens, des positions pour ne pas avoir mal. Quelle belle illusion…

Mais à refaire, je referais pareil parce que j’ai vraiment l’impression de m’être approprié ta naissance, je t’ai mise au monde !

Merci à Bénédicte, Marie-Christine et Evelyne pour leur suivi, leurs bons conseils, leur présence discrète mais rassurante. Parce qu’elles m’ont permis de vivre pleinement ce moment si important de ma grossesse et surtout de mon accouchement. Merci, mille fois merci.

 

9 avril 2009, environ 18H….  « Arrêtez de me téléphoner sans arrêt !  Pas avant le 15 on vous a dit !! ».  C’est vrai que j’ai la pêche, ce jour-là !  J’ai passé ma matinée à ranger et nettoyer la maison  (d’autres diront, par la suite, que je préparais mon nid…)…  Peut-être…

Pas avant le 15, ben voyons !   9 avril 2009, 18H10, je viens de raccrocher le téléphone…  Et, surprise !!!  Un « ploc »…  Je suis sur les toilettes et je pense que…  Je rejoins papa à l’étage à qui Marie-Christine avait expliqué comment procéder pour vérifier l’ouverture du col et tout et tout…  Pas bien différent des vaches !!!  Merci pour maman que l’on compare sans cesse à cette bête-là…  Papa a eu confirmation d’une rupture de la poche des eaux !!!

Tout est prêt pour le départ…  Chouette, enfin là ce bébé !!  Ca faisait au moins 15 jours que j’avais envie de te serrer dans mes bras…   C’est Bénédicte qui est de garde, je lui téléphone et elle nous propose de prendre le temps et de réévaluer la situation vers 22H…  Vers 22H !!  Waw, ça paraît long ça…

Je m’installe sur le ballon et je gigote, je me dandine….  Je monte et redescends les escaliers (Marie-Christine, je pense à toi et à tes trucs…).  Même pas stressée, plutôt trop zen même je trouve…

22H, toujours pas d’affolement mais je téléphone quand même à Bénédicte…  Je veux être certaine que tout va bien pour toi, petit Jules…  Pour moi, je n’ai pas peur et c’est vrai depuis le début de notre projet d’accouchement en maison de naissance…  Bénédicte propose alors de nous accueillir pour évaluer avec nous l’état d’avancement.  Nous arrivons à la maison de naissance cool, vraiment cool, comme un départ en vacances, un départ pour l’hôtel (et quel hôtel !  4 étoiles !)…

C’est la pleine lune, elle est magnifique cette lune et éclaire le beau jardin de la maison de naissance…  Stupéfaction de Bénédicte : « ça va !  C’est chouette d’arriver dans ces conditions et tu es à 4 cm déjà !  C’est pour cette nuit…».  Nous décidons de nous installer là pour la nuit…  Nous dormons même un peu…  Je me réveille et j’ai envie de profiter d’un bon bain comme j’aimais en prendre lorsque tu étais encore dans mon ventre…   Quel  bonheur de se relaxer de la sorte dans une baignoire aussi agréable !

Vers 5H du matin, les petits oiseaux chantent et les contractions se font de plus en plus intenses mais franchement supportables et, pourtant, au verdict , 10cm !  Ca commence à devenir sérieux…   Bénédicte qui se reposait jusqu’à présent reste vigilante tout en nous laissant papa et moi mener les opérations…  Trop agréable cette baignoire qui, remplie en toute bonne attention par Bénédicte d’eau chaude, stoppe les contractions…  Je ne peux plus et ne veux plus rester là, je veux que ça avance !!!

C’est finalement à 10H piles que tu as pointé le bout de ton petit nez !  Après le bain dans lequel tu aurais bien pu arriver, assise sur le tabouret, debout en pratiquant les déhanchements, suspendue à l’écharpe, couchée sur le ballon, dans les escaliers, c’est finalement de côté, sur le lit, que papa (merci Bénédicte d’avoir permis cet accueil !) est venu te chercher pour te déposer doucement sur le buste de maman…  Christel, très discrète, était aussi à nos côtés pour vivre cette merveilleuse aventure…

Tout en douceur, tu es arrivé dans cette ambiance feutrée et calme…  C’était une belle journée ensoleillée ce 10 avril 2009, tu étais dans ton petit hamac blanc face au jardin illuminé, sous le regard attentif et admiratif de papa et maman….  Marie-Christine est arrivée avec un bouquet de jonquilles et de quoi nous préparer un délicieux repas que Bénédicte a pris en charge…

Christel a aussi joué un rôle clé dans ton début de vie !  Et oui, si Bénédicte, dans les heures qui suivent n’avait pas tenue bon et ne m’aurait pas mis en contact avec Christel, peut-être aurions-nous pu baisser les bras et passer aux biberons car papa ne voulait pas que tu cries famine !!  Et, pourtant, tu as profité avec bonheur de 7 mois d’allaitement maternel !!  Nous nous étions beaucoup préparés à l’accouchement mais n’avions pas jugé utile de nous intéresser à l’allaitement avant ton arrivée, quel dommage !!   Enfin, oui et non car le suivi est tellement optimal au retour au domicile que les expertes auxquelles nous avons eu affaire ont pu nous guider parfaitement bien…  Encore une fois, MERCI !

Tu es né à 10H et, à 18H, tu étais déjà chez nous !!!  C’était super !  Et nous avons eu 3 jours de tranquillité, rien que tous les 3, avec l’aide de Bénédicte et Marie-Christine au besoin…  T’as bien visé mon Jules, un vendredi Saint, c’était sûr que tout le monde serait coincé dans les repas de famille, quelle bonne idée !!  De toute manière, les gens sont compréhensifs, un petit mot sur la porte et les personnes respectent cette demande de repos…

Marre aujourd’hui d’entendre que des mamans n’osent pas vivre ce moment de cette manière, stressées  par les dires de leur entourage ou du monde médical !  Marre d’entendre des débats et de voir des émissions télévisées qui montrent les dangers de l’accouchement en maison de naissance ou à domicile !  Il y a aussi des naissances qui se passent mal à l’hôpital et des naissances qui se passent bien en maison de naissance, la preuve !

Croyez en votre projet, menez le jusqu’au bout, faites vous confiance, tenez le fil, faites confiance à l’équipe de sages-femmes expérimentées (elles savent ce qu’elles font !), ça en vaut la peine !!!

A ceux qui croient toujours, aujourd’hui, que nous sommes FOUS et bien je dis : « OUI, NOUS SOMMES FOUS…de Jules ! ».

 

Naissance de Louane

Dimanche 21 juin… nous décidons d’aller nous coucher tôt pour une fois car nous sommes fatigués et qu’il faut absolument se reposer pour être en forme pour l’accouchement qui ne devrait pas tarder à arriver !!!En effet cela fait 2 semaines que j’ai des petites contractions jours et nuits !

Mais voilà qu’à minuit je ne suis toujours pas endormie et je n’ai pas du tout envie de dormir non plus. Je me retourne encore et encore dans mon lit.

Je descends donc pour ne pas ennuyer l’homme, il en faut au moins un de frais et disponible demain matin pour s’occuper des enfants !

J’allume la TV histoire de me fatiguer mais le marchand de sable m’a oublié ce soir… vers 3h30 je trouve que j’ai plus de contractions qu’à l’habitude. Je décide donc de prendre mon téléphone portable près de moi pour regarder l’heure et les minutes qui s’écoulent entre chaque contraction mais aussi pour pouvoir prévenir l’homme au cas où ça deviendrait du sérieux au point de ne plus savoir monter les escaliers !

Jusque 6h48 les contractions étaient plus que gérable et très anarchique, une fois il s’écoulait 30 min, ensuite ça redescendait à 10 min pour remonter à 20 min à la suivante et ainsi de suite.

Mais voilà qu’à 6h48 je commence à noter les heures car je n’arrive plus à me souvenir du temps écoulé entre 2 contractions….Et la raison est qu’elles se rapprochent fortement l’une de l’autre !

Je décide donc de préparer tout pour le lever des enfants tant que je le peux encore….La table du petit déjeuner…les collations et les tartines dans leur cartable…je mets les dernières choses qui doivent aller dans la valise… je prépare même la salle de bain histoire de pouvoir prendre un bain par la suite. Et voilà qu’il est l’heure de réveiller tout le monde !

Pour les enfants le réveil fut normal et habituel… Pinpin par contre a eu plus de mal à émerger et comprendre ce que je lui voulais :

Mon chéri, m’écriais-je doucement… il va falloir te lever car je crois qu’on va devoir se rendre à la maison de naissance aujourd’hui !

Ha bon….. pourquoi ? ….me répondit-il.

Parce que je pense que le travail a commencé !

Je suis vraiment obligé de me lever ???

Heuuu oui mon chéri….

Maintenant que tout le monde est habillé, a déjeuné, …on peut les préparer au fait qu’on ne sera peut être plus à la maison lorsqu’ils rentreront de l’école !

Mathis a eu un moment de stress mais a vite été rassuré quand je lui ai proposé d’aller passer la soirée et la nuit chez Isabelle, Christopher cache bien ses émotions mais je sais qu’il était ravi que sa petite sœur allait arriver !

 

Une grossesse n’est pas une autre … voila ce que tout le monde dit toujours.

La grossesse de Noémie fut parfaite … Ma fille est née à terme, sans douleur mais dans une sphère qui, pour moi, n’a pas été du tout sécurisante. Celle de l’hôpital … j’ai vécu un moment magique lors de cette naissance, ma petite fille était là et moi j’étais maman ….  Mais j’avais un gout de trop peu… une sensation d’avoir manqué quelque chose …

Le post accouchement ne fut pas facile du tout par contre … voila en partie la raison qui m’a menée à vouloir accoucher en maison de naissance pour mon deuxième bébé.

Deux ans ont séparé les deux accouchements, et que de chemin parcouru …

Les cinq premiers mois de cette 2ème grossesse furent parfaits …  j’étais en super forme et la plus épanouie du monde …

23 semaines PAFFF je dois me reposer. ce que je fais … je ne porte plus Noémie, ne fais plus les courses… j’obéis sagement.

Mais cela ne suffit pas … 28 semaines PAFFF contractions et ouverture du col … je dois rester couchée jusque mes 37 semaines accomplies avec un cocktail de médicaments à avaler toutes les 2h.

J’obéis et m’installe un petit nid douillet chez moi, dans mon salon …. J’y passerai donc 9 semaines complètes. Olivier a assuré, il a tout géré (courses, crèche, ménage, rangement, bain, …. Et le reste) Noémie n’a pas vécu facilement ce moment  … elle m’a beaucoup manqué et je crois lui avoir beaucoup manqué aussi.

Mais j’ai tenu et ce fut une grande victoire d’arriver le jour de mes 37 semaines … je crois que je n’aurais pas pu y arriver sans Oli, Noémie, sans la famille et les amis qui ont été si présents chaque jour (pour s’occuper principalement de Noémie). J’ai beaucoup de chance de les avoir tous.

Lundi 2 novembre, j’arrête donc mes médicaments. je sais que bébé viendra vite, je suis déjà à 3cm et je contracte toujours autant. Je profite de cette journée pour ENFIN sortir, prendre l’air et passer du temps avec Olivier et Noémie. Une petite promenade en ville s’impose … Un super moment pour nous trois.

Le soir, je contracte toujours autant mais sans douleur. je me couche et passe une très mauvaise nuit. Je sens bébé très bas, il appuie … impossible de dormir.

Mardi 3 novembre … promenade en ville le matin… on en profite … Je réussi ensuite à faire une bonne sieste jusque 16h. Génial je me sens reposée.

18h, envie de faire un resto. Certainement le dernier à 3 … On arrive au resto vers les 18h30 …. 19h les contractions deviennent plus fortes et un peu douloureuses …. Les voila ces contractions tant attendues …. Je peux enfin les accueillir sans peur, sans remord … Benjamin ne viendra pas trop tôt … le repos a payé.

20h, ma maman arrive à l’appart, elle passera la nuit avec Noémie … on explique tout à notre petite fille avant de la mettre au lit. elle était bien préparée à la naissance de son petit frère et s’endort paisiblement.

21h30, on arrive à la maison de naissance. Evelyne nous a préparé une magnifique chambre … je n’en reviens pas d’y être. Voila mon bébé va certainement naitre dans quelques heures à la maison de naissance, comme je l’ai tant espéré durant mes semaines de repos.

Le travail n’a pas vraiment commencé, Evelyne le confirme … toujours 3cm. elle me conseille soit de marcher, soit de me reposer. elle se replie dans une petite chambre à coté pour, elle aussi, se reposer. on se doute que la nuit sera longue… surtout que je ne faispas partie des accouchements les plus rapides de la terre

On marche un peu dehors avec Oli. Il fait doux c’est agréable. puis on se repose …

3h je réveille Oli qui s’était endormi … je commence à avoir bien mal … Oli réveille Evelyne qui me dit cette phrase « choisis ce qu’il y a de moins confortable pour toi à partir de maintenant… pour que le travail commence et avance» …

Je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait y avoir une telle ambiance la nuit dans la maison de naissance … Nous sommes descendus avec Oli … Evelyne nous a mis des bougies dans la salle du bas (celle où se déroulent les réunions de groupe) …. J’y ai fait les 100 pas durant une bonne heure …. C’était beau, calme… on était seuls

Evelyne et Oli ont ensuite pris le p’tit dej dans la cuisine … j’en ai profité pour me faire un thé  car je sentais la fatigue arriver… Les contractions sont devenues beaucoup plus difficiles …. J’ai demandé pour remonter dans la chambre

Il est 5h30, Evelyne m’examine et je suis a 5.5cm … Whaw je suis fière de moi car je ne pensais pas être si loin.

Elle me propose de faire couler le bain. ce que j’accepte avec grand plaisir.

Ce magnifique bain dans lequel je vais rester plus de 2h …. Les contractions passaient, devenant de plus en plus fortes … Je les accueillais chacune séparément, toute calme, toute détendue … tellement détendue. jamais je ne me suis crispée … je les aimais même ces contractions. j’étais contente de les voir arriver. entre chaque contraction, j’en arrivais même à m’assoupir la tête sur le bord de la baignoire.

8h, elles deviennent très très difficiles à gérer. je commence à avoir du mal à me détendre … je sens quelque chose qui pousse … je demande à sortir de la baignoire, j’ai le sentiment d’arriver au bout du travail.

Evelyne m’examine, je suis à 7cm … je désespère un peu sur le coup et de ce fait, les contractions deviennent peu gérables … Evelyne m’explique que la poche des eaux est très épaisse et ne se rompt pas. Elle appuie très fort sur le col … Elle m’explique que la rompre me ferait gagner 2h (selon elle) … c’est à moi de choisir. J’accepte car je suis vraiment fatiguée. Cela aura été le moment difficile du travail … il fallait passer ce fameux sommet, il fallait dépasser ses limites …

A peine rompue, je suis à 8cm avec des contractions de plus en plus fortes …. Je continue à me tordre dans tous les sens pendant les 3 ou 4 contractions suivantes. Je ne trouve pas ma place, je ne sais plus respirer … c’est difficile.

Evelyne m’installe ensuite sur le coté droit (j’ai choisi d’accoucher ainsi) … il doit être 8h30 – 8h45 ….. Et c’est en allant chercher une force et des cris au plus profond de moi que Benjamin est né à 9h14 ….

Je l’avais fait, je n’en revenais pas ….

La présence si discrète d’Evelyne durant cette longue nuit m’a tellement aidée. Je savais qu’elle était là et que je pouvais compter sur elle à tout moment.  J’ai en tête  ses petits mots d’encouragement qui m’ont fait un bien fou (« tu fais ça très bien » « courage » « ne t’inquiète pas, je mets de l’huile, tu ne te déchireras pas » « encore une contraction et bébé sera là » …) …. Tout s’est passé comme dans mes plus beaux souhaits ….

Cette nuit restera gravée comme l’un des plus beaux accomplissements de ma vie. Je revis ces instants chaque jour depuis la naissance.

La lasagne mangée à midi a été la meilleure de toute ma vie je pense. Je n’avais jamais mangé quelque chose d’aussi bon. Le repas du vainqueur après tant d’efforts.

17h, Noémie est enfin arrivée et a fait connaissance avec son petit frère. Elle est une grande sœur adorable, douce, protectrice. Elle est géniale.

19h, on quitte la maison de naissance en famille… je suis en forme, Benjamin est en forme ….. Direction l’appartement pour y démarrer une nouvelle vie à quatre.

Le lendemain matin, nous prenions le petit déjeuner tous ensemble … Benjamin était là mais notre quotidien n’avait eu aucune coupure. Une naissance, quoi de plus naturel …

MERCI à Evelyne, Béné, Marie-Christine pour leur présence durant mes semaines alitée … Merci à Evelyne pour nous avoir aidés à mettre notre Benjamin au monde. Merci à Béné pour ses visites post natales et ses bons conseils.

MERCI à Oli d’assurer autant et d’être un amoureux si parfait pour moi ….

MERCI à Noémie de comprendre si bien les choses et d’être une grande sœur si géniale.

MERCI à tous ceux qui ont été présents durant la grossesse.

 

Et voilà, ça fait déjà 2 mois que tu es parmi nous et chaque fois que je te regarde, je n’en reviens toujours pas qu’avant, tu étais bien au chaud dans mon ventre. J’ai adoré être enceinte, voir mon ventre s’arrondir de jour en jour, jouer avec toi… pour ta venue dans notre vie, j’avais le projet de le faire le plus naturellement possible, je n’avais pas envie d’avoir plein de monde, de bruit autour de moi. Je voulais être dans un endroit calme et t’accueillir avec toute la chaleur et l’amour qu’il se doit… et c’est pour ça que je souhaitais le faire à l’Arche de Noé. Heureusement pour moi, ton papa a trouvé cette idée très chouette et nous avons pu prendre ce chemin ensemble. On a été accompagné par des sages femmes merveilleuses et toujours à l écoute. Ce qui m’a surpris c’est la durée des visites (1h à la Maison et 10 min chez le gynéco) et la place du père, des relations de couple lors de celle-ci.

C’est 9 mois sont passés très vite. La veille de ta naissance, j’avais encore plein de chose à faire mais le matin, j’ai eu des contractions, elles n’étaient pas douloureuses mais ennuyeuses, j’ai pris une bonne douche chaude et puis l’après midi, elles étaient plus prononcées. Entre deux, j’ai fait tes faire-part, assise sur le ballon. A 17h, j’ai rappelé ton papa pour qu’il rentre plus tôt du travail et puis j’ai téléphoné à Bénédicte car elles avaient augmentées d’intensité et étaient régulières. Nous avons rejoint Marie-Christine à la Maison de naissance à 19h. Je pensais que comme j’avais déjà 1cm d’ouverture depuis 15jours, j’étais au moins à 2 voir 3cm. On a donc été surpris quand Marie-Christine nous a dit que j’étais toujours à 1 (et oui !!). On a fait le point avec elle une heure après, rien n’avait bougé. Elle nous a donc proposé de rentrer, d’aller manger et de se rappeler plus tard. Nous sommes donc retournés. J’ai pu prendre un bon bain chaud dans la baignoire que ton papy s’est dépêché d’installer le jour même et puis soirée dvd pour moi et dodo pour papa. A 2h du mat, j’en avais un peu marre d’être à la maison, il fallait que je bouge et puis ça devenait vraiment douloureux, on est donc retourné à l’Arche à 3h. Je me suis dit, que j’étais au moins à 4cm car c’était quand même très douloureux… Hélas, il n y avait que 2 cm (1cm en 6h, ce n’était pas gagné). Comme j’étais plus tranquille et plus rassurée d’être à l’Arche, on est resté dormir entre deux contractions, j’ai repris un bain chaud dans cette superbe baignoire (beaucoup mieux que la nôtre). A 8h Béné est venue avec le pti déjeuner et comme j’étais à 7 cm Marie-Christine est restée aussi. A 9h, 8cm mais tu n’étais pas dans l’axe, j’ai donc essayé toutes les positions (à  4 pattes, le ballon, agrippé au radiateur) et  c’est quand j’ ai dansé du bassin que tu t’es bien placé.  Et puis, Béné m’a suggéré le siège hollandais avec l’écharpe pour me suspendre et là, les contractions étaient beaucoup plus intenses. Pour la suite, j ai du me remettre sur le lit, il n’était qu’à  50 cm mais me semblait à 1km, je ne savais pas du tout comment y aller car tu prenais de la place. Je me suis donc cramponnée à l’écharpe et me suis laissé tomber sur le lit, a ce moment là, tu as bougé aussi pour te mettre dans la bonne position et moi je me suis retrouvée sur le ventre et j’étais tellement bien que j’ai demandé si je pouvais rester comme ça. Ton papa m’a tenu une jambe, Béné l’autre et Marie-Christine était là pour t’accueillir. On a commencé à pousser ensemble et entre deux contractions, tu remontais. Je me demandais pourquoi tu faisais du va et viens et puis quand tu as sorti la tête, on a vu que tu avais le cordon autour du cou. Tu remontais pour que le cordon ne soit pas écrasé entre deux contractions. Quand tu as sorti les épaules, je t ai pris pour te mettre sur moi, tu étais tout chaud mais pas tout fripé. Après cette épreuve, tu avais encore de la force pour manger et tu avais très faim (mais ça, ça n’a pas changé).

Et voilà, il est 13h et nous sommes devenus une famille

Ce fût un jour inoubliable et on ne regrette pas du tout notre choix. Ton papa a été merveilleux et nous a accompagné tout au long de ce chemin. Et puis comme tu es venu le jour du cours de yoga, j ai été super contente de voir Christiane venir faire un pti coucou et me dire que toutes les filles étaient avec nous.

Kerian… né comme dans un doux rêve.

Depuis quelques jours déjà je ressens de temps en temps une douleur au ventre la nuit… les fameuses contractions douloureuses, que je n’ai jamais connues de façon naturelle pour la naissance de ton grand frère, Aodren. Dans un demi-sommeil je me rends compte que j’en ai eu quelques unes d’affilées… le moment serait-il venu? Je me force à regarder l’heure: il est 2h… à partir de ce moment là je regarde l’heure à chaque contraction et de fait les contractions sont assez régulières, toutes les 10 minutes environ. Malgré tout je dors entre deux contractions et après une heure et demie à ce rythme je me dis que je dois réveiller ton papa. J’avoue que je n’ai pas envie de le réveiller car je sais que cela va déclencher le branle bas de combat et je ne pourrai plus me reposer entre deux. Finalement vers 4h je le réveille tout doucement. Et voilà que je fais la rencontre de « St Thomas », qui sera le surnom de ton papa tout au long de cet accouchement : « Mais non ma chérie, c’est beaucoup trop tôt, tu n’es qu’à 38 semaines: c’est une fausse alerte. » J’ai beau lui dire que je sais que c’est le bon jour: il ne veut pas me croire. Il m’envoie prendre un bain : « Tu verras après tu n’auras plus rien ». Il est vrai qu’il se base sur notre première expérience d’accouchement, qui j’ai beau le lui répéter, est incomparable dans la mesure où la surmédicalisation y a commencé à 7 mois de grossesse avec la prise d’hormones alors qu’ici on a laissé faire la nature et les contractions dès 6 mois et demi de grossesse. Mais revenons à cette nuit magique. Après 20 minutes de bain les contractions se sont accélérées et viennent toutes les 5 minutes. Vers 5h je téléphone à tes grands-parents pour qu’ils viennent garder ton grand frère. Moi je me recouche et là je me dis que je n’y arriverai pas… la douleur est déjà trop forte or on est qu’au tout début du travail. Le projet en maison de naissance sans péri c’est de la folie… je ne pourrai pas supporter la douleur. Pourtant entre les contractions j’arrive encore à somnoler. Pendant ce temps-là ton papa termine de faire les sacs qui n’étaient pas encore tout à fait bouclés. Quand il a fini il se couche derrière moi, une chaleur réconfortante dans le dos… et c’est là que je trouve notre bulle. Pour expirer lentement (ce que je fais à chaque contraction depuis le début) on m’avait donné des images telles qu’une flamme à éteindre tout doucement, la mer etc, mais rien ne marchait. Notre bulle je l’ai trouvée quand j’ai trouvé notre image… je souffle tout doucement sur tes petites fesses et t’incite à pousser sur le col pour qu’il s’ouvre encore et encore… A partir de ce moment là on est vraiment lié dans cet accouchement et tout se passe mieux… cette image m’accompagnera à chaque contraction jusqu’à ta naissance. Vers 6h je me lève, je m’habille, je m’installe sur le ballon et ton papa est enfin d’accord pour que je téléphone à Evelyne pour lui dire que ça fait deux heures que je suis à 4-5 minutes environ. Elle est catastrophée : j’aurais dû appeler plus tôt! Rendez-vous à 6h45 à la maison de naissance. Mes parents arrivent vers 6h30. Entre temps on a réveillé Aodren et on lui a expliqué que tu va enfin venir et que bientôt il pourra te prendre dans ses bras (chose qu’il demande inlassablement depuis des semaines). Et voilà que ton papa veut faire du chocolat chaud pour Aodren. Heureusement, là j’ai été catégorique: il faut partir. Je pense que si là il ne m’avait pas écoutée tu serais probablement né à la maison…

Vers 7h00 on arrive à la maison de naissance. Evelyne nous y attend et regarde où j’en suis et je pense que ni ton papa ni moi on oubliera ce qu’elle nous a dit à ce moment là : « Patricia, tu as déjà bien travaillé… tu es a 8cm ». Les larmes débordent chez moi comme chez ton papa. C’est seulement à ce moment là qu’on a su qu’on ne revivrait pas l’hyper-médicalisation qu’on a subie lors de la naissance d’Aodren et ce n’est qu’à ce moment là que j’ai su avec certitude que oui tu verrais bien le jour comme nous le souhaitions de tout notre cœur ton papa et moi, à la maison de naissance, naturellement. Les émotions allant mieux, je me réinstalle sur le ballon. Entre les contractions ton papa me fait des massages aux huiles essentielles, par contre pendant les contractions je suis avec toi, comme je l’ai été depuis ce moment il y a seulement 2 heures, où j’ai trouvé ma bulle. Et pas question que qui ce soit me touche à ce moment là, j’ai trop besoin d’être avec toi rien qu’avec toi pour t’encourager à parcourir ce si long chemin, tout en me balançant sur le ballon et me pendant à l’écharpe qui est suspendue au plafond au-dessus de ma tête. Les contractions s’intensifient, se tonifient. Vers 8h15 je sens qu’il va falloir que je bouge, car cela stagne. Avant d’avoir pu dire quoi que ce soit, Evelyne me propose de me déplacer sur le tabouret d’accouchement pour regarder où j’en suis. Le mouvement nécessaire pour me déplacer sur le tabouret fait qu’il est inutile de regarder où j’en suis, j’ai envie de pousser… non je dois pousser… ce n’est plus moi qui décide c’est mon corps qui me dis de pousser et je pousse … une première fois pour rompre la poche des eaux… une deuxième fois pour voir apparaître ta tête et là on est entre deux eaux… un temps suspendu où tu es déjà là mais pas encore tout à fait là… je vois ton visage face à moi pendant qu’Evelyne enlève le cordon qui s’était mis autour de ton cou… avant la troisième poussée qui te fera naître si vite qu’Evelyne arrive tout juste à te rattraper. Il est 8h43. Tu es là, sur moi. Tout les trois, toi, moi et ton papa avons réussi cette naissance « comme dans un doux rêve », rêve que je n’avais pas osé faire avant la naissance de peur qu’il ne puisse se réaliser… de peur d’atterrir à l’hôpital malgré tout… rêve qui s’est réalisé…

 

Avant de boucler ce récit d’une nuit magique je tiens à remercier plusieurs personnes.

Avant tout merci à ton papa pour sa présence cette nuit-là, mais surtout pour avoir cru en moi et en mes capacités à te mettre au monde naturellement. Sans lui je n’aurais jamais réussi. Merci!

Je veux également remercier la maison de naissance et les sages-femmes qui y travaillent d’offrir aux parents qui le souhaitent la possibilité de vivre un tel accouchement. Avec un merci particulier à Evelyne et Catherine qui nous ont accompagnés cette nuit-là!

Par ailleurs je tiens aussi à remercier les filles d’un forum pas comme les autres car c’est grâce à elles que j’ai appris qu’il y avait moyen d’accoucher autrement, que l’hôpital n’était pas indispensable et que des alternatives existent. Merci à toutes !

 

Naissance de notre petit William ce 3 mai 2008

Après un réveil en fanfare avec notre Mila debout dès 6heures( bizarre pour notre petite marmotte), nous entamons la journée comme il  était prévu….Petit déjeuner à 4….Aie Louis est de mauvaise humeur, Mila est grognon, Ludo est fatigué et j’ ai mal partout après une mauvaise nuit et la petite chute de la veille….  Heureusement le soleil est là et les enfants vont pouvoir jouer dehors pendant que Ludovic continue de peindre la chambre de bébé….

La matinée est assez difficile, les enfants sont assez nerveux et je suis fort fatiguée, j’ai quelques contractions irrégulières et très mal dans le pubis….Encore la faute de cette compote sur laquelle j’ai trébuché !

Je prépare le dîner sans grand appétit une omelette aux champignons  va nous remettre  en forme ! Cet après midi Ludo conduit Louis chez son parrain et il va à « Namur en mai » avec Mila pendant que je fais une petite fête avec des copines pour l’arrivée future de bébé ! Je me réjouis de cet après-midi sans doute la dernière sortie avant bébé…

Je prépare le repas et j’ai quand même pas mal de contractions douloureuses….Je couche Mila pour la sieste et je décide de me reposer un peu pendant que les hommes tondent la pelouse….

Aucune position n’est agréable je vais donc prendre une douche et me préparer pour partir…Mais je commence à sentir que l’après midi va prendre une autre tournure…Je ne dis encore rien à Ludovic…Dans la douche j’ai une grosse contraction suivie de perte de sang….Décidément ce petit bébé a peut-être décidé de venir aujourd’hui !

Je vais faire part de mon idée à Ludovic qui ne semble pas encore y croire…Je lui dis que je vais appeler Bénédicte car les pertes de sang m’inquiètent un peu même si les contractions sont gérables, on ne sait jamais….

On convient avec Bénédicte que je la rappelle si on décide de partir, elle est à Namur donc pas de soucis !

Je m’allonge dans le transat sur la terrasse et je fais attention au nombre de contractions…Elles sont nombreuses douloureuses et « poussantes » .Il est 15h et je n’ai plus de doute bébé va arriver aujourd’hui… Je dis à Ludovic qu’il aille prendre sa douche et qu’on va devoir partir….Il termine son petit carré de pelouse…On ne change pas les bonnes habitudes….Il aime prendre son temps !

Mila se réveille et prend son goûter avec Louis.  Je leur explique que nous allons partir à la maison de naissance et qu’ils vont sûrement aller dormir chez leurs grands parents car bébé va bientôt arriver…Louis est tout fou car on est le 3 même jour que lui ! Mila hoche de la tête lorsque je lui demande si elle va être sage chez mamy…..

Tous en voiture, nous partons….Je préviens mes amies que je ne serais pas à la petite fête et je pense qu’elles croient que c’est une blague…Cela fait des semaines que je raconte à tous que je dépasserais  sûrement le terme comme pour Mila qui est née à J+8 !

Après un trajet douloureux…aie les ronds points…nous arrivons à la maison de naissance à 16H30… Bénédicte nous accueille avec une chaleur propre à elle en nous disant qu’elle est heureuse de vivre ce moment avec nous…J’attends pour sortir de la voiture…Les contractions sont très très rapprochées…

Louis et Mila vont  dans le jardin avec les jeunes filles d’à côté en attendant que mes parents arrivent…Ludovic les accompagnent un peu puis lorsque Bénédicte m’examine je suis déjà à 8cm d’ouverture ! Bébé va bientôt arriver et les grands pourront directement voir leur petit frère !  Nous sommes tout excités et encore « sous le choc » de cette naissance si rapide !

Je suis allongée sur le lit de la chambre de repos (un autre couple est venu pour un faux travail la nuit et va revenir aujourd’hui car le travail est bien commencé) et je regarde le joli soleil. Il a bien choisi son jour ce bébé…le premier vrai jour de printemps… J’entends les enfants jouer dehors, ils sont bien entourés…me voilà rassurée.

Je me concentre sur les contractions et je sens mon bébé qui descend de plus en plus je l’aide du mieux que je peux. Ludovic me masse le bas du dos et cela me soulage vraiment….cela me rappelle la naissance de Mila et je lui dis qu’ensuite c’est lui qui aura mal au dos si je décide encore de m’accrocher à lui….Nous riions à cette idée…Bénédicte m’apporte un petit bouquet de fleurs que les enfants m’ont cueillis…Je regarde les pâquerettes avec bonheur !

Je roule sur le ballon….

Encore une contraction bien poussante, je sens que je vais bientôt devoir pousser, bébé a presque fini sa grande descente….Je demande à me lever et à aller dans la douche…

Bénédicte s’asperge en remplissant la douche…Je lui dit que ce n’est plus la peine je vais commencer à pousser et elle va me chercher le tabouret hollandais qui m’avait déjà servi pour Mila…Ludovic s’ installe derrière moi et m’entoure de toutes ses forces….

Après 2 poussées je vois la tête de mon bébé je peux même la toucher c magnifique…Ils m’encouragent tous les 2 et disent que je fais bien ça…Cela se passe dans un calme olympien sans un cri…Ludovic et moi ne faisons plus qu’un et j’ai l’impression qu’il pousse aussi pour sortir ce bébé. Bénédicte me dit de faire attention à mon périnée de pousser un peu moins fort…Je suis ses bons conseils et je pousse une dernière fois longuement et doucement…Voilà notre bébé tout en entier il sort et je l’attrape…C’est magique et magnifique…il est tout beau, il sent bon et comme il ressemble à son frère et à sa sœur ! Il pousse son premier cri et Thérèse la seconde sage femme entre dans la pièce….Il est 17H23 et notre petit William est né….. Quel bonheur, nous sommes très émus et aussi tout déboussolés de cette naissance…Nous ne réalisons pas encore ce qu’il vient de se passer….

Nous entendons un drôle de bruit «  ploc »….Oh c’est le placenta qui vient de tomber en un seul morceau sur le sol ! Nous rigolons de cette situation !

Et puis nous profitons….de ce magnifique petit William bien décidé à naître en cette belle journée printanière… Nous nous installons dans le lit et Ludovic va chercher Louis et Mila…Je suis tellement heureuse qu’ils puissent voir William si vite ! Nous profitons de ce moment à 5…Louis est fier comme un paon et Mila toute câline avec le bébé…

Mes parents passent voir le bébé 5 minutes et ensuite ils partent avec les enfants le cœur léger et tout heureux de cette naissance…

Voilà une magnifique naissance pour un joli départ dans la vie !

 

Nous tenons encore une fois à remercier les sages femmes de la maison de naissance pour leur accueil, leur chaleur et cet accompagnement si personnel… Nous avons vécu 2 grossesses et 2 accouchements merveilleux grâce à vous..Nous souhaitons une longue vie à votre maison de naissance…et encore toutes nos félicitations pour le merveilleux travail que vous faites !

 

Histoire d’une mère… d’une maman… de ta maman… pour toi mon petit Maxence d’amour…

Presque un an déjà que tu es né, peut-être est-ce le bon moment pour nous raconter et nous souvenir de cette belle histoire qui a commencé le…

Vendredi 2 mai

Ce matin-là : tu es prévu pour le 17 mai, je viens tout juste d’arrêter de travailler. J’ai le sentiment que tu viendras ce weekend !

Le soir venu : j’ai assez mal dans les jambes, elles sont lourdes… est-ce que tu te prépares à venir nous rencontrer. Etienne, ton papa, pense que ça ne peut pas être ça. Il me dit que c’est sûrement dans la tête car je désire vraiment que tu arrives bientôt pour toute une série de raisons… et oui, j’ai tellement envie de te garder près de moi 4 mois avant de reprendre de travail en septembre…

20h00 : je téléphone quand même à Bénédicte, la première sage-femme de la Maison de naissance de Namur. L’accouchement de ton grand frère s’était passé tellement vite que j’ai un peu peur d’accoucher ici à la maison et de ne pas pouvoir arriver à temps à Namur, à la Maison de naissance ! J’ai simplement les jambes lourdes, pas plus, j’ai mal nulle part, tout va bien, donc rien d’alarmant me semble-t-il mais je préfère avoir son avis, sait-on jamais ! Béné me rassure et me dit que si j’ai la moindre hésitation et le moindre doute, elle peut m’examiner, même en pleine nuit.

23h00 : je n’arrive pas à m’endormir… pour moi, c’est encore un autre signe… je préfère retéléphoner à Béné pour aller la voir.   Pas simple car si c’est une fausse alerte, faut quand même faire venir ta Nanny qui a un bon 3/4h de route ! Ben oui, ton grand frère Augustin, qui a 2 ans à ce moment-là, dort profondément…

Samedi 3 mai

Minuit : Nous voilà en route pour la Maison de naissance… Béné nous accueille avec un grand sourire et beaucoup de décontraction. Je suis un peu gênée vis-à-vis d’elle car je ne ressens rien de spécial à part les jambes lourdes ! Elle nous met tout de suite à l’aise. On se sent bien dans cette belle petite maison, on commence à bien se connaître en plus, c’est très chouette !

On monte tous ensemble dans la chambre de naissance. Elle m’examine : 5 cm d’ouverture ! C’est que tu as bien mis le train en marche ! Béné nous conseille de nous reposer et me demande de l’appeler à la moindre contraction. Elle dort juste dans la chambre d’à côté. C’est super rassurant. La nuit se passe, une toute petite contraction et voilà déjà le matin…

Le matin : Tu te fais attendre. Je suis en pleine forme et on décide, ton papa et moi, en accord avec Bénédicte de rentrer à la maison. Béné reste à Namur toute la journée donc au moindre signe, je peux lui téléphoner. Elle nous propose de laisser nos affaires sur place car tu devrais arriver aujourd’hui ou demain !

La journée : cette belle journée ensoleillée se passe tout à fait normalement. Plus aucune douleur, plus aucun signe ! Ton papa et moi s’activons afin que tout soit prêt pour ton arrivée…

14h00 : Je décide d’aller faire une petite sieste en même temps qu’Augustin.

16h00 : Je me réveille et me dis que je devrais peut-être préparer ton petit lit ! Tiens, je sens comme une première contraction… On retéléphone à Nanny pour venir garder Augustin.

17h00 : On est attendu chez les voisins pour aller rencontrer Jeanne qui vient tout juste de naître aussi. A mon avis, c’est bon, on peut y aller. Un petit verre de jus, euh… là, ça commence à s’accélérer ! On calcule avec Dim… Toutes les 6 minutes ! Bon, on va penser à partir !

18h00 : Super, Nanny est arrivée avec Lynn, ta cousine. Ils vont bien s’amuser tous les trois, je suis rassurée ! Un bisou à Augustin et en route…

Sur le chemin, papa commence un peu à paniquer ! Les contractions sont très rapprochées, 2-3 min maximum. Je le rassure, tout va bien. Je me sens bien… Encore quelques mètres et on y est… Ouf !

 

18h30 : Béné est en train de préparer le repas du couple qui vient tout juste d’accueillir William. La deuxième sage-femme est de ce fait déjà présente. Il règne à la Maison de Naissance une ambiance très familiale. Etienne et moi montons dans la chambre et Béné nous accompagne. On s’installe dans la même pièce qu’hier où nos affaires sont déjà là. Elle m’examine : 9 cm d’ouverture ! Cette fois, ça y est, tu arrives …

19h00 : J’essaye plusieurs positions, assise, debout, finalement, je préférerais la position à 4 pattes. Papa est devant moi et me soutient tellement bien. Oulàlà, j’ai vraiment les jambes lourdes ! La deuxième sage-femme nous rejoint. Elle s’installe dans un coin de la pièce et se fait très discrète. Béné est vraiment attentive et très présente. Quel bonheur d’être respectée !

La poussée est vraiment très difficile. Soudainement, je sens que tu remontes…au lieu de descendre. Papa t’aide en posant ses mains sur mon ventre et en te parlant tout doucement. Tous les deux, nous te faisons confiance et te disons qu’il ne faut pas avoir peur, que tout va bien.

Quelques minutes plus tard, je réceptionne ta petite tête dans mes mains. Béné m’invite à te prendre et te voilà qui naît dans mes bras. Je te prends devant moi et te dis bonjour. Une larme coule sur la joue de papa. Que d’émotions ! Tu es né vers 20h00, finalement ça n’aura été qu’une petite heure de dure labeur et voilà que je te découvre… Je me couche tout doucement sur le lit pour faire les soins… aucune déchirure, aucune éraflure ! C’est incroyable ! Béné et la deuxième sage-femme s’éclipsent tout doucement. On est à 3, quel moment si précieux. Tu es sur le torse de ton papa. C’est le bonheur absolu. On est bien, il fait chaud, on reste comme ça, à peine habillé, peut-être une heure, peut-être deux. Juste du bonheur, que du bonheur !

Béné vient nous apporter notre repas. Etienne dévore. Je suis assez septique. Je goûte et, oh mon dieu que ça fait du bien de manger après un tel effort ! Je crois que c’est le meilleur repas que j’ai jamais mangé !

La nuit se passe très bien. On n’entend même pas le couple d’à côté. On a l’impression d’être chez nous. En pleine nuit, on a de nouveau faim. Tout est prévu ! Des petits biscuits nous attendent sur la table de la cuisine… Quelle belle attention !

Le soleil se lève… et cette vue magnifique sur le jardin… Les rayons du soleil pénètrent dans la chambre et t’effleurent tendrement, toi qui dort juste là dans le hamac. Oh, voilà Evelyne, une autre première sage-femme, qui est de passage et vient nous dire bonjour ! C’est vraiment sympa…

On descend à trois, de bons croissants tous chauds sont déjà à table. On rencontre l’autre famille et échangeons nos expériences.

Voilà… encore une tétée avant de partir…une petite soupe pour la route… le temps de se dire au revoir… et nous repartons vers Gembloux retrouver ton grand frère qui nous attend avec impatience !

Tu as décidé de venir un samedi soir comme ton grand frère, juste 2 ans après lui quasi jour pour jour et à presque la même heure… C’est fou, tu es ainsi né le 3 mai et ce fût merveilleux !

Merci à toi mon petit Maxensous pour tout ce que tu m’as et nous as apporté durant cette magnifique année…

Merci à toute l’équipe de la Maison de Naissance pour son travail, son approche si professionnelle, son dynamisme et son enthousiasme et un merci tout particulier à Bénédicte d’avoir rendu notre projet si beau…

Ta maman, Vinciane.

 

Ce vendredi là, j’avais invité une amie à venir me distraire, Yunes prenait son temps et moi j’étais impatiente!

La journée allait avec ses contractions belles mais supportables et pas plus régulières que ca… J’y avais déjà cru plus tôt donc j’essayais de ne pas m’emballer.

A 17h nous devions faire un monito avec Marie Christine, qui a confirmé le début du travail.

Je me disais qu’un deuxième sort plus vite qu’un premier donc mathématiquement, il était 20h, vers minuit il sera là!

Mais depuis quand c’est mathématique une naissance?

Yunes et moi, on avait encore beaucoup de chemin à parcourir, de portes à ouvrir avant de se voir enfin…

Au petit matin Marie Christine a effleuré l’idée d’un transfert… quelle rage, quelle déception.

La sage femme qui porte si bien son nom a plutôt décidé de battre le rappel, en plus de la deuxième, Evelyne est arrivée.

A grand renfort de paroles, homéopathie, huiles essentielles, positions, pression, tout le monde s’y est mis et Yunes, enfin, est venu me raconter son long voyage devant les yeux émus de son papa.

Chaque jour on voit notre fils, beau, serein, souriant et plein de vie.

Chaque jour on se dit que c’est le plus beau des cadeaux pour un bébé, une maman, un papa de vivre ces instants précieux dans la sécurité, le respect et le rythme de chacun.

Marie Christine m’a dit que j’avais l’accouchement dont lui et moi avions besoin.

Je ne remercierai jamais assez la maison de naissance de m’avoir simplement accompagnée dans ce besoin fondamental.

 

La naissance de notre beau Charles !

Ca y est, je suis maman de deux enfants ! On a l’impression d’être vraiment une famille maintenant ! La fatigue est bien là, les nuits trop courtes, être disponible pour les deux,…je savais que cette période allait être intense, elle l’est, c’est sûr mais bizarrement, je suis plus zen ( quoi moi zen ? est-ce que j’ai bien écris ça ???) Un peu plus philosophe bien que les heures de sommeil qui me manquent diminuent considérablement ma patience. Enfin…

Mon petit Charles, mon beau Charles, bienvenue à toi !

C’est un garçon !!! On est plus que ravis ! J’étais persuadée qu’on allait avoir une deuxième fille et bien non, la belle surprise, un petit couillus est parmi nous !

Une deuxième grossesse, c’est pas pareil, on sait plus de choses, on a déjà trouvé nos marques en tant que parents, on suit un chemin déjà défriché.  Bien sûr que ce n’est pas aussi simple, il a fallu que je me stresse sur ta santé, est-ce que tu bouge assez, est-ce que tu es toujours là, est-ce que je te consacre assez de temps,… Comment vais-je faire pour aimer deux enfants à la fois ??? Déjà j’anticipais le deuil que je devrais faire de  l’exclusivité accordée à Victoria durant ces deux dernières années.  Et la deuxième grossesse, on ne la voit pas passer : un bambin qui demande beaucoup d’attention, un compagnon, une maison en rénovation, un travail,… une vie déjà bien remplie et c’est comme ça, c’est la vie. 

J’ai adoré les dernières semaines de la grossesse, en fait c’est ce que je préfère, quand je t’ai enfin senti peser en moi, alourdir ma démarche, modifier mon rythme,…quand j’ai senti que tu m’habitais pleinement, un corps à corps, cœur à cœur.  Quand on sent qu’il est temps de terminer son travail pour se permettre de couver entièrement, d’hiberner, de se consacrer au petit nid pour t’accueillir, de rentrer petit à petit dans ce petit monde privilégié et si éphémère de l’essentiel. Se l’autoriser, se le permettre et en profiter.

J’ai plus préparé l’après naissance que la grossesse et l’accouchement car finalement pour Victoria, c’est ce qui avait été le plus difficile. M’autoriser un congé pour vivre pleinement ces instants si précieux.  Et voilà qu’arrive le moment tant attendu ou je termine mon travail, enfin je peux me reposer.  La maison est enfin correcte pour t’accueillir  (ce n’est plus partout de la poussière et un chantier bien que cela reste rudimentaire mais ne soyons pas trop difficile..); Victoria est guérie et passe enfin des nuits ; ma sinusite est presque finie ; ma valise est prête. Je rêve cependant de quelques jours tampons entre la fin de tout ça et ton arrivée, histoire d’avoir un peu de temps pour moi, pour faire des choses agréables.  J’ai besoin de ranger, de me préparer, j’ai la trouille, j’ai encore besoin de temps, je doute, j’ai l’impression d’être sur une montagne russe en train de monter avant de se lancer.  Je sais qu’une fois que je vais plonger, ça ira. C’est la panique avant de sauter. Je voudrais aller me terrer dans une caverne et ne plus bouger (mes instincts primitifs refont surface !!!)  Et toi, comment te sens-tu dans cette maman entre-deux ? Tu a l’air d’aller bien, tu attends l’impulsion, tu te peaufines. 

Charles, tu m’as laissé 15 jours pour me détendre et en profiter, faire des tas de choses que je n’avais pu faire avant.  Le matin du 14 novembre, dans un demi sommeil, la main sur mon ventre, je te parle, je te remercie d’avoir attendu, je te dis que j’ai bien dormi, que je suis prête. En déjeunant, je sens bien que ce n’est pas un matin comme les autres, le bas de mon dos est bien tendu, quelque chose s’y prépare.  En souhaitant une bonne journée à ton papa,  j’ai pensé très fort: « Je t’appelle tout à l’heure quand ça aura démarré » mais je n’ai rien dit.  Quelque chose dans l’air flottait.

Et en effet, le bas de mon ventre et surtout de mon dos se tendent régulièrement mais doucement, je fais presque comme si de rien n’était, je profite de la matinée avec ma poulette. On dévore un bon repas à midi, elle va faire sa sieste et moi je me détend devant la télé, penchée en avant pour que les douleurs arrêtent d’être dans le dos mais basculent plus vers l’avant.  Je me dis que j’en ai sûrement pour des heures, que pas de panique et pas de précipitations, préservons notre énergie.  Anne-France m’appelle, je lui dit que ça travaille, et papote une heure au téléphone, quand j’ai des contractions, je ne dit rien, je fais juste des oui oui  pour qu’elle sache que je l’écoute quand même…

Victoria se réveille, je raccroche, il est 15h45. Là, en rhabillant Victoria, j’ai besoin de souffler, ma belle poulette me prend dans ses bras et souffle avec moi ! « «Victoria on va préparer le sac pour aller chez nanou car je crois que le bébé va arriver ».  16h00 : mon pantalon est tout mouillé, j’appelle Martin :  « Je crois qu’il vaut mieux que tu rentres » Un sms deux minutes plus tard : « Ne traîne pas ! » Et là, je pense que je suis en haut de la montagne russe et que ça démarre sérieusement !

Je prépare les dernières choses à mettre dans le sac : bougies, bouillotte,… Je donne un petit goûter à Victoria, ça devient dur, j’ai des contractions toutes les deux minutes.

Martin arrive, j’appelle Marie-Christine, lui explique et elle me dit de faire comme je le sens, si on veut venir à la maison de naissance ou si on préfère rester encore un peu chez nous.  On se rappelle à maximum 19h30, heure à laquelle elle a fini ses rendez-vous.  Je raccroche, je suis perplexe, je crois que je ne lui ai pas bien expliqué ce qui se passait… Ca devient urgent, Victoria est excitée, je ne sais plus où me mettre, le carrelage est froid, il faut qu’on y aille.

17h 15, on part. Ah le maudit trafic du vendredi soir à Namur, je tiens la main de Martin pour chaque contraction, je cherche un refuge dans cette foutue voiture, en vain,… mais quand est-ce qu’on arrive ? C’est sûr à la maison de naissance, je serais mieux installée, j’aurai moins mal, mais comment ça se fait que ça fait déjà si mal ?

Un bisou à ma belle Victoria, à toute à l’heure, ma chérie, à toute à l’heure.

17h45, traversée de Namur, grrrrrrr.

18h00 : ah la maison de Naissance, ouf ! Marie-Christine nous accueille avec un grand sourire, elle me dit que j’ai quand même l’air défaite… ben tiens ! La chambre est prête, on peut monter s’installer.

Les larmes me viennent quand je rentre dans cette chambre ou ma belle Victoria est née. Mais pas le temps d’être nostalgique, les contractions me recentrent sur le moment : je suis avec toi mon bébé, en route, on y va, je t’ai proposé tout à l’heure que ça ne soit pas trop long, on verra, en route.  Marie-Christine arrive et m’encourage, me dit que c’est bien, observe que les contractions sont bien rapprochées et m’examine. Tu es à 8 dans une demi-heure il est là !

Je ne comprend pas grand chose, mais c’est pas le moment de réfléchir, on fonce, on s’ouvre, on y va, pas de place pour les incertitudes qui viendraient montrer leur nez.  Balayées les mauvaises pensées, mon bébé est là de plus en plus proche à chaque contraction. Lui et mon corps se sont bien mis d’accord pour aller de l’avant sans hésitation. Bon… on fonce.

Martin prépare les habits et déjà je sens que l’envie de pousser n’est pas loin. Ca y est cette toute autre sensation me terrasse, c’est presque violent, c’est pas possible… au secours !

Pas le temps de douter : aller mon bébé on y va, j’ai pas peur, Marie-Christine et Martin m’encourage : j’ai toutes les compétences pour le faire.

Ca y est la tête est sortie ! Encore une poussée pour dégager le cordon et hop tu es là sur mon ventre, mon petit bébé, mon amour, on te parle ton papa et moi pour t’accueillir.  La tempête se calme, tout s’apaise, on profite de sentir la douceur de ta peau, ce merveilleux contact.

Ca y est c’est fini ouf !Il est 18h36, quelle folie !

C’était vraiment une montagne russe !

 Je vais comme pour Victoria sentir à tâtons tes petites fesses et.. c’est un garçon !!!!, Notre petit Charles d’amour est bien là !Notre petit bouchon, sûr de lui, tout en force et en confiance. « Maman, moi je sais, toi aussi alors on y va, pas de chichi. »

 

Charles le magnifique. Les choses m’ont compétemment dépassées, j’ai été submergée par la puissance du processus. Cette accouchement a bousculé mes incertitudes, elles n’y avaient pas leur place, mon bébé sait, mon corps sait, quelle belle leçon de confiance de nouveau ! Tout en force et en intensité ! Bienvenue mon beau garçon !!

 

Merci Martin d’être toujours là, confiant, calme, un roc dans cette tempête, tu es exceptionnel ! Merci Marie-Christine d’avoir trouver les mots justes en plus de toutes tes compétences.

Tout est plus simple, une heure après ta naissance, Victoria nous a rejoint, elle a pu te découvrir encore tout nu, te faire un gros bisou, on a mangé un petit souper comme si la vie continuait, tout simplement.  Et, on a dormi là, ensemble, tous les quatre (enfin moi j’ai gardé un œil ouvert toute la nuit….), c’était magique !

Cette maison de naissance est vraiment le nid douillet dans lequel on a envie de mettre au monde nos bébés, merci à l’Arche de Noé qui nous a accueilli pour la deuxième fois !

 

La naissance de Merlin vue par Maman

Avril 2008 : Gengoux est parti à Vienne pendant 10 jours pour le boulot et je soupçonne que le creux de mon ventre est habité… J’attends le retour de mon homme pour faire le test et… ben oui, un deuxième petit bout va venir agrandir notre famille.

La grossesse se passe bien mais c’est sûr que c’est beaucoup plus fatiguant parce qu’il y a Eglantine qui demande de l’attention.

Nous avons toujours le projet d’accoucher à la maison de naissance (ben oui, on ne change pas une formule « qui gagne »). On y fait beaucoup moins de préparations, ateliers ou autres rencontres parce que la vie va un peu trop vite et aussi parce qu’on sait déjà un peu… On s’essaye néanmoins au chant prénatal mais on laisse tomber assez vite… cela ne nous convient pas.

Les 35 et 36ème semaines de grossesse seront vraiment très difficiles pour moi. Eglantine a la varicelle et ne peut donc pas aller chez sa gardienne. Je suis crevée et très stressée parce que la limite pour donner naissance à l’Arche est de 37 semaines. Je ne veux pas que mon fils naisse trop tôt. Béné, sage femme de l’Arche, me rassure assez bien : « Tu ne vas pas accoucher maintenant, t’es bien trop fatiguée ! ».

 

Et puis arrive enfin le 24 novembre, premier jour de la 37ème semaine. Ouf, je respire ! Eglantine est guérie et peut retourner chez la gardienne. Je peux refaire des siestes les jours où je ne travaille pas… Mais attention, tout n’est pas zen pour autant… Fin de semaine, Gengoux anime une conférence à Bruxelles. La nuit du vendredi au samedi, il ne rentrera même pas pour dormir… De nouveau, le stress, l’organisation à prévoir pour garder Eglantine le samedi matin, la fatigue…

Le vendredi (27/11), j’ai plusieurs contractions. Une par heure à peu près… je mets un mot à Gengoux via l’ordi et on décide d’appeler Marie-Christine qui me dit que, ben oui, ça travaille, ça se met en place tout doucement. Mais que non, ce n’est pas pour tout de suite. Effectivement, ça ne fait « que » 4 contractions en 4 heures et puis ça s’arrête. Je vais même travailler le soir… Après coup, je me demande si ces 4 contractions ne sont pas dues au fait que je suis stressée par l’absence de Gengoux. Et puis, la naissance d’Eglantine ayant été tellement rapide, je suis à l’affût du moindre signe.

Le week-end se passe et je dirais même qu’il se passe bien. On est assez heureux de voir arriver le lundi 1er décembre parce qu’on peut comme ça imprimer les faire-part avec écrit dessus « le … décembre ».

Les jours se suivent, ponctués d’une ou deux contractions par jour ou par nuit, ça dépend. Le travail avance petit à petit, tout se met en place gentiment. On dit à notre fils qu’on est prêt, qu’il peut pointer le bout de son nez quand il veut (sauf le mercredi où son papa est au Luxembourg toute la journée pour son travail…).

Le lundi soir, on va à un atelier sur les douleurs animé par Evelyne. Et là, son argument sur la fatigue, grande copine de la douleur,  fait mouche. J’ai envie d’arrêter de travailler le mercredi. J’hésite, je sais pas bien… Quand on se lève le mercredi matin pour aller conduire Gengoux à la gare, on découvre la neige. Là, je n’hésite plus : j’arrête de bosser. Je n’y vais pas. Je ne peux pas prendre le risque d’accoucher à l’école ou pire dans la voiture juste parce que je suis stressée.

Je profite de ces premiers jours de congé pour mettre la dernière main aux faire-part, re-préparer les petits vêtements, dormir… Eglantine étant chez la gardienne la journée, j’en profite pour cocooner à mon aise.

Jeudi soir, on récupère la puce chez sa gardienne. Elle est malade. Elle tousse, a le nez qui coule, une grosse molaire qui sort. Ma princesse est toute patraque. On la met au lit tant bien que mal mais elle se réveille, re-tousse… Vers 21h30, on lui redonne du sirop (une grande partie de la cuillère aboutira quand même sur les pieds de Gengoux !). Je me sens fébrile, j’ai les genoux qui tremblent. Que se passe-t-il ? Est-ce parce que mon premier petit rayon de soleil est malade ? Est-ce parce que mon second petit rayon de soleil se prépare ?

On se recouche enfin mon homme et moi. Et à 21h55, une contraction me tord le ventre, fait que j’agrippe la main de Gengoux qui m’aide alors à me prolonger en me parlant. On ne se tracasse pas trop, des contractions la nuit, j’en ai déjà eu plusieurs fois, il faut attendre s’il y en a une suivante.

Et voilà, la suivante est là à 22h15, juste 20 minutes après la première. On se regarde mon amoureux et moi avec des sourires plein les yeux… Serait-ce pour ce soir ?

La troisième contraction arrive 10 minutes plus tard, à 22h25. On se dit qu’on va quand même attendre de voir s’il y a une suivante pour appeler Evelyne. Suivante qui arrive avec la régularité d’un métronome à 22h35. On sonne à Evelyne et on décide de se mettre en route, juste le temps de gérer Eglantine. Passage chez les voisins pour laisser le baby phone, sonner à ma sœur qui va venir la chercher… Je culpabilise tellement de laisser  ma petite fille, de ne pas l’avoir prévenue… mais je ne pouvais pas savoir que ce serait pour ce soir-là…

Les contractions se suivent, se rapprochent et toujours mon homme, merveilleux, qui m’accompagne, qui m’aide à me prolonger dans notre maison, notre voiture…

A un moment, j’ai l’impression de n’avoir pas assez de répit entre deux contractions. « S’il vous plaît, laissez-moi respirer un peu… attend un peu avant la suivante… oh non, pas déjà… »

Le dernier rond-point avant d’arriver… Là, j’ai envie de pousser mais j’essaye que non, on va arriver…

Une contraction me retord le ventre sur le seuil de la maison de naissance. Je monte vaille que vaille l’escalier et j’ai l’impression d’enfin respirer quand j’entre dans la chambre de travail. « Que c’est bon d’être là ! » Il est 23h10…

Je vais aux toilettes, perds enfin les eaux puis grimpe à quatre pattes sur le lit, toujours tenaillées par ces contractions qui n’en finissent pas. J’adopte spontanément une position similaire à celle prise pour Eglantine, sauf que cette fois, je suis plus tendue, moins en boule.

Je pousse une fois, deux fois, et là, j’ai l’impression que mes entrailles se déchirent. Gengoux s’exclame « le voilà, il est là, sa tête est sortie ». Je sens tellement d’amour, d’excitation et de fierté dans sa voix que ça me bouleverse. Je me dis « Mais non, pas déjà, on est là depuis tellement peu de temps… » Encore une contraction pour faire sortir le corps de mon fils… il est 23h25 ! ( Gengoux me racontera le cordon autour du cou de mon bonhomme et l’intervention assez impressionnante d’Evelyne qui fait passer ce cordon autour de la tête de mon bébé)

Et te voilà mon Merlin. Petit bonhomme d’amour qui depuis 9 mois déjà enchante nos vies. Comme il y a 16 mois lors de la naissance de ta grande sœur, je te regarde ébahie, mon cœur au bord de l’explosion tant je suis fière du travail que nous avons accompli à trois. Quel voyage as-tu fait mon Merlin et à quelle vitesse… Tu avais sûrement envie de recevoir des bisous le plus vite possible ! Alors je te couvre de bisous et de câlins… On l’a bien mérité ! Mon fils est né et je n’en reviens toujours pas de cette rapidité, de ce miracle qu’est la vie.

 

Maman

 

La naissance de Noam

 

Malgré le fait que ton arrivée n’était pas programmée, je te désirais inconsciemment et ta venue allait être une révélation.

J’ai eu une super grossesse, j’ai adoré être enceinte. Te sentir grandir en moi et tous les moments privilégiés passés ensemble.

Le choix d’accoucher à la Maison de Naissance m’est apparu comme une évidence !  Ton papa a approuvé cette envie et m’a soutenue dans ce projet.

Le tout était de tenir 37 semaines! Vu mon tempérament ce n’était pas gagné d’avance… 😉

Tu m’as métamorphosée, mon fils, tu as réussi à m’apaiser et nous avons pu réaliser ce projet ensemble… Merci !

 

Voilà qu’arrive le moment tant attendu où je termine mon boulot, je vais pouvoir enfin me reposer mais surtout j’étais impatiente de voir ta petite frimousse. Dans mes rêves, je te voyais me sourire…et ça me remplissait de joie.

Tout était prêt depuis longtemps pour rejoindre l’Arche de Noé le moment venu…
Je ne dors pas beaucoup (et pas uniquement à cause des ronflements de ton papa). Je me sens à la fois très fatiguée mais également capable de parcourir un marathon, ça me rassure : je sens que j’aurai l’énergie nécessaire quand le moment sera venu.

Ce dimanche là, comme d’habitude, debout vers 7h et nous voilà partis pour le cours d’aquagym avec Joëlle après un bon petit déjeuner… Début d’après-midi, ton papa repart sur Nancy…

Quelque chose se prépare mais sans être certaine que c’est le jour J… Les contractions se faisant de plus en plus fortes et rapprochées, je contacte Marie-Christine et lui partage mes ressentis.

Elle me propose de rester attentive à l’évolution des contractions et on se promet de se téléphoner un peu plus tard dans la soirée. Je prends une douche et je regarde un dvd, histoire de me changer les idées…

Je n’étais pas seule, ta grand-mère « maternelle » était venue passer la soirée et la nuit auprès de nous au cas où. Vers 23h, je téléphone à Marie-Christine pour la tenir informée. Les contractions sont de plus en plus douloureuses, mais je les gère bien. Alors nous décidons que je peux encore rester à la maison. 5 minutes plus tard en m’installant dans le lit, je perds les eaux. Plus de doute, il est temps de me rendre à l’Arche… Un sms à ton papa pour le prévenir que le travail avait bien commencé et nous nous mettons en route.

Arrivés à la maison de naissance un peu avant minuit, je présentais une ouverture à 5. J’étais bien et je me sentais en confiance. Je me détends au maximum et j’accueille chaque contraction, je ne résiste pas je travaille dans le même sens. Je ne pense pas à la douleur, je m’accroche à l’idée que tu es de plus en plus près de nous. On fait ce travail ensemble et nous serons réunis sous peu.

Çà va vite … çà y est la tête est presque sortie! Encore une poussée pour dégager ton petit menton et hop tu es là sur mon ventre, Noam, mon ange. Il est 2h du matin et tout s’apaise, je profite pour te caresser et sentir la douceur de ta peau, ce merveilleux contact.

Tout en intensité et en rapidité !

Ton papa arrivera à son rythme une dizaine de minutes après ton atterrissage, heureux d’être là auprès de nous.

Le reste de la nuit fut longue, incapable de m’endormir complètement sous ton charme… l’émotion fut grande ! Sans parler de la faim qui me tiraillait et les ronflements de ton papa… 😉

 

Merci à toute l’équipe de la maison de naissance sans qui je n’aurais pas pu arriver au bout de ce projet.

Merci Marie pour ta présence, ton enseignement et d’avoir pu trouver les mots justes pour m’aider à traverser cette étape qui restera gravée en moi. Partager avec toi cet instant magique a été un pur moment de douceur et de bonheur.

Merci à ma maman également pour sa présence, son soutien et ses petits massages 😉

 

 

Ta marraine t’écrira ce poème de bienvenue :

 

Petit enfant venu par une nuit froide d’hiver
Tu as joué à cache-cache avec la lune et ses mystères
Petit enfant sortit d’un nid douillet et moelleux
Tu es né par une nuit de brume mais aux 1000 feux
Petit enfant de la nature
Tu aimes déjà le repos qu’elle te procure
Paisible et insouciant
Tu fais la fierté de tes parents
Paisible et insouciant
Ta naissance est un si beau présent

 

La naissance de Merlin vue par Maman

 

Avril 2008 : Gengoux est parti à Vienne pendant 10 jours pour le boulot et je soupçonne que le creux de mon ventre est habité… J’attends le retour de mon homme pour faire le test et… ben oui, un deuxième petit bout va venir agrandir notre famille.

 

La grossesse se passe bien mais c’est sûr que c’est beaucoup plus fatiguant parce qu’il y a Eglantine qui demande de l’attention.

 

Nous avons toujours le projet d’accoucher à la maison de naissance (ben oui, on ne change pas une formule « qui gagne »). On y fait beaucoup moins de préparations, ateliers ou autres rencontres parce que la vie va un peu trop vite et aussi parce qu’on sait déjà un peu… On s’essaye néanmoins au chant prénatal mais on laisse tomber assez vite… cela ne nous convient pas.

 

Les 35 et 36ème semaines de grossesse seront vraiment très difficiles pour moi. Eglantine a la varicelle et ne peut donc pas aller chez sa gardienne. Je suis crevée et très stressée parce que la limite pour donner naissance à l’Arche est de 37 semaines. Je ne veux pas que mon fils naisse trop tôt. Béné, sage femme de l’Arche, me rassure assez bien : « Tu ne vas pas accoucher maintenant, t’es bien trop fatiguée ! ».

 

Et puis arrive enfin le 24 novembre, premier jour de la 37ème semaine. Ouf, je respire ! Eglantine est guérie et peut retourner chez la gardienne. Je peux refaire des siestes les jours où je ne travaille pas… Mais attention, tout n’est pas zen pour autant… Fin de semaine, Gengoux anime une conférence à Bruxelles. La nuit du vendredi au samedi, il ne rentrera même pas pour dormir… De nouveau, le stress, l’organisation à prévoir pour garder Eglantine le samedi matin, la fatigue…

 

Le vendredi (27/11), j’ai plusieurs contractions. Une par heure à peu près… je mets un mot à Gengoux via l’ordi et on décide d’appeler Marie-Christine qui me dit que, ben oui, ça travaille, ça se met en place tout doucement. Mais que non, ce n’est pas pour tout de suite. Effectivement, ça ne fait « que » 4 contractions en 4 heures et puis ça s’arrête. Je vais même travailler le soir… Après coup, je me demande si ces 4 contractions ne sont pas dues au fait que je suis stressée par l’absence de Gengoux. Et puis, la naissance d’Eglantine ayant été tellement rapide, je suis à l’affût du moindre signe.

 

Le week-end se passe et je dirais même qu’il se passe bien. On est assez heureux de voir arriver le lundi 1er décembre parce qu’on peut comme ça imprimer les faire-part avec écrit dessus « le … décembre ».

 

Les jours se suivent, ponctués d’une ou deux contractions par jour ou par nuit, ça dépend. Le travail avance petit à petit, tout se met en place gentiment. On dit à notre fils qu’on est prêt, qu’il peut pointer le bout de son nez quand il veut (sauf le mercredi où son papa est au Luxembourg toute la journée pour son travail…).

 

Le lundi soir, on va à un atelier sur les douleurs animé par Evelyne. Et là, son argument sur la fatigue, grande copine de la douleur,  fait mouche. J’ai envie d’arrêter de travailler le mercredi. J’hésite, je sais pas bien… Quand on se lève le mercredi matin pour aller conduire Gengoux à la gare, on découvre la neige. Là, je n’hésite plus : j’arrête de bosser. Je n’y vais pas. Je ne peux pas prendre le risque d’accoucher à l’école ou pire dans la voiture juste parce que je suis stressée.

 

Je profite de ces premiers jours de congé pour mettre la dernière main aux faire-part, re-préparer les petits vêtements, dormir… Eglantine étant chez la gardienne la journée, j’en profite pour cocooner à mon aise.

 

Jeudi soir, on récupère la puce chez sa gardienne. Elle est malade. Elle tousse, a le nez qui coule, une grosse molaire qui sort. Ma princesse est toute patraque. On la met au lit tant bien que mal mais elle se réveille, re-tousse… Vers 21h30, on lui redonne du sirop (une grande partie de la cuillère aboutira quand même sur les pieds de Gengoux !). Je me sens fébrile, j’ai les genoux qui tremblent. Que se passe-t-il ? Est-ce parce que mon premier petit rayon de soleil est malade ? Est-ce parce que mon second petit rayon de soleil se prépare ?

 

On se recouche enfin mon homme et moi. Et à 21h55, une contraction me tord le ventre, fait que j’agrippe la main de Gengoux qui m’aide alors à me prolonger en me parlant. On ne se tracasse pas trop, des contractions la nuit, j’en ai déjà eu plusieurs fois, il faut attendre s’il y en a une suivante.

 

Et voilà, la suivante est là à 22h15, juste 20 minutes après la première. On se regarde mon amoureux et moi avec des sourires plein les yeux… Serait-ce pour ce soir ?

 

La troisième contraction arrive 10 minutes plus tard, à 22h25. On se dit qu’on va quand même attendre de voir s’il y a une suivante pour appeler Evelyne. Suivante qui arrive avec la régularité d’un métronome à 22h35. On sonne à Evelyne et on décide de se mettre en route, juste le temps de gérer Eglantine. Passage chez les voisins pour laisser le baby phone, sonner à ma sœur qui va venir la chercher… Je culpabilise tellement de laisser  ma petite fille, de ne pas l’avoir prévenue… mais je ne pouvais pas savoir que ce serait pour ce soir-là…

 

Les contractions se suivent, se rapprochent et toujours mon homme, merveilleux, qui m’accompagne, qui m’aide à me prolonger dans notre maison, notre voiture…

 

A un moment, j’ai l’impression de n’avoir pas assez de répit entre deux contractions. « S’il vous plaît, laissez-moi respirer un peu… attend un peu avant la suivante… oh non, pas déjà… »

 

Le dernier rond-point avant d’arriver… Là, j’ai envie de pousser mais j’essaye que non, on va arriver…

 

Une contraction me retord le ventre sur le seuil de la maison de naissance. Je monte vaille que vaille l’escalier et j’ai l’impression d’enfin respirer quand j’entre dans la chambre de travail. « Que c’est bon d’être là ! » Il est 23h10…

 

Je vais aux toilettes, perds enfin les eaux puis grimpe à quatre pattes sur le lit, toujours tenaillées par ces contractions qui n’en finissent pas. J’adopte spontanément une position similaire à celle prise pour Eglantine, sauf que cette fois, je suis plus tendue, moins en boule.

 

Je pousse une fois, deux fois, et là, j’ai l’impression que mes entrailles se déchirent. Gengoux s’exclame « le voilà, il est là, sa tête est sortie ». Je sens tellement d’amour, d’excitation et de fierté dans sa voix que ça me bouleverse. Je me dis « Mais non, pas déjà, on est là depuis tellement peu de temps… » Encore une contraction pour faire sortir le corps de mon fils… il est 23h25 ! ( Gengoux me racontera le cordon autour du cou de mon bonhomme et l’intervention assez impressionnante d’Evelyne qui fait passer ce cordon autour de la tête de mon bébé)

 

Et te voilà mon Merlin. Petit bonhomme d’amour qui depuis 9 mois déjà enchante nos vies. Comme il y a 16 mois lors de la naissance de ta grande sœur, je te regarde ébahie, mon cœur au bord de l’explosion tant je suis fière du travail que nous avons accompli à trois. Quel voyage as-tu fait mon Merlin et à quelle vitesse… Tu avais sûrement envie de recevoir des bisous le plus vite possible ! Alors je te couvre de bisous et de câlins… On l’a bien mérité ! Mon fils est né et je n’en reviens toujours pas de cette rapidité, de ce miracle qu’est la vie.

 

La naissance de notre beau Charles !

 

Ca y est, je suis maman de deux enfants ! On a l’impression d’être vraiment une famille maintenant ! La fatigue est bien là, les nuits trop courtes, être disponible pour les deux,…je savais que cette période allait être intense, elle l’est, c’est sûr mais bizarrement, je suis plus zen ( quoi moi zen ? est-ce que j’ai bien écris ça ???) Un peu plus philosophe bien que les heures de sommeil qui me manquent diminuent considérablement ma patience. Enfin…

 

Mon petit Charles, mon beau Charles, bienvenue à toi !

C’est un garçon !!! On est plus que ravis ! J’étais persuadée qu’on allait avoir une deuxième fille et bien non, la belle surprise, un petit couillus est parmi nous !

Une deuxième grossesse, c’est pas pareil, on sait plus de choses, on a déjà trouvé nos marques en tant que parents, on suit un chemin déjà défriché.  Bien sûr que ce n’est pas aussi simple, il a fallu que je me stresse sur ta santé, est-ce que tu bouge assez, est-ce que tu es toujours là, est-ce que je te consacre assez de temps,… Comment vais-je faire pour aimer deux enfants à la fois ??? Déjà j’anticipais le deuil que je devrais faire de  l’exclusivité accordée à Victoria durant ces deux dernières années.  Et la deuxième grossesse, on ne la voit pas passer : un bambin qui demande beaucoup d’attention, un compagnon, une maison en rénovation, un travail,… une vie déjà bien remplie et c’est comme ça, c’est la vie. 

J’ai adoré les dernières semaines de la grossesse, en fait c’est ce que je préfère, quand je t’ai enfin senti peser en moi, alourdir ma démarche, modifier mon rythme,…quand j’ai senti que tu m’habitais pleinement, un corps à corps, cœur à cœur.  Quand on sent qu’il est temps de terminer son travail pour se permettre de couver entièrement, d’hiberner, de se consacrer au petit nid pour t’accueillir, de rentrer petit à petit dans ce petit monde privilégié et si éphémère de l’essentiel. Se l’autoriser, se le permettre et en profiter.

 

J’ai plus préparé l’après naissance que la grossesse et l’accouchement car finalement pour Victoria, c’est ce qui avait été le plus difficile. M’autoriser un congé pour vivre pleinement ces instants si précieux.  Et voilà qu’arrive le moment tant attendu ou je termine mon travail, enfin je peux me reposer.  La maison est enfin correcte pour t’accueillir  (ce n’est plus partout de la poussière et un chantier bien que cela reste rudimentaire mais ne soyons pas trop difficile..); Victoria est guérie et passe enfin des nuits ; ma sinusite est presque finie ; ma valise est prête. Je rêve cependant de quelques jours tampons entre la fin de tout ça et ton arrivée, histoire d’avoir un peu de temps pour moi, pour faire des choses agréables.  J’ai besoin de ranger, de me préparer, j’ai la trouille, j’ai encore besoin de temps, je doute, j’ai l’impression d’être sur une montagne russe en train de monter avant de se lancer.  Je sais qu’une fois que je vais plonger, ça ira. C’est la panique avant de sauter. Je voudrais aller me terrer dans une caverne et ne plus bouger (mes instincts primitifs refont surface !!!)  Et toi, comment te sens-tu dans cette maman entre-deux ? Tu a l’air d’aller bien, tu attends l’impulsion, tu te peaufines. 

 

Charles, tu m’as laissé 15 jours pour me détendre et en profiter, faire des tas de choses que je n’avais pu faire avant.  Le matin du 14 novembre, dans un demi sommeil, la main sur mon ventre, je te parle, je te remercie d’avoir attendu, je te dis que j’ai bien dormi, que je suis prête. En déjeunant, je sens bien que ce n’est pas un matin comme les autres, le bas de mon dos est bien tendu, quelque chose s’y prépare.  En souhaitant une bonne journée à ton papa,  j’ai pensé très fort: « Je t’appelle tout à l’heure quand ça aura démarré » mais je n’ai rien dit.  Quelque chose dans l’air flottait.

Et en effet, le bas de mon ventre et surtout de mon dos se tendent régulièrement mais doucement, je fais presque comme si de rien n’était, je profite de la matinée avec ma poulette. On dévore un bon repas à midi, elle va faire sa sieste et moi je me détend devant la télé, penchée en avant pour que les douleurs arrêtent d’être dans le dos mais basculent plus vers l’avant.  Je me dis que j’en ai sûrement pour des heures, que pas de panique et pas de précipitations, préservons notre énergie.  Anne-France m’appelle, je lui dit que ça travaille, et papote une heure au téléphone, quand j’ai des contractions, je ne dit rien, je fais juste des oui oui  pour qu’elle sache que je l’écoute quand même…

 

Victoria se réveille, je raccroche, il est 15h45. Là, en rhabillant Victoria, j’ai besoin de souffler, ma belle poulette me prend dans ses bras et souffle avec moi ! « «Victoria on va préparer le sac pour aller chez nanou car je crois que le bébé va arriver ».  16h00 : mon pantalon est tout mouillé, j’appelle Martin :  « Je crois qu’il vaut mieux que tu rentres » Un sms deux minutes plus tard : « Ne traîne pas ! » Et là, je pense que je suis en haut de la montagne russe et que ça démarre sérieusement !

Je prépare les dernières choses à mettre dans le sac : bougies, bouillotte,… Je donne un petit goûter à Victoria, ça devient dur, j’ai des contractions toutes les deux minutes.

Martin arrive, j’appelle Marie-Christine, lui explique et elle me dit de faire comme je le sens, si on veut venir à la maison de naissance ou si on préfère rester encore un peu chez nous.  On se rappelle à maximum 19h30, heure à laquelle elle a fini ses rendez-vous.  Je raccroche, je suis perplexe, je crois que je ne lui ai pas bien expliqué ce qui se passait… Ca devient urgent, Victoria est excitée, je ne sais plus où me mettre, le carrelage est froid, il faut qu’on y aille.

17h 15, on part. Ah le maudit trafic du vendredi soir à Namur, je tiens la main de Martin pour chaque contraction, je cherche un refuge dans cette foutue voiture, en vain,… mais quand est-ce qu’on arrive ? C’est sûr à la maison de naissance, je serais mieux installée, j’aurai moins mal, mais comment ça se fait que ça fait déjà si mal ?

Un bisou à ma belle Victoria, à toute à l’heure, ma chérie, à toute à l’heure.

17h45, traversée de Namur, grrrrrrr.

18h00 : ah la maison de Naissance, ouf ! Marie-Christine nous accueille avec un grand sourire, elle me dit que j’ai quand même l’air défaite… ben tiens ! La chambre est prête, on peut monter s’installer.

 

Les larmes me viennent quand je rentre dans cette chambre ou ma belle Victoria est née. Mais pas le temps d’être nostalgique, les contractions me recentrent sur le moment : je suis avec toi mon bébé, en route, on y va, je t’ai proposé tout à l’heure que ça ne soit pas trop long, on verra, en route.  Marie-Christine arrive et m’encourage, me dit que c’est bien, observe que les contractions sont bien rapprochées et m’examine. Tu es à 8 dans une demi-heure il est là !

Je ne comprend pas grand chose, mais c’est pas le moment de réfléchir, on fonce, on s’ouvre, on y va, pas de place pour les incertitudes qui viendraient montrer leur nez.  Balayées les mauvaises pensées, mon bébé est là de plus en plus proche à chaque contraction. Lui et mon corps se sont bien mis d’accord pour aller de l’avant sans hésitation. Bon… on fonce.

Martin prépare les habits et déjà je sens que l’envie de pousser n’est pas loin. Ca y est cette toute autre sensation me terrasse, c’est presque violent, c’est pas possible… au secours !

Pas le temps de douter : aller mon bébé on y va, j’ai pas peur, Marie-Christine et Martin m’encourage : j’ai toutes les compétences pour le faire.

Ca y est la tête est sortie ! Encore une poussée pour dégager le cordon et hop tu es là sur mon ventre, mon petit bébé, mon amour, on te parle ton papa et moi pour t’accueillir.  La tempête se calme, tout s’apaise, on profite de sentir la douceur de ta peau, ce merveilleux contact.

 

Ca y est c’est fini ouf !Il est 18h36, quelle folie !

C’était vraiment une montagne russe !

 Je vais comme pour Victoria sentir à tâtons tes petites fesses et.. c’est un garçon !!!!, Notre petit Charles d’amour est bien là !Notre petit bouchon, sûr de lui, tout en force et en confiance. « Maman, moi je sais, toi aussi alors on y va, pas de chichi. »

 

Charles le magnifique. Les choses m’ont compétemment dépassées, j’ai été submergée par la puissance du processus. Cette accouchement a bousculé mes incertitudes, elles n’y avaient pas leur place, mon bébé sait, mon corps sait, quelle belle leçon de confiance de nouveau ! Tout en force et en intensité ! Bienvenue mon beau garçon !!

 

Merci Martin d’être toujours là, confiant, calme, un roc dans cette tempête, tu es exceptionnel ! Merci Marie-Christine d’avoir trouver les mots justes en plus de toutes tes compétences.

Tout est plus simple, une heure après ta naissance, Victoria nous a rejoint, elle a pu te découvrir encore tout nu, te faire un gros bisou, on a mangé un petit souper comme si la vie continuait, tout simplement.  Et, on a dormi là, ensemble, tous les quatre (enfin moi j’ai gardé un œil ouvert toute la nuit….), c’était magique !

Cette maison de naissance est vraiment le nid douillet dans lequel on a envie de mettre au monde nos bébés, merci à l’Arche de Noé qui nous a accueilli pour la deuxième fois !

 La naissance de Yunes

Ce vendredi là, j’avais invité une amie à venir me distraire, Yunes prenait son temps et moi j’étais impatiente!

La journée allait avec ses contractions belles mais supportables et pas plus régulières que ca… J’y avais déjà cru plus tôt donc j’essayais de ne pas m’emballer.

A 17h nous devions faire un monito avec Marie Christine, qui a confirmé le début du travail.

Je me disais qu’un deuxième sort plus vite qu’un premier donc mathématiquement, il était 20h, vers minuit il sera là!

Mais depuis quand c’est mathématique une naissance?

Yunes et moi, on avait encore beaucoup de chemin à parcourir, de portes à ouvrir avant de se voir enfin…

Au petit matin Marie Christine a effleuré l’idée d’un transfert… quelle rage, quelle déception.

La sage femme qui porte si bien son nom a plutôt décidé de battre le rappel, en plus de la deuxième, Evelyne est arrivée.

A grand renfort de paroles, homéopathie, huiles essentielles, positions, pression, tout le monde s’y est mis et Yunes, enfin, est venu me raconter son long voyage devant les yeux émus de son papa.

Chaque jour on voit notre fils, beau, serein, souriant et plein de vie.

Chaque jour on se dit que c’est le plus beau des cadeaux pour un bébé, une maman, un papa de vivre ces instants précieux dans la sécurité, le respect et le rythme de chacun.

Marie Christine m’a dit que j’avais l’accouchement dont lui et moi avions besoin.

Je ne remercierai jamais assez la maison de naissance de m’avoir simplement accompagnée dans ce besoin fondamental.

Histoire d’une mère… d’une maman… de ta maman… pour toi mon petit Maxence d’amour…

 

Presque un an déjà que tu es né, peut-être est-ce le bon moment pour nous raconter et nous souvenir de cette belle histoire qui a commencé le…

 

Vendredi 2 mai

 

Ce matin-là : tu es prévu pour le 17 mai, je viens tout juste d’arrêter de travailler. J’ai le sentiment que tu viendras ce weekend !

 

Le soir venu : j’ai assez mal dans les jambes, elles sont lourdes… est-ce que tu te prépares à venir nous rencontrer. Etienne, ton papa, pense que ça ne peut pas être ça. Il me dit que c’est sûrement dans la tête car je désire vraiment que tu arrives bientôt pour toute une série de raisons… et oui, j’ai tellement envie de te garder près de moi 4 mois avant de reprendre de travail en septembre…

 

20h00 : je téléphone quand même à Bénédicte, la première sage-femme de la Maison de naissance de Namur. L’accouchement de ton grand frère s’était passé tellement vite que j’ai un peu peur d’accoucher ici à la maison et de ne pas pouvoir arriver à temps à Namur, à la Maison de naissance ! J’ai simplement les jambes lourdes, pas plus, j’ai mal nulle part, tout va bien, donc rien d’alarmant me semble-t-il mais je préfère avoir son avis, sait-on jamais ! Béné me rassure et me dit que si j’ai la moindre hésitation et le moindre doute, elle peut m’examiner, même en pleine nuit.

 

23h00 : je n’arrive pas à m’endormir… pour moi, c’est encore un autre signe… je préfère retéléphoner à Béné pour aller la voir.   Pas simple car si c’est une fausse alerte, faut quand même faire venir ta Nanny qui a un bon 3/4h de route ! Ben oui, ton grand frère Augustin, qui a 2 ans à ce moment-là, dort profondément…

 

Samedi 3 mai

 

Minuit : Nous voilà en route pour la Maison de naissance… Béné nous accueille avec un grand sourire et beaucoup de décontraction. Je suis un peu gênée vis-à-vis d’elle car je ne ressens rien de spécial à part les jambes lourdes ! Elle nous met tout de suite à l’aise. On se sent bien dans cette belle petite maison, on commence à bien se connaître en plus, c’est très chouette !

On monte tous ensemble dans la chambre de naissance. Elle m’examine : 5 cm d’ouverture ! C’est que tu as bien mis le train en marche ! Béné nous conseille de nous reposer et me demande de l’appeler à la moindre contraction. Elle dort juste dans la chambre d’à côté. C’est super rassurant. La nuit se passe, une toute petite contraction et voilà déjà le matin…

 

Le matin : Tu te fais attendre. Je suis en pleine forme et on décide, ton papa et moi, en accord avec Bénédicte de rentrer à la maison. Béné reste à Namur toute la journée donc au moindre signe, je peux lui téléphoner. Elle nous propose de laisser nos affaires sur place car tu devrais arriver aujourd’hui ou demain !

 

La journée : cette belle journée ensoleillée se passe tout à fait normalement. Plus aucune douleur, plus aucun signe ! Ton papa et moi s’activons afin que tout soit prêt pour ton arrivée…

 

14h00 : Je décide d’aller faire une petite sieste en même temps qu’Augustin.

 

16h00 : Je me réveille et me dis que je devrais peut-être préparer ton petit lit ! Tiens, je sens comme une première contraction… On retéléphone à Nanny pour venir garder Augustin.

 

17h00 : On est attendu chez les voisins pour aller rencontrer Jeanne qui vient tout juste de naître aussi. A mon avis, c’est bon, on peut y aller. Un petit verre de jus, euh… là, ça commence à s’accélérer ! On calcule avec Dim… Toutes les 6 minutes ! Bon, on va penser à partir !

 

18h00 : Super, Nanny est arrivée avec Lynn, ta cousine. Ils vont bien s’amuser tous les trois, je suis rassurée ! Un bisou à Augustin et en route…

Sur le chemin, papa commence un peu à paniquer ! Les contractions sont très rapprochées, 2-3 min maximum. Je le rassure, tout va bien. Je me sens bien… Encore quelques mètres et on y est… Ouf !

 

18h30 : Béné est en train de préparer le repas du couple qui vient tout juste d’accueillir William. La deuxième sage-femme est de ce fait déjà présente. Il règne à la Maison de Naissance une ambiance très familiale. Etienne et moi montons dans la chambre et Béné nous accompagne. On s’installe dans la même pièce qu’hier où nos affaires sont déjà là. Elle m’examine : 9 cm d’ouverture ! Cette fois, ça y est, tu arrives …

 

19h00 : J’essaye plusieurs positions, assise, debout, finalement, je préférerais la position à 4 pattes. Papa est devant moi et me soutient tellement bien. Oulàlà, j’ai vraiment les jambes lourdes ! La deuxième sage-femme nous rejoint. Elle s’installe dans un coin de la pièce et se fait très discrète. Béné est vraiment attentive et très présente. Quel bonheur d’être respectée !

La poussée est vraiment très difficile. Soudainement, je sens que tu remontes…au lieu de descendre. Papa t’aide en posant ses mains sur mon ventre et en te parlant tout doucement. Tous les deux, nous te faisons confiance et te disons qu’il ne faut pas avoir peur, que tout va bien.

Quelques minutes plus tard, je réceptionne ta petite tête dans mes mains. Béné m’invite à te prendre et te voilà qui naît dans mes bras. Je te prends devant moi et te dis bonjour. Une larme coule sur la joue de papa. Que d’émotions ! Tu es né vers 20h00, finalement ça n’aura été qu’une petite heure de dure labeur et voilà que je te découvre… Je me couche tout doucement sur le lit pour faire les soins… aucune déchirure, aucune éraflure ! C’est incroyable ! Béné et la deuxième sage-femme s’éclipsent tout doucement. On est à 3, quel moment si précieux. Tu es sur le torse de ton papa. C’est le bonheur absolu. On est bien, il fait chaud, on reste comme ça, à peine habillé, peut-être une heure, peut-être deux. Juste du bonheur, que du bonheur !

Béné vient nous apporter notre repas. Etienne dévore. Je suis assez septique. Je goûte et, oh mon dieu que ça fait du bien de manger après un tel effort ! Je crois que c’est le meilleur repas que j’ai jamais mangé !

 

La nuit se passe très bien. On n’entend même pas le couple d’à côté. On a l’impression d’être chez nous. En pleine nuit, on a de nouveau faim. Tout est prévu ! Des petits biscuits nous attendent sur la table de la cuisine… Quelle belle attention !

 

Le soleil se lève… et cette vue magnifique sur le jardin… Les rayons du soleil pénètrent dans la chambre et t’effleurent tendrement, toi qui dort juste là dans le hamac. Oh, voilà Evelyne, une autre première sage-femme, qui est de passage et vient nous dire bonjour ! C’est vraiment sympa…

 

On descend à trois, de bons croissants tous chauds sont déjà à table. On rencontre l’autre famille et échangeons nos expériences.

Voilà… encore une tétée avant de partir…une petite soupe pour la route… le temps de se dire au revoir… et nous repartons vers Gembloux retrouver ton grand frère qui nous attend avec impatience !

 

Tu as décidé de venir un samedi soir comme ton grand frère, juste 2 ans après lui quasi jour pour jour et à presque la même heure… C’est fou, tu es ainsi né le 3 mai et ce fût merveilleux !

 

Merci à toi mon petit Maxensous pour tout ce que tu m’as et nous as apporté durant cette magnifique année…

Merci à toute l’équipe de la Maison de Naissance pour son travail, son approche si professionnelle, son dynamisme et son enthousiasme et un merci tout particulier à Bénédicte d’avoir rendu notre projet si beau…

Ta maman, Vinciane.

 

 

Naissance de notre petit William ce 3 mai 2008

 

 

Après un réveil en fanfare avec notre Mila debout dès 6heures( bizarre pour notre petite marmotte), nous entamons la journée comme il  était prévu….Petit déjeuner à 4….Aie Louis est de mauvaise humeur, Mila est grognon, Ludo est fatigué et j’ ai mal partout après une mauvaise nuit et la petite chute de la veille….  Heureusement le soleil est là et les enfants vont pouvoir jouer dehors pendant que Ludovic continue de peindre la chambre de bébé….

La matinée est assez difficile, les enfants sont assez nerveux et je suis fort fatiguée, j’ai quelques contractions irrégulières et très mal dans le pubis….Encore la faute de cette compote sur laquelle j’ai trébuché !

Je prépare le dîner sans grand appétit une omelette aux champignons  va nous remettre  en forme ! Cet après midi Ludo conduit Louis chez son parrain et il va à « Namur en mai » avec Mila pendant que je fais une petite fête avec des copines pour l’arrivée future de bébé ! Je me réjouis de cet après-midi sans doute la dernière sortie avant bébé…

Je prépare le repas et j’ai quand même pas mal de contractions douloureuses….Je couche Mila pour la sieste et je décide de me reposer un peu pendant que les hommes tondent la pelouse….

Aucune position n’est agréable je vais donc prendre une douche et me préparer pour partir…Mais je commence à sentir que l’après midi va prendre une autre tournure…Je ne dis encore rien à Ludovic…Dans la douche j’ai une grosse contraction suivie de perte de sang….Décidément ce petit bébé a peut-être décidé de venir aujourd’hui !

Je vais faire part de mon idée à Ludovic qui ne semble pas encore y croire…Je lui dis que je vais appeler Bénédicte car les pertes de sang m’inquiètent un peu même si les contractions sont gérables, on ne sait jamais….

On convient avec Bénédicte que je la rappelle si on décide de partir, elle est à Namur donc pas de soucis !

Je m’allonge dans le transat sur la terrasse et je fais attention au nombre de contractions…Elles sont nombreuses douloureuses et « poussantes » .Il est 15h et je n’ai plus de doute bébé va arriver aujourd’hui… Je dis à Ludovic qu’il aille prendre sa douche et qu’on va devoir partir….Il termine son petit carré de pelouse…On ne change pas les bonnes habitudes….Il aime prendre son temps !

Mila se réveille et prend son goûter avec Louis.  Je leur explique que nous allons partir à la maison de naissance et qu’ils vont sûrement aller dormir chez leurs grands parents car bébé va bientôt arriver…Louis est tout fou car on est le 3 même jour que lui ! Mila hoche de la tête lorsque je lui demande si elle va être sage chez mamy…..

Tous en voiture, nous partons….Je préviens mes amies que je ne serais pas à la petite fête et je pense qu’elles croient que c’est une blague…Cela fait des semaines que je raconte à tous que je dépasserais  sûrement le terme comme pour Mila qui est née à J+8 !

Après un trajet douloureux…aie les ronds points…nous arrivons à la maison de naissance à 16H30… Bénédicte nous accueille avec une chaleur propre à elle en nous disant qu’elle est heureuse de vivre ce moment avec nous…J’attends pour sortir de la voiture…Les contractions sont très très rapprochées…

Louis et Mila vont  dans le jardin avec les jeunes filles d’à côté en attendant que mes parents arrivent…Ludovic les accompagnent un peu puis lorsque Bénédicte m’examine je suis déjà à 8cm d’ouverture ! Bébé va bientôt arriver et les grands pourront directement voir leur petit frère !  Nous sommes tout excités et encore « sous le choc » de cette naissance si rapide !

Je suis allongée sur le lit de la chambre de repos (un autre couple est venu pour un faux travail la nuit et va revenir aujourd’hui car le travail est bien commencé) et je regarde le joli soleil. Il a bien choisi son jour ce bébé…le premier vrai jour de printemps… J’entends les enfants jouer dehors, ils sont bien entourés…me voilà rassurée.

Je me concentre sur les contractions et je sens mon bébé qui descend de plus en plus je l’aide du mieux que je peux. Ludovic me masse le bas du dos et cela me soulage vraiment….cela me rappelle la naissance de Mila et je lui dis qu’ensuite c’est lui qui aura mal au dos si je décide encore de m’accrocher à lui….Nous riions à cette idée…Bénédicte m’apporte un petit bouquet de fleurs que les enfants m’ont cueillis…Je regarde les pâquerettes avec bonheur !

Je roule sur le ballon….

Encore une contraction bien poussante, je sens que je vais bientôt devoir pousser, bébé a presque fini sa grande descente….Je demande à me lever et à aller dans la douche…

Bénédicte s’asperge en remplissant la douche…Je lui dit que ce n’est plus la peine je vais commencer à pousser et elle va me chercher le tabouret hollandais qui m’avait déjà servi pour Mila…Ludovic s’ installe derrière moi et m’entoure de toutes ses forces….

Après 2 poussées je vois la tête de mon bébé je peux même la toucher c magnifique…Ils m’encouragent tous les 2 et disent que je fais bien ça…Cela se passe dans un calme olympien sans un cri…Ludovic et moi ne faisons plus qu’un et j’ai l’impression qu’il pousse aussi pour sortir ce bébé. Bénédicte me dit de faire attention à mon périnée de pousser un peu moins fort…Je suis ses bons conseils et je pousse une dernière fois longuement et doucement…Voilà notre bébé tout en entier il sort et je l’attrape…C’est magique et magnifique…il est tout beau, il sent bon et comme il ressemble à son frère et à sa sœur ! Il pousse son premier cri et Thérèse la seconde sage femme entre dans la pièce….Il est 17H23 et notre petit William est né….. Quel bonheur, nous sommes très émus et aussi tout déboussolés de cette naissance…Nous ne réalisons pas encore ce qu’il vient de se passer….

Nous entendons un drôle de bruit «  ploc »….Oh c’est le placenta qui vient de tomber en un seul morceau sur le sol ! Nous rigolons de cette situation !

Et puis nous profitons….de ce magnifique petit William bien décidé à naître en cette belle journée printanière… Nous nous installons dans le lit et Ludovic va chercher Louis et Mila…Je suis tellement heureuse qu’ils puissent voir William si vite ! Nous profitons de ce moment à 5…Louis est fier comme un paon et Mila toute câline avec le bébé…

Mes parents passent voir le bébé 5 minutes et ensuite ils partent avec les enfants le cœur léger et tout heureux de cette naissance…

Voilà une magnifique naissance pour un joli départ dans la vie !

 

Nous tenons encore une fois à remercier les sages femmes de la maison de naissance pour leur accueil, leur chaleur et cet accompagnement si personnel… Nous avons vécu 2 grossesses et 2 accouchements merveilleux grâce à vous..Nous souhaitons une longue vie à votre maison de naissance…et encore toutes nos félicitations pour le merveilleux travail que vous faites !

 

Kerian… né comme dans un doux rêve.

 

Depuis quelques jours déjà je ressens de temps en temps une douleur au ventre la nuit… les fameuses contractions douloureuses, que je n’ai jamais connues de façon naturelle pour la naissance de ton grand frère, Aodren. Dans un demi-sommeil je me rends compte que j’en ai eu quelques unes d’affilées… le moment serait-il venu? Je me force à regarder l’heure: il est 2h… à partir de ce moment là je regarde l’heure à chaque contraction et de fait les contractions sont assez régulières, toutes les 10 minutes environ. Malgré tout je dors entre deux contractions et après une heure et demie à ce rythme je me dis que je dois réveiller ton papa. J’avoue que je n’ai pas envie de le réveiller car je sais que cela va déclencher le branle bas de combat et je ne pourrai plus me reposer entre deux. Finalement vers 4h je le réveille tout doucement. Et voilà que je fais la rencontre de « St Thomas », qui sera le surnom de ton papa tout au long de cet accouchement : « Mais non ma chérie, c’est beaucoup trop tôt, tu n’es qu’à 38 semaines: c’est une fausse alerte. » J’ai beau lui dire que je sais que c’est le bon jour: il ne veut pas me croire. Il m’envoie prendre un bain : « Tu verras après tu n’auras plus rien ». Il est vrai qu’il se base sur notre première expérience d’accouchement, qui j’ai beau le lui répéter, est incomparable dans la mesure où la surmédicalisation y a commencé à 7 mois de grossesse avec la prise d’hormones alors qu’ici on a laissé faire la nature et les contractions dès 6 mois et demi de grossesse. Mais revenons à cette nuit magique. Après 20 minutes de bain les contractions se sont accélérées et viennent toutes les 5 minutes. Vers 5h je téléphone à tes grands-parents pour qu’ils viennent garder ton grand frère. Moi je me recouche et là je me dis que je n’y arriverai pas… la douleur est déjà trop forte or on est qu’au tout début du travail. Le projet en maison de naissance sans péri c’est de la folie… je ne pourrai pas supporter la douleur. Pourtant entre les contractions j’arrive encore à somnoler. Pendant ce temps-là ton papa termine de faire les sacs qui n’étaient pas encore tout à fait bouclés. Quand il a fini il se couche derrière moi, une chaleur réconfortante dans le dos… et c’est là que je trouve notre bulle. Pour expirer lentement (ce que je fais à chaque contraction depuis le début) on m’avait donné des images telles qu’une flamme à éteindre tout doucement, la mer etc, mais rien ne marchait. Notre bulle je l’ai trouvée quand j’ai trouvé notre image… je souffle tout doucement sur tes petites fesses et t’incite à pousser sur le col pour qu’il s’ouvre encore et encore… A partir de ce moment là on est vraiment lié dans cet accouchement et tout se passe mieux… cette image m’accompagnera à chaque contraction jusqu’à ta naissance. Vers 6h je me lève, je m’habille, je m’installe sur le ballon et ton papa est enfin d’accord pour que je téléphone à Evelyne pour lui dire que ça fait deux heures que je suis à 4-5 minutes environ. Elle est catastrophée : j’aurais dû appeler plus tôt! Rendez-vous à 6h45 à la maison de naissance. Mes parents arrivent vers 6h30. Entre temps on a réveillé Aodren et on lui a expliqué que tu va enfin venir et que bientôt il pourra te prendre dans ses bras (chose qu’il demande inlassablement depuis des semaines). Et voilà que ton papa veut faire du chocolat chaud pour Aodren. Heureusement, là j’ai été catégorique: il faut partir. Je pense que si là il ne m’avait pas écoutée tu serais probablement né à la maison…

Vers 7h00 on arrive à la maison de naissance. Evelyne nous y attend et regarde où j’en suis et je pense que ni ton papa ni moi on oubliera ce qu’elle nous a dit à ce moment là : « Patricia, tu as déjà bien travaillé… tu es a 8cm ». Les larmes débordent chez moi comme chez ton papa. C’est seulement à ce moment là qu’on a su qu’on ne revivrait pas l’hyper-médicalisation qu’on a subie lors de la naissance d’Aodren et ce n’est qu’à ce moment là que j’ai su avec certitude que oui tu verrais bien le jour comme nous le souhaitions de tout notre cœur ton papa et moi, à la maison de naissance, naturellement. Les émotions allant mieux, je me réinstalle sur le ballon. Entre les contractions ton papa me fait des massages aux huiles essentielles, par contre pendant les contractions je suis avec toi, comme je l’ai été depuis ce moment il y a seulement 2 heures, où j’ai trouvé ma bulle. Et pas question que qui ce soit me touche à ce moment là, j’ai trop besoin d’être avec toi rien qu’avec toi pour t’encourager à parcourir ce si long chemin, tout en me balançant sur le ballon et me pendant à l’écharpe qui est suspendue au plafond au-dessus de ma tête. Les contractions s’intensifient, se tonifient. Vers 8h15 je sens qu’il va falloir que je bouge, car cela stagne. Avant d’avoir pu dire quoi que ce soit, Evelyne me propose de me déplacer sur le tabouret d’accouchement pour regarder où j’en suis. Le mouvement nécessaire pour me déplacer sur le tabouret fait qu’il est inutile de regarder où j’en suis, j’ai envie de pousser… non je dois pousser… ce n’est plus moi qui décide c’est mon corps qui me dis de pousser et je pousse … une première fois pour rompre la poche des eaux… une deuxième fois pour voir apparaître ta tête et là on est entre deux eaux… un temps suspendu où tu es déjà là mais pas encore tout à fait là… je vois ton visage face à moi pendant qu’Evelyne enlève le cordon qui s’était mis autour de ton cou… avant la troisième poussée qui te fera naître si vite qu’Evelyne arrive tout juste à te rattraper. Il est 8h43. Tu es là, sur moi. Tout les trois, toi, moi et ton papa avons réussi cette naissance « comme dans un doux rêve », rêve que je n’avais pas osé faire avant la naissance de peur qu’il ne puisse se réaliser… de peur d’atterrir à l’hôpital malgré tout… rêve qui s’est réalisé…

 

Avant de boucler ce récit d’une nuit magique je tiens à remercier plusieurs personnes.

Avant tout merci à ton papa pour sa présence cette nuit-là, mais surtout pour avoir cru en moi et en mes capacités à te mettre au monde naturellement. Sans lui je n’aurais jamais réussi. Merci!

Je veux également remercier la maison de naissance et les sages-femmes qui y travaillent d’offrir aux parents qui le souhaitent la possibilité de vivre un tel accouchement. Avec un merci particulier à Evelyne et Catherine qui nous ont accompagnés cette nuit-là!

Par ailleurs je tiens aussi à remercier les filles d’un forum pas comme les autres car c’est grâce à elles que j’ai appris qu’il y avait moyen d’accoucher autrement, que l’hôpital n’était pas indispensable et que des alternatives existent. Merci à toutes !

 

La « naissance heureuse » de Titou, à l’Arche de Noé

 

Cette naissance est l’aboutissement d’une préparation, qui a commencé avant même la conception de Titou, quand je suis devenue mère pour la première fois. J’ai tout de suite recherché comment accompagner mon enfant de la manière la plus respectueuse possible, dans la vie, que ce soit par l’écoute, l’allaitement long ou le cododo.

Titou a bénéficié de ce lent cheminement qui m’a permis, avec l’aide des sages-femmes de l’Arche de Noé, de lui offrir le plus doux des départs dans la vie !

 

Nuit de dimanche 07 à lundi 08 Octobre 2007:

J’ai pas mal de contractions, non-douloureuses et pas très régulières. Je sens que la fin approche, je suis presque à 40 semaines  de grossesse et je suis partagée entre deux sentiments : je suis contente d’avoir mené mon bibou jusque là parce que pour Simon, la poche s’était fissurée à 38 semaines et j’avais été provoquée, à l’hôpital. D’autre part, je suis assez impatiente de voir la frimousse de mon Titou et je me sens lourde, à la limite impotente 😉

Je ne dors pas beaucoup cette nuit-là. Je me sens à la fois très fatiguée mais également capable de parcourir un marathon, ça me rassure : je sens que j’aurai l’énergie nécessaire quand le moment sera venu.

Entre deux contractions, je réfléchis à tout ce que j’ai prévu pour le jour J., les huiles essentielles, l’homéopathie, les vêtements, etc. Ça fait un mois que je bois consciencieusement ma tisane de framboisier et que je prends mes granules. Depuis cette semaine, j’ai rajouté des clous de girofles, de la cannelle et du gingembre, aux feuilles de framboisier et je sens que ça travaille bien du côté de mon col.

Matin du 08 Octobre.

J’accompagne Loulou à l’école, les contractions sont toujours discrètes mais présentes. Je rentre, je prends un bain. Les contractions continuent. J’en parle au Papa, on se dit que le moment de la rencontre se rapproche, sans se douter qu’il l’est bien plus qu’on ne le pense !

On récupère Loulou à midi. L’après-midi continue calmement. Je reprends un bain. Les contractions se maintiennent. Une douleur qui vient dans les reins, le ventre qui durcit, je sens que ça tire sur mon col. Je suis contente parce que la douleur est moindre et je me dis que c’est toujours ça de pris pour le « jour J. »

17h30.  Je me dis que je vais quand même passer un coup de fil à Evelyne, pour lui dire que ça contracte depuis un moment et voir ce qu’elle en pense. En effet, comme j’ai été provoquée pour le premier, je ne sais pas à quoi ressemble un travail spontané. Elle m’invite à venir jusqu’à la maison de naissance pour qu’elle m’examine.

Mamy vient à la maison pou rester avec Loulou. Je soigne les chevaux et on part pour Namur.

J’ai cinq contractions sur le trajet, qui dure une vingtaine de minutes. La dernière me prend sur le parking. Je ne sais plus les ignorer, la douleur s’est intensifiée, je dois bien souffler, penchée en avant car elles viennent toujours par les reins.

Evelyne nous accueille. Verdict : col ouvert à 4 bons cm, elle nous garde ! Ça me semble un peu irréel, j’ai du mal à réaliser que je suis « en travail » et surtout que je gère la douleur si facilement.

19h 30, nous prenons nos quartiers dans la chambre de naissance. Je gère les contractions à 4 pattes, penchée sur le ballon. On met un cd de musique relaxante : le bruit des vagues de l’océan. Je trouve ce son en parfait accord avec mes propres vagues.

Je suis impatiente d’aller dans le bain. J’ai amené mon tapis à bulles, l’huile relaxante à la lavande et de l’huile essentielle de Palmarosa, pour me relaxer et avoir des contractions efficaces. Je me sens comme une reine, dans mon jacuzzi, enivrée par l’odeur de la lavande. Evelyne allume des petites bougies qu’elle dispose un peu partout. L’ambiance est parfaite : lumière tamisée, musique zen, parfum de plante.

Je suis dans un état second. Je commence à comprendre toute la signification de la « bulle » dans laquelle rentre la mère en train d’accoucher. Une fée me rend visite un bref instant : Isabelle Brabant en personne ! Quel meilleur gage d’une naissance heureuse à venir puis-je avoir ?!

Après ¾ d’heure, E. m’examine dans le bain : 6 bons cm. Dans ma tête, je suis déjà à 7. Je recherche les contractions, que je continue à prendre comme des vagues, que j’escalade en soufflant longuement. La douleur s’estompe quand je termine de me vider de mon air.

Après le bain, j’alterne les positions : à 4 pattes avec le ballon, sur le ballon, en appui sur mes bras, penchée sur l’appui de fenêtre. Le col évolue bien mais Titou n’a pas l’air de vouloir descendre. Selon la courbe de durée pour l’accouchement « normal » d’un deuxième bébé, il est censé arriver vers minuit…

Il est toujours en postérieur, le dos collé à celui de sa môman, du côté droit. Il doit donc parcourir un chemin plus long et se tourner avant de s’engager dans mon bassin. Evelyne me place dans une position spécifique, couchée sur le lit, pour « obliger » Titou à se placer comme il faut pour plonger dans le bassin. Je reste plus ou moins une heure dans cette position, jusqu’au moment où je ressens l’envie de pousser. La poche des eaux avance dans mon vagin. Les contractions sont suivies de cette envie de pousser irrépressible. Evelyne me l’avait décrite comme une envie de vomir à l’envers et c’est tout à fait ça. Je ne l’avais pas ressentie pour la naissance de Loulou à cause de la péridurale.

 C’est une sensation incroyable : sentir son corps travailler de cette manière, comme un chef d’orchestre, commandant les contractions et la poussée. Titou n’est pas pressé de descendre. Evelyne me dit « celui-là, c’est un qui ne faudra pas brusquer, il a envie de prendre son temps ».

 J’essaie de ne pas céder au désespoir qui m’assaille à plusieurs reprises. Je pensais que tout irait vite vu la rapidité avec laquelle le col a évolué et je m’attendais à ce qu’elle me dise qu’on voyait ses cheveux alors qu’il était encore tout en haut, idem quand j’ai eu envie de pousser. Je me recentre rapidement, je repousse la fatigue au loin. Il faut que j’aide mon bébé à continuer sa route.

Le Papa est présent depuis le début, discrètement. Il est « à mon service » (après tout, Evelyne avait dit que pendant l’accouchement, je serais traité comme une reine 😉 !) : il me masse avec de l’huile, me donne à boire, remet le cd de musique, l’intendance est parfaite !!!

Je change de position. Avec la poussée, j’étouffe, j’ai envie d’air frais. Je me place à la fenêtre ouverte. L’air de la nuit me revigore, le jardin est calme et silencieux. Je pousse debout mais j’ai l’impression que ce n’est pas du tout efficace, à 4 pattes non plus. Je m’assieds sur la chaise d’accouchement. J’arrive à mettre plus de force dans ma poussée, en m’arc-boutant  sur mes bras et sur mes jambes. Je me fatigue beaucoup. J’ai l’impression que je ne vais pas tenir le coup. Evelyne me dit de pousser encore plus fort, de chercher « là où ça fait mal » parce qu’à chaque fois, Titou descend et puis remonte. Je passe par divers sentiments, de détermination, de découragement puis enfin de colère. À chaque poussée, j’ai l’impression de mettre « tout ce qui me reste » et pourtant à la contraction suivante, j’arrive à pousser encore plus fort. Je pousse pendant une heure et le plus dur arrive.

La poche des eaux finit par se rompre. Je ressens un bref soulagement, comme une baisse de pression mais les contractions deviennent plus douloureuses. Je suis épuisée et je me prépare à franchir l’ultime obstacle.

Mon périnée est en feu, j’ai l’impression qu’on me verse de l’acide dessus. Un bref instant, je manque de tomber dans les pommes, submergée par cette douleur. Il faut que je me décide à pousser au-delà de ce que je crois possible, parce que je ne vais pas tenir longtemps avec cette douleur. Je broie les mains de mon homme, je me  pousse au fond de la chaise, je ferme les yeux et enfin, après quelques essais, je sens la tête de Titou qui passe, puis son corps. Il est 4h44 du matin.

Il sort le visage vers le haut, il ne s’est donc pas retourné malgré la petite gymnastique que je nous ai imposée pendant le travail. Il râle, il s’étrangle un peu, il recrache du liquide avec un peu de sang. Le pauvre, il a bu la tasse avec tous ces va-et-vient ! Avec l’aide d’Evelyne et Thérèse, je me couche sur le lit et je le pose sur mon sein. Il rouspète pendant plusieurs minutes, comme s’il nous racontait son voyage, long et chaotique. Il ne pleure pas, on dirait vraiment qu’il s’exprime.

Ensuite, il s’apaise et semble comprendre qu’il y a quelque chose qui l’attend… Après quelques essais, il commence à téter, d’abord tout doucement, puis avec force.

Quand le cordon a fini de battre, je le coupe avec le Papa. Une demi-heure après la sortie de Titou, j’expulse le placenta en deux ou trois contractions. Mon utérus est vide. Une aventure se termine et une autre commence !

Evelyne décide de ne pas me recoudre, mon périnée s’est un peu déchiré, en suivant la cicatrice de mon ancienne épisiotomie.

On attend (longtemps !) que Titou ait fini sa première tétée. Ensuite, Thérèse l’habille sur mon ventre et Evelyne me débarbouille un peu. Mon homme part chercher Loulou à la maison.

Evelyne et Thérèse se retirent, prendre un repos bien mérité. Bénédicte, qui assure la consultation arrivera dans une heure. Elle a déjà un rendez-vous de moins ce matin, vu que je devais la voir  en consultation prénatale  à dix heures.

 Je suis seule avec mon Titou dans la maison de naissance. Tout est paisible. Je savoure ce moment.

Loulou arrive enfin avec son Papa, il entre émerveillé dans la chambre. Il a grandi en une nuit. J’ai laissé mon petit garçon hier soir, je retrouve un grand frère, déjà tout emprunt de douceur et de tendresse envers son petit frère.

Bénédicte passe nous demander ce que nous voulons pour le déjeuner et part au marché, nous chercher de quoi nous concocter un bon dîner ravigotant. Le service est vraiment cinq étoiles !

Et voilà, notre vie à 4 a commencé, sous la bienveillance des fées de la naissance !

Merci de nous avoir permis de vivre un tel moment !

 

Naissance d’Eglantine – vision maternelle

 

Notre aventure « Arche de Noé » a commencé le 2 janvier 2007. J’étais enceinte de quelques semaines et après avoir été chez le gyné poser toutes nos questions, nous avons aussi été visiter la maison de naissance (sur les conseils avisés de ma grande sœur… merci !). Ce 2 janvier donc, nous entrons pour la première fois dans cette petite maison qu’abrite un superbe tilleul. On est accueilli par Bénédicte, véritable tornade blanche, bourrée d’énergie et surtout de confiance en nous, ce qui moi me fait encore souvent défaut ! On lui pose aussi toutes nos questions, on lui parle de nos peurs, de nos doutes… Après une bonne heure de papote et nos craintes apaisées, il n’y pas de doute dans nos têtes, c’est là que nous avons envie de donner naissance à notre premier bébé.

 

Au fil des semaines, les consultations avec Béné ou Marie-Christine ou encore Evelyne se suivent et ne se ressemblent pas. Ces consultations sont alternées par des soirées à thèmes (douleurs, positions, pleurs de bébé, etc.) et par les préparations affectives à la naissance. Il m’a fallu longtemps pour réaliser que j’était « vraiment » enceinte, qu’un petit bout de vie grandissait en moi.

 

L’année scolaire suit son cours relativement tranquille, puis arrivent les vacances. On met la main aux derniers préparatifs plutôt matériels et puis commence l’attente. Evelyne nous avait dit que notre projet était possible à partir du 2 juillet (et jusqu’au 6 août). Je me suis faite super attentive à tout ce qui se passait dans mon corps pendant ces 2.5 semaines. A chaque fois que notre princesse passait d’un côté ou de l’autre, j’étais à l’écoute, presque aux aguets ! Et puis, petit à petit sont arrivées des contractions, douloureuses mais pas toujours, par contre toujours irrégulières. J’étais stressée pendant cette période. J’avais peur de ne pas être au rendez-vous fixé par ma fille, de ne pas sentir que les contractions sont régulières, de ne pas savoir différencier la perte des eaux et l’urine.

 

Le 19 au matin, je me réveille comme toujours vers 5h55. Le réveil de Gengoux sonne d’habitude à 6h et je l’entend souvent. D’habitude, je me rendors tout de suite, mais pas cette fois. J’écoute les oiseaux dehors, je sens mon ventre durcir mais je me sens bien. Gengoux a pris congé aujourd’hui pour m’accompagner chez la pédiatre que j’avais envie de rencontrer avant la naissance.

 

Et puis, c’est la révélation. Je sais que c’est ça, je perds les eaux ! Je bondis du lit et cours vers la salle de bain non sans crier à Gengoux que « Je perds les eaux ! »… On peut me suivre à la trace dans le couloir…

 

Je suis excitée comme une puce. Gengoux me rejoint à la salle de bain et me prend dans ses bras. Il est aussi excité que moi. On revient au lit et une grosse contraction me tord le ventre. Je me souviens avoir pensé : « Ouf, il est déjà 6h,  je ne vais pas réveiller Marie-Christine en pleine nuit. »

 

Les trois quart d’heure qui suivent cette contraction, on est au lit. On discute. Gengoux me rassure beaucoup par rapport à la maison de naissance et à un éventuel transfert vers l’hôpital et la péridural si c’est trop difficile. Après la deuxième contraction, je sonne à Marie-Christine pour lui dire que c’est pour aujourd’hui. Elle me dit de me reposer, de bien déjeuner et pourquoi pas une petite ballade vers 10h. « Mais en tout cas, maintenant, essaye de te rendormir. Tu en as pour maximum 12 heures avant le début du travail. » Me rendormir !? Mais je n’y arriverai jamais !! On continue donc à papoter puis vers 7h30, nouvelle grosse contraction qui, il me semble, ne s’arrête pas. On vit là une heure très difficile où je ne suis bien nulle part, ni sur le passet, ni dans la baignoire, ni sur le lit.

 

Je passe par des moments de refus, des moments d’accablements, de révolte. A la fin du bain, les contractions deviennent régulières. Gengoux est à genoux à côté de moi et me parle à chaque douleur, m’encourage et surtout m’aide à me prolonger. On revient dans la chambre. Les contractions sont hyper régulières à 4 minutes !

 

Gengoux resonne à Marie-Christine qui nous dit qu’on peut si on veut aller vivre ça à la maison de naissance. On part dans une demi-heure. Ces contractions régulières et l’aide apaisante de mon homme ont changé ma vision de ce qui se passe en moi. J’accepte chaque contraction qui me rapproche de ma petite fille. Gengoux me souffle à l’oreille d’accepter et d’aider l’ouverture puis de parler à ma fille. A chaque contraction suivante, je lui dit de venir, que c’est bien ce qu’on fait toutes les deux.

 

9h30, on part. Le trajet est long et difficile. Je m’agrippe à la poignée et à la main de Gengoux. Je maudit les routes pavées de Soye mais après 25 minutes, on arrive. Marie-Christine est là, accueillante, tout en étant très discrète. Une contraction m’attrape dans l’escalier où je me retrouve à quatre pattes. Je monte sur la table pour que Marie-Christine m’ausculte et le verdict tombe : « Tu es à 10 cm ! Toute ouverte ! J’appelle Evelyne. »

 

On est dans la chambre de travail, à quatre pattes sur le lit. Je te sens venir ma belle. Je glisse un miroir entre mes genoux et je vois ta tête. C’est beau. Ton papa me masse avec des huiles et en même temps, il masse ta tête qui avance petit à petit. Marie-Christine me dit de me retourner, ta tête est sortie mais mes cuisses ne sont pas assez grandes, tu n’auras pas la place. Je bascule alors sur le côté et je te vois, petite boule de cheveux noirs entre mes jambes. Ma jambe droite est posée derrière le cou de ton papa, à genoux par terre. Je reprends un maximum d’énergie puis la dernière contraction te fais sortir et tu es là, tout contre moi.

 

Je déborde d’amour, de fierté et de bonheur. Petite Eglantine chérie, sois la bienvenue au creux de nos bras. Je t’aime.

 

Gengoux, merci pour ton soutien, ton amour et surtout ta confiance en moi. Je t’aime.

 

 

 

 

 

 

L’arrivée comme une fleur de notre petite Eglantine – vision paternelle

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réveil de ce matin du 19 juillet fut un peu brusque… mais oh combien heureux ! « Je perds les eeeaaauuuux… » cria Rachel. Et le temps que j’émerge de mon sommeil (il n’était quand même que 6h du matin… et j’avais pris congé !), ma petite femme courrait déjà dans le couloir menant à la salle de bain pour laisser sortir le maximum de liquide amniotique au-dessus du WC plutôt que sur le lit.

 

Après une première contraction un peu douloureuse, Rachel se détend, me sourit… et puis éclate carrément de rire ! « Ca y est mon amour, c’est pour aujourd’hui. On va enfin voir notre princesse et la tenir dans nos bras ». Quelle excitation ! Quel bonheur ! Je sens mon ventre qui se noue. La joie, l’appréhension, la confiance et l’anxiété se mélange en moi. Je sers ma petite femme très fort dans mes bras et me réjouis avec elle de ce bonheur qui nous arrive. Nous rions, échangeons nos peurs et vivons intensément ce moment à « presque trois ». Nous avons tous les deux l’impression d’exploser de l’intérieur tant les sentiments qui nous habitent à ce moment sont forts.

 

Soudain, je sens Rachel se raidir. Une nouvelle contraction est là. « Accueille la mon amour. Laisse la venir jusqu’au creux de toi et prolonge la douleur qu’elle te procure jusque dans mon corps à moi. » J’essaye de me souvenir des mots qui aideront ma princesse à se prolonger, à se détendre et à ainsi atténuer la douleur. Et de fait, malgré une intensité plus importante que la première contraction d’il y a trois quart d’heure, celle-ci finit aussi par passer.

 

Il est presque 7h. Nous n’en pouvons plus d’excitation et décidons donc de téléphoner à Marie-Christine pour lui annoncer l’arrivée imminente de notre crevette. Mais bon, imminente, imminente… ce n’est pas l’avis de Marie-Christine. « Très bien » nous dit-elle. « Pas de souci, vous avez le temps. Faites-vous un bon déjeuner, allez vous balader un peu, et puis surtout, reposez vous, parce que la nuit prochaine, vous ne dormirez pas ! Il peut y avoir 12 heures entre la perte des eaux et le début du travail, et le travail lui-même peut durer encore 12 heures. Donc prenez vraiment autant de repos que possible. »

 

Se reposer… vite dit… Comme s’il nous était possible de nous rendormir ou de rester allonger avec tous ces picotements et ces ondes électriques de bonheur et d’énervement qui nous parcourent le corps…

 

Pourtant, petit à petit, je sens que Rachel est moins bien. Elle s’agite, ne trouve pas de position confortable, ressent la douleur de plus en plus intense… Je la masse un peu mais ça n’aide pas. Elle jure et fait de grosses grimaces de douleurs. Je lui propose un bain qu’elle accepte mais qui demande du temps pour couler (pourquoi n’avions-nous pas fait ces travaux de plomberie plus tôt afin d’avoir plus de pression !), temps pendant lequel Rachel continue a avoir de grosses crampes en continu, sans moment d’interruption…

 

C’est une heure difficile qui s’écoule car il n’y a quasiment pas d’accalmie… Finalement, le bain aide quand même un peu et je commence à sentir Rachel qui se détend sous mes doigts. Soudain, une douleur bien plus intense que toutes les « crampes ininterrompues » qu’elle a eu jusque là cloue littéralement mon amour sur place dans l’eau de son bain. Elle s’agrippe au rebord de la baignoire, me hurle de lui parler, de trouver des mots, n’importe lesquels… et puis le temps que je les trouve, la douleur passe et Rachel finit par se relâcher.

 

Profitant de cette première accalmie depuis un bon moment, elle sort de l’eau et va s’allonger sur notre lit. Elle ne peut profiter que très peu de cette période de répit car une autre contraction s’en vient… suivie peu de temps après par une autre, et à peine quatre minutes après par une autre encore… Rachel laisse venir toutes ces douleurs, les accueille de manière admirable, crie qu’elle se réjouit de la suivante car cela la rapproche de sa fille… et effectivement, la suivante est là très vite…

 

On décide donc qu’il est temps de prévenir Marie-Christine. « Bien sûr » nous dit-elle. « Pas de problème, vous pouvez venir vivre ces moments à l’Arche directement si vous préférez ». On sent que la situation la laisse un peu perplexe… Rachel a perdu les eaux il y a moins de trois heures, c’est notre premier bébé… et pourtant… si c’est vrai qu’on est déjà à une contraction toutes les quatre minutes…

 

Je rassure Rachel, lui dit qu’on se met en route, l’aide à se prolonger lorsqu’une nouvelle contraction survient. « Vas-y mon ange. Envoie toute ta douleur dans cette grande maison qui est la nôtre. Par les pieds du lit, envoie la jusqu’au grenier et jusqu’à la cave, jusque dans la cuisine et derrière au garage, jusque dans le jardin et tout au bout dans le mûrier. Oui mon amour, c’est super, tu es merveilleuse. »

 

La valise était prête. J’embarque la nacelle et les deux-trois sacs ajoutés en dernière minute, et nous nous mettons en route. Rachel s’accroche à la poignée côté passager… et à mon bras, qu’elle tire vers elle lorsqu’une contraction arrive et qu’elle a besoin de mon contact pour l’accueillir… Je crois que je n’ai jamais roulé aussi doucement sur ces petites routes de campagnes !

 

Marie-Christine nous attend à l’Arche. A peine entrée, Rachel doit se mettre à genoux dans l’escalier lorsqu’une contraction la surprend entre les deux étages. Après s’être installée dans la pièce pour que Marie-Christine l’ausculte, et après avoir laissé passer une autre contraction, Marie-Christine nous annonce que Rachel est ouverte… complètement ! Elle est arrivée à 10 cm d’ouverture, comme ça, en moins de 4 heures !

 

A partir de ce moment, tout s’accélère et en même temps, j’ai l’impression de vivre les choses au ralenti. Rachel s’est d’abord mise par terre dans la chambre de travail, mais remonte aussitôt sur le lit pour se mettre à quatre pattes, la tête dans les oreillers, car c’est comme cela qu’elle se sent le mieux. Avec la contraction suivante, Marie-Christine attire ma main et me dit : « sens, c’est sa tête qui pointe déjà ». « Ca y est mon amour, tu y es arrivée, elle est là ! On va voir notre petit bonheur ! Oui, vas-y, c’est bien, continue. » Marie-Christine glisse un miroir entre les jambes de Rachel, de sorte que lorsqu’elle se relève un peu, elle voit aussi le crâne et les petits cheveux de notre princesses qui apparaissent entre ses jambes. « Oh ma chérie ! Oh ma fille d’amour ! Ca fait mal, ça pique, mais tu es là, tu arrives ! »

 

Quelques massages à l’huile d’amande douce et trois-quatre contractions plus tard, Marie-Christine demande à Rachel de se tourner sur le côté car le bébé n’aura pas la place pour sortir dans cette position à quatre pattes et proche du matelas. Je suis à genoux à côté du lit et aide ma femme à se retourner. Je lui soulève la jambe et décide même de la passer sur mon épaule pour l’aider à la maintenir en hauteur. Je suis donc idéalement placé lors de la contraction suivante pour voir l’entiereté de la tête de ma petite fille sortir du ventre de Rachel. « Voilà, elle est là » nous dit Marie-Christine. « Détends toi, respire, attends la contraction suivante, et on y va une dernière fois pour la sortir en entier ». « Oh ma belle, je te vois ! Tu es là ! Oui, encore un coup, voilà, viens… »

 

Et ça y était mon Eglantine d’amour. Tu es arrivée à ce moment-là, comme une fleur. Je me suis rué sur un essuie pour t’enrouler dedans afin que tu aies bien chaud. Je me suis appuyé sur l’épaule de ta maman pour mieux te voir dans ses bras, et toute l’émotion et l’intensité du moment ont enfin pu sortir en quelques larmes bien paternelles lorsqu’on t’a entendue crier. Marie-Christine n’a pas eu le temps de se changer. Evelyne n’a même pas eu le temps d’arriver. Mais toi, tu es là, tu es belle, et ta maman a fait preuve d’une telle force que je l’ai découverte toute autre durant ces quatre dernières heures…

 

 

 

Grâce à toutes les préparations, les rencontres, les moments de partage, d’échange, d’écoute et de questions, vous nous avez permis, Bénédicte, Marie-Christine, et Evelyne, de vivre cet accouchement comme un véritable moment de plénitude. Nous resterons bercés pendant de longs mois encore par ces heures intenses et merveilleuses que furent celles de la naissance de notre petite Eglantine. Soyez toutes les trois milles fois remerciées de nous avoir guidé avec tant de justesse et tant de respect ! Nous vous serons éternellement reconnaissant d’avoir su faire grandir en nous cet amour et cette confiance en nos capacités de parents !

 

Et puis vivement dans quelques années qu’on recommence !

 

Un papa tout heureux aux côtés de ses deux princesses endormies.

 

Emmeline

 

Tu es prévue pour le 26 avril. Je sais, je sens que tu ne viendras pas avant, quel soulagement de savoir que tu décideras de ton heure et que tu seras accueillie avec amour et patience.

Le 27 avril, je vois Bénédicte le matin. Contrairement à ces derniers jours mêlés de fatigue et d’impatience, je me sens sereine, joyeuse et reposée … chose étonnante vu le peu de sommeil ces dernières semaines. Toutes les nuits, je me lève à l’aube et je contemple la vie qui grandit en moi. Tu es mon 5ème bébé et je n’en reviens toujours pas de ce miracle ….

Bénédicte le confirme, mon corps est prêt, mon esprit l’est également….je lui dis donc «  à ce soir ». Nous nous sommes ensuite baladés un peu, je crois que ton papa ne comprend pas très bien cette joie d’un coup, il ne réalise pas. Il ne comprend pas mais il est là. Je lui demande de s’occuper des aînés, d’aller les chercher à l’école. J’entre dans ma bulle, j’ai besoin de prendre contact avec toi. Je m’allonge, le temps passe, sans impatience, sans angoisses. La journée passe doucement, je préviens ma belle mère qui s’occupera des enfants que ce sera pour ce soir. Je prépare le repas des enfants, le repas et les affaires du lendemain. Les enfants se couchent tôt, je prends un bain et je dis à Michaël de se préparer, sans empressement, on partira bientôt.

Vers 20h30, ma belle mère arrive, nous partons tranquillement.

Dans la voiture, je préviens Bénédicte que nous arrivons.

Je contemple la route qui me rapproche de toi, je l’ai tant faite pendant ma grossesse et enfin, je vais te voir.

Vers 21h30 nous arrivons, accueillis par une lumière tamisée et des bougies de toutes part.

On s’installe dans la chambre, je sors tes petits vêtements pour les mettre devant moi. J’ai besoin de ce lien avec toi, de cette symbolique pour t’accueillir.

Les heures passeront, lentement sans doute mais sereinement, rythmées de massage et d’homéopathie

Petit moment de faiblesse mêlée de fatigue, le travail est long, lent mais je le savais…je vais accepter de bouger un peu, de faire quelques pas dans les escaliers mais au fond de moi, je sais que je n’ai pas besoin de ça. La fatigue m’a fait perdre le fil, je suis fatiguée.

Bénédicte me demande si je veux dormir un peu, non, pas vraiment. On s’allonge, temps calme. Je pense à toi, et là me vient une évidence, j’ai perdu le contact avec toi. Je n’ai pas besoin de dormir ou de marcher, j’ai besoin de recréer ma bulle avec toi. Je demande un bain, je recrée le calme autour de moi, je replace te vêtements. Le bain m’aide à me recentrer, je sens que les choses se mettent en place, enfin. Je perd du sang dans l’eau, sans doute la poche qui se rompt (à tord). Je sors du bain pour m’installer plus confortablement et je sais que si je ne sors pas maintenant, je ne serai plus capable ensuite. Je m’installe sur le tapis, accroupie. Je te sens te rapprocher de moi. Le sang arrive à nouveau ce qui inquiète un peu Béné. Elle me demande si je pousse. « Non » lui dis-je. Mais en effet, je ne pousse pas (quel vilain mot), je te laisse juste arriver. Je m’assied sur le lit pour regarder ce qui se passe et être certaine que tu vas bien. La poche se rompt d’un coup, et je t’accompagne …. Dans un seul mouvement tu sors, trop vite sans doute, à la surprise de tous. Te voilà ma belle, tu rampes sur moi, nous nous rencontrons enfin. Je te vois pour la première fois mais j’ai l’impression de te connaître depuis toujours, cette impression d’amour inconditionnel qui t’es destiné depuis toujours

Il est 4h42 et je suis maman, pour la cinquième fois.

Notre voyage vu de l’intérieur

 

Après un voyage de 9 mois dans une douce obscurité, entre balancements et bercements, il est enfin l’heure. L’heure pour moi d’entreprendre une nouvelle aventure, de prendre un nouveau chemin…

Mais d’abord, je me présente :  je m’appelle Louise depuis quelques mois (papa&maman se sont enfin mis d’accord pour le choix du prénom)

Au début, quand maman a appris ma présence, elle était très enthousiaste, malheureusement le stress a vite pris le dessus et elle se posait des milliers de questions quant à mon avenir.

Papa, lui, n’était pas ravi du tout quand il a su qu’un nouvel arrivant s’annonçait dans les mois à venir. Ensuite sa vision des choses a complètement changé au fur et à mesure que je grandissais au sein de la femme qu’il chérissait tant. C’est d’ailleurs, principalement, grâce à lui que maman a su surmonter son angoisse.

J’ai une grande sœur. Maman lui a dit tout de suite qu’elle allait bientôt avoir une petite sœur ou un petit frère…Je crois qu’elle était contente.

Maman n’avait pas bien vécu son premier accouchement, alors elle s’était dit que cette fois ci, ça devait être différent. Elle ne voulait plus qu’on lui « vole » son accouchement, sa grossesse et son bébé, que l’on doute de son aptitude à mettre un bébé au monde toute seule, sans médecins, sans médicalisation. Elle voulait que ce soit simple, sain, naturel… Et puis, elle voulait le meilleur pour moi, ou ce qui était le meilleur à ses yeux en tout cas. Alors elle a parlé à papa de l’Arche de Noé. Papa, un peu septique au début, s’est vite rendu compte à quel point le concept était différent de celui rencontré à l’hôpital 3 ans auparavant. Il a très vite adhéré.

Papa&Maman étaient entourés par trois sages femmes merveilleuses qui les ont suivis (ainsi que moi) Elles ont su trouver les mots justes lorsqu’ils étaient dans le doute, elles les ont aidés à maintenir le cap. Elles leurs ont parlé pendant des heures entières, elles se souciaient de savoir comment ils m’acceptaient, comment ils allaient tout les deux, autant en tant que parents, futurs parents mais également en tant que mari et femme.

Maman tenait beaucoup à ce que je vienne au monde dans cette maison, j’ai donc tout fait pour que la grossesse se déroule bien, je n’ai pas fait trop de bêtises…

Neuf long mois se sont écoulés…

Maman avait peur. Elle pensait que le terme calculé par les gynécologues n’était pas juste, qu’il était 10 jours trop tôt. A 41 semaines, papa et maman risquaient de ne plus pouvoir réaliser notre projet. Alors, à 40 semaines, elle a pris les choses en main avec la connivence de papa (très très impatient de me rencontrer)

A 40 semaines, elle s’est penchée sur l’étude des remèdes de sa grand-mère (et l’ascension de la citadelle avec une poussette) Elle en a essayé un le mercredi 4/04 au soir. Je l’ai entendu dire que ça n’avait pas très bon goût. Elle a eu des contractions toute la nuit, jusqu’au lendemain matin. Elles se sont arrêtées avec un bon bain chaud. Elle était déçue, ainsi que papa. L’après midi, Bénédicte lui a annoncé que son col était à 5 cmd’ouverture. Chouette, je vais bientôt prendre la sortie des artistes ! ! Papa prend congé le vendredi pour être sûr d’être là le moment venu.

Le vendredi soir, toujours rien. Elle reprend la même potion magique avant d’aller dormir, elle a de nouveau ces mêmes contractions. Elle s’en réjouit, papa aussi. Mais maman n’y croit pas trop. Et pourtant…

Il est maintenant 4h30, je ne sais pas ce qu’il se passe, l’eau dans laquelle je baignais vient (en partie) de fuir par un petit trou, accompagné  d’un drôle de bruit : « Toc, toc ». Je sens maman sursauter. J’entends papa lui demander ce qu’il se passe. Elle lui répond : « Attends ! ». Elle se redresse légèrement et sent un liquide chaud s’écouler sur le matelas. Elle se lève et le lui montre. Je crois que papa n’a pas réalisé tout de suite. C’est quand elle lui a dit que c’était les eaux qu’il a compris et qu’il a commencé à s’agiter autant que maman.

Une première contraction tout à fait différente des autres vient me serrer encore plus que je ne le suis déjà.

Papa prévient le sage femme que maman a perdu les eaux. Celle-ci leurs dit de venir immédiatement à la maison de naissance. Papa est maintenant bien conscient que ce sera pour les heures qui viennent.

De nouveau une contraction, j’entends maman gémir. Elle s’agite, s’arrête un instant, souffle…et moi je suis toute serrée. Papa prépare l’aînée (qui a été réveillée par les allées et venues de maman aux toilettes)  On monte en voiture, on s’arrête toute les minutes, à chaque fois que le ventre de maman se serre autour de moi. Heureusement, on habite à l’entrée de Namur.

Enfin, on arrive à L’Arche de Noé, Bénédicte est là depuis une bonne demi-heure. Une autre contraction immobilise maman au pied de l’escalier, une autre à l’entrée de la chambre puis au pied du lit, elles sont de plus en plus rapprochées…je pense que maman ne s’attendait pas du tout à ça. Maman voudrait me mettre au monde dans l’eau. J’entends l’eau couler dans la grande baignoire.  

Il est 5h20 quand je sens maman s’étendre sur le lit double de la chambre. Dix secondes plus tard, après une contraction, quelque chose vient buter contre ma tête, faire le tour du coussin sur lequel je repose et repartir tout aussi vite. J’entends Bénédicte dire à mon papa qu’il faut qu’il rentre dans la chambre car maman est à 8 cm d’ouverture et que ça va aller très vite. Ma grande sœur reste alors derrière la porte. Je l’entends pleurer. Bénédicte l’invite à rentrer et à s’installer à coté de maman avec papa. Maman gémit (un peu fort) depuis que nous sommes arrivés, les contractions étant de plus en plus intenses. Je crois que ma sœur est effrayée. Je l’entends donner des bisous à maman, elle est inquiète. C’est normal, elle n’a que 3 ans de plus que moi. Maman essaie quand même de se contrôler pour éviter de traumatiser ma grande sœur.

Thérèse arrive à la rescousse. Elle prépare avec Bénédicte tout le matériel nécessaire.

Il est 5h50, Papy arrive et s’occupe de ma grande sœur, ils restent tout les deux à la cuisine.

Pendant ce temps, j’essaie de me frayer un passage au milieu de mes coussins qui semblent s’écarter un peu plus à chaque contraction. Ils ne tiendront plus longtemps je pense.

Maman n’a, manifestement, plus le courage de se lever du lit pour rejoindre la baignoire.  

Et moi, je commence à ressentir, pour la première fois une sensation de fraîcheur au sommet de mon crâne. Mais chaque fois que maman essaie de me pousser hors de mon petit cocon, je sens cette fraîcheur s’emparer de ma tête puis disparaître lorsque la poussée est terminée et que je retourne quelques millimètres en arrière.

Maman se tourne sur le côté gauche. Il est 6h. Je sens qu’elle s’accroche au cou de papa. Elle tire de toute ses forces en poussant  le plus fort possible…Aaah, là je me sens avancer ! Elle ressent mieux la façon et la direction dans laquelle elle doit pousser. Thérèse a pris la jambe droite de maman et lui dit de pousser avec son pied dans sa main. C’est efficace ! Un peu trop, j’entends Bénédicte dire que je glisse comme sur un tobogand et dire « Stop, on souffle en « s » » ! Maman ne bouge plus et souffle…il faut laisser le temps à l’entrée de mon cocon de s’étendre de façon à rester intact lorsque ma tête sortira. Je sens Bénédicte masser l’entrée (et ma tête par la même occasion) avec de l’huile ou de la crème, je ne sais pas trop.

L’envie de pousser devient trop forte pour maman, je le sens bien. Elle recommence à pousser de toute ses forces, en gémissant à nouveau, tellement la sensation est forte et l’émotion grande.

Encore une fois…ça y est ! Quel drôle de sensation ! La fraîcheur s’est emparée de ma tête entière. Il paraît que j’ai plein de cheveux noirs. J’entends maman demander où je suis, elle se redresse légèrement pour regarder vers son entre-jambe. Je la sens soulagée, émue et plus forte encore. Quant à papa, il soutient du mieux qu’il peut maman. Il est là, il est présent près d’elle et c’est la plus grande force de maman. Encore une contraction, maman pousse une ultime fois, elle sent mon petit corps glisser très lentement au début puis sortir « en jet » lorsque les épaules sont passées, il est 6h10.

Et là, des milliers de sensations apparaissent toutes en même temps. Je me sens terriblement libre…sans paroi pour me maintenir, j’ai un peu froid, j’ai un peu peur de ce qu’il est en train de m’arriver…puis…un besoin irrésistible de m’ouvrir à mon tour, d’une tout autre façon que maman : Je respire ! Ma première bouffée d’air, je l’accueille en émettant un petit son bizarre, puis un deuxième, puis…c’est tout. Le silence.

On me pose directement sur quelque chose de chaud et de moelleux, mon oreille droite collée contre quelque chose que j’entendais encore il y a 5 minutes. Un battement de cœur, une respiration. Et là j’entends pour la première fois, très distinctement, une voix qui m’est familière mais en beaucoup plus audible : ma maman ! (D’ailleurs elle n’a rien trouvé d’autre à dire pour m’accueillir que : « Ooooh ma chérie, qu’est ce que tu as fais mal à maman ! »)

Et tout contre maman, quelqu’un d’encore plus grand, qui me regarde avec amour et plein d’émotions : mon papa…

Maman et papa sont, comment dire…il n’y a pas de mots pour exprimer ce qu’il se passe pour le moment entre nous trois, je dirais qu’ils sont plein d’amour mais je crois que c’est bien plus fort que ça.

Papa coupera le dernier lien physique qui me reliait encore à maman quelques instants plus tard. Gaëlle, ma grande sœur, viendra 5 minutes après me dire bonjour, avec mon papy, et passer tendrement sa petite main sur ma joue encore toute mouillée. On me pèsera et m’habillera plus tard, après que papa et maman se seront retrouvés un peu seuls avec moi. Bénédicte et Thérèse se sont éclipsées, laissant derrière elles une pièce remplie d’émotions et d’amour grandissant.

Ainsi se termine mon voyage de 9 mois, pour qu’une nouvelle vie puisse commencer…

Je m’appelle Louise depuis quelques minutes, je pèse 3Kg 940 et mesure 51 cm, je suis avec ma sœur le rayon de soleil de leur vie…     

 

 

Vous venez de lire l’histoire de notre fille Louise, nous voulions vous la faire partager. Ce fut une expérience riche pour nous en tant que parents, comme pour notre couple. Etre suivis à l’Arche de Noé et avoir la chance de pouvoir y mettre au monde notre enfant, nous a réconcilié (surtout la maman) avec la grossesse et l’accouchement. C’est une expérience formidable…et tellement belle.

Nous profitons de ce témoignage pour remercier les sages femmes de l’Arche de Noé pour tout ce qu’elles ont fait pour nous. Et surtout merci de donner la chance aux couples de donner la vie dans un endroit aussi chaleureux et accueillant que celui-ci, tout cela de la façon la plus naturelle qui soit. Nous sommes conscients de la chance que nous avons eu et nous espérons de tout cœur pouvoir réitérer cette aventure…

 

Trois fées et un sage pour un nouveau-né

Tout est parti d’un soir de 5 février,

Ou papa et maman se sont Rencontrés,

Après quelques années, à l’école, côté à côté,

En s’étant presque ignorés.

Puis le temps s’est écoulé,

Permettant aux choses de se placer,

…A eux deux, de s’apprivoiser,

Et comme un puzzle…de s’assembler…

D’abord c’est maman qui a travaillé,

Puis papa s’y est aussi attelé,

Leur permettant de s’installer,

Et par la suite …de s’engager.

C’est ainsi que par un beau matin d’été,

Sous la brume d’un soleil annoncé,

Dans une chapelle romantique,

Ils se sont mariés.

Quand l’ont-ils alors décidé ?

Eux-mêmes cette question ils se sont posée,

Papa, lui, était prêt depuis quelques années,

Maman hésitait encore à cette proposition lancée.

Puis peu à peu, maman a ressenti l’appel émerger,

Et c’est ainsi qu’après quelques mois, presqu’une année,

Je me suis enfin décidé…

Dans le ventre de maman, à arriver…

Papa et maman devaient cependant évoluer,

Et c’est pourquoi, durant 8 mois, dans l’ombre, j’ai travaillé…

Maman étant trop organisée,

La tête, je lui ai ôtée,

Lui permettant de tout lâcher,

Vu que d’oublis, elle était submergée.

Papa, lui, d’ordinaire si stressé,

En lui faisant ressentir ma présence avec mes pieds…

S’est vu accepté,

Et d’une grande confiance, s’est vu intériorisé.

C’est alors que leur vie a changé,

De livres offerts et de séances d’informations conseillées,

D’informations sur internet glanées,

A la maison de naissance, ils sont arrivés.

Sous le charme de cette maison, maman est tombée,

Apprenant alors une autre manière d’accoucher,

Dans le respect et l’écoute de soi et de son bébé,

C’est ainsi qu’ils construisirent le projet de ma naissance à l’Arche de Noé.

De suivi de grossesse, en séances d’haptonomie, en divers ateliers,

Avec l’aide et l’écoute des 3 fées,

A mon arrivée…

Ils se sont doucement préparés…

Maman avait tout planifié,

Deux semaines à l’avance, elle devait arrêter,

Lui permettant de se reposer,

Pour le grand jour de mon arrivée.

C’est le lundi de la dernière semaine à travailler,

Après que le cap des 37 semaines soit d’un jour dépassé,

Et que je sois certain d’être formé,

Que je me suis alors décidé.

A 2h30 j’ai tout amorcé,

Laissant maman dans la perplexité,,

Puis vers 6h30 tout s’est enchaîné,

Après confirmation théorique chronométrée.

Alors, en triple vitesse, la valise papa a réalisé,

En prévision d’une incroyable mais possible éventualité,

A la porte de l’Arche de Noé, à 7h30, ils ont frappé.

Quelle ne fut pas la surprise d’une des fées de voir papa et maman arriver !

C’est ainsi qu’après 8 mois et quelques passés,

Et par un examen pour vérifier,

Que papa et maman se sont entendu murmurer,

«  Tu es à 3 cm… c’est aujourd’hui que vous allez avoir votre bébé » !

C’est alors qu’ils se sont installés,

Dans la chambre déjà prête à mon arrivée,

En vue du travail à effectuer,

Un petit déjeuner, Evelyne, a préparé.

Et puis, petit à petit, les contractions se sont accentuées,

Me permettant de me tourner,

Et de, vers 12h30, m’engager,

Dans le col de maman alors bien effacé.

Du lit à la baignoire, à l’appui de fenêtre et à la chaise percée,

Ma progression dans le col, petit à petit j’ai effectué,

Ce stade passé, Marie-Christine est alors arrivée,

Pour voir maman complètement épuisée,

Le travail lentement avancé,

Les deux fées ont proposé,

A maman de faire une volée d’escaliers,

Afin de, ma descente, faciliter.

C’est après deux descentes et deux montées,

Que ma tête, vers la sortie est arrivée,

Et c’est après quelques poussées et hurlements criés,

Qu’enfin ma tête est passée,

Entraînant alors tout mon petit corps de bébé,

Vers le monde extérieur tout ensoleillé !

C’est alors que j’ai crié !

Découvrant mon nouveau monde tant imaginé,

Papa, maman et les deux fées,

Par un rayon de soleil, filtré des rideaux, éclairés.

Vite, vite, la peau du ventre de maman j’ai trouvée !

Papa et maman tout émotionnés,

Alors du temps j’ai passé à les observer,

Yeux dans les yeux, les larmes ont perlé

Que d’émotions pour moi petit bébé !

Après que le champagne ait coulé,

Avec mon papa on m’a laissé,

Pour ma maman, quelques instants, se faire soigner,

Pour, enfin à trois, dans un grand lit se retrouver,

…Un repos déguster,

Une bonne nuit bien méritée, passer..

Pour ma nouvelle Vie à moi, Matthieu, commencer !!!!

 

Naissance de Samuel, le 15 février 2007

 

Tu as déjà 2 mois et demi, il est temps pour moi d’écrire ce petit mot sur ta naissance. Après ces 9 mois passés dans mon ventre, on ne t’attendait pas de sitôt. Elise (ta grande sœur) étant arrivée quelques jours après terme, j’étais persuadée que toi aussi tu n’arriverais que fin février, le temps de terminer les gros travaux entrepris dans notre maison.

 

Ce jeudi 15 février, je n’étais pas encore dans l’impatience de te voir, tu étais encore très bien dans mon ventre. Les ouvriers, qui étaient présents depuis un mois, avaient enfin terminé leur chantier la veille. Au programme de cette journée, déposer Elise chez sa Mamé et grand nettoyage du salon pour pouvoir réaménager le salon ce  week-end.

 

En repartant de chez Mamé, ma respiration se prolongeait lors de quelques contractions, serait-ce le grand jour ? La veille déjà des contractions m’avaient réveillée au petit matin, mais tout s’était arrêté vers 9h. Arrivée à la maison, je décide de nettoyer, tu ne pouvais pas arriver alors que la maison n’était pas comme je le voulais pour pouvoir t’accueillir. Après un nettoyage entrecoupé de contractions bien présentes, je me dis qu’il était temps d’appeler ton Papa pour le prévenir. Le bain n’a pas stoppé les contractions, je l’ai rappelé pour qu’il vienne me rejoindre et j’ai appelé Marie-Christine pour lui expliquer la situation. Ensuite, étendue dans mon lit, en attendant impatiemment la venue de ton Papa, nous avons pris le temps de nous retrouver tous les deux, entre les contractions qui devenaient intenses. L’ascension était lancée, quand allions-nous nous rencontrer, ce soir, dans la nuit ou demain matin ?

 

Papa est arrivé, il a chargé la voiture et nous sommes partis pour la Maison de naissance où Marie-Christine nous attendait. Bref passage chez Mamé et Papé pour déposer des vêtements pour Elise qui y passera la nuit. Après un chaleureux accueil à la maison de naissance on s’installe doucement dans la chambre. Déjà 5 cm d’ouverture et un petit bonhomme bien en forme, le travail continue sur sa lancée. Papa prend des forces et mange son pique-nique qu’il n’a pas eu le temps de manger, il est 14h. Après tout s’enchaîne : rupture de la poche des eaux, contractions peu espacées et tout à coup un autre sensation beaucoup plus forte. Marie-Christine est bien présente, là pour rassurer, pour accompagner. Je ne peux me retenir, il faut que tu sortes à tout prix, je pousse aussi fort que je peux, ça brûle, je crie et tout à coup tu es là, je sens ta tête à l’extérieur, la contraction suivante se fait attendre et ensuite une dernière poussée et tu es là tout entier sur mon ventre. Tous les quatre tout étonnés de la rapidité de notre rencontre, il est 14h30.

 

 

Papa prend le relais :

 

Est-ce que tout aurait été « trop vite » ? Marie-Christine n’a pas eu le temps de boire un café. Mais Maman est soulagée d’avoir géré ta naissance (et la douleur) comme elle le souhaitait. Mais nous sommes tous un peu déboussolés. Comme nous, tu mets du temps à comprendre ce qui t’est arrivé. Mais Marie-Christine et maman te cajolent et te tiennent bien au chaud. Tes cris, tes pleurs sont autant de signes de bonne santé.

 

Françoise, la deuxième sage-femme, arrive évidemment trop tard, mais ce n’est pas grave, Marie-Christine s’en est très bien sortie (à part qu’elle sera de corvée pour lessiver tous les draps que Maman a arrosés).

 

Il a fallu te montrer où était le sein de maman, parce que tu avais un peu de mal à le trouver et à savoir quoi en faire. Mais on sait qu’on peut te faire confiance, en t’aidant un peu, tu y arrives sans problème. Moi, je retrouve le plaisir de Maman dans l’allaitement. Comme c’est beau !

 

Maman s’est installée avec toi dans la chambre de repos, elle en a bien besoin. Elle ne dormira pas. Mais elle veillera encore toute l’après-midi sur toi, son nouveau petit bout d’homme. Tu t’es vite endormi. Cà nous étonne, car Elise était restée plusieurs heures très éveillée. C’est clair, dès les premiers instants, vos différences s’affirment.

 

Marie-Christine profite du stock de mets (de Bénédicte, la cuisinière en chef) au congélateur et nous prépare à manger. Maman est servie comme une reine, dans son lit ! En plus, c’est très bon !

 

Je suis rentré à la maison pour remettre le chauffage un peu plus fort (tu vois, on n’était vraiment pas prêt) afin de rentrer à la maison le soir-même. Maman a un peu peur de monter tous les escaliers, mais je la rassure et lui promets de l’aider.

 

C’est assez incroyable. Ce matin-là, j’étais parti travailler, comme les autres jours de la semaine, et ce soir-là, j’ai fait dodo à côté de toi…

 

Bienvenue à toi, Samuel.

 

Maman et Papa

 

Naissance de notre petite Mila ce 4 novembre 2006

 

 

Vendredi 3 novembre 2006

 

Il est 15h25.  J’attends le train pour aller chercher Louis qui a passé la journée chez sa marraine et je pense à toi… Toi mon bébé tant désiré et qui se fait attendre depuis 6 jours. Je pense à ta venue…Quand ? Comment ?  Tout est encore un mystère pour moi qui n’aime pas l’inconnu mais cette fois je ne vais pas être déçue !

Je pense aussi à Louis ton frère…3ans et déjà si grand. Il dit qu’il est prêt à devenir grand frère…Tu vois tout le monde t’attend ! Surtout ton papa qui ne dit rien…Je pense qu’il cache aussi son impatience même s’il n’est pas à cheval sur les horaires !  6jours ça devient long !

 

Louis a passé une chouette journée chez sa marraine.  Il est très fatigué mais ce soir nous allons chez Evelyne la sage femme pour voir si tu peux encore continuer à te faire belle à l’aise dans mon ventre.

Louis s’endort dans la voiture, on dirait qu’il sait que tu vas arriver, il se prépare déjà à être en forme pour cette grande rencontre.

 

18h30…Le gps de ton papa ne fonctionne pas.  On va être en retard et je déteste ça ! A l’intérieur je bouillonne mais ne dis rien !

Ouf on arrive…Juste 5 minutes de retard mais Evelyne est encore occupée avec une autre maman.  Nous admirons sa maison et regardons les petits dépliants sur les bébés…Louis ronfle dans les bras de votre papa…

Evelyne nous accueille avec cette chaleur unique à elle…Nous discutons de toi, de ta venue.  Je raconte mon impatience de te rencontrer je lui confie mes craintes (de devoir déclencher ta naissance), mes désirs (une naissance naturelle et en douceur)…Elle nous rassure tout en écoutant ton cœur qui bat si vite….Tu es en super forme !  Il y a encore pas mal de liquide amniotique donc pas de soucis tu peux continuer à te préparer à ton rythme !

Evelyne examine mon col en douceur comme tous ses gestes. Il est mou et ouvert à 4 cm…  Cela se précise… « Tu ne passeras pas le week-end » nous dit-elle.  Je n’ose y croire !  Le grand moment va enfin arriver !

Elle me propose un décollement des membranes pour te donner un petit coup de pouce.  Avec ton papa nous décidons d’attendre le RDV de lundi…

Un signe ???On avait oublié de fixer l’heure et me voilà à courir dans la nuit pour demander à Evelyne l’heure de ce RDV.  « A très bientôt » me dit-elle.

 

Nous rentons à la maison tranquillement. Louis dort toujours.  Il boit un biberon de lait dans son lit et se rendort aussitôt…

Nous mangeons un petit repas devant le journal.  J’ai des contractions assez douloureuses plus que d’habitude.  Je décide d’aller me reposer dans la chambre.

A 22h je dis à ton papa que je pense que tu vas arriver cette nuit. Je préviens Evelyne et nous décidons que je la rappelle plus tard si cela s’intensifie.

 

Samedi 4 novembre 2006

 

Nous nous endormons tranquillement et les contractions s’estompent… Vers 3 heures une grosse envie de faire pipi mais surtout une contraction énorme me réveille.  Je me recouche dans le lit et j’attends pour voir si cela continue…  Des contactions puissantes

 et de plus en plus fortes s’annoncent…Elles persistent…Je réveille ton papa qui est encore en plein dans son sommeil … « T es sure ??? Ce sont les bonnes ? Ah ben je n’ai pas fait du café pour rien ! »  Lentement il se réveille, se lève tranquille comme d’habitude….Il va fumer une cigarette et boire une tasse de café….J’appelle Evelyne pour lui annoncer que le grand moment est arrivé notre bébé surprise va enfin arriver et tout seul ! Il est 4h15.  Ton papa va prendre sa douche……Lentement il se prépare et se fait beau pour ta venue…Je pense qu’il ne se rend pas compte encore que les contractions se rapprochent de plus en plus …Je te sens descendre dans mon corps…Dépêches toi Ludovic…Appelles Caro …

 

5 heures… Ton grand frère se réveille ! Chouette je n’avais pas imaginé pouvoir lui expliquer en direct ta venue si proche… Bien qu’un peu grincheux louis est tout content ! Il pense que tu es un garçon …C’est comme ça dans ma tête comme il dit !

5h30 ! Enfin prêts on est parti ! Nadine la voisine est à sa porte et se propose de garder notre Louis…On se sent un peu observer parfois dans notre quartier !

Le voyage en voiture est un peu inconfortable…les contractions se rapprochent de plus en plus et tu appuies bien sur mon col…Nous arrivons chez Caro et Séba et nous confions ton grand frère à sa marraine… Elle a déjà préparé le clic clac pour Louis.  Il réclame le dessin animé des papillons… Louis est bien préparé et cette séparation est assez facile… Votre papa promet de venir le chercher dès que tu seras là… Tu vas naître le même jour que ta grand-mère, cela fait 9 mois qu’elle le prédit !

 

Le téléphone sonne… C’est Evelyne qui s’inquiète de notre absence et de notre retard…Mais nous sommes devant la maison de naissance… Je lui explique qu’elle va apprendre à connaître ton papa…Elle nous accueille chaleureusement avec un grand sourire… Nous montons les sacs… Je regarde toute la maison comme si c’était la première fois que je la voyais…La décoration calme et paisible…ton papa que j’aime plus que tout et Evelyne que nous apprenons à connaître petit à petit…Une femme merveilleuse et passionnée par son métier…

Je suis tellement heureuse que tu naisses dans cet endroit et entourée de ces personnes…..  Merci, merci à toi mon bébé de t’être décidé seul….

 

La chambre de naissance est encore dans la pénombre…Le rideau rouge est tiré et une petite veilleuse est allumée…Je m’installe sur le lit soigneusement préparé… Nous sortons tes vêtements… Ton papa est tout ému, il est prêt à t’accueillir et moi aussi plus que jamais !

Evelyne examine mon col,  elle attend le bon moment comme d’habitude…Et en douceur elle nous annonce qu’il est déjà ouvert à 7 ! Waouww ! Génial ! Quel bon boulot me petite chérie ! Il t’a fallu du temps mais quand tu es décidée tu y vas bien vite (déjà une similitude avec ton papa !).

 

6h30… Le travail avance bien, les contractions se rapprochent… Je suis toujours allongée sur le côté et nous discutons avec Evelyne…A chaque contraction je suis avec toi et je t’aide à descendre dans mon ventre …De l’intérieur je te parle et je t’accompagne. C’est bien nous avançons ensemble vers le moment magique de la rencontre…Ton papa est très présent, il me masse le dos, Evelyne aussi elle est calme et rassurante…Elle nous encourage par sa voix douce…

Le travail avance à grand pas…J’éprouve le besoin de marcher, cela me soulage et t’aide à descendre…A chaque contraction je me pends à l’écharpe et cela fait du bien… Je gémis doucement… Ton petit cœur bat parfaitement…Tu es forte ma puce…

Evelyne appelle Thérèse la seconde sage femme qui va t’aider à faire ta grande entrée…Elle va se changer…Je sens que ta naissance est proche…Ton papa est très calme et très attentionné…Il me soutient dans ces efforts…Le pauvre il doit avoir mal au dos…15 kilos de plus ce n’est pas rien ! Je m’assieds sur le ballon bleu… Mais très vite j’éprouve à nouveau ce besoin de marcher… j’ai l’impression d’être plus en symbiose avec toi lorsque je marche.

Nous rencontrons Thérèse pour la première fois … Comme Evelyne elle dégage une chaleur humaine inexplicable.  Tous les 3 vous m’encourager…Et cela nous aide à avancer.  Je me mets à 4 pattes sur le lit… Je sens quelque chose qui pousse de plus en plus…C’est le liquide amniotique. La poche des eaux se rompt toute seule en fin de travail ! Le rêve ! Je regarde le plafond et cette petite coccinelle qui avance vers la fenêtre…Peut-être lorsqu’elle y arrivera tu seras parmi nous… Non ce sera pour la prochaine coccinelle !

La douleur s’intensifie et je me relève d’un coup…Il faut que je marche… A l’intérieur de moi je sens que tu va sortir, que je dois pousser, je me revois 3 ans en arrière et j’ai peur très peur. J’ai envie de pleurer et de crier cette peur : Evelyne Thérèse et bien sur ton papa m’y encourage.  Ils disent qu’on fait ça bien toutes les deux…Et elle m’encourage à pousser. Je sens que je m’épuise… J’ai envie de prendre une douche il fait si chaud…Non je dois me concentrer et être avec toi. Alors je commence à pousser, je suis debout et je me pends à l’écharpe. Ton papa me soutient de ses bras il nous entoure nous aide.  Nous sommes à 3 dans ce travail ou plutôt à 5… Tous sont avec nous !

Ta tête commence à sortir, je la vois, je vois tes cheveux ils sont noirs…Je crie de plus en plus fort.  Evelyne m’amène le tabouret pour soulager ton papa…Je m’y assois et je sens que tu veux sortir alors je pousse et tu m’aides…Et ton petit corps sort du mien…Tu cries, je vois que tu es une fille. Mila ma jolie petite poupée.  Quelle joie de te voir.  Tu es si belle, toute petite… Ton papa pleure de joie e toi tu es déjà si calme serrée contre moi. Je dis merci à tous merci de nous avoir fait vivre cette expérience unique. Je tends la main vers Thérèse et Evelyne…2 GRANDES dames. J’embrasse ton papa … Nous sommes si heureux.

Puis dans cette chambre chaleureuse ou nous venons de vivre un des plus beaux moments de notre vie nous faisons connaissance à 3 et ce moment n’appartient qu’à nous…Evelyne et Thérèse discrètes sortent de la chambre… Et puis nous profitons…

Quelques heures plus tard c’est la grande rencontre avec Louis qui est fier comme un paon…Il t’a déjà adopté, il te fait pleins de bisous car c’est un super grand frère protecteur… Nous voilà à 4, heureux…Je voudrais que cet instant dure toujours.

 

Nous voudrions encore remercier toute l’équipe de l’arche de Noé pour nous avoir aidé à vivre cette grossesse et cette naissance magique…Merci à vous toutes Mesdames pour votre soutien, votre gentillesse, votre discrétion…Merci d’avoir été comme vous êtes…

L’extraordinaire naissance de Cyril

 

Tout commence un dimanche matin. Au réveil, Amélie me dit qu’elle a des épisodes de contractions, ni longues ni fréquentes, mais bien présentes. Notre fille aînée, Alice, est née rapidement, on peut s’attendre à une deuxième naissance rapide elle aussi, on sait qu’on doit partir au premier signe de travail, d’autant plus qu’une heure de route nous sépare de Namur. Depuis les premières contractions durant la nuit, je suis dans un état de béatitude et d’excitation grisante : le bébé va naître ! Malheureusement, les contractions disparaissent après une heure. J’aurais tellement aimé que la poche des eaux se rompe ou bien que les contractions soient d’emblée rythmées et bien puissantes pour être sûre que c’est bien le travail qui commence. On appelle la sage-femme de garde, Marie-Christine, elle nous propose de la rejoindre à l’Arche de Noé. On appelle dare-dare ma maman pour lui confier Alice, et on quitte Bruxelles, pas plus sûrs que ça que l’histoire est en route. Si c’est un faux travail, on se dit que ce sera l’occasion pour passer une chouette après-midi en amoureux par une superbe journée d’automne.
Arrivés à l’Arche, le verdict de la sage-femme et du monitoring sont clairs : il y a de l’activité, quelques contractions, mais rien qui se rapproche d’un véritable travail d’accouchement. Amélie est terriblement déçue. Avec Marie-Christine, on s’accorde pour refaire un point de la situation vers 16h, et Amélie et moi partons vers le centre de Namur pour le repas. On trouve une terrasse ensoleillée : toast aux champignons, magret de canard à l’orange et au gingembre (trop bon)….Ensuite, promenade dans le piétonnier pendant deux heures. La journée est merveilleuse, il fait doux et plein soleil. A table, je glisse à l’oreille de Félix que le bébé serait bien inspiré de naître par une aussi belle journée. On se lève et j’accélère consciencieusement le pas pendant les contractions, je tente quelques sprints, persuadée qu’il va bien descendre et intensifier les contractions.
Retour pleins d’espoir à la Maison de naissance à 16h. Les quelques contractions suscitées par cette longue promenade se sont avérées insuffisantes pour le lancement du travail. Marie-Christine n’a pas l’air convaincue que c’est pour bientôt, mais un retour vers Bruxelles ne nous séduit pas du tout : avoir passé toute une journée dans l’excitation de l’arrivée du petit frère ou de la petite soeur d’Alice et devoir rentrer sur Bruxelles c’est un peu comme du Canada Dry : ça ressemble à l’accouchement, ça a l’ambiance de l’accouchement, mais rien. C’est la grande déception, j’avais commencé à me projeter dans la naissance et je réalise que mon esprit s’est concentré sur la mauvaise cible. Je suis gênée d’avoir rameuté toutes les troupes pour rien : les grands-parents d’Alice, Alice et Marie-Christine. J’aimerais tellement que le travail commence pour me plonger dans son intensité, dans cette bulle délicieuse où le monde pourrait s’écrouler, où les jours n’ont pas de date, où l’enfant va naître. Je ne veux pas rentrer à Bruxelles, je me sens retenue à la Maison de naissance. Pourtant, l’examen est clair, le travail ne commence pas. Marie-Christine comprend notre état d’esprit, elle nous propose de passer la nuit à l’Arche. On peut prendre possession des lieux comme on le souhaite. On pense aller au cinéma mais les films qui nous tentent ne sont pas projetés le dimanche. Alors on retourne au centre de Namur et on choisit un repas de brasserie : frisée aux lardons pour Amélie, boulet liégeois pour moi.
A table, Amélie me dit qu’elle commence à avoir des contractions suffisamment remarquables pour s’arrêter de parler. On appelle Marie-Christine pour lui confirmer que l’on restera à l’Arche et lui faire part de l’état d’avancement d’Amélie : les contractions se sont éloignées mais sont plus franches. Euphorie ! Le travail commence ! Mais ces contractions sont tellement éloignées que je raccroche en disant à Marie-Christine « à demain », persuadée que le travail va à nouveau s’arrêter dans peu de temps. Elle nous dit qu’elle est disponible et qu’on n’a qu’à l’appeler si on veut qu’elle nous y rejoigne. Le tout se passe dans une ambiance très relax, genre l’accouchement se passera dans la matinée de lundi, encore faut-il que ce soit un vrai travail.

On rentre à la Maison de naissance. On installe nos affaires dans la chambre de repos. Je n’ose pas pénétrer dans la chambre de naissance, je veux attendre que le travail soit vraiment installé, qu’il soit évident. On parle tranquillement pendant que Félix calcule les intervalles entre les contractions. Après une heure, il pense qu’on doit passer à côté. Il insiste, on y emmène les huiles de massage, les draps de bain et les vêtements du bébé. J’ai l’impression de désacraliser les lieux avec un ventre qui restera rond pendant encore de nombreuses heures mais Félix me convainc avec la perspective d’un bain chaud. Amélie joue un peu avec les ballons de kiné, les hamacs et essaie le tabouret d’accouchement. On discute tranquille, sans tirer de plans sur la comète. Peu de temps après, on remplit le très grand bain de la chambre de naissance. Amélie s’y plonge avec délice, et on continue de discuter tranquillement. Les contractions s’installent et se rapprochent, on prend pour acquis que le travail commence. Les coccinelles se promènent au plafond.

 

Avec bonheur, je réalise que ça y est vraiment et je me plonge dans le travail. La chaleur de l’eau atténue les sensations. Je me laisse envahir par les contractions qui arrivent comme de douces vagues. J’accompagne le bébé, je lui dis qu’il ne me fait pas souffrir, qu’il peut descendre dans mon bassin. Je prends les positions qui ne soulagent pas l’intensité, celles qui aident le bébé à bien progresser. Félix l’encourage lui aussi en lui parlant et en posant ses mains sur mon ventre. Nous sommes à trois, rien qu’à nous trois. Je ne souffre pas. Je me dis que les contractions intenses de fin de travail que j’avais eues pour Alice vont arriver un moment, dans plusieurs heures sans doute et qu’alors seulement je devrai commencer à gérer la douleur, la naissance sera  imminente. En attendant, je parle au bébé.

 

Les contractions se rapprochent franchement. Peu après minuit, j’appelle et réveille Marie-Christine pour lui dire que les contractions sont rapprochées mais irrégulières et qu’on voudrait qu’elle nous rejoigne pour la suite du programme. Je demande à Félix de ne pas l’affoler parce que les contractions sont espacées d’une à 3 minutes. Je lui dis que ce n’est pas  pour tout de suite. J’aime la façon dont nous sommes à nous trois, le déroulement serein et intime de cette naissance. Je sais que Marie-Christine respectera notre bulle et pourtant je voudrais tellement qu’on nous laisse progresser le plus loin possible rien qu’à nous trois. Après son coup de fil, on relance la discussion entre deux contractions.

Les contractions se rapprochent encore, intenses et bien rythmées. Contraction, contraction, contraction. Soudainement, la naissance semble imminente. Je pense à vider la baignoire. J’ai les idées bien claires. Je ne comprends pas pourquoi Félix s’affaire, on est bien, le bébé n’est pas du tout prêt à sortir, je n’ai pas mal. Marie-Christine arrive. J’ai quelques secondes d’émotion, un tourbillon de sentiments me submerge, j’ai l’impression de relâcher une tonne de tensions en moi. Félix me souffle des mots doux à l’oreille. La vague passe. Je me mets à quatre pattes. Mon corps demande une stabilité. Mes mains veulent se poser à terre, mes genoux veulent écraser le sol.

Amélie me dit subitement qu’elle doit pousser, « je sens sa tête ! », elle est toujours dans la baignoire. Me souvenant de la naissance d’Alice, je pense alors qu’elle veut dire que le bébé est bien engagé dans le bassin et qu’il nous reste encore quelques dizaines de minutes de poussées pour qu’il sorte. Pas de stress. Le bébé arrive, je sens ses cheveux avec mes doigts. Il est là. Mon ventre pousse. Félix est à quelques mètres de moi, je l’appelle. Amélie m’appelle, je me retourne. La poche des eaux se rompt. Ca pousse de nouveau. Mon ventre pousse, je ne fais rien. Le bébé sort, il sort ! Mon amour, c’est Cyril !

Evelyne entre doucement dans la pièce. Marie-Christine entre aussi. Tout va bien. Elles nous demandent le prénom de notre bébé mais soudainement, j’ai un doute, tout a été tellement vite que je ne suis plus sûr qu’il s’agisse bien d’un garçon. C’est bien Cyril, il est né le lundi 30 octobre à minuit 40.

C’était merveilleux. Ecrire ce récit pour le partager ne suffit malheureusement pas pour retrouver la saveur de ces moments. En parler pendant encore des années ne nous rendra pas plus l’intensité de notre trio pendant ces quelques heures. C’était merveilleux. Merci à notre bonne étoile pour ce beau cadeau. Merci aux trois fées, Bénédicte, Marie-Christine, Evelyne, d’avoir rendu ce rêve possible par l’existence de l’Arche de Noé, son atmosphère sereine et par nos discussions apaisantes durant neuf mois. Tout cela nous a mené vers une naissance heureuse. Une naissance merveilleuse.

Félix

 

Voilà maintenant presque trois semaines qu’Alexandre est né, et enfin nous trouvons un petit peu de temps pour vous écrire un mot.

 

Cette histoire a commencé il y a neuf bons mois. A cette époque, cette histoire n’avait pas encore de nom, ni de lieu bien défini pour y écrire le premier chapitre. Nous sommes alors arrivés à l’Arche de Noé, avec nos questions, nos craintes, nos espoirs. Dès le premier contact, la simplicité, l’humanité du lieu nous ont conquis. Après quelques visites, nos craintes s’étaient évanouies. L’accouchement à l’hôpital, bien que restant toujours possible si les circonstances le demandaient, n’était tout en cas plus une alternative spontanée.

 

Tous les mois, le rendez-vous à l’Arche de Noé était attendu. Nous allions être rassurés que bébé allait bien, nos inquiétudes du mois allaient trouver réponses, et surtout, nous allions entendre le cœur de bébé.

 

Bébé grandit, puis vient le jour où bébé trouve l’espace trop petit. Le départ de la maison se fait dans le calme à 4h du matin. Sans trop vraiment réaliser que le lendemain on reviendra avec un bébé à l’arrière…

 

Le travail fut long, le hasard fut que ce soit Marie-Christine qui allait nous accompagner toute cette longue journée, jusqu’à la naissance tard le soir. Même si ce fut long et difficile pour la maman sur la fin (et un peu pour le papa aussi), nous nous sentions entre de bonnes mains, à l’écoute quand nous en avions besoins, discrètes quand nous en avions besoin aussi. Bref, tout simplement humaines et attentives.

 

Enfin, lorsque la bougie que sa marraine avait faite pour attendre le bébé a décidé de s’éteindre, le grand moment est arrivé. Délivrance pour la maman, découverte du monde extérieur pour le bébé, émerveillement pour papa et maman. Bébé a découvert le monde extérieur enveloppé sur le ventre bien chaud de sa maman, ne comprenant sans doute pas trop ce qui lui arrivait, mais sentant déjà sans doute qu’il était dans un lieu de tendresse.

 

Nous profitions de ce moment à trois, nous en profitions tellement qu’il nous a fallut cinq minutes pour enfin regarder si ce bébé était un monsieur ou une madame, et ainsi donner un nom à cette histoire. Alexandre était né, et c’était sans doute celui de nous tous qui avait vécu cette journée le plus paisiblement.

 

Nous tenions à vous remerciez toutes les trois, Evelyne, Marie-Christine et Bénédicte pour tout ce que vous nous avez apporté pendant les neuf mois de grossesse, votre écoute, votre attention, votre tendresse, votre fermeté aussi quand c’était nécessaire. Merci à Marie-Christine pour cette belle et longue journée, ainsi qu’à Dieudonnée qui a accompagné de son affection les derniers moments de la poussée et les premières heures d’Alexandre.

 

Merci à toutes de nous avoir permis d’écrire le premier chapitre de la vie d’Alexandre d’une manière que nous n’aurions pu imaginer si nous ne vous avions pas rencontrées.

 

 

                                                                                  Virginie et Sébastien

 

10 mois après la naissance de Victoria, je me sens prête à partager le récit que j’ai écris peu après sa naissance… Je me dis que mon témoignage peut encourager, aider toutes les mamans enceintes qui cherchent, doutent, se posent des questions sur cette formidable aventure qu’est celle de donner la vie !

 

La naissance de ma fille Victoria…

 

Quelle histoire ma puce, quelle belle histoire. Plus d’un mois après ta naissance, je suis toujours dans la fièvre de ce début de maternité. Je suis fière, oui, fière de toi, de notre parcours.

 

Naissance d’une fille, naissance d’une mère…

 

C’est l’histoire d’une fille qui avait peur de devenir mère.  Une fille qui avait une mère, et qui marquée par cette relation, avait peur d’avoir une fille.

 

Dans cette histoire, il y a Martin, qui ne doute de rien, en tout cas pas de ma capacité à devenir mère, loin de là. Il y a notre amour, très fort. La confiance qu’il a en moi me porte, me grandit. Et puis, notre amour finit vite par vouloir se concrétiser.  Je suis enceinte au premier essai.  Pour moi, rétrospectivement c’est déjà un signe : c’était toi, à ce moment  et rien d’autre. 

Quelle ivresse cette grossesse ! Quel pied ! Sentir qu’on porte la vie, c’est fabuleux.  C’est l’occasion de prendre soin de soi, d’apprendre à se faire confiance. Et, la nature est bien faite, elle prévoit 9 mois, il faut bien cela…

 

Il faut le temps de réaliser ce qui se passe, d’imaginer son bébé grandir en soi, de préparer sa venue et de choisir la façon dont on va lui donner la vie.  Ton papa et moi avons pris le temps de réfléchir sur ta naissance, la façon dont on voulait t’éduquer aussi, merci à Martin d’avoir vécu pleinement le chemin parfois bien sinueux de la grossesse.

 

Pouvoir décider de ce qui se passe, pouvoir se sentir acteur et poser des choix éclairés sont bien des choses qui caractérisent tes parents.  Cela t’agacera sans doute un jour quand tu les entendras tergiverser de longues minutes dans un supermarché devant deux types de papiers toilettes, à savoir lequel est plus écologique-économique…

Bref, ce trait de caractère nous a naturellement amené à découvrir la maison de naissance, l’Arche de Noé et à rencontrer les sages-femmes de celle-ci.

Par mes lectures et préparations à la naissance avec les sages-femmes, nous avons rapidement été convaincu  de voir la naissance comme un acte naturel.  Un moment qui nous dépasse, qu’il convient d’aborder avec humilité, je garde en tête l’expression de Bénédicte, on est à ce moment là un canal de vie.  On ne choisit pas quand, comment, combien de temps cela va durer.  Avec quelle force, quelle intensité ? C’est l’inconnu : il faut pour une fois dans ma vie que j’apprenne à lâcher prise, arrêter de vouloir tout contrôler avec mon gros cerveau rationnel.  Non, là je ne décide de rien, la vie choisira si tu seras une fille, un garçon, si tu seras fragile, robuste, tonique ? 

Et c’est très apaisant de se mettre dans cet état d’esprit, vers la fin de la grossesse, je me suis vraiment laissée aller, essayer le plus possible de se foutre de tout, d’être clair avec ce qui est important pour soi : bien manger, dormir, penser à soi et à son bébé, le reste… basta ! C’est vraiment une des rares occasions dans notre société ou on peut se le permettre je trouve, c’est vraiment l’extase.  Aux personnes qui me demandaient «  Alors, tu n’en a pas marre ? pas trop impatiente ? » Non, je n’en ai pas marre, c’est un moment super, non je ne suis pas impatiente, chaque chose en son temps.  Mon bébé arrivera quand il l’aura décidé, ce sera son moment.

Respecter qui tu es, ton rythme, la surprise de ton sexe à la naissance ( ce petit secret qu’on a voulu que tu nous gardes) tout cela est à mon sens un beau cadeau qu’on t’a fait dès le départ.

Bien sûr, les jours qui précèdent l’accouchement, j’ai été infernale. Oui, non, je veux bouger, oui, non il fait trop chaud, envie de voir des gens, oui, non, besoin d’être chez moi,…. Ouh pauvre Martin, il a fallu qu’il danse avec moi cette petite valse à deux temps.  Moi , je ne savais pas à quoi m’attendre ou plutôt je ne voulais plus y penser, j’avais lu des choses en début de grossesse, on s’était préparer avec Bénédicte à l’haptonomie, la séance d’Evelyne sur la douleur… les semaines précédant ta naissance mon état d’esprit était le suivant : arrivera ce qui arrivera !

Et forcément, il est arrivé quelque chose, ça c’est sûr….

 

Le samedi 22 juillet fut une journée remplie de plaisirs, nous l’avons passé ton  papa et moi, c’était très chouette. En me couchant j’ai commencé à ressentir des contractions.  J’essaie de ne pas trop y faire attention, de me rendormir.  Mission impossible : elles sont courtes, pas trop douloureuses, mais toutes les 10 minutes.  Alors, je somnole, je vais respirer la nuit sur le balcon, je prends un bain.  Je reste calme, essaie de me rendormir, en vain. Je ne pense pas que c’est le moment, je ne m’excite pas, me disant que c’est peut-être une fausse alerte et que je dois préserver mon énergie.

Le matin, Martin se réveille et on va déjeuner. On appelle Bénédicte, qui se levait après un bonne nuit ( heureusement car elle ne savait pas ce qui l’attendait…) et vu mes explications on se retrouve à la maison de naissance une demi-heure plus tard.

Il fait beau, encore frais, Bénédicte nous accueille avec un grand sourire.  On entre dans la salle d’accouchement, après un examen, Bénédicte nous laisse le choix de rester ou de rentrer chez nous pour quelques temps. On décide de rester à la maison de naissance pour apprivoiser les lieux.  Le temps de se mettre à l’aise.  Bénédicte ira et viendra au cours de la journée en fonction de l’avancée du travail.

Il faut quant à moi que je trouve mes marques, j’ai du mal à croire que c’est pour aujourd’hui, et si j’avais fait venir Bénédicte pour rien et si…. Et les contractions continuent , elles me demandent un peu plus de concentration à chaque fois.  Je respire, accueille et reprend la conversation autour d’un petit repas à midi.   Il me faudra encore une partie de l’après-midi pour plonger dans le travail, les contractions restent courtes, je me pose des questions, je prend des petites gouttes homéopathiques, c’est lent.  C’est mon rythme et celui du bébé me dit Bénédicte.  C’est vrai après tout, je suis quelqu’un qui aime être rapide, efficace,… là je dois faire un effort et laisser couler.

 

Vers 16.00 , je rentre en travail, à partir de là, je n’ai plus la notion du temps.  Les contractions s’intensifient, Martin m’aide par sa présence et son contact pour chacune d’elles. Petit à petit, je trouve une position, un son, un rythme, une énergie, je me laisse aller là ou mon col m’emmène.  Je l’imagine s’ouvrir, la tête de mon bébé appuyant dessus.  J’entends vaguement Bénédicte tondre, d’ailleurs, je ris à un moment car j’entend des bouts de bois qui craque dans tout les sens, je me demande bien quelle est sa méthode pour tondre un jardin ?

Je me fais la réflexion que les contractions, ça fait un bien fou… quand ça s’arrête ! Je ne sais plus combien de temps passe, Bénédicte me réexamine, je suis à 5.  Je pensais être déjà plus loin, Bénédicte m’encourage, Martin ne lâche pas son poste, ses bras sont là pour chaque contraction.  On me propose un bain, pourquoi pas ? Mais là c’est vraiment dur, je pense à mon col, à la tête, et je suis déterminée à ouvrir le passage.  J’y mets de la hargne, un peu de rage.  J’en ai marre, je me décourage.  En sortant du bain, j’ai régressé, mon fameux col est de nouveau un peu tonique. 

 

Alors là ! Bénédicte me fait part de son doute : elle ne veut pas que cela soit trop dur pour moi, que je garde un mauvais souvenir.  Elle me propose d’aller à Sainte-Elisabeth pour me soulager, ou de percer la poche des eaux pour accélérer le travail mais cela risque d’être plus douloureux ( j’oublie vite cette possibilité !) ou d’appeler de toute façon une collègue pour avoir un conseil.

Je m’écroule, je me décourage, je ne sais plus, je ne pensais pas une seconde à la péridurale mais là si Bénédicte, ma référence dans ce que je vis pour l’instant, doute.  Je suis perdue.  Je ne veux pas aller à la clinique, il me faudra une heure minimum avant d’avoir la péridurale, et cette heure là je ne veux pas la passer avec ces contractions dans l’ambulance, dans le couloir de l’hôpital, non ! 

 

Je veux que tout s’arrête, je m’imagine le millier de femmes qui ont du passer par là, je m’imagine qu’il ne faudrait pas grand chose pour demander : « tuez moi ! »

Bénédicte revient, on discute.  Elle me propose de me tourner du coté des émotions, et là je me rappelle de ce qu’Evelyne avait dit : «  Parfois quand c’est difficile, je demande au bébé d’aider sa maman » Alors je commence à parler à mon bébé, Martin à mes côtés, toujours là, à me soutenir. Les yeux fermés, la main sur mon ventre, je lui parle tendrement :  «  Il est temps qu’on se voie mon petit chou, maintenant il est temps de te toucher, de te sentir.  Tes petits pieds, tes petits bras, sentir ton odeur.  Trouves ton chemin mon petit chat.  J’ai besoin que tu m’aides.  Je suis fatiguée, j’ai besoin que tu m’aides.  Tout en douceur.  De la douceur et de l’amour.  On a vécu déjà tellement de  choses.  Je n’ai jamais été aussi bien qu’avec toi dans mon ventre.  Il faut que je me repose mon amour, essaie de trouver ton chemin avec mon col, je te fais confiance, je t’aime » voilà ce que je me rappelle avoir dit, pensé et répété pendant un certain temps.  Je voulais qu’à partir de maintenant tout se fasse en douceur, plein d’amour, j’ai l’impression de l’avoir répété 1000 fois. On a somnolé comme cela Martin et moi pendant un certain temps. Les contractions ont quasi disparu. Je suis restée concentrée sur la mission de mon bébé, sur ma confiance, mon besoin de faire une pause.

 

Tout à coup, j’ai eu une contraction qui m’a donné envie de pousser.  Martin a prévenu Bénédicte.  Mon col avait lâché, j’étais presque à 10….

C’était incroyable, on était tous très ému.  «  bravo tu as fait ça tout seul, je t’aime tu es magnifique, tout en douceur, tu t’es débrouillé.. »Je ne pouvais plus douter de l’amour que j’allais avoir pour ce bébé.  Je l’aimais déjà si fort. Mon petit chou s’est débrouillé tout seul avec mon col, tout en douceur, c’était magique, je n’oublierai jamais…

 

Ensuite, il a fallu rassembler ses énergies pour pousser, quel effort intense ! Quelle sensation différente, c’est puissant ! Ca me semble long, je suis épuisée.  Martin toujours là, j’attrape sa nuque, ses mains, il me soutient, même le pantalon de Thérèse qui nous a rejoint, n’est pas épargné.  Et enfin, tout glisse, je fonds, le petit corps de mon bébé tout chaud est enfin sur mon ventre.  Le temps s’arrête, on est dans le contact, je savoure sa peau, sa chaleur, son odeur, c’est délicieux…

Mes mains iront découvrir à tâtons sous la couette que c’est une petite fille !! On la relève quand même pour être sûrs et oui c’est une magnifique petite poulette.  Une courageuse, pleine d’amour est là toute tendre au creux de nos bras.  On déguste de vrais instants de bonheur, on savoure cette magnifique rencontre.

Je suis sur mon petit nuage, je viens de mettre au monde un ange.  Une bulle d’amour nous a fait naître.  Quelle chance d’avoir vécu cette naissance, d’avoir pu faire cela tous ensemble.  C’est l’amour qui t’as fait naître.  C’est grâce à la confiance que j’ai eu en toi, grâce à mon laché prise, grâce à la tendresse qui nous uni. Grâce au soutien sans relâche de ton papa.  Grâce à la vigileance, à l’écoute, à la générosité de Bénédicte.

 

Voilà cette histoire, Victoria, et pour toi tout commence…

 

J’ai appris tellement de chose : on ne peut pas tout maîtriser, un col non plus, il a sa part de liberté, son rythme.  Je n’oublierai jamais cette preuve d’amour qu’on s’est faite cette nuit là.  De la douceur et de l’amour, quelle beau démarrage pour une vie.  Ce fut aussi quelque part ma naissance, la naissance d’une mère.  J’ai découvert qu’au bout de moi-même, épuisée, dans l’essentiel, il n’y avait ni méchanceté, ni haine, ni peur, ni angoisse.  J’y ai trouvé de la détermination, parfois de la hargne, du courage, mais surtout de la tendresse, de l’amour, de la sérénité et enfin de la CONFIANCE.  Celle qui me manque tant.

 C’est vrai, ce fut long, deux nuits blanches, plus de 24 heures de contractions, dont 12 heures de vrai travail,… Du côté rationnel, du coté des calculs, c’est vrai, on a du mal à comprendre, pourquoi vouloir vivre cela. Mais pour rien au monde, je ne voudrais changer quoi que ce soit, cet accouchement a scellé à tout jamais le lien d’amour qui m’uni à ma fille.  

Maxime, dés que j’ai su que je t’attendais et que tu grandissais en moi, j’ai imaginé ce beau jour où je te tiendrais dans mes bras. Je me suis replongée quelques mois plus tôt, dans mes souvenirs de la naissance d’Adrien, ton grand frère, et j’ai réfléchi à ce que je ne voulais plus vivre et à ce que je souhaitais pour toi, pour nous.
La naissance de ton frère s’était bien déroulée sur le plan médical, mais ton papa et moi n’avions pas rencontré le soutien et l’accompagnement que nous espérions et nous étions loin de l’accouchement dont j’avais souvent rêvé.
La façon dont les événements se sont déroulés et la séparation que nous avions vécue lors du court séjour non justifié à nos yeux d’Adrien au centre néonatal résonnaient encore en nous avec un terrible sentiment de frustration.
Cette fois, ce serait différent. C’est en évoquant le sujet avec une amie enceinte que j’ai appris l’existence d’une maison de naissance à Namur, l’Arche de Noé. Une maison tellement différente d’un hôpital, où on respecte la maman et le bébé et où le papa a une place !
Ma grossesse était déjà bien avancée lorsque nous avons franchi pour la première fois la porte de l’Arche et tout de suite j’ai senti que je voulais que tu viennes au monde dans cette accueillante maison. Je m’y sentais tellement bien, confiante, en sécurité.
Seulement voilà, nous ne pouvions pas être certains que ce rêve se réaliserait parce que les médecins estimaient que tu avais un poids inférieur à la moyenne et qu’il y avait quelques risques pour que tu te décides à naître plus tôt que prévu.
Alors je me suis reposée autant que j’ai pu, je t’ai rassuré, encouragé, et finalement, à notre grande surprise, la date prévue pour ta naissance a été dépassée et ton poids a été estimé dans la moyenne, ce qui allait nous permettre de vivre cette grande aventure…

Nous sommes le samedi 17 décembre, je me réveille plusieurs fois très brièvement entre minuit et 4h00 du matin en ressentant quelques petites contractions non douloureuses et je me dis que c’est comme les jours précédents, sans doute des fausses alertes.
Comme je suis fatiguée, je me rendors très vite sans m’inquiéter.
Vers 4h30 du matin, je me réveille brusquement et là je sens que les choses sont différentes, les contractions me semblent plus fortes que toutes celles que j’ai senties jusque là.
Mais je ne sais pas vraiment comment débute un travail puisque pour Adrien, la poche des eaux s’était rompue et les contractions étaient arrivées plus d’une heure après, et la péridurale m’empêchait d’en sentir toute l’intensité, alors je me dis que je vais surveiller mon radio-réveil, compter le temps entre chaque contraction. J’ai du mal à croire que le grand jour est arrivé, que je vais te serrer dans mes bras quelques heures plus tard, parce que, après tout, la douleur est vraiment supportable donc à mon avis ça ne peut pas être ça. Je décide d’attendre, à la fois excitée et inquiète.
Une heure passe et je pense avoir des contractions toutes les 12 minutes alors je me dis que puisque je suis bien réveillée, je vais toujours prendre une douche au cas où, et avec l’eau chaude, ça va peut-être se calmer.
Seulement, alors que je m’habille, je commence à trouver que ces contractions sont de plus en plus douloureuses et je vais vite réveiller ton papa, un peu stressée à l’idée de ne pas m’être vraiment pressée jusque là. Je lui propose de se préparer pendant que j’organise la journée pour ton grand frère. Je suis maintenant certaine que nous allons voir ta petite frimousse dans la journée !
Il est maintenant 6h00 du matin, je descends les escaliers et me retrouve dans la salle à manger, je compte des contractions toutes les 6/7 minute ! Je ne pensais pas que le travail avancerait aussi vite ! Je sens monter la panique, je sais qu’il faut 30 minutes à Evelyne, notre sage-femme, pour arriver à la maison de naissance et j’ai peur de ne pas avoir le temps ! Je n’aurais pas dû attendre aussi longtemps !
Heureusement, ton papa est déjà prêt et son calme me rassure un peu. Je prends le téléphone pour prévenir Evelyne mais juste à cet instant, je ressens une contraction très douloureuse et la poche des eaux se rompt !!! Je file donc aux toilettes et j’appelle Evelyne en 4ème vitesse, je l’informe de la situation et on se fixe rendez-vous à la maison de naissance à 6h30. Ensuite, pendant que je me change, ton papa appelle ta mamy pour qu’elle vienne garder ton grand frère jusqu’à son réveil.
Entre ces coups de fils, les contractions sont devenues vraiment très douloureuses et vraiment très rapprochées, toutes les 4/5 minutes et je me demande comment je vais faire pour monter dans la voiture, si je tiendrai tout le trajet. J’ai peur et j’ai mal et je crie déjà tout doucement. Je ne pensais pas que j’oserais et je me rends compte que pousser ces petits cris me soulage. J’essaie de penser à ce que tu vis, de t’imaginer poussé hors de ton cocon. Ton papa m’encourage pendant le trajet et on arrive enfin à l’Arche, juste avant Evelyne qui dès son arrivée nous accueille et prépare tout avec une rapidité étonnante; met le chauffage, une musique douce, des petites bougies qui créent une ambiance apaisante et relaxante. Je suis touchée de toutes ces petites attentions !
Je m’installe tout d’abord sur le lit, avec ton papa qui me masse le dos. Se sentir ainsi entourée représente pour moi un soutien inestimable, ça vaut toutes les péridurales du monde !
Les contractions sont maintenant tellement rapprochées que j’ai peu de temps pour récupérer entre chaque. Je demande d’aller dans la baignoire, je suis persuadée que l’eau chaude m’aidera à me détendre. Mais il faut quand même le temps de la remplir…
Pendant ce temps, je prends des positions qui me soulagent un peu, accroupie, sur le wc et je crie fort à chaque contraction. Pouvoir exprimer cette douleur sans pudeur m’aide énormément. Certains mots sortent aussi spontanément… je dis que je vais mourir, que j’ai mal, que je n’y arriverai pas… C’est drôle, à ce moment-là je me souviens de la rencontre prénatale d’Evelyne sur la douleur.
Je pense à toi, Maxime, remplie d’émotions à l’idée de bientôt te serrer contre moi, d’enfin te découvrir, te respirer, te caresser, et cela m’aide pour continuer. Je t’imagine poussé à chaque contraction, je sais que toi aussi tu vis des moments très intenses et je veux t’encourager.
La baignoire assez remplie, je m’allonge dans l’eau et là je me sens immédiatement mieux malgré la douleur toujours là et presque constante. Je n’ai aucune idée du temps écoulé depuis notre départ de la maison mais je dis à Evelyne que je ne saurai plus tenir très longtemps parce que les contractions sont trop rapprochées et là justement, je sens une énorme envie de pousser ! Je lui dis ce que je ressens et elle me dit que je peux pousser si je veux.
Je ne pensais pas accoucher dans l’eau mais finalement, je trouve que c’est une bonne chose vu que je m’y sens bien… et je ne me sens de toute façon plus capable de bouger.
Moi qui croyais que je ne saurais pas pousser, je suis très surprise par force impressionnante qui oblige à pousser et qui ne demande pas vraiment qu’on fasse un effort.
En fait j’ai plutôt l’impression que ça pousse tout seul ! C’est une sensation unique, difficile à expliquer, c’est comme si une incroyable énergie t’aidait à sortir de mon ventre et j’ai l’impression que mon bassin va exploser, que tu ne sauras jamais sortir. Lorsque la contraction diminue, je te sens reculer et je ne sais pas si tu as vraiment avancé vers la sortie et ça m’inquiète. Mais Evelyne me rappelle qu’il faut t’encourager et me concentrer sur toi. Elle me dit qu’elle voit ta tête et me propose de la toucher mais je n’ose pas bouger.
J’essaie de ne plus penser qu’à toi, je te sens si proche ! Et à la contraction suivante accompagnée de cette irrésistible envie de pousser, je te crie que je t’aime et qu’on va y arriver, je te demande de venir, je te donne toute la force que je ressens.
Mais là, Evelyne me dit qu’il faut que je stoppe tout de suite parce que tu as le cordon autour du cou et qu’elle doit le couper. Ta tête est donc sortie ! C’est dur de se retenir mais j’attends son feu vert pour pousser une dernière fois et voilà mon bébé tu nais, dans l’eau, je te sens glisser tout doucement et j’ai du mal à croire que tu es déjà là ! C’est un instant d’émotions si intense, tellement unique que jamais je ne pourrai l’oublier ! Mon petit bonhomme ! Te voilà, tu es né ! Evelyne te pose tout de suite sur mon ventre et je pleure, je suis toute retournée, tu es magnifique, plein de cheveux noirs. Tu pousses des petits cris mais tu ne sembles pas trop chahuté. Je vois ton papa très ému lui aussi. A cet instant, c’est un peu comme si le temps avait suspendu son cours autour de nous…
Evelyne t’enveloppe dans plusieurs essuies et nous laisse quelques minutes tous les 3.
Enfin, je te touche, sent ta petite tête contre mon ventre, je n’en peux plus de t’admirer, tu es si beau !
Quelques instants plus tard, Thérèse, la seconde sage-femme qui avait été appelée pour accompagner Evelyne, arrive… un peu trop tard.
Ton papa te prends dans ses bras et te regarde d’un air attendri. Comme je suis émue de vous voir tous les deux !
Je sors de l’eau pour la fin de l’accouchement, l’expulsion du placenta.
Je m’installe sur le lit et ne vous quitte pas des yeux. Tu es là, si beau, si calme et paisible !
J’apprécie tellement qu’on respecte tes premiers instants, pas d’aspiration, pas de gouttes dans les yeux, le moins de manipulations possible pour ne pas te déranger.
On te propose le sein et après quelques minutes tu tètes doucement.
Magie de cette première tétée peau contre peau…
Je ressens encore quelques contractions et le placenta sort, tout beau et en parfait état d’après Evelyne. Je suis émue et admirative devant ce qui aura été ta maison, ta petite bulle, ton cocon pendant les 9 premiers mois de ta vie. La nature fait tellement bien les choses.
Ton papa l’enterrera dans le jardin le lendemain.
Thérèse t’habille en te laissant tout contre moi pour que tu ne te refroidisses pas.
Evelyne nous annonce que tu es né à 7h12 !!! Je n’en reviens pas que tout ait été si vite !
Nous nous retrouvons tous les 3 et nous te découvrons, submergés de bonheur.
Un peu plus tard, tu es pesé avec une balance spéciale qui ressemble à un hamac, encore un « truc » pour te déranger le moins possible, verdict : 2.940 kg !
Pas mal pour un bébé qui était annoncé à un moment avec un retard de croissance !
Après avoir pris ma tension et vérifié que tout va bien, nous allons en chambre de repos, une très belle chambre avec un lit 2 personnes super confortable où nous nous installons tous les trois. Nous profitons de ces instants d’intimité uniques…
Evelyne nous apporte le petit déjeuner, Thérèse nous dit au revoir.
Dehors il neige et il fait froid mais nous, nous sommes bien au chaud tous les trois.
Nous prenons un peu de repos avant que tu rencontres ton grand frère et le reste de la famille.
Le soir-même, nous rentrerons chez nous heureux et ravis d’avoir pu réaliser notre rêve d’une naissance dans une ambiance chaleureuse, sereine et respectueuse.

Merci du fond du coeur à l’équipe de l’Arche de Noé de nous avoir permis de réaliser notre projet de naissance dans une ambiance sereine, humaine, confiante et chaleureuse !
Merci à Evelyne pour son soutien, sa gentillesse et sa présence  avant, pendant et après l’accouchement ! Grâce à sa disponibilité, son optimisme et ses encouragements, nous avons pu aller au bout de l’aventure.
Merci à Thérèse pour sa douceur et sa bonne humeur.
Merci pour cette journée du 17 décembre 2005, cette naissance superbe, celle qu’on espérait, celle qu’on rêvait pour Maxime !

 

Il était une fois…

C’est une histoire vécue que je vais vous conter ; Coline, ma fille, écoute bien.

C’est l’histoire d’une maison de naissance, une maison de confiance.

C’est une histoire entière où le temps est celui d’une vraie rencontre : on apprend à se connaître, «sens-toi libre de ton choix», on se tutoie, «va là où tu ne veux pas aller», on mange ensemble, on met une jambière sur la tête de ton enfant et tu trouves ça mignon !

C’est une histoire où l’espace est habité, on s’y sent bien sous le toit de tilleul.

C’est une histoire humaine où vous nous accompagnez. Il me reste des visages fatigués et enthousiastes, une main qui t’aide à découvrir le sein de ta mère, une invitation à regarder ton cœur nourricier avant de l’enterrer.

C’est une histoire engagée. Elle est un défi nuit après nuit contre la fatigue, jour après jour contre les usines de naissances. Avec l’énergie des saumons qui remontent la rivière, vous y croyez. Dans votre sillage tourbillonnent les encouragements, les dons et les calomnies.

C’est, pendant trois saisons, une histoire d’éveil du papa à l’invisible, à l’archaïque. Bébé, tu es, je peux être avec toi par des mots de tendresse, des bercements. Je peux t’encourager.

C’est une histoire de dialogue. Cette maison, vous ne la présentez pas comme l’unique solution, mais elle questionne, elle invite au dialogue entre nous, nos parents, nos amis, nos médecins.

Enfin, c’est une histoire de peur et de confiance. Tant qu’on n’est pas allé voir de l’autre côté, on a peur. Les médecins ont peur, font peur. Les mamans, les bébés, les papas ont peur. Puis la confiance grandit. Elle se nourrit de gestes compétents et du sentiment d’être respecté en tout. La naissance peut être un miroir brisé. Avec vous, elle brille de nouveau. Quel bonheur de recevoir un enfant plein, oui plein de confiance.

Merci à Evelyne, Bénédicte, Françoise, Dieudonnée et Hélène et bon vent à toute l’arche de Noé.

Florence et Christophe, les parents de Coline.

 

Témoignage de la naissance d’Elyne (21/08/2005)

Elyne, petit bout de femme,
Tu es née à l’Arche de Noé.
En cette nuit de presque pleine lune,
En un éclair, tu es arrivée.

Et pourquoi avoir accouché en maison de naissance plutôt qu’à l’hôpital ?

  1. « Pour faire l’originale ! » me disait mon frère.
  2. « Pour l’intimité ? » me demandait ma mère.  « Oui.  Mais, et la sécurité ? »

Le choix s’est fait doucement, mûri patiemment, au cours et détours de ces 9 mois de grossesse.
Un lien d’abord, tissé lors de ma première grossesse, avec Evelyne qui nous avait accompagnés pour accueillir Maël 3 ans plus tôt.
Puis, un lieu proche de notre nouveau lieu de vie : cette maison fraîchement réaménagée avec goût et couleurs, respirant la chaleur et la féminité.
Ensuite, la découverte d’une équipe de professionnelles de la santé.  Leurs différences nous ont d’abord bousculés.  Avec le temps, elles se sont faites complémentarité.
Un choix enfin. Et choisir, c’est renoncer.  Choisir ce lieu et ses gardiennes tout en essayant aussi de se préparer à l’imprévu.  Renoncer à la péridurale, par exemple, pour essayer de trouver d’autres moyens de gérer cette douleur tant redoutée. 

Et nous voilà ce 21 août.
A 2h du matin, mon ventre me réveille par une contraction.  3h30 plus tard, Elyne, tu es dans mes bras à l’Arche de Noé.
Rapidité et violence, tant de similitudes avec mon 1er accouchement !  Il faut dire que je sentais mon corps « travailler » depuis plusieurs jours avec ces symptômes apparemment atypiques qui sont les miens (nausées, diarrhées, douleurs dans le bas du dos).

On n’aura donc pas beaucoup « profité » de ce lieu choisi, si ce n’est de sa grande baignoire et de sa paix royale pour se remettre de la tornade de ce dimanche d’été, à 3 dans cette chambre de repos bien « cosy ».  Merci pour les petits pains.  Le souci du détail ne manque pas.

Et puis ce suivi post-natal à domicile que j’appréhendais un peu.  « Le pied » !  De nouveau, ce juste équilibre entre médical et humain : juste assez de médical et suffisamment d’humain comme il nous convient; le tout agrémenté d’humour et de légèreté ainsi que de quelques massages de pieds.  Merci Marie-Christine.

Un regret ?  Que la baignoire ait été si lente à se remplir.
Un souhait ?  Que la qualité ne soit pas sacrifiée sur l’autel de la quantité.
Un maître-mot ? « Lien et continuité », car pouvoir reparler avec Françoise 6 semaines plus tard du vécu de chacun lors de ce grand jour, en ce compris les difficultés, ça nous a fait du bien.  La boucle était bouclée.

Merci donc à vous 4, Bénédicte, Evelyne, Françoise, et Marie-Christine, de nous avoir accompagnés pour accueillir Elyne !
Longue vie à l’Arche de Noé ! 

Sabine

********************

Pour moi, l’expérience en Maison de naissance coulait de source… Après le premier suivi prénatal pour notre aîné Maël, la confiance était déjà établie avec Evelyne. L’aventure d’une naissance à la maison me tentait beaucoup, malgré les craintes qui planent toujours un peu sur cet inconnu.

Sabine était encore hésitante pour la naissance à domicile. Quand l’Arche de Noé s’est ouverte, je me suis donc dit que ce lieu rassemblait les avantages d’un milieu « médical » sécurisant, d’une part, et d’un cocon presque familial, d’autre part.

Médical, car les sages-femmes qui peuplent cet Arche font preuve d’un grand savoir-faire, sont outillées comme il se doit et sont de bon conseil.

Cocon familial, car ce lieu respire la sérénité et le bien-être et qu’on y trouve une oreille attentive, chaleureuse et pleine d’empathie. Un lieu ou le temps n’est pas que de l’argent, et où l’on peut prendre le temps de partager nos craintes et nos questions.

Une seule fausse note : l’incrédulité parfois rencontrée par rapport à notre vécu exprimé de la première naissance. Il faut dire qu’apparemment, Sabine nous fait des accouchements un peu inhabituels… dont on ne parle pas dans les sacro-saintes moyennes. Mais une petite fausse note dans une symphonie, ça ne ternit pas toute l’œuvre, loin de là.

Pour moi, ce fut donc un excellent compromis entre une naissance « classique », médicalisée et orchestrée par le gynécologue en fonction parfois des ses dates de vacances ou des retransmissions du Mondial, et un événement familial, intime, dans les murs de notre maison.

Elyne est arrivée en un éclair, mais le repos réparateur de cette maison paisible et les petites attentions de nos « accompagnatrices » nous ont vraiment fait du bien.

Merci à toutes pour ce bout de chemin parcouru ensemble, et en particulier à Françoise et Marie-Christine, pour cette nuit magique partagée avec nous.

Damien

 

En octobre 2004, quand j’ai su que je t’attendais mon fils, j’ai pris la décision suivante: je ferais tout pour vivre cette naissance différemment de la première fois.

J’ai aimé follement Louise, ta soeur, à la seconde où je l’ai vue, son petit visage rond, ses yeux bleus grands ouverts me scrutant jusqu’à l’âme, sa petite bouche qui voulait téter. Mais je me suis sentie volée de sa naissance. Pas assez sûre de moi pour imposer mes volontés, pas assez préparée ni informée, j’ai laissé déclencher sa naissance, parce qu’elle
avait quelques jours de retard sur la date prévue. J’ai cédé à la peur panique de la douleur et demandé la péridurale qui a fait de moi une spectatrice et non une actrice de mon accouchement. La naissance de Louise, ma fille chérie, a fait de moi une mère, mais elle n’a pas fait de moi une femme libre.

Cette fois, ce serait différent. Nous avons choisi pour nous accompagner au long de ce chemin l’attention et la douceur d’une sage-femme, l’ambiance chaude et feutrée de son cabinet accueillant. Nous avons découvert qu’un membre du corps médical peut parler à un foetus de quelques semaines et établir avec ses parents des rapports amicaux et sincères.

Petit à petit, la question du jour de ton arrivée parmi nous a commencé à se poser avec insistance. Où allions nous te donner le jour? A l’hôpital? Non, je ne le voulais plus. Qu’on me laisse marcher, gémir ou crier, qu’on respecte ce moment sacré pour nous. Je voulais réparer et construire, et explorer les plages où les sentations nues de la douleur m’emmèneraient. Je voulais choisir la position dans laquelle je souhaitais accoucher. Je voulais que nous puissions t’accueillir dans la douceur et le respect.

Nous avons décidé que cette naissance aurait lieu à « L’Arche de Noé », où nous serions épaulés par des sages-femmes compétentes et attentives sans être envahissantes. Un lieu digne de toi, Henri.

Le vendredi 22 juillet, tu annonces ta venue vers 23 heures: je perds les eaux. On appelle Evelyne, elle nous demande de la rappeller quand les contractions seront plus régulières. Ca ne tarde pas! On appelle mamy qui va venir garder Louise, puis on rappelle Evelyne et on se met en route. Il est minuit trente environ quand on arrive à la Maison de Naissance. Eveyne a laissé les lumières extérieures allumées pour nous accueillir, elle nous attend, tout est bien. Dans la chambre de naissance, quelques petites bougies et un cd de douce musique apportent une ambiance apaisante et
chaleureuse. Je ne peux pas dire à quel point ces petites attention m’ont touchée et mise en confiance. Après m’avoir examinée et s’être assurée que nous ne manquons de rien, elle se retire discrètement pour nous laisser prendre nos marques.

Les contractions se font plus précises, j’essaie le ballon, les massages, diverse positions. Je demande qu’on me fasse couler un bain. L’eau chaude me soulage et accélère encore le travail. Les contractions sont très rapprochées, et quand j’ai un répit un peu plus long, je sais que je vais en enchainer deux coup sur coup. Je fixe une petite bougie qui brûle sur le bord de la baignoire et je module des OOOOOOH et des AAAAAAAAh sur les contractions.Ton papa m’entoure de toute son attention de toute sa présence.

Dieudonnée, la seconde sage-femme arrive. A 2h30, Evelyne me suggère de sortir de la baignoire. L’effort pour m’en
extraire me semble immense. Je décide d’accoucher assise, sur le tabouret de naissance. Je m’installe, ton papa est derrière moi, il m’entoure de ses bras, de ses jambes, je me repose entièrement sur lui, mon amour, qui se
prépare comme moi à accueillir son fils.

Les contractions sont à présent d’une intensité prodigieuse, je me sens habitée d’une force qui me dépasse et m’aide à te mettre au monde. La brûlure de la naissance et te voilà mon fils, ton petit corps encore replié en position foetale, ton petit visage adorable, et là tout se mèle, la souffrance et la tendresse, l’amour et la fatigue, la joie et l’hébétement.

Je sers ton petit corps nu contre le mien, je te respire, je te découvre au terme de ce chemin qu’on a fait ensemble. Tu es si beau, si parfait. On s’allonge sur le lit tous les trois, je t’aide à trouver le sein. Tu têtes un peu, puis tu t’endors, trop fatigué pour boire vraiment.

Le placenta sort à son tour. Je n’avais même pas vu celui de Louise. Ce n’est pas si laid qu’on me l’avait toujours dit. Un placenta en forme de coeur, une sorte de morceau de toi que tu abandonnes pour respirer seul, pour découvrir les saveurs et les odeurs.

Nous avons mené notre projet à bien. Heureux, épuisés, fiers de nous, on s’endort tous les trois. Demain nous rentrerons à la maison, et le cours du temps reprendra. En attendant, dans un demi sommeil, on savoure ces moments
d’éternité.

Merci à Anne de nous avoir accompagnés et guidés durant cette grossesse, merci à Evelyne et Dieudonnée pour cette merveilleuse naissance.

Natalie

 

Un peu d’émotion en relisant mon carnet écrit pour la grossesse et la naissance d’Elya le 5 Juin 2005…

il y a 4 ans déjà….
en voici un extrait…à 7 mois de grossesse:

« J’ai téléphoné à Bénédicte, la sage femme qui nous accompagne car j’avais besoin de parler à qqn de ma peur de te mettre au monde… elle m’a comprise et cela a été d’un réconfort immense. Elle m’a renforcée dans mon devenir de mère: je suis ta maman, je te porte au creux de mon ventre, je te nourri et te protège. Bientôt viendra le jour de ta naissance où ce lien indescriptible se transformera: tu t’offriras au monde. Nous serons là, ce jour là, Nil et moi, et ce jour là, tu seras TOI. Je me sens tellement soutenue, contenue, rassurée par les sages femmes. Nous nous sentons suivis et accompagnés dans notre devenir de parents. Quelle aventure!
Ta venue a bouleversé nos vies … bientôt nous serons prêt! »

Quelques mots mais qui me rappellent à quel point la relation de confiance s’est établit avec vous pour vivre une naissance de rêve. 4 ans plus tard…encore MERCI! C’est un cadeau pour la vie!
Nil et Noëmie

 

La naissance d’Alice

Bien qu’elle nous semble avoir toujours fait partie de notre histoire, l’existence « effective » d’Alice a commencé par une belle matinée d’août (le 8 précisément), jour des portes ouvertes chez Semailles(…quoi de plus naturel?!)  Pour achever de se concrétiser exactement 9 mois plus tard, le 8 mai (et pas le 2 comme « prévu »), journée portes ouvertes à l’Ortie-Culture et la Fougeraie, où, alors que les éléments se déchaînaient, j’ai cru enfin ressentir ce qui était bien une très légère première contraction tant attendue.

Après cette balade dans la pluie et le vent, sous des cieux tourmentés comme je les aime, et faisant « le plein » durant le trajet de retour de lumineux paysages sous un ciel d’ardoise, nous avons retrouvé la chaleur bienfaisante de notre cocon, le temps d’abriter sous la serre nos dernières trouvailles comme ces menthes orange et chocolat, et un Pelargonium au parfum de pomme (désormais notre madeleine de Proust!)

Vers 21 heures, nouvelle légère contraction.
Je n’en dis rien à Bruno, afin de ne pas risquer de lui donner de faux espoir, même si au fond de moi, et cela depuis plusieurs heures déjà, j’ai le sentiment que LE grand jour est arrivé.  En effet, confirmation 20 minutes plus tard, et ainsi de suite…Quelle fébrilité!  Cette impression d’atteindre un (pour ne pas dire LE) moment essentiel de sa vie, où on va donner la vie, faire enfin connaissance avec cet être si cher… même si on s’attend à souffrir, bien que l’on n’ait au fond aucune idée de l’intensité de cette douleur, malgré la lecture de nombreux témoignages de tous horizons (entre-autres les excellents ouvrages d’Isabelle Brabant et Jacqueline Lavillonnière, fidèles compagnons d’insomnies).

Tout est prêt -depuis longtemps- pour rejoindre l’Arche de Noé le moment venu, mais pour l’heure, il s’agit de prendre du repos (d’essayer, du moins).
La nuit sera courte… Vers 2 heures, les contractions, plus fortes, me réveillent.  Je finis par me plonger dans un bon bain qui me porte et me réchauffe.
Bruno me rejoint dans la salle-de-bains et s’installe à côté de moi dans un transat!
Les contraction se rapprochent et se font plus intenses au fil des heures… RES-PI-RER, le maître-mot!
« Ma petite fille… », garder le contact, sans cesse, en commençant par ces trois mots murmurés en secret tout au long de la grossesse, et qui te faisaient réagir lorsque je posais ma main sur mon ventre.
Les heures ont passé, il est maintenant 6 heures, il nous semble qu’il est temps de prévenir Evelyne (désolés pour ce réveil…).
Le rendez-vous que nous avions ce matin pour un monito est maintenu…!

Je passe les détails et anecdotes du trajet… jamais il ne m’a semblé aussi long!
Il fait magnifique, je garderai en mémoire les reflets dansants du soleil matinal sur la Meuse (ainsi que -moins poétique- les coups d’oeil intrigués des conducteurs des voitures voisines au feu rouge…
Hé oui, l’intensité des contractions me fait un peu grimacer!)

Nous voici ENFIN confortablement installés dans le lit de la douillette chambre de naissance, après l’accueil apaisant et quasi maternel d’Evelyne.
Les petits vêtements préparés sur le radiateur me donnent du courage en me rappelant que nous touchons au but, ce détail reprécise LE sens de toute cette douleur…
Au fil des heures, presque plus rien n’arrive a détourner mon attention de l’indescriptible tempête qui se déchaîne en moi à intervalles de plus en plus courts, pas même l’arrivée de la pétillante Marie-Christine, deuxième sage-femme.  La position assise commence à me fatiguer, cap sur le lit où je finis par passer de la position sur le dos (selon moi peu propice à la poussée : j’avais l’impression de devoir fournir beaucoup d’efforts pour peu de résultat) à la position agenouillée, en appui sur un gros ballon, mais cela ne suffira pas à préserver totalement mon périnée!

…Je ne saurais dire combien de temps cela a encore duré (à mon avis une éternité!), la souffrance est intense, immense, sans comparaison, au point à un moment donné de me paraître insurmontable! Je suis pourtant on ne peut mieux entourée, Bruno est -comme toujours- extrêmement attentionné, Evelyne et Marie-Christine vigilantes tant pour mon bébé que pour moi, mais là c’est trop, je me sens toute seule!
Evelyne trouve les mots qui font mouche : « tu n’es pas toute seule, n’oublie pas ton bébé, il t’aide! », mon attention se tourne alors à nouveau vers ma petite fille, et ça change tout.
Une extraordinaire occasion nous est donnée de toucher la poche des eaux quasi intacte qui coiffe notre bébé, comme un petit airbag!
(quelle victoire, moi qui frémissais quelques jours plus tôt, en entendant le gynéco me dire tout naturellement qu’il suffirait de rompre cette poche pour provoquer la sortie de ce bébé qui osait dépasser le terme!) Une autre véritable formule magique d’Evelyne au moment le plus « critique », les dernières poussées avant l’expulsion, « si tu pousses bien, elle sera là cette fois… »

…ET VOILA ALICE! (il est 14h02′, un radieux soleil inonde la chambre). C’est le plus beau jour de notre vie! La douleur s’évanouit, plus rien n’a d’importance… émerveillés, nous faisons enfin la connaissance de ce petit bout de nous, la prunelle de nos yeux, ce nouvel être à part entière qui a immédiatement ouvert ses grands yeux sur la vie!

MERCI! Quelle chance nous a été donnée de pouvoir vivre une grossesse et un accouchement « sans histoires », dans le respect du NATUREL, essentiel à nos yeux!
Merci aux sages-femmes qui font le plus beau métier du monde et qui le font BIEN!  Professionnelles et néanmoins accessibles, humaines, chaleureuses, disponibles, « discrètement » vigilantes.
L’Arche de Noé, encore à l’état de projet au début de « notre »
grossesse, avait tout pour répondre à nos aspirations!

Alice aura bientôt 11 mois et je termine seulement ce témoignage, il y a plusieurs raisons à cela…
Les premiers essais étaient difficiles, la sensibilité à fleur de peau, ce fichu souci de précision qui complique toujours tout et me rend éternellement insatisfaite (en ce qui concerne la forme seulement!). 
Puis on s’aperçoit qu’au fil du temps, certains détails s’estompent, on se dit alors qu’il est grand temps!
Enfin, parler de tout cela au passé (même si tout a été rédigé au
présent!) c’est accepter que la page soit déjà tournée, pour finalement se rendre compte que ce n’est pas la fin de quelque chose, mais seulement une étape franchie, qui nous a enrichis et que rien ne pourra nous enlever.

A ceux qui nous regardent comme des illuminés (c’est leur droit!) sous prétexte qu’ils trouvent archaïque d’encore accepter de souffrir à notre époque, je répondrais simplement (si toutefois ils m’en donnaient
l’occasion…) qu’une fois la douleur -bien vite- envolée, ne restent que les meilleures raisons au monde de vouloir procéder comme l’ont fait les femmes depuis la nuit des temps, et cela dans l’intérêt de tous les protagonistes, à commencer par celui du bébé!
Quelle fierté d’y être arrivée!  C’est ce que j’ai fait de mieux dans ma vie, et je l’ai fait du mieux que je pouvais.

Laurence

Quand le projet de départ a changé de route, à un moment .

Pour les couples qui avaient eu un jour le projet d’accoucher à la Maison de Naissance de Namur, il y en a pour qui le chemin d’enfantement a pris une direction différente, possibilité qui fait partie de ce que nous partageons avec les couples en prénatal:

–> Certains bébés sont nés en milieu hospitalier : à la Clinique Ste Elisabeth, au CHR de Namur, d’autres à Auvelais, d’autres encore à Braine l’Alleud, à Ixelles ou à Ottignies, à Liège, à Charleroi,à Dinant, à Libramont …

Les transferts se sont fait soit avant le jour de l’accouchement dans des cas de présentations de siège à terme, de placenta trop bas, d’une grosse gastro-entérite chez la maman, ou d’une biologie (prise de sang) perturbée. Pour quelques mamans sans problème particulier, le gynécologue a souhaité un accouchement provoqué entre 40 et 41 semaines. Pour quelques mamans encore, il a fallut provoquer l’accouchement proche ou à 42 semaines.

Pour d’autres couples, cela s’est fait le jour de l’accouchement sans démarrer de travail à la MDN, çà a été le cas parfois pour un travail qui s’est déclaré à 36 semaines et 3 jours, d’autres pour un travail déclaré à 36 semaines et d’autres encore où le travail ne s’est pas mis en route après une rupture de la poche des eaux. Ces naissances se sont déroulées dans le milieu hospitalier, avec ou sans intervention (perfusion d’ocytocine, épisiotomie, péridurale, …)
Un seul bébé a été transféré pour présentation du siège.
Pour d’autres mamans dont le travail ne s’est pas enclenché malgré la rupture de poche, le couple est allé jusqu’à leur hopital référent où le bébé est né plusieurs heures plus tard.

D’autres encore ont commencé le travail à la MDN puis soit pour une demande de péridurale, soit pour une raison de stagnation de l’évolution ou encore d’impossibilité à terminer la naissance en extra-hospitalier. Ceci a été le cas pour un bébé qui s’est présenté par le front, ce qui nécessite une naissance par césarienne. Le transfert s’est fait dans le calme, tout le monde allait bien et la césarienne s’est déroulée sans problème.
De fait, parfois, la naissance s’est terminée par une césarienne ( 10 cas sur 500 couples accueillis chez nous sur 9 ans) pour non évolution soit du travai,l soit de l’engagement et ce malgré les ocytociques proposés à l’hôpital.
Dans d’autres cas un forceps ou une ventouse ont été nécessaire à l’hôpital, mais cela reste peu fréquent.

Ceci permet de comprendre à quel point le souhait d’accouchement en MDN est un projet. Celui-ci est évalué à tous les stades de la grossesse et de l’accouchement et quel que soit le chemin utilisé par le bébé pour sa mise au monde, ce qui compte c’est de respecter des critères de sécurité et de rester bien ensemble et avec son bébé. L’accouchement en MDN n’est pas un mode idéal d’accouchement, il est une possibilité parmi d’autres qui sont accessibles aujourd’hui.

–> D’autres bébés sont nés à domicile vu la rapidité du travail :
Les sages-femmes sont allé rejoindre le couple plutôt que de leur imposer un trajet. La demande des couples à ce moment était de cet ordre. Une bonne dizaine de naissances se sont déroulées de cette manière toute simple et rapide bien sûr.

Ce paragraphe est l’occasion de proposer à tous les couples qui souhaitent témoigner de leur histoire …
de le faire sans hésiter quitte à ce qu’il y ait eu des choses un peu plus difficiles à gérer.

C’est cela aussi une information pour un « choix éclairé « , c’est la base de notre fonctionnement avec les couples.

A la demande de nombreux parents, cette rubrique a été créée pour permettre à ceux qui le souhaitent de témoigner de ce « changement de route « , de leur adaptation et de la naissance de leur bébé.

Bienvenue à vos témoignages …

La naissance d'Anouk nous est relatée ici, elle est née en clinique parce qu'il a fallu provoquer pour un dépassement de terme.

«  Tous les chemins mènent à la naissance »

 

Par Marie, Marc et Anouk SODOYEZ.

 

Chaleur, accueil, amitié, amour, tendresse, sourires… Tout cela nous l’avons découvert à « Arche de Noé ». les trois petites fées de la maison, Bénédicte, Evelyne et Marie-Christine, nous avaient préparés durant 9 mois, tant affectivement que physiquement, à l’arrivée de notre petite puce.  Neuf mois de bonheur, de découvertes et d’apprentissage sur cet instant magique. Neuf mois d’une grossesse parfaite.

 

Le terme théorique approchait et toujours pas de signes précurseurs….Pas grave, elle est au chaud !!

Durant la semaine qui suivi le terme, tous les remèdes de grand-mère y sont passés : la marche, la méthode italienne, les gouttes homéopathiques, tirer le lait, le bain chaud, un verre de vin, l’huile de ricin, … Rien n’y fit !  Petite puce restait toujours au chaud.

Sa maman n’avait qu’une volonté, la mettre au monde à l’Arche de Noé. L’hôpital n’était à envisager qu’en cas d’extrême urgence. Mais comme Béné nous l’avait dit : « A force d’être trop contre, on se retrouve tout contre »

 

A 41 semaines et 3/7, nous avons fait une échographie et un monitoring de routine à l’hôpital, pour avoir un avis médical. La sentence, cette épée de Damoclès tombe !!

Médicalement parlant, ne pouvant pas provoquer le WE et le lundi suivant nous aurions été à 42 semaines accomplie, on provoque vendredi !! Dans deux jours.

Juste pour raison médicale, nous n’avons plus 4jours, nous n’avons plus 2 jours, nous n’avons plus qu’un seul jour car le rendez-vous est fixé le lendemain soir à l’hôpital.

 

Tout s’effondre, le projet, nos espoirs, nos convictions…Le cœur de maman.

 

Sur le conseil de Marie-Christine, nous avons écrit notre projet de naissance pour l’hôpital , en espérant qu’ils essaient de ternir compte le plus possible de nos  choix.

Les heures qui précèdent notre départ nous servirent à réviser les différents conseils et techniques que nous avaient enseignés nos trois petites fées.

 

La valise est prête, le cœur serré nous partons pour l’hôpital.

Arrivée à la maternité, nous sommes accueilli chaleureusement par Chantal, la sage-femme de la nuit. Elle nous place dans une chambre d’accouchement plus spacieuse, car nous lui avons dit que nous venions de l’Arche. Le monitoring est installé et elle prend le temps de nous parler, de nous écouter et de dédramatiser  notre situation…Elle nous met en confiance.

Minuit,  nous rentrons dans notre chambre, maman devra se lever à 2.30 du matin pour commencer le travail avec le placement du comprimé à côté du col pour son mûrissement.

 

7.30, papa arrive, au grand bonheur de maman. Nous commençons les exercices d’haptonomie et d’hypnose. La sage-femme de la matinée s’appelle Caroline, elle aimerait que je sorte de moi-même et nous le souhaitons aussi de tout cœur.

Malgré tout vers 10.00, le col ne s’ouvre pas assez vite…. La poche est rompue, l’ocytocine est placée… Et maman prend mesure de la différence entre les contractions du début et celles qui arrivent. En concertation avec Caroline, elle demande la péridurale. Celle-ci fonctionnera à partir de midi, ce qui permettra à papa de manger et aussi à maman de se reposer aussi un peu… Malheureusement après deux heures, elle n’aura plus d’effet !!

Le volume d’ocytocine a triplé, les contractions sont synthétiques : rapprochées, rapides et directement à leur maximum. L’anesthésiste viendra trois fois pour réajuster le tir mais rien n’y fera. Maman est dépassée par la douleur. Elle ne parle plus mais fait tout son possible pour accepter cette douleur, encouragée par la présence et les murmures à son oreille de papa.

Caroline examine maman, elle voit ma tête et la montre à papa. Nous sommes à 9 cm, le champ chirurgical est placé, maman commence à pousser. A la demande du gynécologue, elle devra pousser en continu ( pour se dépêcher). Après 20 minutes , ma tête est passée puis tout mon corps et j’ai pu enfin voir maman et papa. Ce moment, je l’ai attendu 9 mois dans mon petit nid.

 

Si comme moi vous devez passez par l’hôpital pour accueillir votre bébé, n’ayez pas peur. Peut-être serez-vous comme moi désemparée, perdue, prise d’angoisse, débordant de larmes, sachez qu’à l’hôpital j’ai découvert d’autres choses que mes apriori.

J’ai d’abord rencontré un personnel compétent : des sages-femmes adorables, qui perçoivent la naissance comme à l’Arche de Noé. Et puis dans cette chambre d’accouchement il y avait tout le matériel nécessaire pour se préparer : un ballon, une baignoire, un siège d’accouchement et même une chaine-Hifi bien sûr si je regardais plus loin, je voyais le matériel médical. Mais cela n’avait plus d’importance. J’étais en confiance, bien entourée et comprise… pour mettre au monde mon bébé

 

Si vous devez donc prendre le même chemin que nous, allez-y le cœur léger en vous disant : « demain, sera le plus beau jours de ma vie, je verrai enfin mon bébé».

 

Ce n’est que le chemin qui est différent, mais l’aboutissement est toujours le même, toujours aussi beau….. Les yeux de votre enfant, vous regardant avec tout son amour.

 

Marc, Anouk et Marie ( dans l’ordre d’écriture).

Pour la naissance de Hugo, il a été nécessaire de transférer pendant le travail pour une naissance en milieu hospitalier.

Samedi 14 avril 2007

Le temps est presque estival. Ce matin, nous avons été promener, histoire de prendre l’air et de faire travailler le col … Je suis toute ronde de toi et je me demande quand tu vas nous arriver (terme prévu le 17 avril).  Il est un peu plus de 18h30 quand je sens une contraction accompagnée d’un tiraillement, là en bas. Je continue à préparer le souper en me disant « chouette, le col travaille ».

 

19h : Ca continue et je me rends compte que les contractions arrivent à intervalles réguliers de 6 – 7 minutes. Tiens, tiens, … Serait-ce le début du travail ? Philippe et moi achevons de manger, presque dans le silence. Vous savez, ce silence qui précède les tempêtes … Nous faisons rapidement la vaisselle. Je continue à regarder l’horloge. Les contractions sont régulières.

 

20 h : J’ai envie d’aller marcher mais je téléphone d’abord à Marie-Christine pour lui décrire mes sensations. Sur son conseil, je prends un bain dans une atmosphère tamisée (musique douce et bougies pour seule lumière). Philippe est rempli d’émotions et a les larmes aux yeux à l’idée de bientôt te rencontrer. Dans l’eau, je te parle, à toi mon bébé. Curieux moment hors du temps où je me demande si tu as décidé de naître ou s’il s’agit d’une fausse alerte. Les contractions sont toujours là, même intensité, un peu plus rapprochées.  Je n’ose y croire.

 

21h : Je rappelle Marie-Christine. C’est bien le travail qui a commencé. On convient que je la rappelle quand j’en ai besoin, quand on veut rejoindre l’Arche. Ca y est, notre vie est en train de basculer. Philippe regarde la télé d’un œil distrait. Je suis en peignoir dans le fauteuil. Les contractions se rapprochent et s’intensifient. On décide de mettre les « valises »dans la voiture. A chaque contraction, je me lève et fais quelques pas pour respirer et accompagner la douleur (car le tiraillement du début s’est transformé en douleur). J’écoute une dernière fois la chanson de Fabienne Marsaudon « 9 mois d’amour » et je pleure dans les bras de Philippe. C’est la fin de la grossesse, le début d’une nouvelle étape. Je sais que d’ici peu je serai ballotée par les forces primitives de la Vie.

 

22h30 : A ma demande, nous allons marcher dans la rue. Quelques centaines de mètres pendant lesquels je me plie en deux régulièrement …

 

23h : Je décide de rappeler Marie-Christine. L’heure est venue pour moi, pour nous, de rejoindre la maison de naissance. Je suis déjà dans la nuit des temps. Les vagues de douleur se suivent et se retirent. Je garde les yeux fermés pendant tout le trajet. Je respire. Je pense à mon col en train de s’ouvrir.

 

23h45 : Nous arrivons à l’Arche. Marie-Christine nous attend. J’ai déjà peu de répit entre les contractions (2 – 3 minutes). Philippe installe nos affaires, allume les bougies et met de la musique. Je suis couchée sur le lit. J’expire profondément à chaque contraction. Je garde les mains grandes ouvertes, à l’image de ce col de l’utérus qui s’ouvre pour laisser passer la vie.

1h15 : Les 2 cms d’ouverture de notre arrivée se sont transformés en une ouverture totale … Quelle rapidité ! Quelle douleur aussi … Je suis bousculée par le rythme des contractions qui me laisse à peine le temps de reprendre mon souffle. Je me sens de plus en plus petit bouchon perdu au milieu de l’océan, balloté par des forces qui me dépassent, qui viennent du plus profond de mon être, du plus profond de l’humanité. Le rivage revient régulièrement mais de plus en plus furtivement. Voilà déjà la suivante et tout d’un coup la poche des eaux se rompt. Bruit insolite dans cette chambre où règne une atmosphère de tempête et de calme à la fois.

 

Philippe est à mes côtés. Il me caresse la tête, m’encourage. Il me passe de l’eau fraîche sur le visage. Il me pince aussi … Technique apprise lors de nos séances d’haptonomie. Ces pincements très vigoureux au moment des contractions font une grande différence pour moi. Ca rend la douleur plus gérable.

Je ne parle pas. Je n’en ai plus la force. J’ai les yeux fermés, tout mon être est tourné vers mon ventre. Je te parle à toi Hugo, je t’encourage à descendre dans mon bassin. De temps en temps, je laisse échapper un cri au moment des contractions.

 

Pendant 1h30, les contractions continuent à m’envahir, accompagnées de poussées. Je change plusieurs fois de position : tabouret, couchée sur le côté, sur le dos, à 4 pattes sur un gros ballon. 1h30 de ces poussées et pourtant tu ne t’engages pas. Catherine, (la seconde sage-femme) est arrivée, présence discrète. Et toi tu te fais attendre. (Marie-Christine nous dira quelques jours plus tard qu’au lieu de fléchir la tête, tu l’as redressée …). Je sens que ça pousse mais je suis fatiguée. Je n’en peux plus. Mon moral flanche. Je subis les poussées. Je n’arrive pas à pousser. Je commence à avoir peur. Peur ne pas savoir te faire sortir. Philippe m’encourage de toute son âme, de tout son cœur. Mais je n’en peux plus.

 

2h30 : Je dis à Marie-Christine que je suis fatiguée et que j’ai besoin d’aide. Elle propose de se mettre en route pour Sainte Elisabeth : elle surveille depuis un moment déjà ton cœur avec le monitoring. Ton rythme cardiaque flanche à chaque contraction … A cela vient s’ajouter ma fatigue et le fait que le travail stagne depuis 1h30. Autant d’éléments qui la poussent à jouer la sécurité.

 

Philippe rassemble à nouveau nos affaires pendant que Marie-Christine prévient le bloc d’accouchement. Catherine est restée près de moi et m’aide à me rhabiller. Je suis soulagée de savoir que l’aide va arriver. Je demande si on va me faire une césarienne tellement je suis loin dans la fatigue. « Ce ne sera pas nécessaire » me dit Marie-Christine.

 

2h50 : Je m’installe sur la table d’accouchement. Je suis consciente sans l’être. Je subis les vagues de douleur. L’accoucheuse m’examine et c’est la surprise … Tu t’es engagé ! Une contraction arrive et on voit ta tête ! Je comprends sans comprendre. L’accoucheuse met un miroir entre mes jambes et me propose de regarder mon fils qui arrive « Regardez, c’est un petit blond ».  J’ouvre les yeux, je te vois, je comprends. Je referme les yeux. Philippe est à ma droite, Marie-Christine à gauche. Je suis bien entourée.

 

Tout à coup la fatigue s’envole. Je ne pense plus. Je pousse. Cette fois, je sens vraiment que je pousse. C’est finalement dans cette position que je le sens le mieux …  L’assistante en gynécologie est arrivée, suivie par le gyné de garde. Encore une contraction et je te sens passer dans mon vagin. Ta tête est sortie. « Doucement madame, on dégage son bras » (tu as un bras croisé sur l’épaule). Encore une contraction et te voilà. J’ouvre les yeux, tu sors de moi. L’assistante te dépose sur mon ventre.  Il est 3h23 …

 

C’est un instant incroyable, magique. Les vagues de douleur se sont tues, laissant la place à un rivage paisible. Je te regarde, toi mon fils. Déjà tu cherches mon sein et relève la tête. Bienvenue sur terre Hugo.

 

Le projet de te donner naissance à l’Arche de Noé était présent depuis le début de la grossesse. A première vue, je n’ai pas eu l’accouchement voulu ou espéré. A deuxième vue, j’ai eu l’accouchement qui était juste pour moi, pour nous. Le travail à l’Arche fut à l’image du suivi prénatal : empreint de douceur, d’écoute et de compétences. L’accueil à Sainte Elisabeth fut au-delà de toutes mes espérances. L’équipe présente a respecté notre projet : Hugo est resté longtemps sur moi, encore relié par son cordon que son papa a coupé, nous avons pu reprendre le placenta, nous sommes rentrés chez nous le lendemain de l’accouchement. Aucun regret n’habite mon cœur par rapport au déroulement de ta naissance. J’ai le sentiment d’avoir été là  où je devais aller.

 

Quelques remerciements pour terminer …

Merci du fond du cœur à Marie-Christine pour son accompagnement dans cette nuit hors du commun, et à Bénédicte et Evelyne qui nous ont accompagnés pendant 9 mois. Merci également à l’équipe de Sainte Elisabeth pour son accueil et son respect.

Et enfin, le merci qui éveille le plus d’émotions en moi, qui vient du plus profond de mon âme de femme et de maman : Merci à toi Philippe. Merci pour ton soutien inconditionnel depuis le début de la grossesse. Au cours de l’accouchement et depuis la naissance (Hugo a maintenant 2 semaines), tu as pris ta place de père au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer ou espérer. Merci d’être toi.

 

Avec tout mon amour,

Sabrina

La naissance de Marion s'est terminée à la Clinique pour une poche rompue prolongée

Toute une aventure…

par Emmanuelle le 2007-11-26

Et voilà… nous y sommes, de retour à trois à la maison! Que du bonheur! C’est vraiment un moment magique…

Alors, que s’est-il passé, pourquoi l’hôpital? Comment ça s’est passé, comment avons nous vécu cette aventure d’il y a quelques jours, vous êtes nombreux à vous le demander… Je vous préviens, ce sera long ;-). Je profite de cette occasion pour refaire le point sur ce qu’on a vécu, et en garder la trace. N’hésitez pas donc à ne le lire qu’en diagonale si vous le souhaitez. Que les femmes enceintes soient attentives à ne lire que le côté positif des choses, tout s’est très bien passé au final et chaque accouchement est unique.

Comme certains le savent (on l’avait écrit je pense) nous avions le projet d’accoucher en maison de naissance, donc dans un petit cocon juste assez médicalisé que pour être en sécurité mais pleinement humain et simple hors du stress et des réflexes parfois trop rapides et automatiques du médical, laissant le temps au temps dans le respect du rythme du bébé et de la maman.

Nous avions donc rendez-vous vendredi 16 à la maison de naissance avec Bénédicte, la sage-femme qui était justement de garde pour faire un monitoring et un examen afin de voir où nous en étions. En fin de monitoring, elle remarque qu’il y a sur le tracé une contraction relativement longue, que je n’avais même pas sentie, en rigolant je lui réponds: pas de problème, on a les valises dans la voiture! et on en rit ensemble…

Deux minutes après, en me retournant sur le dos pour me faire examiner,  je sens que je perds les eaux! Nous sommes donc restés à la maison de naissance pour vivre ce travail qui démarrait! Nous nous sommes installés dans la chambre de naissance, allumé des bougies, la musique douce, fait notre nid mais je ne sentais encore rien de bien manifeste…

On a donc été faire une petite ballade en amoureux dans le froid de la nuit mais surtout tremblants d’émotion de se dire que nous allions repartir à 3 de là! On a partagé le repas avec Bénédicte, qui allait nous accompagner jusqu’au bout de cette aventure de manière extraordinaire…

Ce passage à la maison de naissance fut un pur bonheur. Nous avons vécu l’avancée du travail, petit à petit, avec la présence discrète et à la fois bien présente de Bénédicte qui a passé ces 30 heures et quelques avec nous! Elle nous chouchoutait, nous encourageait, nous informait de ce qui se passait et faisait tout pour favoriser l’évolution du travail (petites manipulations, huiles essentielles, homéopathie, etc). Nous avons particulièrement goûté de ne pas être à la maison à nous demander quand on devait partir, ni être à l’hôpital à attendre que les choses avancent ou passer trop vite à accélérer médicalement les choses.

Nous avons ensuite essayé de dormir. Avec l’émotion, j’avoue ne pas avoir trouvé le sommeil facilement… Elle m’a réexaminée à 1h du matin puis nous avons chacun réessayé de dormir un peu, j’y suis un peu parvenue heureusement. Elle m’a réexaminée vers 6-7h du matin. Malheureusement, il nous a fallu faire un constat: j’avais perdu les eaux alors que mon col n’était pas du tout prêt et cela n’a pas beaucoup accéléré les choses. J’ai démarré le vendredi avec une petite ouverture de 1 cm et un col encore long et le samedi matin le col n’était toujours pas effacé et n’était toujours qu’à 3 cm.

Le protocole médical dans ce genre de situation c’est que 12h après la perte des eaux, les hôpitaux provoquent l’accouchement, et il était donc normalement obligatoire que je sois transférée à l’hôpital. Nous avons donc vécu une grosse déception… Bénédicte a téléphoné à l’hôpital pour voir si on pouvait quand même prendre paisiblement notre petit déjeuner avant d’y aller ce qui a été accepté. Nous en avons donc longuement discuté avec elle et nous avons pris ensuite la décision ensemble d’appeler ma gynécologue pour avoir son avis. Et c’est là que nous avons réalisé à quel point nous avions de la chance: la gynécologue a entièrement fait confiance à Bénédicte dans ses compétences et a accepté de laisser un délai supplémentaire à notre projet, à la condition de me mettre sous antibiotique (le seul risque en cas de perte des eaux précoce est d’avoir une infection). Nous avions donc encore un délai jusqu’à 15h le samedi pour voir si le travail se mettait réellement en route (je n’avais toujours pas de contractions réguières mais juste quelques unes assez supportables). Si cela démarrait vraiment, j’accouchais là, sinon, il était important que l’on aille à la clinique pas trop tard pour faire une transition dans de bonnes conditions et accélérer médicalement les choses.

A 15h, dernier bilan, en trois heures, mon col s’était un peu effacé mais pas plus d’ouverture…

Ce délai supplémentaire fut un vrai cadeau. Nous avons eu le temps par cette occasion de donner toutes les chances à Marion de venir dans les conditions que nous espérions et à la fois de nous faire à l’idée que les choses se passeraient un peu différemment et qu’il était temps de laisser place à la médecine, pour notre bien à tous. Nous sommes donc partis sereins à St Pierre à Ottignies où nous étions attendus. Nous avons également profité de ces moments pour nous reposer et encore partager un agréable repas en toute simplicité avec Bénédicte qui nous a cuisiné une bonne soupe bio toute fraîche et nous a fait une bonne salade (j’ai même épluché les carottes, pour dire à quel point c’était détendu comme atmosphère!)

A l’arrivée, nous avons été très rassurés: la salle d’accouchement avait un éclairage doux, la sage-femme de l’hôpital nous a accueillis avec des mots rassurants et nous a présentés des moyens doux pour vivre le travail: ballons, coussins, musique, etc. Cela dit, étant donné le dessin des contractions, trop courtes, elle m’a donc rapidement mise sous Baxter d’ocytocine pour accentuer les contractions. Et c’est là que les choses ont pris vraiment la tournure moins drôle… Mes contractions étaient devenues vraiment marquées depuis environ une heure de l’après midi mais là, c’est rapidement devenu vraiment d’une intensité très forte… et après quatre heures de travail dans ces conditions, je n’en étais toujours qu’à 6 cm d’ouverture et je n’avais même plus le temps de me reposer entre les contractions, j’étais à bout… j’ai donc dû envisager de demander la péridurale, ce que j’ai fait. J’ai énormément apprécié que la sage femme de l’hôpital ne me la propose pas et me laisse pleinement dans mon choix initial. Florent, très présent dans son rôle d’époux aimant et soutenant a continué ce qu’il faisait depuis la veille, être toujours là, présent, me soutenant et cherchant à m’aider à passer au-dessus de tous les obstacles en paix. Il m’a donc soutenue dans mon choix sans non plus chercher à me forcer, prenant énormément sur lui pour me soutenir sans faillir malgré la douleur de me voir souffrir (et de souffrir un peu aussi car je lui ai martyrisé les mains 😉 et son inquiétude qu’il parvenait à masquer pour m’apaiser… Je bénis le ciel d’avoir un tel mari…

Bénédicte aussi fût d’une aide précieuse car, ne pouvant assurer l’accouchement, très respectueuse du travail de ses collègues elle était très présente pour le relationnel et nous a soutenus en m’apaisant de ses gestes doux dès que j’en avais besoin, c’est-à-dire de manière presque permanente.

Je disais donc, il était important que je revoie mon projet et me dise que la péridurale était devenue nécessaire pour nous permettre d’aller jusqu’au bout et ne pas arriver sans forces au moment de l’expulsion. J’ai eu la grande chance que cette décision me soit confirmée par le déroulement de la suite. En effet, il n’était alors que 20h30… (Marion est née à minuit 43) La péridurale a malheureusement d’abord un peu ralenti le travail mais j’ai pu alors me reposer un peu et puis on a réaugmenté l’ocytocine pour faire avancer les choses. Ici encore, que du bon, tout s’est déroulé impeccablement, péridurale parfaite, bien faite et efficace, merci aux professionnels.

Passons les détails de la fin de la première dose de péridurale, la lenteur pour me réinjecter une dose, la même histoire à l’approche de l’expulsion où j’ai eu le sentiment que je n’avais pas de péridurale et le temps de chercher ce qui bouchait le tuyau puis le temps que cela fasse effet. Cela dit, ça m’a permis de pouvoir aider Marion à descendre dans les dernières contractions et de pousser au bon moment pour l’expulsion! Malheureusement, mon col étant décidément très capricieux, il était mal orienté et repoussait chaque fois Marion vers l’intérieur malgré mon ouverture à 9cm. La gynécologue a donc pris les choses en main et a donné un coup de main à notre puce avec les forceps… j’ai été très heureuse de ne savoir qu’après coup que nous étions passés à deux doigts de la césarienne. C’est encore un de ces moments nombreux où nous nous sommes sentis soutenus et respectés dans la manière dont nous avions préparé notre projet de naissance

Et… c’est là que, centrée sur l’effort et la douleur, désespérée de cette attente interminable j’ai eu la voix de l’homme de ma vie qui m’a crié: elle est là! et que je l’ai sentie posée sur moi, vivante, criante et gigotante! Enfin!!! Bonheur, émotion, soulagement, difficile de décrire ce moment…

Après un bon moment de haute couture par la gynécologue durant lequel j’ai eu la chance de garder Marion sur moi et de goûter avec Florent à ce petit miracle, nous avons été laissés seuls à 3 dans la salle de naissance pendant un bon moment, Marion juste recouverte d’un essuie et déposée tout contre moi les yeux grands ouverts et réclamant déjà mon sein à peine sortie! Nous étions dans une autre dimension!

Juste encore un petit mot sur l' »après »: comme pour l’accouchement, nous avons eu la chance d’avoir un soutien très chouette de la part des sages-femmes de l’hôpital durant le séjour. Certaines plus particulièrement, notamment Christel Jouret qui viendra encore s’occuper de nous au retour, Noémie qui était particulièrement sensible à notre vision des choses, ayant elle-même accouché en maison de naissance, plusieurs de ses collègues aussi dont nous ne connaissons pas le nom mais qui ont pu nous apaiser, nous apporter du soutien dans la nouvelle difficulté que nous rencontrions: la difficulté de Marion à prendre le sein… tout en étant sensibles au fait que nous avions dû modifier un projet qui nous tenait à coeur et pour lequel elles avaient beaucoup de respect.

Bilan:
– Un bébé en pleine santé qui en plus est le plus beau bébé du monde, pour de vrai!
– Une aventure de couple unique me rendant encore plus amoureuse de mon mari (comme si c’était possible) et un émerveillement pour sa force dans ces moments et son soutien sans faille
– La découverte d’un petit papa qui se découvre tout naturellement des gestes paternels envers son enfant, qui est parvenu à calmer sa fille avant son premier dodo et la coucher tout en douceur sans la réveiller pour éviter de réveiller la petite maman à bout de force
– La justesse à chaque instant de chaque tournant pris dans cette aventure
– Un bilan médical positif avec la préservation de mon capital obstétrical pour envisager pourquoi pas une naissance ultérieure en maison de naissance? (non non pas tout de suite ;-))
– Des professionnels qui, chacun à son niveau a fait un boulot irréprochable, tant médicalement qu’humainement
– Malgré tout, la prise de conscience que le déroulement de l’accouchement ne fut pas facile et sera peut-être à retravailler à un niveau ou à un autre (notamment ostéopathique pour Marion), même si on veut n’en garder que les aspects positifs

et voilà donc l’aventure de l’accouchement d’une petite famille…

La naissance de Soleymann s'est déroulée à la maison vu la rapidité du travail et le rêve secret de la maman de rester chez elle pour mettre au monde son bébé ...

J’avais décidé que j’accoucherais en Maison de Naissance avant de tomber enceinte de mon 2ème petit garçon.

J’aurais aimé aussi pour le 1er mais mon mari n’étant pas très ‘chaud’ pour,  j’avais laissé tomber.

Je connaissais déjà la Maison de Naissance car je venais aux réunions de La Leache League, et j’aimais beaucoup l’ambiance de la maison! Très zen!

La première fois que je suis venue au tout début de ma grossesse, j’ai été reçue par Bénédicte. Cà a tout de suite ‘accroché’,

Je me suis sentie tout de suite à l’aise (ce qui est rare pour moi la grande timide lol). On a visité la maison

et les chambres de naissance magnifiques !

Le suivi de la grossesse a été parfait! C’était à chaque fois un immense plaisir de venir! Et à chaque visite,

je me sentais de plus en plus en confiance pour accoucher à la maison de naissance.

La date prévue de l’accouchement était le 19 décembre 2008.

 

Bon voila le récit de notre merveilleuse aventure!

 

Donc la nuit de lundi 22 décembre à mardi 23 décembre je vais coucher vers 1h -1h15, de la soirée j’avais rien eu de spécial quelques p’tites contractions non douloureuses comme d’habitude … donc pour moi c était pas encore pour cette nuit …

A 1h30 je sens quelque chose qui coule je me lève d’un bond et çà continue… Je vais vite à la toilette en disant à mon mari que j’ai peut-être perdu les eaux…

A la toilette je vois que cela continue à couler et que j’ai bien commencé à perdre les eaux…

Je téléphone à  Marie –Christine qui était de garde et lui explique que j’ai perdu les eaux et toujours pas de contraction … Elle me propose de retourner essayer de dormir et de la rappeler quand j’aurais des contractions régulières …

 

Je retourne me coucher et çà continue à couler … et puis vers 2h j’entends un p’tit clac et là çà coule mais vraiment beaucoup, à mon avis cela devait être la poche des eaux qui s’est rompue totalement … Après seulement les contractions sont venues … assez régulières toutes les 5-6 minutes … mais je voulais attendre, je me lève et j’essaye de regarder un film à la TV…

J’essaye au mieux de me rappeler ce qui a été dit lors des soirées prénatales, sur la douleur, … et je tente de mettre en pratique lol pas toujours évident! Je me mets dans ma bulle, je ne pense qu’à mon p’tit bébé et j’essaye de penser que chaque douleur me rapproche de lui.

Je veux au maximum rester à la maison parce que je me sens bien, à l’aise… Enfin à l’aise comme on peut avec des contractions lol

Je prends une douche çà me fait du bien, et je parle à mon p’tit Souleyman … j’essaye au maximum d’accepter la douleur en me disant que çà me rapproche de mon bébé (pas tout le temps évident lol).

Les contractions deviennent de plus en plus douloureuses et se rapprochent ….

A chaque contraction je dois me lever et ‘balancer le bassin’, j’essaye de ne pas fuir la douleur et de me mettre dans la position où çà me fait le plus mal pour aider bébé…

A certain moment, j’ai l’impression que je n’y arriverais jamais et à d’autres moments çà va mieux.

Mon mari reste près de moi il ne veut pas aller se coucher…

A 4h30 c’est plus supportable je rappelle Marie Christine.

 

Là elle me dit qu’il lui faut 30-35 minutes pour arriver à la Maison de Naissance. J’avais oublié qu’elle n’habitait pas tout près lol.

Là on appelle mon beau frère (pour nous conduire car on n’a pas de voiture), çà décroche pas … donc j’appelle mon père, il décroche ouf…

Je commence à préparer les sacs pour partir … enfin à les mettre près de la porte tout était prêt quand même lol.

Et là les contractions deviennent plus violentes et se rapprochent de plus en plus … je dois tout le temps m’arrêter parce que j’ai trop mal.

Je mets mon jilbab au dessus de mon pyjama et puis je commence à préparer Hilal pour partir, enfin je dis à mon mari quoi faire lol parce que moi je n’arrive pas à faire quoi que ce soit les contractions sont trop proches…

 

On est tous près alors mon mari va devant pour voir mon père arriver et moi je suis au salon avec Hilal qui se marre parce que je fais des ptits cris pendant mes contractions …et puis d’un coup je sens que çà commence à pousser … C’est extraordinaire cette envie de pousser !

Alors je crie à mon mari VIENT IL ARRIVE!!!! (encore heureux qu’on habite au rez-de-chaussée lol parce que il était juste devant)

Mon mari arrive tout paniqué le pauvre je lui dis de téléphoner à Marie-Christine pour lui dire qu’il arrive…

Il lui explique que je sens que çà pousse et que bébé arrive elle lui dit de me dire de me coucher en attendant qu’elle arrive… IMPOSSIBLE pour moi de bouger et de me coucher vraiment impossible je ne savais pas décoller mes pieds du sol j’étais debout les mains appuyées sur le fauteuil…

 

Et là je dis à mon mari qu’il faut qu’il m’enlève mon dessous de pyjama parce que je sens qu’il arrive…

Mon mari lui il veut pas et me dit d’attendre lol mais je peux pas lol. Alors il m’aide à enlever tout et je lui dis de prendre un essuie et puis là j’ai du pousser …

Et en quelques poussées petit Souleyman était là.

Mon mari me disait quand la tête était sortie puis le corps et puis je me tourne et je vois mon mari SoubhanAllah je n’oublierais pas son visage complètement paniqué

avec mon p’tit bébé dans l’essuie qui poussait un p’tit cri….

 

Et là je me suis tourné et j’ai prit mon p’tit prince dans mes bras et on l’a bien mis au chaud dans des essuies…

Et puis mon père est arrivé lol trop tard hum

On a laissé le cordon tel quel comme Marie-Christine arrivait… et puis j’ai regardé Hilal, mon grand garçon, qui était là  et je lui ai montré son petit frère. Il n’a pas trop réagi il  était encore à moitié endormi.

Après je suis allé m’allonger dans le lit et je l’ai mis au sein que du bonheur !

Marie Christine et Bénédicte sont arrivées … mon mari a coupé le cordon et elles ont sorti le placenta, regardé si j’avais une déchirure … et j’en avais une micro minuscule, pas besoin de fil juste bien rester les jambes serrées et mettre de l’argile lors des soins …

 

Elles sont restées pendant 3h après pour voir si on allait bien, elles nous ont donné de quoi dîner (et expliqué à mon mari comment préparer lol) et puis sont reparties et Bénédicte a fait mon suivi. Elle est revenue le soir pour voir si tout allait bien. Et les jours suivant pour faire le suivi postnatal.

 

C’était vraiment un accouchement magnifique! J’ai pu rester dans mon p’tit cocon avec mon p’tit Hilal et la vie a pu continuer comme avant avec un petit prince en plus!

 

Je remercie Bénédicte, Marie Christine et Evelyne de nous avoir accompagnés durant cette merveilleuse aventure, durant la grossesse et après l’accouchement.

Vous m’avez vraiment apporté beaucoup et beaucoup aidé!

La naissance de Thibaut à 34 semaines de grossesse ...

Thibault va avoir un mois fin de la semaine, il est grand temps de m’y mettre. Si je veux raconter son histoire, c’est maintenant que je dois le faire quand l’émotion est encore là, quand la douleur ne s’est pas encore tue et que les images vivent encore en moi.

Hier il aurait du avoir trente huit semaines mais  il fait son petit bonhomme de chemin à mes côtés depuis 24 jours déjà … Thibault est né le 13 février 2010.

L’histoire de la naissance de mon garçon est une histoire de cœur. Petit clin d’œil du destin qui le fit naitre la vielle de la saint valentin ?

Depuis le début, le tout premier commencement, j’entendais Thibault murmurer à mon cœur par l’intérieure de moi. D’abord pour me faire savoir qu’il était là, lové en mon sein, bien au chaud, et qu’en secret il grandissait en moi depuis plusieurs semaines.

Par la suite, il me disait que tout allait bien pour lui. Il apaisait ainsi mes craintes et mes angoisses.
Je ne le sentais pas encore bouger, et ses chuchotements m’étaient précieux. Nos âmes savaient se parler avant que nos corps ne se rencontrent. Je ne pensais pas qu’une telle connexion entre deux personnes puisse exister.

Et puis un jour est venu le moment où Thibault avait assez de force pour me faire sentir physiquement sa présence. Durant de longs moments, nous avons joué ensembles « toc toc tu es là ? » il répondait toujours. Tandis que je sentais sa force secouer mon ventre, j’imaginais ici un coup de pieds, là une caresse de sa main.

Et puis une nuit, un jour … rien. Pas de réponse de Thibault. Je n’ai plus entendu sa voix me rassurer. Il n’a pas répondu à mes appels. Mon ventre était si lourd, si bas, la vie semblait l’avoir quitté.  Sous les conseils de Bénédicte, nous nous sommes rendus à l’hôpital pour s’assurer que tout allait bien pour notre petit homme ( Thibault avait 32 semaines).

Arrivée sur place, je passe une série d’examens. Thibault bougeait à nouveau, tranquillement, calmement, juste pour me rassurer mais j’avais compris son message «  maman il est temps que tu te repose ».  La série de tests que j’avais subit en entrant à l’hôpital révèlent une probable souffrance fœtale. Je dis « probable » car le reste des examens démontrent que tout va bien pour mon bébé et moi-même. Mais je suis tout de même gardée en observation. Le cœur de Thibault est lent et peu oscillant et cela inquiète beaucoup de monde, personne ne comprends.

Sébastien et moi savons que tout va bien pour notre bébé mais nous nous plions aux exigences des médecins car «  on ne sait jamais ».  Pendant mon séjour à l’hosto, l’inconnu, l’incertitude, l’impuissance, l’isolement, … me font perdre pied. Je pleurs beaucoup, je tente de rester forte pour Thibault, pour Lea, pour Seb et tous les autres mais vivre sans savoir de quoi demain sera fait, sans savoir si mon garçon va vivre ou mourir, sans savoir si il est bonne santé, c’est dur, très dur.
J’ai le sentiment d’abandonner les miens, d’avoir échoué dans mon rôle de maman, de futur maman, de femme.

J’avais commencé à tricoter une couverture pour accueillir Thibault le jour de sa naissance. Ce bout de laine fut très vite la seule chose qui me raccrochait à lui, à sa venue qui devait être heureuse. Je tricotais alors avec frénésie pour me rassurer, pour lui faire savoir que j’avais confiance et que lorsque nous nous rencontrerions il y aurait beaucoup d’amour, beaucoup de bonheur et que nous deux, nous étions capables d’y arriver. Chaque maille tricotée me rapprochait de lui, les jours passaient, et nous allions toujours bien lui et moi. Nous menions la bataille de front, côte à côte, presque sans faiblir. J’avais comme l’impression que nous nous nourrissions de la force de l’autre.
Les visites des amis, de la famille, les coups de téléphone de chacun, nous aidaient à tenir le coup, ils nous apportaient un peu de l’extérieur, de vie, un peu d’autre chose qui nous faisait défaut entre les quatre murs de la chambre d’hôpital. Malgré cela, je nous sentais peu à peu dépérir. Moi qui aime bouger, partager, vivre un tas de rencontres… je me sentais prisonnière de ma chambre et je voulais autre chose pour mon garçon, je voulais que la vie rentre dans sa bulle pour qu’il sache pourquoi il fallait se battre.  Moi aussi j’avais besoin de la savoir, de me souvenir qu’avant l’hôpital, il y avait autre chose et qu’après il y aura une histoire bien plus heureuse que ce que nous vivions à présent.

J’ai demandé aux docteurs à pouvoir rentrer chez moi, je promettais de revenir en journée faire tous les examens nécessaires mais il fallait que je puisse retourner auprès des miens, m’occuper d’eux et de moi.

Je pu rentrer à la maison. Enfin chez moi, chez nous, mais mon absence avait déjà laissé des traces.
Il fallait que chacun retrouve sa place. Seb avait du, bien malgré lui, jouer deux rôles celui du père et de la mère. Et pour Lea, il avait été primordiale de ne plus s’accrocher qu’à lui. Mon retour n’allait pas changer grand-chose. Lorsqu’elle faisait un cauchemar, ce n’était plus moi qu’elle appelait, je n’étais plus non plus la « distribtrice » de bisous magiques … des petits détails, certes, mais ce sont eux qui me confortaient dans mon statut de maman. Et au retour de l’hôpital, j’avais bien du mal à savoir qui j’étais et ou étais ma place. Seb, quant à lui, sans le vouloir, me faisait payer mon absence, avec des petites phrases assassines «  j’ai bien du faire sans toi pendant 10 jours », ou bien sans s’en rendre compte contredisait mes consignes faites à Lea. Mais c’était peu cher payer pour être à nouveau au prés d’eux. Aujourd’hui les choses reprennent doucement leur place, chacun son rôle mais le chemin semble bien long pour que ce soit comme avant.

Pendant deux semaines j’ai fait des vas et viens jusqu’à l’hôpital pour respecter mes engagements de suivit. Tout allait bien, enfin le mieux que l’on puisse espérer. Thibault continuait de grandir, je le sentais bouger, mais son cœur restait invariablement calme, comme si il dormait.

Me voila à 34 semaines et 4 jours. Nous sommes vendredi 12 février et ce matin je ne me sens pas très bien. Hier nous avons soupé chez des amis et avons passé une très bonne soirée mais peut être ai-je du mal à digérer l’excellent repas qui nous a été servit (j’ai mangé comme 4 ce qui n’est pas dans mon habitude). Je ne vais pas bien … je suis nauséeuse, fatiguée, lourde, j’ai quelques crampes intestinales. J’ai juste envie de rester couchée et de me reposer mais j’ai rendez vous avec mon gyné. Je prends mon courage à deux mains et me voila partie. Au passage, je prends mon sac d’accouchement car les 37 semaines se rapproche et je veux que mon sac soit avec moi au cas où.

Pendant mon monitoring de control, je sens Thibault au plus profond de moi, je m’endors comme d’habitude au son de son cœur qui pour moi a une bien douce mélodie. Ce son me calme, m’apaise et me rapproche de lui. Mais j’entends sa petite voix, ce n’est pas claire, il me parle doucement à l’intérieure de moi et j’ai comme le pressentiment de m’être mise en travail. Pourtant le monitoring est pareil aux autres jours : calme, rien à l’horizon même pas une seule contraction. Mon petit gars bouge peu. Je suis un peu inquiète ou plutôt angoissée car j’ai dans le cœur cette impression : Thibault va naitre tout prochainement et je ne me sens pas encore prête.  « D’ici une heure, je ferais le point avec mon gyné, je verrais Thibault à l’écran et je repartirai sereine », c’est ce que je me dis dans la salle d’attente. Mais les heures défilent et je ne suis toujours pas reçue, ce n’est pas normal car mon gyné n’a jamais de retard. Que se passe-t-il ? Je m’informe et j’apprends que je serais reçue par quelqu’un d’autre car mon gynécologue est en salle d’opération. Je suis au plus mal car la personne qui va me recevoir est  mon premier gyné. Je n’avais pas été satisfaite de mon suivit, de notre relation patient-docteur et l’avait quitté. Elle avait mise au monde ma fille par césarienne dans d’étranges circonstances  sans me donner d’explication.

Face à ce contre temps, le monde s’est effondré autour de moi, je devais a nouveau lui faire face. Ayant pris mon sac d’accouchement le matin, je ne cessais de me dire que j’allais encore accoucher avec elle, enfin « être opérée », obligée d’une césarienne… j’ai pleuré un moment avant de me ressaisir et de me dire «  enfin Caro, elle va juste te faire une écho et tu repars ».

Me voila en face d’elle, je regarde Thibault à l’écran. Fidèle au poste, il gigote, ne se laisse pas faire. Apres un moment, la gyné me dit que tout va bien hors mis le monito mais qu’on va quand même envisager une césarienne.

NON. Je proteste calmement et explique ce qui était convenu avec mon gyné : une pelvimétrie (scanner pour calculer l’espace de mes hanches), un Octest à 35 ou 36 semaines ( provoquer des contractions pour savoir si le cœur du bébé résiste au travail) et laisser faire la nature à partir de la 37 semaine. Elle téléphone à mon docteur, qui se trouve toujours en salle d’opération, et lui dit qu’elle va programmer l’octest pour le lundi. Elle raccroche et dans la minute me dit «  ah ben non, on va vous le faire maintenant » J’essaye de protester car je voulais que Seb soit présent, je voulais être reposée, avoir mes affaires dans le cas où cela déclencherait l’accouchement car le risque existe. Je voulais me préparer et préparer Thibault, je voulais aussi être beaucoup plus avancée dans ma grossesse afin que mon garçon aie les meilleures chances.
Mais rien n’y fait, mes paroles n’ont aucun poids, mon discours aucune force devant elle.  A partir de ce moment là, les choses se précipitent, tout va très vite. Je suis emmenée au bloc d’accouchement, et prise en charge par les sages femmes. Je n’ai même pas le temps de prévenir mon mari correctement, je lui envoie un sms qu’il ne recevra jamais. Je téléphone à mon papa et lui demande d’aller chercher Lea à l’école car ma consultation se prolonge.

Les infirmières m’emmènent en salle d’accouchement. Je suis dans la numéro 7, juste en face de la salle de césarienne. Tout revient en moi ; l’histoire de la naissance de Lea revient en moi, elle me frappe en plein cœur et l’émotion me submerge. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Personne ne peut m’apaiser, je suis seule face à mes peurs, mes angoisses. Je suis là, seule, et si Thibault vient au monde…? Je veux Seb. Je veux partir, j’ai très peur. 

Il leur faut beaucoup de temps pour me préparer au test car j’ai de très mauvaises veines et mon séjour à l’hôpital à laissé des traces. L’anesthésiste est appelé en renfort. Il est visiblement de mauvaise humeur et n’est pas prêt à m’épargner. Il me fait mal, ne s’excuse pas et se montre désagréable. «  je suis relégué au prise de sang » marmonne t’il entre ses dents.

Ce n’est pas du tout ce film là que je me racontais le soir en imaginant la naissance de Thibault. J’avais imaginé faire une grande partie de mon travail à la maison de naissance, entourée de ceux que j’aime, de ceux en qui j’ai confiance, de ceux qui me portent et tirent de moi le meilleur.  Je pensais être accompagnée par Bénédicte, Sébastien, en  sachant ma fille avec mes parents (entre de bonnes mains).  J’avais imaginé être forte, en tout cas un peu plus. Je voulais accueillir mon enfant avec plein d’amour et sereinement. Et là je suis juste effrayée, convaincue que l‘Octest n’est que l’avant  césarienne. Mon bébé me sera enlevé, comme pour Lea et il sera emmené en néonatalogie où je serais incapable d’aller le voir à cause de l’intervention. Décidément cette gyné me volera tout : la naissance, les premiers moments, l’accompagnement que je souhaitais (je ne peux pas accoucher en maison de naissance à cause de ma première césarienne ).

Le test semble bien se dérouler, je surveille le moniteur et voit le cœur de Thibault battre a du 120 comme à son habitude. Pourtant, alors que le test n’est pas encore finit, une sage femme vient m’annoncer la décision de la gyné : hospitalisation. Pourquoi ? J’obtiens pour seule réponse  « elle va passer vous expliquer »

Je ne la reverrais plus. C’est mon gyné qui vient m’annoncer les résultats du test. Il est sortit de la salle d’opération et reprends les choses en main. Mon cœur fait un grand ouf de soulagement. J’apprends alors que tout est bien, que je peux rentrer chez moi. Je peux arrêter tous les médicaments et on me fait comprendre que j’accoucherais dans la semaine.

Entre temps, Seb m’a rejoins et je repars avec lui chez nous. Je suis très fatiguée de ma journée, je suis toute chamboulée et je ne souhaite que deux choses : me reposer et me retrouver seule avec Thibault. J’ai besoin de lui parler. Pendant le test je lui ai dit qu’il pouvait en profiter pour naitre si c’était le plus juste pour lui et je dois reparler de cela avec lui et lui expliquer ce qu’on vient de vivre.

Je m’endors pour quelques heures et lorsque je me réveille, j’ai des contractions toutes les 10 minutes. Elles ne sont pas vraiment douloureuses mais sont différentes.  Jusqu’ici je les sentais dans le haut de mon ventre, elles oppressaient mes poumons et me forçaient à réfléchir pour respirer.
A présent, elles se concentrent dans le bas de mon ventre, et je ne trouve aucune position assez confortable que pour continuer de dormir. Je descends donc regardez un peu la tv, je repasse, termine ma valise. Apres une heure ou deux, je décide de remonter tenter une nouvelle fois de dormir. Je fais un petit passage par les toilettes et constate que je perds du sang. Je préviens Seb et nous réfléchissons à l’organisation. Où mettre Lea ? Je sais mes parents fatigués, nous demandons alors à Pinpin de prendre en charge sa filleule. Il rapplique presque aussi vite. Nous sommes samedi, je prépare à Lea un sac pour tout le we ainsi Seb n’aura pas de soucis à se faire dans le cas où j’accouche vraiment.

Quelques heures plus tard, nous voila au deuxième étage de st Beth, je suis placée sous monitoring et on m’explique que mes pertes de sang sont normales. Elles sont le résultat de l’examen du col de la vielle. Les contractions sont régulières mais pas très fortes. Je suis reçue par le gyné de garde qui me parle de césarienne, se fâche même lorsque j’explique qu’il était prévu un accouchement par voie basse. Mais c’est le seul à me donner ses arguments, pour lui c’est beaucoup trop risqué de faire naître le bébé naturellement. Je lui explique mon dossier, tous les examens pratiqués, m’appuie sur l’histoire de Lea. Il s’en va assez énervé, me laissant encore pour quelques heures sous monitoring. C’est l’infirmière qui vient nous retrouver pour nous laisser rentrer à la maison. Avec comme consigne, de revenir si bébé ne bouge plus ou si le travail se met vraiment en route.

Je rentre mais je me pose vraiment des questions. Il y a quelques heures, on me parlait de césarienne, limite en urgence et là je peux rentrer chez moi. Dans la voiture, les contractions se rapprochent et deviennent plus douloureuses. Une fois à la maison, je tourne en rond. Je décide d’aller prendre un bain car la marrée monte  😉 mes contractions sont de plus en plus présentes, en force et en rythme. Le bain me fait du bien, je m’apaise et parle avec Thibault. Je sais que je vais accoucher. Je me prépare. Apres le bain, la mer semble calme. Je permets à Seb d’aller promener le chien. Il n’est pas partit de 5 minutes que je suis clouée au fauteuil, incapable de bouger, de pleurer, de crier, je subis la puissance d’une vague déferlante, elle me percute de plein fouet.

« Ah  voilà c’est de ça qu’on parlait dans les ateliers de Béné et d’Evelyne ; avoir mal c’est comme ça ! ».  La douleur passée, il faut a tout prix que je me lève, y’a que comme ça que je vais pouvoir la supporter.   Je ris de moi-même, il y apeine deux jours, je disais à Béné «  la douleur, moi c’est assise que je vais la gérer » Tu parles !

Je reste debout, cinq minutes se sont écoulées et voila une nouvelle vague… plus forte, plus intense, elle parcourt mon corps. Je suis terrassée. Il faut que je trouve le moyen de supporter, je me répète sans cesse «  les cols sont fait pour s’ouvrir, les bébés pour naitre »

Je finis par trouver comment affronter la marée et faire naitre Thibault. Je dois rester debout, me transporter … je pose un coussin sur la table de la salle à manger, je m’appuie dessus. J’enfuis ma tête dedans à chaque contraction. Je répète à haute voix pour que mon corps l’entende, que je m’entende, que je trouve la force, la volonté … «  tu la prends, tu la jette » je parle de la douleur bien sûr. Je prends cette douleur dans mon ventre, je la fais glissée vers mon col pour qu’elle l’ouvre, elle y passe et la laisse tomber le long de mes jambes, je la laisse mourir à terre. Je pleure, je crie dans mon coussin, je regarde l’horloge. Je vois l’aiguille indiquée l’heure de la prochaine vague. Je m’y prépare mais c’est de plus en plus dur, je pense que je n’arriverai jamais à accoucher. Je téléphone à Seb et le somme de revenir.

Lorsqu’il arrive enfin, il me demande ce qu’on fait. « faut retourner à l’hôpital ? » « tu veux que je sonne à Béné ? » Je pleure et dit de ne pas vouloir accoucher, ne pas vouloir retourner à l’hôpital car il faut que je me rhabille, que je grimpe jusqu’à la voiture (nous habitons à 100m de la route , en bas d’une côte à 10%) après il faudra aller en voiture, je ne veux plus m’asseoir et puis à l’hôpital ils vont encore me faire un monito, je n’en veux pas et puis ils vont encore me renvoyer chez moi.

« ben quoi alors ? »  me dit-il presque énervé. « ben on y va ! » Je réalise tout ce que je viens d’énuméré ci plus haut mais avec Seb à mes côtés, les contractions semblent moins fortes et je supporte beaucoup mieux leurs assauts. Mais assise je perds pieds, et le trajet en voiture est vraiment insupportable, à chaque contraction c’est une femme que je ne connais pas qui surgit de moi. Nous arrivons à l’hôpital et Seb reçoit un coup de fil de Béné, il prend le temps de répondre sans préciser que j’accouche ; toute personne qui connait Seb devine qu’il éternise la conversation, je suis sur le point de le tuer  ou de prendre le téléphone mais une nouvelle contraction me fait me tordre de douleur et m’empêche d’agir.

Nous voilà dans l’entrée de l’hôpital. Seb me dit qu’il va prendre les étiquettes pour ne pas revenir après. Il est fou mon homme, il veut vraiment mourir aujourd’hui ? Je m’accroche aux murs, une femme passe et me demande si je vais bien. Je dois vraiment avoir une sale tête, y’a que mon mari pour rien voir.  Au deuxième étage, je suis à nouveau placée sous monito, rien, la sage femme ne voit rien, me palpe le ventre et me dit « vous avez si mal que ça ? c’estsurement le bébé qui est mal mis car je ne sens pas votre ventre durcir »

N’importe quoi, je vous dis que j’ai des contractions et que j’ai mal. Je suis laissée là. Une autre infirmière vient me voir après une heure. Elle m’examine ce qui n’avait pas été fait depuis le matin. Je suis a deux cm, ben oui j’accouche c’est ce que je me tue à leur dire. Le gyné de garde est prévenu de la situation mais je suis laissée sous monito, ben oui faut être sur que j’accouche bien, ma parole ne suffit pas. Une heure s’écoule encore, on me réexamine, je suis à trois cm d’ouverture. Ca y est, ils sont décidés à me mettre en salle d’accouchement et à me laisser faire naitre mon enfant. 

Une fois en salle d’accouchement, je suis à nouveau remise sous monito. Je comprends l’importance de l’examen car le cœur de Thibault inquiète tout le monde. Mais je n’en peu plus. Le gyné vient me voir et me demande comment je vais. « Je veux être debout, j’ai très mal dans cette position mais les infirmières ne veulent pas que je me lève ». J’ai son autorisation pour quitter le lit, avec pour indication de ne pas arracher les fils. Une fois debout je cherche un appui pour faire comme à la maison, laissé glisser la douleur. Mais je ne trouve rien, rien n’est prévu pour accoucher ici ou quoi ? Je suis à bout de force, je réclame la péridurale car je ne sais pas combien de temps il va falloir que je tienne comme ça. Seb lui s’obstine à remettre mes capteurs en place car plus rien ne fonctionne depuis que je me suis levée. Je lui crie dessus «  si personne ne s’en inquiète, laisse tomber ça et appel l’infirmière, je veux la péridurale » il se rassoie ! ????
 « Appuie sur le bouton, je veux la péridurale » lui dis-je.  «  quoi maintenant ? »  me demande t’il « Non, demain mon chéri quand tout sera fini ».

L’infirmière revient mais a pour consigne de percer la poche des eaux avant de mettre une péridurale en route. Je proteste, j’ai bien trop mal, je ne vais pas tenir le coup si elle perce la poche. Assise pour mettre la péridurale, je risque de bouger, j’ose à peine imaginer les conséquences si cela arrive. Mais face à la douleur qui se fait présente, je me recouche pour qu’elle puisse faire son travail. En me disant ce n’est que pour quelques instants. Lorsqu’elle m’examine, je suis à cinq cm et là c’est elle qui refuse de me percer la poche et appelle l’anesthésiste.

Je respire, on s’occupe de moi. Je vais pouvoir rejoindre Thibault dans sa bulle. La péridurale est placé, et on me félicite d’avoir tenu le coup comme ça. A présent, la douleur s’est tue. Je sens les contractions mais je n’ai plus mal. Je peux rester couchée pour le capteur, pour qu’on puisse s’assurer que Thibault va bien. La lumière est tamisée, Seb a mis le cd de Fabienne Marsaudon, je suis tranquille. Je parle à Thibault, je suis sur un nuage. J’ai mon petit à faire naitre. Tout va vite, je suis bien entourée. Les sages femmes m’expliquent que c’est déjà le moment de pousser. On me prépare, on m’apprend ce que je devrais faire pour faire naitre Thibault. L’équipe est fort présente. Le pédiatre est appelé, et c’est là que je me souviens que Thibault n’a que 34 semaines et qu’il va devoir aller en néonat. Mais pour l’heure, je dois faire naitre mon garçon. Le gyné et les sages femmes rigolent entre eux, avec moi aussi. L’équipe médicale me laisse maître à bord. Je pousse chaque fois que je sens la contraction, c’est moi qui mets au monde Thibault ! Dans cet instant, je suis plus que jamais sa maman. C’était si différent avec la césarienne de Lea. Et puis on me ramène à la réalité, « madame prenez le » prendre qui ? je vois la tête de Thibault, dans mon effort à pousser je n’ai pas senti, je n’ai pas perçu que la tête de mon garçon sortait de mon corps.

C’est maintenant que nous nous séparons.

 Je l’attrape entre mes mains et le pose sur mon ventre. Je le contemple, il est beau, il est si beau. La menace de trisomie est loin derrière. Mon petit garçon est sur moi, je suis sa mère !

Je respire ce petit être tout fragile, je lui fais des bisous, je le félicite. Il est si beau !
Puis, il est vite emmené en néonat., une autre histoire commence alors …

Je voulais offrir mon témoignage aux futurs mamans de l’arche de Noé d’abord parce que c’est une façon pour moi de remercier la nature de m’avoir permis de donner la vie par deux fois. Ensuite pour que les mamans et les papas sachent qu’il y a autant de projets de naissance qu’il n’y a de naissances, chaque histoire est unique. Et même si il faut parfois se battre pour défendre son projet, ça en vaut la peine. Qu’il soit ou non entendu par les professionnels, on en ressort grandit. Le projet de naissance évolue avec le temps, pour vivre un tel moment, il m’aura fallut plus de trois ans de réflexions. C’est entourée par les sages femmes et les mamans de la maison de naissance, que j’ai murit mon projet et vécu cette histoire de naissance.

De même, c’est l’occasion pour moi de mettre en avant tout le travail des sages femmes de l’arche et de les remercier de nous avoir permis à Seb et moi de faire notre place dans leur maison. Depuis quelques années, elles nous accompagnent sur le chemin. A leur côté, nous réfléchissons notre rôle de parent depuis le commencement, et même bien avant la naissance et la conception de nos enfants.

Merci Béné de m’avoir offert un merveilleux cadeau : la confiance ! Depuis quelques années, elle me faisait défaut – résultat d’une rencontre malheureuse qui n’avait fait que détruire ce que d’autres m’avaient aidé à construire. Car la confiance en soi, c’est dans notre enfance qu’elle prend naissance. Père et mère, si fière de nous, nous remplissent d’estime, de confiance, d’envie de projets. Dés lors, comment mettre au monde un enfant et l’élever si nous ne sommes pas capable d’être confiant en nous même, en l’autre aussi. Lors de nos séances d’haptonomie, tu m’as appris à m’écouter, à écouter mon corps, mes émotions et à faire confiance à mes ressentis. C’est grâce à toi si j’ai pu protéger Thibault et le garder en moi 34 semaines et 5 jours. Merci à toi pour tout ce que tu m’as donné sans compter : énergie, écoute, douceur, chaleur, patience, amitié.

Merci Evelyne d’avoir toujours soutenus notre famille. Je te sentais proche et discrète comme la matriarche d’un clan. Avec un œil bien veillant et la main prête à agir au besoin. Nos rencontres m’ont permis d’apprivoiser la vague, de la laisser venir dés le début du travail et de la laisser faire son œuvre pour que Thibault puisse naitre.

Merci Marie-Christine, grâce à ton atelier sur les positions qui facilitent la naissance, j’ai compris ce qui se passait en moi à chaque instant.

Merci Docteur, je sais que vous aussi avez menez le combat pour me permettre d’accoucher comme je le souhaitais malgré les risques. Merci de nous avoir accompagné, écouté, rassuré, et d’avoir été honnête avec nous.

Merci à tous les autres aussi : a papa et maman d’avoir été là pour ma fille, à mon frère, à ma belle famille, aux amis, aux mamans papotent et aux secondes sages femmes de l’arche …

Merci

Caroline , maman de Lea 3 ans et de Thibault 9 semaines ( lorsque je termine de rédiger ce témoignage)

La naissance de Gabriel qui s'est décidée pour finir ... dans le nid familial

40 semaines, c’est long … mais bien nécessaire pour se préparer à la plus belle aventure que la vie nous ait donnée de réaliser. Durant toute cette traversée, nous avons du affronter monts et marées sans perdre de vue ce pourquoi nous étions là et la façon dont nous envisagions l’avenir. Nous avons du nous accrocher fermement à nos valeurs, nos croyances et sans cesse raviver la flamme de l’espoir. Notre confiance en nous-mêmes a été mise à rude épreuve. Notre volonté et notre « acharnement » ont été nos meilleurs alliés dans les moments les plus difficiles. Chaque visite en milieu hospitalier nous forçait « psychologiquement » à un retour à la case « départ ».  Tout était à ré-envisager. Les questions fusaient. Etait-il bien raisonnable de mettre au monde notre enfant à la maison de naissance ? Ne valait il pas mieux être suivie en milieu hospitalier étant donné le poids du bébé annoncé par le gynécologue ? Pouvions-nous vraiment mettre notre confiance en ce gynécologue qui nous alarmait à chaque visite et de chez qui j’étais sortie trois fois en pleurant ? Devions-nous suivre ses conseils et donc envisager un accouchement programmé à 38 semaines, des monitorings et des échographies toutes les semaines à partir de 35 semaines ? Comment faire confiance à une machine ? A aucun moment il n’a pris ma hauteur utérine ni mon périmètre ombilical. A aucun moment il n’a palpé mon ventre … Par manque d’objectivité de sa part, par manque de tact, et parce que nous n’avions plus confiance en lui, nous avons changé de gynécologue à 39 semaines. Les sages-femmes de la maison de naissance nous ont permis de mener à bien notre projet de naissance, simplement avec des mots, de l’écoute, beaucoup de patiente… Elles nous ont montré le chemin qui nous permettait d’accéder à ce en quoi nous croyions. 

Et puis, il y a eu cette rencontre avec un gynécologue hors du commun.  Un gynécologue axé non pas sur la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement mais sur la confiance mise dans les mamans à mettre leur bébé au monde naturellement et mise également dans la capacité des bébés à venir au monde sans aide ni médicalisation … « Les femmes sont faites pour accoucher, les bébés sont faits pour naître… »  tout ceci, bien sur, pour autant que maman et bébé soient en pleine forme et que la grossesse se déroule normalement. Cette rencontre inattendue et tellement espérée m’a permis de retrouver entièrement confiance en moi. Bien que le papa n’y ait pas participé, il s’est senti également plus rassuré par les propos que je lui ramenais. Les sages femmes y avaient également beaucoup travaillé. Après m’être entretenue avec ce gynécologue pendant une bonne heure, un autre projet de naissance (que nous avions abandonné dés l’annonce du poids du bébé à terme) resurgit dans mon esprit. Après avoir mis au monde notre fille aînée en milieu hospitalier et notre deuxième fille à la maison de naissance, j’avais besoin d’autre chose pour l’arrivée de notre fils. Plus j’en parlais avec les sages femmes et ce gynécologue, plus cela me paraissait évident. Notre enfant allait naître dans le calme et la chaleur de notre petit nid douillet, je le savais, je le voulais, j’étais enfin prête après 39 semaines … La lassitude que j’éprouvais les dernières semaines envers les visites rapprochées chez les gynécologues et même envers les allées et venues à la maison de naissance (150 km aller-retour) n’a fait que me conforter dans mon idée de ne plus bouger le moment venu ! J’étais épuisée physiquement et psychologiquement. C’était chez moi que je me sentais le plus en sécurité … bien que j’ai gardé un formidable souvenir de mon accouchement à la maison de naissance.

Ce projet a terminé de murir très rapidement dans ma tête. 

Mardi 28/09, je rencontre Bénédicte pour une dernière visite à la maison de naissance (je ne le sais pas encore). Elle m’accueille, comme à son habitude, très chaleureusement.  Cette visite m’interpelle pour deux détails. Premièrement, j’ai complètement oublié de régler le montant demandé à 37 semaines pour l’accouchement en maison de naissance. Est-ce qu’inconsciemment mon choix était déjà fait depuis longtemps ? Deuxièmement Bénédicte me dit qu’elle sera le week-end suivant en  «week-end» pas très loin de chez moi et qu’au cas où elle pourrait être là rapidement. Elle me dit avant de partir : « Tu verras, ce sera pour ce week-end, il va attendre sagement le retour de son papa » (Mon mari n’étant à la maison que le week-end).

Habitant à 75 km de Namur, étant seule la semaine et n’ayant personne qui puisse me conduire rapidement à la maison de naissance en cas de début de travail, nous avons pris la décision avec Bénédicte de demander à Thérèse de me rendre visite à domicile afin de faire plus ample connaissance et d’envisager l’accouchement à la maison.

Vendredi 1er octobre, Thérèse me rend donc visite à la maison. Nous papotons ensemble de la façon dont j’envisage la venue au monde de mon enfant. Je lui fais visiter la maison et je lui explique que je veux « faire » mon travail dans l’eau et y accoucher également.  Elle n’émet aucune objection. Je lui explique que mon mari rentre le soir même et que le terme arrivant à grands pas, j’ai peur que mon travail ne commence en pleine semaine et qu’il ne soit pas là. Je lui demande donc s’il y a moyen (et si elle estime que mon col est favorable) de détacher les membranes fixées à mon col lors de l’examen afin que notre petit loulou montre le bout de son nez ce week-end là.

Miracle ! Ca fonctionne ! Dés le départ de Thérèse, des contractions différentes se font sentir. Elles sont douloureuses ! Mais encore très irrégulières.  La nuit qui suit est longue. Impossible de fermer l’œil. Les contractions sont toujours présentes, toujours aussi irrégulières. Je commence à m’impatienter. Je fini pas m’endormir en fin de nuit.

Samedi 2/10, la journée se passe comme à son habitude, nous restons à la maison, nous ne faisons rien de particulier. Vers 15h,  je perds le bouchon muqueux. Je sais que c’est un signe annonciateur d’un travail imminent mais je n’y prête guère attention. J’en informe tout de même mon mari, qui lui, s’emballe et s’imagine déjà papa le soir même … je n’y crois pas un instant. Je persiste à croire qu’il ne naîtra pas ce week-end mais la semaine prochaine, en pleine nuit et en peu de temps (comme ma deuxième fille)… le scénario catastrophe ! Mon mari prévient sa maman, je fais de même de mon côté. Le reste de la journée se passe sans grand changement, mes contractions sont toujours douloureuses mais encore très irrégulières. Je discute avec mon mari de la visite de Thérèse la veille. Nous n’avons encore jamais vraiment abordé le sujet de l’accouchement à domicile. Je lui explique donc que Thérèse est venue « repérer » les lieux au cas où le travail a lieu en pleine semaine lorsqu’il est absent. Il est hors de question que je prenne la voiture avec les filles en ayant des contractions. Il est bien d’accord.

Vers 20h, je mets les filles au lit. Ensuite, nous regardons un film à la télévision. C’est au milieu du film que les contractions deviennent plus douloureuses. Toujours irrégulières. Quoique … Je regarde discrètement l’horloge du salon … une contraction toutes les 30 minutes, … très rapidement elles passent à 20 minutes puis 10, tout cela sur le temps d’un film. A la fin du film, mon mari se rend compte que les positions que je prends pour me soulager n’ont plus rien de celles que je prends habituellement pour regarder un film. Il me demande si j’ai encore des contractions, je lui dis que oui mais que ça va passer. Il ne me croit pas bien entendu, il sait à quel point je peux être septique et nier certaines situations bien réelles. A ce moment, nous montons nous coucher. A peine arrivée sur notre lit, je ressens une contraction qui me ramène à la naissance de ma deuxième fille. Il m’a fallu 3 ans pour oublier ces douleurs là … A ce moment, un sentiment de panique m’envahit, je ne peux pas revivre ça, ce n’est pas possible, je vais y passer ! Pourtant je ne veux pas m’enfermer dans cette bulle nocive qui m’avait pris toute mon énergie, qui m’avait rendue spectatrice de mon deuxième accouchement. Je veux maîtriser cette douleur pour mieux l’accompagner, donner un sens à celle-ci, ne pas la contrer, ne pas lui dire non …

A ce moment, je dis à mon mari que je veux prendre un bain. S’il s’agit d’un « faux » travail, les contractions s’arrêteront. Ce que je sais également, c’est que s’il s’agit d’un « vrai » travail, les contractions deviendront plus régulières, plus efficaces et qu’à ce moment là, il me serait impossible de prendre la route pour la maison de naissance.

Le bain chaud … le pied !! Ca me fait un bien fou … et surprise, plus de contraction ! Je dis à mon mari : « Ne te tracasses pas, va dormir, je me relaxe un peu et je viens te rejoindre, je n’ai plus de contraction ». Mon mari, quelque peu désemparé me dit alors qu’il n’est pas question qu’il aille au lit, qu’il reste près de moi quand même au cas où. Une demi-heure passe avant l’arrivée d’une nouvelle contraction. La suivante se fait sentir 7 minutes après. Vingt minutes plus tard, j’ai des contractions toutes les 4 minutes… je n’y crois toujours pas. Elles ne durent qu’une trentaine de secondes et non une minute. C’est alors que mon mari me dit : « Il faudrait peut-être monter à la maison de naissance maintenant, ça à quand même l’air de se confirmer… » Je lui réponds que je suis bien dans mon bain, que ce n’est peut-être pas encore le travail car les contractions ne durent pas longtemps et que je serais incapable de faire une heure de route dans ces conditions. Il me demande alors ce qu’il faut faire. A ce moment là, je doute, je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai besoin qu’on me dise ce qu’il faut faire… J’ai l’impression de ne pas être prête, ce n’est pas possible, je ne suis même pas encore à 40 semaines, je suis à 39 semaines et 5 jours (quelle différence me direz-vous), et puis … ca peut paraître bizarre mais … c’est un petit bonhomme qui est sur le point de débarquer dans notre vie. Nous avons deux petites demoiselles … Comment ça fonctionne un ptit mec ? La grande question que je me pose depuis l’annonce du sexe et à laquelle je n’ai pas encore de réponse. Est-ce que je vais parvenir à lui donner la même place dans mon cœur qu’à mes deux chéries ? Ca se bouscule dans mon esprit. La veille, Thérèse m’a expliqué la démarche à suivre, qui appeler et à quel moment… je ne sais plus. Il est passé 23h, je ne veux déranger personne à cette heure là. A ce moment, mon mari prend les choses en main et téléphone à la sage femme de garde de la maison de naissance qui lui explique qu’il doit contacter Thérèse en premier lieu et que cette dernière préviendra Bénédicte si c’est nécessaire. Il contacte donc Thérèse. Il lui explique que j’ai des contractions de plus en plus régulières toutes les 4 minutes et que je suis dans mon bain. Thérèse arrive 50 minutes plus tard. Je suis encore septique … Elle m’examine, je suis à 7-8 cm, il est  minuit et demi. Elle m’observe durant quelques contractions et me demande : « Les contractions sont toujours comme ça ? » (Toujours aussi courtes), je lui réponds que oui, m’imaginant qu’elle va me confirmer que c’est un « faux » travail … C’est lorsqu’elle va chercher tout son matériel que je réalise que mon bébé est réellement en chemin et que ce sera pour cette nuit.

Je n’ai pas peur, je suis chez moi, parmi les miens, en sécurité dans ma petite bulle. Je « vis » mon travail, je ne le subis pas comme pour mon précédent accouchement. Chaque contraction me rapproche de cette rencontre. Je leur dis « oui » mais en même temps, cela me fait du bien de dire « non » à la douleur… Durant tout le travail, je me suis imaginée que la douleur n’était que le résultat de mes peurs, de mon vécu et je me construisais une barrière imaginaire entre mon cerveau et mon bas ventre à chaque contraction en me répétant que c’était moi qui créais cette douleur et que donc je pouvais l’atténuer… croyez-le ou pas mais ca fonctionne. Ca et l’état de détente dans lequel je me suis trouvée dans l’eau chaude du bain m’ont vraiment aidé à gérer la douleur. La préparation à la naissance que j’avais commencé avec Marie-christine m’a procuré pas mal de pistes pour affronter ce voyage. De l’auto hypnose je n’ai utilisé que la détente. Avant mon travail, je ne pensais pas que je puisse me détendre lors des contractions, mais en me forçant un peu et en allant chercher de l’énergie au plus profond de moi, j’y suis parvenue … Laisser venir les contractions, leur dire « oui » mentalement et physiquement, c’est cela qui m’a aidé à surmonter ce passage obligé. L’image que Thérèse m’avait donnée la veille m’a également aidé. La montagne que l’on monte et que l’on redescend à chaque contraction permet de se situer dans le temps. Grace à cela, il me semble que mes contractions étaient rapides et que les descentes étaient plus longues que les montées … La dernière chose qui m’a bien aidée et qui est venue spontanément est l’utilisation de sons. Je me concentrais tellement sur ces sons que les contractions semblaient passer plus vite.

Au début du travail, je me suis installée comme on s’installe habituellement dans une baignoire, allongée sur le dos. Mais très vite, cette position s’avère inconfortable. Un peu après que Thérèse soit arrivée, je m’allonge sur le côté gauche. Tout aussi inconfortable « extérieurement », mais dans mon bidon, je sens que les choses changent. Mon petit loulou n’était pas bien positionné en début de travail, il avait son petit dos contre le mien et il n’était pas engagé. Il faut donc qu’il se mette dans la bonne position pour pouvoir descendre correctement. Sans doute est ce cela qui prend autant de temps.

Thérèse installe tout son matériel. Une fois terminé, elle s’installe à côté de la baignoire. Mon mari, lui, s’est mis à mes pieds. Thérèse écoute régulièrement le petit cœur du petit loulou battre. Il est très courageux, à aucun moment il ne nous a fait de frayeur.

Vers 1h30, Thérèse contacte Bénédicte et lui dit que je suis en travail. Bénédicte se met immédiatement en route et arrive vers 3h (et oui, pas évident de s’y retrouver dans la brousse ardennaise !)

J’ai le vague souvenir de lui avoir dit bonjour mais j’étais déjà bien « enfermée » dans ma bulle et le monde extérieur me paraissait lointain. Thérèse lui dit par deux fois : « Elle t’attendait » … C’est bizarre, je n’ai pas l’impression d’attendre qui que ce soit, en tout cas consciemment. Et en même temps, tout se précipite quelques temps après son arrivée. Le temps me semblait très long jusque là, je m’épuise tout doucement, je suis de moins en moins détendue, j’ai l’impression que la position que j’ai prise il y a 2h ne fait qu’amplifier la douleur, je suis toute engourdie.

Thérèse me propose de changer de position et de me mettre à genou, ma tête reposant sur les genoux de mon mari assis près de la baignoire. La douleur se fait sentir non pas plus violente mais différemment. Je suis épuisée, je n’ai pas dormi la nuit précédente et tout ce dont je rêve à cet instant c’est de m’endormir dans mes couettes bien chaudes. J’ai mal partout, la baignoire me fait mal, mes genoux commencent à me faire souffrir. Je désespère. Je m’imaginais que le travail serait très rapide en comparaison avec celui que j’avais vécu pour ma fille cadette, il n’avait duré qu’1h30. Quand j’étais arrivé à la MDN, j’étais à 8 cm, une heure plus tard, elle était là. Ici, j’étais à 7-8 cm à minuit, il est passé 3h30 et je n’ai toujours pas envie de pousser. J’en ai marre, je n’en peux plus … je me mets à sangloter, je veux en finir. La douleur commence à se faire plus intense. On me met des draps sous les genoux. Je dis à Bénédicte que je n’en peux plus, qu’il me faut quelque chose pour stopper cette douleur que je ne parviens plus à gérer, je la supplie. Thérèse me fait avaler un remède homéopathique je pense.  Je reprends doucement mon calme, je suis tout contre mon mari, sa chaleur me fait du bien, sa sérénité aussi. Entre deux contractions je me rends compte que ce n’est pas plus éprouvant qu’avant, pas plus douloureux non plus mais que la douleur et la panique ont pris le dessus simplement parce que je me décourage, parce que j’ai peur que ça n’en finisse jamais et sans doute, parce que dans mon corps, une nouvelle phase du travail débute et que ce sera la dernière. Suis-je vraiment prête à accueillir mon bébé ? C’est peut-être cela qui me fait peur …

Une sorte de rage monte tout doucement du fond de moi-même. C’est comme si mon corps se révoltait, qu’il n’acceptait plus la place de spectateur qu’il avait prise quand je me décourageais. A ce moment, alors que je ne ressens pas encore le besoin de pousser, je me mets tout de même à le faire lors de chaque contraction. Une, deux, trois contractions passent comme cela. Je désespère de ne pas sentir cette sensation de brûlure qui indique que la tête est en chemin vers la sortie. Lorsque la 4ème contraction se fait sentir, j’ai besoin, cette fois de pousser. Je n’ai plus envie mais besoin ! Il est 4h30. Le courage me revient d’un coup. Chaque poussée me redonne de l’énergie car chacune d’entre elles me rapproche de mon petit cœur. 15 minutes plus tard, lors d’une poussée, je sens la poche se rompre. Je reprends de plus en plus courage. Puis cette « douleur » tant attendue, qui n’est rien à côté des contractions et qui achève de me remotiver, la brûlure ressentie lorsque la tête est sur sa dernière ligne droite. A chaque contraction, je pousse d’autant plus fort. Thérèse m’invite à sentir sa tête avec mes doigts. J’ai l’impression de devoir monter loin pour sentir sa petite tête mais cela ne me décourage pas, que du contraire. Je sens sa tête déformer mon périnée, puis je sens tout son visage passer, quelle sensation indéfinissable. Une dernière poussée pour faire passer le menton, … ouf ca y est le plus dur est fait (c’est ce que je pense du moins) !

Comme je voulais accoucher dans l’eau et la tête étant sortie, on me maintient le bas du dos dans l’eau. J’attends un peu avant de me remettre à pousser. Je veux attendre la prochaine contraction. Mais … plus rien, plus de contraction, plus envie de pousser, plus rien … comme si mon corps m’envoyait paitre … ! Bénédicte me dit de pousser, ce que je fais mais même avec la meilleure volonté du monde, je n’y parviens pas. J’ai l’impression de pousser dans le vide, sur « du rien du tout » … Je lui dis : « Je n’y arrive pas, il faut qu’on m’aide ! », Bénédicte me dit : « Oui, oui, Thérèse va t’aider » A ce moment, je sens que Thérèse tire sur la tête de mon petit lou mais sans succès.

La précipitation n’aurait été qu’une source de stress pour moi. Je sais à ce moment précis que je suis entre de bonnes mains et que tout va bien, je sens mon bébé me donner quelques derniers coups de pieds avant son entrée dans le monde, je ne suis pas stressée, tout va bien, je n’ai plus mal, je suis détendue. Je ne me pose donc pas de question lorsque Bénédicte me dit de sortir du bain, elle me dit qu’il faut que je me couche par terre sur le tapis de bain car les épaules de mon loulou ont du mal à passer et qu’ainsi elles pourront les dégager plus facilement. Ca ne fait qu’un tour dans ma tête, pas question que j’accouche sur une carpette !! Tout ce dont j’ai peur, c’est de cogner la tête de mon bébé en sortant du bain … On me dit de me mettre debout et d’enjamber la baignoire et on demande à mon mari de m’aider. Je revois encore mon mari me tendre la main (hahaha) … ce n’est pas d’une main dont j’ai besoin mais d’un élévateur !! Après être restée 7h sans bouger dans une baignoire toute dure et après avoir fait les plus gros efforts de ma vie, je suis incapable de me mettre debout ! Je suis complètement engourdie ! Je répète plusieurs fois à mon mari de me prendre en dessous des bras pour me soulever car je ne sais pas me « déplier » et qu’il ne faut quand même plus trop traîner. Il ne se rend pas compte que je suis incapable de me mettre debout seule. Pour finir il me prend sous les bras non pas sans difficulté et m’aide à enjamber la baignoire tant bien que mal. Pendant ce temps Thérèse était partie chercher son tabouret d’accouchement ! Quelle merveille cette petite chose ! Ils m’aident à m’asseoir. A peine assise, je sens qu’on dégage doucement les épaules de mon loulou, ça fait mal mais je m’en fiche, je suis bien au-delà de ça. Une fois l’épaule passée, je sens tout son petit corps chaud passer doucement, puis d’un seul coup, tout le reste de son corps passe. Quelle sensation !! Je le prends directement dans mes bras et je le serre très fort contre moi. Il est 5h15. Qu’il est magnifique notre fils !! Quel beau bébé, tout bleu, mauve et rose, tout gluant et blanc de vernix mais qu’est ce qu’il est beau ! Je garderai cette image dans ma mémoire toute ma vie… Quelle magnifique venue au monde ! Qu’il a été courageux de faire tout ce travail ! Quel bonheur !

Thérèse nous demande comment nous l’appelons. Je regarde mon mari avec un grand sourire, nous ne nous sommes pas encore décidés. J’ai très envie d’un prénom et je lui redemande donc s’il est d’accord pour ce choix, il me répond que oui tout ému. Notre fils s’appelle Gabriel, comme son arrière grand-mère et son arrière grand oncle avant lui.

On me fait une petite injection d’ocytocine, histoire que mon utérus bien fatigué ne traîne pas de trop à expulser le placenta. Mon mari coupe le cordon. Une fois le placenta expulsé, on m’emmène dans notre chambre. Je n’aurais pas su faire un pas de plus, j’ai énormément de vertiges.

Nous restons un peu tout les trois dans notre chambre. Mon mari sort peu de temps après. Une petite voie se fait entendre dans le couloir, il est 6h15, notre fille aînée s’est réveillée. Elle dit à son papa dans le couloir qu’elle a entendu du bruit mais qu’elle est restée dans sa chambre et que maintenant elle veut voir son petit frère … Je n’oublierai jamais son visage en entrant dans notre chambre, elle avait un grand sourire et elle est directement venue faire un bisou à son petit frère et disant des « Ooooooh qu’il est beau »… Notre deuxième fille se réveille une heure plus tard, elle sort de sa chambre en même temps que Thérèse sort de la notre. Elle a un petit instant de recul puis je l’appelle, elle vient me rejoindre. Elle est toute gênée et ne sait pas quelle attitude adopter. Elle ne veut pas lui faire de bisou sous prétexte qu’il est « tout sale » et le regarde comme si c’était un extraterreste… mais est  tout de même très attendrie.

Notre petit Gabriel prend le sein très rapidement après nous être installés dans notre chambre. Il reste en peau à peau durant plusieurs heures, quel bonheur !

« Petit » Gabriel pèse 4Kg800 et mesure 53 cm … C’est un petit garçon en pleine forme et en bonne santé. Je l’allaite à la demande, au début toute les heures et demi. Il récupère son poids de naissance le 4ème jour.

De mon côté, certes il me faut plus de temps pour récupérer que pour nos deux aînées, mais la « magie » qui a tourné tout autour de cet accouchement et de notre petit bonhomme efface tous les petits désagréments qui ont pu survenir par après …

Comme pour notre petite Louise, nous tenons à remercier les sages femmes qui nous ont suivis tout au long de cette aventure, à la maison de naissance et à la maison. Nous les remercions pour leur patiente, leur écoute, leur disponibilité et toute cette chaleur avec laquelle elles nous accueillaient.

La naissance de Nell qui a du être provoquée à l'hôpital à cause d'un diabète de grossesse.

La naissance de Nell

 

Tout comme pour Noam, l’ « Arche de Noé » m’est apparu comme étant l’endroit idéal pour accueillir mon deuxième enfant.

 

Une grossesse parfaite jusqu’à la 32ème semaine ou un diabète gestationnel est diagnostiqué. Visite chez la diabétologue et le verdict tombe : 15 jours de régime et surveiller ma glycémie plusieurs fois par jour. Si au terme de ces 2 semaines, le glycémie n’est pas gérée, un traitement par insuline sera introduit. Ce qui signifiait que je pouvais oublier le projet d’accoucher en maison de naissance…

La déception m’envahit mais je m’accroche et je fais ce régime « draconien ». Après 3 jours, j’avais perdu 1,5 kg, j’étais affamée et à bout de nerfs. Nous décidons avec David de continuer de faire attention à mon alimentation mais de trouver un juste équilibre entre le régime donné et manger à ma faim sans tomber dans la gourmandise. Résultat final positif, la glycémie est gérée…pas d’injections et le projet peut donc se poursuivre à l’Arche. Cette nouvelle me donne la pêche. Je me réjouis et m’impatiente de plus en plus de voir ta petite frimousse. 
A partir de la 37ème semaine, nous sommes sur le qui-vive. Tout est prêt!

 

Le terme théorique approchait et toujours pas de signes précurseurs…. Petite visite chez le gynécologue et il décide de provoquer à la 41ème semaine! Durant les 3 jours qui ont suivi, tous les remèdes de grand-mère y sont passés : la marche, les gélules d’huile d’onagre, la méthode italienne, les gouttes homéopathiques, l’huile de ricin, … Rien n’y fit ! Nell avait décidé de rester bien au chaud! 
Je n’avais qu’une volonté, la mettre au monde à l’Arche de Noé. Je nageais en pleine contradiction : j’étais contre le fait de la provoquer et en même temps j’essayais toutes les méthodes afin de la faire venir pour m’éviter d’accoucher à l’hôpital.

 

Ce vendredi matin là, je pars le pied lourd et le coeur serré à l’hôpital… Arrivés à la maternité, nous sommes pris directement en charge. Je me concentre sur « nous » et me réconforte en me disant que notre rencontre est proche… je vais enfin pouvoir te serrer dans mes bras et sentir la douceur de ta peau.

Vers 9h30, l’ocytocine est placée…Vers 11.30, le col ne s’ouvre pas assez vite et je ne ressens pas vraiment de contractions. L’accoucheuse décide de rompre la poche des eaux, ce qui devrait accélérer le travail. Vers midi, je commence à ressentir la différence entre les contractions du début et celles qui arrivent. Elles sont rapprochées, rapides et directement à leur maximum…

Je ne parle pas beaucoup, je suis avec toi, Nell, et j’accepte du mieux que je peux cette douleur afin de faciliter le travail. 45 minutes plus tard, je suis récompensée, je te vois et je peux enfin t’embrasser, ma beauté. 

Marie-Christine arrivera juste après ton atterrissage 🙂

 

Malgré le cadre hospitalier, j’ai eu un bel accouchement… Je me suis sentie écoutée et respectée dans mes choix.
Le lendemain, nous quittions l’hôpital pour rentrer à la maison et retrouver Noam qui nous attendait avec impatiente.
Une nouvelle vie à 4 commencait 🙂

Touchant récit de la naissance et l'allaitement de Leo

Une naissance à l’opposé de ce que nous avions rêvé…

 

Alors voilà… J’avais imaginé un accouchement le plus naturel possible, dans un endroit douillet, dans une ambiance paisible et dans le respect de nos valeurs.  D’où la Maison de Naissance…et tout de suite, dès les premiers rendez-vous, la confiance.  La confiance en Bénédicte, Evelyne et Marie-Christine mais aussi et surtout, la confiance en nous, futurs parents pour la première fois.  On était tellement dans notre élément à l’Arche de Noé, on s’est sentis tellement bien, et ma grossesse était tellement belle, qu’on n’avait pas imaginé que cela se passerait comme c’est arrivé.  Bien sûr, on savait et on avait été préparés au fait que l’accouchement pourrait avoir lieu en milieu hospitalier, plutôt qu’à la MDN, si ma santé et/ou celle du bébé le nécessitai(en)t.  On l’avait imaginé, avec notre gynéco aussi, pour que, si cela devait arriver, cela se passe dans les meilleures conditions possibles, plutôt que d’être vécu comme un échec.

Mais, encore une fois, tout se passait tellement bien que, jusqu’à trois jours avant la naissance de Léo, on a cru et espéré que tout se déroulerait à la MDN.

 

Une belle grossesse donc: prise de poids tout à fait acceptable (3 kgs en 6 mois), paramètres normaux.  Puis, pendant les vacances de Noël 2012 (j’en suis à 31 semaines d’aménorrhée), je remarque que je commence de la rétention d’eau au niveau des chevilles.  Assez classique en début de troisième trimestre.  Je lis que la marche peut aider à «dégonfler»: je m’y mets!  Une semaine plus tard, l’effort me pèse beaucoup.  Je prends ma tension: j’ai des pics de 17-11, 18-12!  Je me pèse: je réalise que j’ai pris 10 kilos du 6ème au 7ème mois…

Je reprends le boulot mardi le 8 janvier, et là je me rends compte que je me sens essoufflée, même quand je suis assise à mon bureau.  Et depuis la veille, j’ai réalisé que même mes mains et mon visage avaient gonflé.  Là ça m’inquiète.  J’ai rendez-vous avec Marie-Christine le vendredi de la même semaine mais je préfère ne pas attendre et être sûre de ne pas passer à côté de quelque chose.  Je l’appelle le mardi 8 janvier au matin et lui explique ce que j’ai pu observer depuis deux jours.  Calmement, elle m’explique que je présente des signes de décompensation et qu’on ne peut pas attendre vendredi: je dois voir mon gynéco en urgence.  Chance, celui-ci peut me recevoir l’après-midi-même suite à un désistement.  J’étais allée en consultation chez lui juste avant Noël et il est donc surpris de tous les symptômes que je lui explique.  Il me parle de risque de pré-éclampsie.  S’en suivent des examens de contrôle: échographie, monitoring, prise de sang, collecte d’urine pendant 24 heures.  Il me prescrit déjà un médicament pour faire baisser ma tension.

Le lendemain (mercredi après-midi), je retourne à Ste-Elisabeth pour amener mon échantillon d’urine et refaire un monitoring.  Bébé va bien et ne montre aucun signe de souffrance.

Je commence à me sentir un peu mieux, avec encore l’espoir que la situation va pouvoir se stabiliser.  Mais en appelant Marie-Christine ce jour-là pour la tenir au courant de l’évolution de ma situation, elle m’annonce que je ne pourrai pas accoucher à la MDN, au vu de ma pathologie.  Je m’effondre.  Oui, j’aurais dû m’y attendre mais j’ai cru ou j’ai voulu croire qu’il restait une chance pour que la naissance de Léo se déroule dans les conditions que j’avais rêvées pour lui, pour nous trois.  Je suis à ce moment-là capable d’être «raisonnable» et de comprendre pourquoi la MDN ne peut plus être une option.  Mais je suis profondément triste.  Simon ne m’a jamais vue dans un tel désarroi.  Après les premières émotions passées, on en parle beaucoup et on s’accroche à ce qui est positif dans la situation: même si je ne le connais pas depuis longtemps, je sens que je peux avoir confiance en mon gynéco.  Je suis également fière d’avoir rapidement décelé les signes d’une évolution anormale de ma grossesse, soulagée aussi d’avoir appelé Marie-Christine qui n’a pas attendu et n’a pris aucun risque: c’est tout à fait ce genre de réaction qu’on attendait de la MDN.  Bref, face à un problème de santé majeur, on se rend à l’évidence: il n’est pas question ici de frustration de ne pouvoir accoucher à la MDN; vu les circonstances, le milieu hospitalier est nécessaire.

Le soir-même, toujours mercredi, nous assistons à la MDN à une séance d’information sur l’allaitement.  Je suis émue de me retrouver là, alors que j’ai appris quelques heures plus tôt que Léo ne pousserait pas son premier cri à l’Arche de Noé.  D’autres mamans sont présentes, enceintes, comme moi, pleines de cette vie qui grouille en elles, comme moi, remplies d’attentes magnifiques pour leur bébé à venir, comme moi, avec le projet d’accoucher à la MDN…pas comme moi.  Plus comme moi.

L’émotion est là, oui.   Mais à ma grande surprise, elle ne prend pas toute la place.  Et dans ma tête, la raison arrive à trouver sa place.  La présence bienveillante de Simon est pour beaucoup dans l’acceptation de cette nouvelle idée d’accoucher à Ste-Elisabeth.  Bref, la soirée se déroule et je prends toutes les informations que je peux concernant cet allaitement dans lequel je fonde beaucoup d’espoir.

 

Le lendemain matin, jeudi, mon gynéco me téléphone.  Il a reçu tous les résultats de mes examens.  Il est inquiet: mes plaquettes de sang ont chuté de 150.000 à 70.000.   Et mes reins ne remplissent plus correctement leur fonction de filtres: un taux très élevé de protéines se retrouve dans mes urines.  Ce qui nous empêche, Léo et moi, d’en profiter.  Bref, il n’est plus question d’attendre.  Mon gynéco me demande d’intégrer Ste-Elisabeth l’après-midi.  Le but: contrôler mes paramètres en permanence en espérant arriver à les stabiliser.  Je dois prévoir une valiser pour quelques jours.  Et une valise pour bébé.  Oups…

On arrive donc à la clinique l’après-midi-même (jeudi), un peu chamboulés.  L’inquiétude commence à nous gagner.  Je suis sous monito, on vient me faire une prise de sang toutes les 2-3 heures.  Les infirmières sont adorables, on se sent entre de bonnes mains.

Mais à 19h, mon gynéco déboule dans ma chambre et nous fait part du risque grandissant de la pré-éclampsie.  Il nous explique tout dans les détails, que mon placenta est de plus en plus toxique pour le fonctionnement de mes organes, et forcément pour le bébé aussi.  La seule solution pour arrêter cette escalade: enlever le placenta…et donc sortir bébé de mon ventre.  Le Docteur explique qu’on ne pourra plus attendre très longtemps.  Au maximum, ce sera pour ce week-end.  Cela veut dire aussi que Léo naîtra par césarienne.    Pour plus de sécurité et pour éviter des pertes de temps inutiles, il décide que je dois passer la nuit au bloc d’accouchement, déjà prête pour une intervention en urgence.  Me voilà donc parée d’une blouse d’hôpital, d’une perfusion, d’un holter et d’un monitoring en continu.  Je reçois aussi une injection pour accélérer la maturation des poumons de Léo, avant d’être transportée sur mon lit d’hôpital deux étages plus bas.

Nous nous «installons» dans une salle d’accouchement et passons la nuit là, inquiets de notre futur sort.  La sage-femme de nuit vient très régulièrement relever mes paramètres et aussi nous donner les résultats des analyses de sang, au fur et à mesure de la nuit.  Elle est pleine d’attentions et essaie aussi de nous préparer à la possibilité de plus en plus grande que la césarienne aura lieu le lendemain matin.  C’est difficile d’expliquer notre état d’esprit à Simon et moi.  D’un côté tout cela semble irréel: il y a à peine quelques jours, nous n’avions que la Maison de Naissance en tête.

Depuis que je sais que je suis enceinte, j’ai pris l’habitude, comme la plupart des mamans, de parler à mon bébé et lui exprimer mes émotions et mon ressenti.  Plus que jamais cette nuit-là, j’ai passé beaucoup de temps à lui parler, à tenter de le préparer au fait que sa venue au monde était imminente.  Lui dire aussi que ce serait très rapide, qu’il ne déciderait pas du moment où il ferait sa grande entrée mais qu’on viendrait le chercher par «surprise».  Le rassurer aussi en lui disant qu’on avait confiance en l’équipe médicale qui interviendrait, et surtout que son papa et moi sa maman on serait là avec lui.

 

Le matin arrive et avec lui, notre gynécologue.  Il nous dit qu’il doit discuter avec le staff médical de la décision à prendre me concernant.  Mais il annonce déjà la couleur: le coeur de Léo a montré quelques irrégularités très tôt le matin-même, et si bébé est en souffrance, la césarienne doit se faire dès que possible.  Le docteur évoque aussi le fait que ce sera vraisemblablement une césarienne par anesthésie générale.  En effet, vu mes paramètres vitaux et mon taux de plaquettes, on ne peut risquer une anesthésie locale, qui pourrait amener de graves complications en cas d’hémorragie.

Quand nous nous retrouvons seuls Simon et moi, nous nous rendons à l’évidence: Léo va naître ce matin, à mille lieues de ce que nous avions espéré pour lui.  Nous avons bien compris que l’anesthésie générale signifie que: 1) Simon ne peut être présent dans la salle d’opération et ne pourra donc pas voir Léo tout de suite.  2) je ne pourrai pas voir Léo ni le prendre dans mes bras avant quelques heures, vu mon anesthésie générale et mon transfert vers une salle de réveil.

Cette idée-là est très dure à accepter, bien plus évidemment que l’obligation de renoncer à la MDN,et plus encore que la résignation à la césarienne.  Même si les arguments restent les mêmes (priorité à notre santé à Léo et à moi), imaginer que quelques heures s’écouleront avant que je voie mon bébé, je ne m’y étais pas préparée.

Encore une fois, Simon trouve les mots: il sera là, lui, pour Léo, normalement assez rapidement après sa naissance.  Il lui parlera, il transmettra à Léo notre amour à tous les deux, il lui expliquera pourquoi je ne suis pas là.

Mon gynéco revient assez rapidement et confirme ce qu’il avait pressenti: on attend l’anesthésiste qui devrait arriver dans la demi-heure et puis on y va.  En attendant, je reçois tout de suite la deuxième injection pour la maturation des poumons de Léo. Le docteur nous explique aussi qu’il est possible qu’après mon réveil, je sois transférée, non en maternité, mais au Middle Care (service conjoint aux soins intensifs, pour les situations qui demandent une surveillance médicale accrue).  En effet, les risques d’une éclampsie (avec symptômes convulsifs) restent présents, même après l’extraction du placenta, encore environ 24h.  La maternité n’est pas suffisamment équipée pour assurer une telle surveillance et le Middle Care sera sans doute un passage obligé.  Impossible de dire pour combien de temps.  On a dû sembler très raisonnables à mon médecin: on était posés, calmes, on ne pleurait pas.  Mais à ce moment-là, j’ai eu peur de mourir, pour la première fois de ma vie.  Bien sûr, j’avais peur aussi pour Léo mais les faits étaient là, très objectifs: ma vie était plus en danger que la sienne.

Cette peur que je ne connaissais pas, je n’ai pas voulu la partager.  J’ai pensé à Simon qui serait seul, pendant que je serais opérée (oui, c’est ça: je n’allais pas accoucher.  On allait m’opérer.  Toute la nuance est là dans ce verbe actif «accoucher» qui était remplacé par un verbe passif «être opérée») et j’ai craint qu’il ne cède à la panique si je parlais de ma peur de mourir.

J’ai dû avoir la voix qui tremblait quand même un peu quand j’ai demandé au docteur comment se déroulait une césarienne, car il a adopté un ton particulièrement doux pour me répondre.  Il a aussi pris la peine, autant que possible, de remplacer des mots très techniques et l’explication du déroulement très chronométré de l’opération, par des phrases qui remettaient bien la naissance de Léo dans son contexte.  Il a pris ces quelques minutes pour me rassurer et je lui en suis très reconnaissante.  Rapidement après, tout est allé très vite.  Des sages-femmes et des stagiaires ont commencé à fourmiller autour de moi, me préparant à la césarienne, m’amenant en salle d’op.

L’heure de dire «au revoir» à Simon est arrivée.  On a tous les deux des mots positifs: «ça va aller, on est forts tous les trois, on s’aime c’est le plus important, on a confiance».  Mais une autre question qui me trotte dans la tête, c’est «serons-nous trois après l’opération?».

 

 

Dans la salle d’op, il fait très froid, chacun est à son affaire.  La pédiatre qui prendra en charge Léo dès sa sortie de mon ventre, vient se présenter à moi.  Tout simplement et tout doucement.  Je ne la connais pas encore mais je sens que je peux lui faire confiance.  Je me souviens même m’être dit à ce moment-là «c’est elle qu’on prendra comme pédiatre» (et c’est effectivement elle…).  Une stagiaire sage-femme, aussi jeune que gentille, reste près de moi et s’efforce de me rassurer.  Je la remercie mais lui demande de me laisser seule (si tant est qu’on peut être seule dans une salle d’op à quelques minutes d’une intervention!): j’ai besoin de me centrer sur moi et mon bébé, de lui parler encore, de lui dire que ça y est, le grand moment est arrivé.  Beaucoup plus tôt que prévu (je suis désormais au premier jour de ma 33ème semaine d’aménorrhée depuis ce matin-là), certes, mais que personne n’y peut rien, ni lui, ni moi.  Je lui dis ma confiance totale en l’équipe médicale pour nous prendre tous les deux en charge le mieux possible.

Puis le masque sur mon visage.  Je sais que je ne sentirai pas que je m’endors: ça ira très vite, le docteur m’a prévenue.  Car il faut pouvoir m’ouvrir le plus rapidement possible, pour pouvoir sortir Léo le plus rapidement possible, afin qu’il subisse le moins possible les effets des sédatifs qu’on m’a administrés.

Lorsqu’on m’a mis le masque, j’ai compris le sens de l’expression «à la grâce de Dieu».  À ce moment-là, plus rien ne dépendait de moi, je n’avais pas d’autre choix que de lâcher prise.  Puis c’est le vide.  Je peux imaginer, mon cerveau est capable de créer des images de ce qu’il s’est passé: la rapidité de l’intervention, les gestes précis, techniques du docteur, le vocabulaire médical utilisé, des détails anatomiques, du sang, mes viscères…  Et au milieu de tout cela, mon petit, mon tout petit bébé, encore tout endormi au creux de mon ventre, qui ne comprend pas ce qui arrive.  Tout va tellement vite, tout va trop vite.  Les infirmières sont ensuite allées chercher Simon pour qu’il voie Léo, dans une pièce voisine à la salle d’op (où je suis toujours endormie et où on s’affaire pour me recoudre).  Léo a pleuré, il a poussé ses premiers cris, ce qui est bon signe a-t-on dit à Simon.  Toute une équipe était autour de Léo mais je ne peux en parler vu mon absence, et je ne veux pas prendre la place ni les mots de Simon pour raconter les premières minutes de la vie de notre bébé.

Je me réveille peu de temps après, dans le gaz, avec des paroles incohérentes.  Puis je vois Simon à mes côtés: Léo vient de monter en néonatalogie pour y être appareillé et branché de partout.  Simon me rassure: Léo va bien, et en plus, il est beau!  Simon ne peut rester car je suis transportée, encore dans les vaps, en salle de réveil.  J’ai une pompe à morphine, on m’explique son fonctionnement très simple.  C’est vrai que j’ai un peu mal dans le bas-ventre, là où j’ai été ouverte.  De la salle de réveil, je suis ensuite amenée au Middle Care.  J’ai l’impression de ne plus pouvoir rien faire par moi-même, je suis branchée de partout: j’ai une sonde urinaire, de l’oxygène, des électrodes sur le torse, un holter, trois perfs dans les bras, un appareil pour mesurer la saturation, des baxters.

Je ne peux pas manger ni boire, je ne peux même pas m’asseoir.  Et je ne peux donc pas me déplacer (ou plutôt être déplacée) pour aller rencontrer mon petit bébé.

 

Une première rencontre tardive…

 

S’en suivent de très longues heures, trop longues, trop nombreuses, pendant lesquelles je me morfonds et je pleure de ne pas pouvoir serrer mon tout petit.  Je reçois quelques visites mais elles sont limitées à la famille très proche et dans un créneau horaire restreint.  Seul Simon a le droit d’être avec moi en-dehors de ces moments.  Simon entame donc des allers-retours entre la néonat, le Middle Care et notre maison.  Il me raconte et essaie d’être le plus fidèle possible à ce qu’il observe chez Léo.  Celui-ci va bien et son état, stable, est tout à fait rassurant.  Vendredi soir, visite surprise: Bénédicte vient me voir et amène avec elle un peu de sa chaleur qui lui est si particulière, pour réchauffer mon coeur meurtri de jeune maman qui n’a pas encore pu rencontrer son bébé.  Elle s’inquiète que personne ne soit encore venu pour stimuler ma lactation et récolter mon précieux colostrum.  Elle s’affaire pour la première expression manuelle de mon lait.  Même s’il n’ira pas dans le ventre de Léo, ce premier lait va aider à stimuler la lactation.  Merci Bénédicte pour ta présence réconfortante à ce moment-là, et pour m’avoir convaincue de continuer à parler à mon bébé (comme lorsqu’il était encore dans mon ventre), ce que j’ai fait inlassablement.

Car il a fallu attendre plus de deux journées complètes pour que je puisse enfin serrer mon Léo dans mes bras.  Léo est né le vendredi 11 janvier à 9h30 et je l’ai rencontré le dimanche 13 à 16h00.

Cette attente a été très difficile à vivre.  La situation semblait parfois surréaliste: Léo et moi étions tous les deux au même endroit, à la même adresse, mais nous ne pouvions pas nous voir!  Mon gynéco est passé me voir plusieurs fois et comprenait bien mes attentes.  Malgré son intervention et celle de la pédiatre, je n’ai pas pu quitter le Middle Care avant dimanche après-midi.  Quand j’ai été amenée dans ma chambre à la maternité (chambre commune avec une maman qui avait son bébé avec elle dans la chambre…), Simon a enfin pu me conduire, en chaise roulante, jusqu’en néonat.  Simon a sonné à l’entrée de la néonat et s’est présenté au parlophone en disant «la maman et le papa de Léo».  Quelle fierté j’ai alors ressentie, même si je ne connaissais pas encore Léo!  Passées les formalités sanitaires obligatoires qui me semblent interminables (port d’une blouse, mains lavées et désinfectées), me voilà enfin dans une pièce où trônent plusieurs couveuses.  Simon étant derrière moi et poussant ma chaise roulante, je ne sais pas où il va m’amener, je ne sais pas lequel est mon bébé!  Je suis fébrile à l’idée de ne pas reconnaître mon enfant.  Mais la chaise s’arrête et, enfin, j’ai devant moi mon petit Léo, toute toute toute petite boule d’amour, que je peux toucher à travers les hublots de la couveuse.  Je lui parle, je le caresse, il se tourne vers moi, il me reconnaît!  Quelle bouffée d’amour, quelle fierté à ce moment précis!  Une infirmière s’approche et propose de déposer Léo contre moi, en peau à peau.  On s’emmêle un peu entre les fils de Léo et les miens, mais on y arrive à notre plus grand bonheur.  Il est si petit et si léger, avec son 1,700 kg…et tellement beau!  Il se blottit contre moi, j’ai assez d’une main pour le porter et le maintenir contre ma poitrine.  Les larmes coulent et toutes les émotions viennent se mélanger mais qu’importe!  J’ai mon petit dans mes bras et nous sommes enfin réunis tous les trois.

Le soir-même, je commence à tirer mon lait que j’amènerai à Léo, au fur et à mesure des mes visites à la néonat, plusieurs fois par jour.  Léo a une sonde qui part de son nez jusqu’à son estomac: il est «gavé».  Il ne recevra rien d’autre que mon lait maternel, que j’aurai la chance d’avoir en quantité.  En effet, il est encore trop petit/immature physiologiquement/faible pour être capable de têter à même mon sein.  Il a surtout besoin de dormir et rester bien au chaud, dans la couveuse.

Dans les jours qui suivent, quelques têtées de contact sont essayées mais sans grand succès.  Rien d’inquiétant cependant, vu son jeune âge et son petit poids.

Arrive une nouvelle étape qui est un autre déchirement: après 10 jours de convalescence, je quitte la maternité et nous rentrons à la maison, sans Léo qui reste à la néonat.  Il y restera au total pendant 6 semaines.    6 semaines pendant lesquelles nous sommes allés le voir 2 à 3 fois par jour.  6 semaines particulièrement intenses et éprouvantes, entre les trajets, les séances de tire-lait plusieurs fois par jour, la fatigue, les émotions, les coups de téléphone de la famille et des amis.

 

Un allaitement difficile à démarrer…

 

Dans un premier temps, les infirmières pédiatriques de la néonat et notre pédiatre se sont montrées tout à fait rassurantes, même si les mises au sein s’avéraient infructueuses.  Petit à petit, différentes techniques et positions ont été essayées.  Parfois, Léo têtait 22 grammes, 6 gr, 0 gr….  C’était très aléatoire.  Souvent, nous avions l’impression qu’il y avait eu un déclic, quelque chose de différent dans la têtée…puis sur la balance, rien.  Peser Léo avant, pendant, après la mise au sein…malgré la volonté constante de ne pas nous mettre la pression, à Léo et à moi, ce protocole instauré par la néonat est vite devenu énergivore…et déprimant.  À un certain stade, on a commencé à entendre des petits commentaires désagréables adressés à Léo: «Allez petit fainéant!  Maman a plein de lait, papa et maman veulent que tu rentres à la maison…ça ne dépend que de toi!»…Insupportable.  Je suis devenue de plus en plus sensible, à fleur de peau: qu’est-ce qui ne va pas chez moi?  Pourquoi je n’arrive pas à l’allaiter?  Les bébés arrivés en même temps que Léo en néonat sont rentrés chez eux depuis longtemps…Maintenant c’est le tour de ceux qui sont arrivés bien après Léo…

Je continue à tirer mon lait et à l’amener, mes petits pots remplissent le congélateur de la néonat, on me dit que j’ai beaucoup de chance d’avoir encore autant de lait, alors que Léo ne prend pas au sein.

Je passe ici un épisode long et éprouvant pour notre moral mais en bref, les deux dernières semaines de Léo en néonat nous ont fait perdre toute confiance en nos capacités de parents.  Débutée sur un malentendu, une relation avec un des pédiatres me fragilise davantage car il est question de passer au biberon.  Je refuse mordicus: j’ai du lait, Léo n’a même pas encore l’équivalent de 38 semaines, je veux continuer à essayer.

Les avis et conseils de certaines infirmières sont parfois contradictoires et on ne sait plus où donner de la tête.  Je me sens complètement perdue.  Simon a la bonne idée d’appeler Bénédicte qui propose de venir nous voir en néonat, lors d’une mise au sein.  Elle se montre rassurante et nous conseille d’appeler Thérèse Richard.  Celle-ci nous redonne tout de suite confiance: tant que j’ai du lait, et tant que Léo est capable de têter au doigt (technique du DAL aussi appelée «à la paille»), on peut garder l’espoir que l’allaitement démarre.  Il n’en faut pas plus pour nous rebooster!  Thérèse nous donne également une consigne essentielle: nous devons nous tirer de la tête que nous quitterons la néonat avec un allaitement démarré.  Nous aurons tout le temps de nous y consacrer quand nous serons à la maison, au calme, avec Thérèse.  C’est déjà un soulagement énorme! 

Finalement, quand Léo a 5 semaines, nous passons en «chambre mère-enfant»: c’est censé être la dernière ligne droite avant le retour à la maison, histoire que maman et bébé s’habituent à être ensemble 24h/24.  La sonde de Léo est enlevée et il est donc exclusivement nourri en fournissant des efforts, que ce soit à la tasse, à la paille, et au sein le plus souvent possible.  Une condition est posée par le pédiatre: si Léo ne boit pas assez par ses «propres moyens», le gavage sera recommencé.  On nous dit aussi que, dans notre cas, la chambre mère-enfant n’est pas forcément la promesse d’une sortie dans les 2-3 jours, comme c’est le cas habituellement.  Le but ultime est de développer l’allaitement.  Forts des contacts téléphoniques que nous avons quotidiennement avec Thérèse, nous acceptons ces conditions.  Léo et moi resterons finalement 5 jours en chambre mère-enfant.  Tous les jours, Thérèse nous encourage et insiste sur le fait que la mise au sein sera travaillée à la maison.  Pour nous, ce point-là est très clair.  Mais le faire  comprendre au personnel médical, c’est une autre paire de manches!  Nous voilà parfois amenés à tricher un peu, juste pour qu’on arrête de faire du forcing à heure fixe sur les mises au sein de Léo…qui s’y endort systématiquement!  Au sein de l’équipe des infirmières, deux d’entre elles vont nous soutenir jusqu’au bout de notre projet d’allaitement.  C’était un vrai soulagement de constater qu’elles étaient de service!  Les encouragements téléphoniques de Thérèse et le soutien réel de ces deux infirmières nous ont aidés à tenir le coup et à nous convaincre que non, nous n’étions pas fous de croire en cet allaitement.  Nous sommes rentrés à la maison tous les trois quand Léo a eu 6 semaines.  Thérèse est venue le jour-même nous inonder de ses précieux conseils, de ses paroles encourageantes, de ses gestes chaleureux.

Pendant les 4 semaines qui ont suivi, j’ai continué à tirer mon lait entre 5 et 9 fois par jour, et à le donner à Léo à la paille: c’est la technique qui nous convenait le mieux à tous les deux.  À chacun des ses repas, Léo était mis au sein.  Toujours sans grand succès.  Quelques fois, il têtait un peu et résonnait alors la phrase victorieuse de Thérèse: «il nous a montrés qu’il pouvait le faire».  Nous avons tout essayé: le bain, la pénombre, le peau à peau, la tétrelle, les positions différentes, etc…  Sans succès.  Pourtant, nous gardions espoir!

Tout doucement dans notre entourage s’est installée une sorte de défaitisme, comme si tout le monde (ou presque) pensait qu’il faudrait bien arrêter de s’obstiner et regarder les choses en face: cet allaitement qui mettait tant de temps à démarrer était un échec.  Des petites phrases ont commencé à se glisser dans les conversations: «t’en as pas marre de tirer ton lait?  Tu vas continuer comme ça jusque quand?»…  On était aussi fort limités dans nos activités puisque je tirais mon lait toutes les trois heures.  Mais l’idée d’arrêter tout ça, même si c’était contraignant, et de me résoudre à passer au lait en poudre, cette idée restait inconcevable pour moi au vu, entre autres, de tout le lait que mes seins continuaient à produire.  J’ai aussi et surtout répété inlassablement à qui voulait bien l’entendre que je n’avais pas pu accoucher à la Maison de Naissance, ni de manière physiologique, ni être avec Léo pendant les trois premiers jours de sa vie, mais que pour l’allaitement je pouvais enfin être actrice et décider que je continuais à essayer.

Que Thérèse nous dise qu’elle continuait à y croire était une motivation supplémentaire et majeure.  Quand Léo a eu 2 mois, j’ai préféré essayer les mises au sein avec une tétrelle quasi d’office car les résultats semblaient légèrement plus positifs avec l’utilisation de cet accessoire.

Un peu plus tard, Léo a eu 2,5 mois.  Tout d’un coup, un sentiment de désespoir m’a submergé.  Il est arrivé sans crier gare.  J’ai commencé à culpabiliser.  Bizarrement, cela n’avait pas été le cas jusque-là: j’avais confiance en moi et en Léo pour cet allaitement.  Mais quand la culpabilité à commencé à me ronger, ce fut l’enfer dans mon coeur.  Qu’est-ce que je faisais mal?  Est-ce que je n’étais pas en train de faire du forcing alors que cela n’intéressait tout simplement pas Léo?  J’en ai discuté avec une amie proche, kinésiologue comme moi, qui m’a poussée dans mes derniers retranchements.  Ses questions directes semblaient presque irréalistes sorties de sa bouche, car je savais qu’elle comprenait et soutenait profondément mon allaitement.  Après une longue discussion et beaucoup de larmes, j’ai pris la décision que j’évoquerais avec Thérèse, lors de sa prochaine visite deux jours plus tard, l’arrêt de l’allaitement.  Je n’étais pas soulagée par cette décision, au contraire.  Une autre forme de culpabilité est apparue et mon coeur était en morceaux.

Le lendemain, une autre amie proche est venue nous voir Léo et moi.  Alors que je m’installais pour mettre Léo au sein, plus par habitude et réflexe qu’avec une véritable attente, mon amie a débuté une conversation à laquelle j’ai participé (alors que d’habitude, j’entourais ce moment de mise au sein d’un certain calme et de toute mon attention).  Et là, sans crier gare, Léo a commencé à têter!  Et bien, en plus!  Quand je lui ai présenté le deuxième sein, il a repris de plus belle…  Il a un peu moins têté et je lui ai présenté, comme d’habitude, mon lait à la paille, tiré quelques heures avant: il n’a pas tout bu, me donnant la confirmation qu’il était repu, vu ce qu’il avait déjà bu directement à la source.

Mon bonheur a été immense mais pas complet: j’ai eu peur que cela ne soit qu’une têtée réussie isolée.  Mais au moment de son repas suivant, Léo a réitéré son exploit!  Là, plus de doute, je me suis empressée d’appeler Thérèse pour lui annoncer la grande nouvelle.  Nous nous sommes laissé des messages par répondeurs interposés, mais l’émotion était palpable, des deux côtés!   À partir de ce moment-là, Léo a continué à boire au sein à chaque repas.  Il a quand même reçu, après chaque têtée, un petit complément au DAL et donc le tire-lait est resté dans le décor de notre vie pendant encore de longs mois.  Nous avons poursuivi ce système sur les conseils de Thérèse et de notre pédiatre, car la prise de poids de Léo restait précaire.  Mais petit à petit, les contraintes ont diminué jusqu’à arriver, lors de ma reprise du travail, à ne tirer qu’une fois par jour, les journées où j’étais au boulot.

Il faut aussi savoir que je continuais à essayer régulièrement de donner le sein sans tétrelle.  Là aussi, cela a pris du temps mais on y est arrivés: Léo a commencé à boire au sein avec tétrelle à 2,5 mois, et sans tétrelle à partir de 5 mois.

Je suis très fière de Léo et de notre allaitement réussi.  Dans quelques jours, Léo aura 16 mois et est toujours allaité, pour notre plus grand bonheur.  Cette aventure humaine extraordinaire (je parle aussi bien de la naissance de Léo que de son allaitement) a été possible grâce à des personnes professionnelles remarquables qui ont insufflé, et continuent de le faire dans leur travail de tous les jours, une humanité profonde.  Merci à Bénédicte et Evelyne de la Maison de Naissance, merci à mon gynécologue et à la pédiatre de Léo, merci à Vinciane et Fabienne de la néonat, merci merci merci à Thérèse, soutien indéfectible pendant 8 beaux mois de suivi à la maison.  Et merci bien sûr à nos familles et nos proches qui nous ont entourés de leur amour et de leur amitié.

Enfin, pour la petite histoire, j’ai souhaité revoir le pédiatre avec qui j’avais été en froid à la néonat, afin de pouvoir sortir de cette spirale négative où je ressassais sans cesse nos échanges. J’y ai été encouragée par Thérèse mais aussi par la pédiatre de Léo qui, toutes les deux, chacune à leur manière, ont été dans une véritable écoute.  Le pédiatre a été d’accord de me rencontrer et ce fut pour moi un moment important dans l’acceptation de tout ce qui avait été plus douloureux autour de la naissance de Léo.  Cette rencontre inattendue a été extrêmement positive et je tiens également à remercier ce pédiatre de son humilité.

 

 

                                                                                                          Céline, Simon et Léo

 

                                                                                                    Achêne, le 6 mai 2014.

L'attente et la naissance de Thalia

Le choix d’avoir un enfant

 

Un bébé ? Ca fait un moment qu’on en parle … Ok mais qu’est-ce que c’est de s’occuper d’un petit être ? En sommes-nous capables ? Comment fait-on ? Et puis, c’est pas le tout de le porter mais comment accouche-t-on ? Y a-t-il des variantes à ce que je connais ?

 

Moi, je suis « mal née » … De ce que ma mère m’a raconté, elle est restée les 6 derniers mois de la grossesse couchée par crainte d’une fausse couche. Proche du terme, son gynécologue a d’abord stoppé chimiquement le travail, puis l’a provoqué. Le jour J, il  lui a fait une épisiotomie au préalable mais le tabouret a cassé à ce moment précis, ce qui lui laissait une -très- large incision, ensuite, on m’a sortie avec les forceps, j’avais le cordon deux fois autour du coup et le score d’Apgar n’était pas au top … Apparemment, nous avions frôlé la mort de très près … Est-ce vrai ou pas … Finalement, est-ce important ? J’ai vécu, non ?

 

D’accord, on se lance, j’arrête la pilule fin juillet. Afin de trouver des réponses à nos questions, en octobre 2013, nous nous rendons au salon « Baby Days » à Bruxelles où nous rencontrons une dame super qui nous explique que nous n’étions pas obligés d’accoucher en clinique, donc en maison de naissance ou chez soi, et que le suivi mensuel pouvait être assuré par des sages-femmes, même si plusieurs visites chez le gynécologue étaient fortement recommandées. Notre « bonne fée » nous explique plein de choses sur le choix de la naissance d’un enfant, que chaque accouchement est différent, les positions, dans l’eau, etc. Nous l’ignorons encore mais je suis déjà enceinte … L’aventure commence.

 

Nous commençons notre suivi avec une sage-femme de Louvain-la-Neuve, Françoise, avec le projet d’accoucher avec son soutien à la clinique la plus proche. Cependant, nous devons déménager sur Namur donc, nos choix doivent changer. Nous sommes tristes de la quitter mais voilà, c’est la vie …

 

Nous rencontrons les trois sages-femmes référentes de la maison de naissance de Namur, Evelyne, Bénédicte et Noémie. Le contact est excellent. Après mûres réflexions, notre projet de naissance, à Henry et moi, est de faire naitre notre enfant là-bas. Nous nous préparons bien, nous suivons quasiment tous les ateliers concernant l’accouchement : l’histoire d’une naissance vue de l’intérieur, la douleur, les positions durant le travail et l’accouchement, la physiologie du travail et de l’accouchement, l’accueil du nouveau-né, l’allaitement et les pleurs de bébé. De même, nous suivons une préparation affective à la naissance qui nous apprend l’haptonomie, comment gérer la douleur, comment accueillir les contractions et comment pousser efficacement pour l’expulsion.

 

Les semaines passent, nous sommes de plus en plus en confiance avec l’équipe qui nous encadre. Nous sommes prêts.

 

 

La Naissance de Thalia

 

Ce lundi 09 juin 2014 à 21h30, la poche des eaux se fissure, nous prévenons Bénédicte qui est de garde. Toute la nuit, j’ai des petites contractions qui me font penser : « si c’est ça les contractions de travail, je m’attendais quand même à pire … ». Je note leurs espacements : 20 min … 10 min … 5 min … Le mardi vers 09h00, tout s’arrête. Plus tard dans la matinée, nous nous rendons à la maison de naissance parce que je dois avoir une perfusion d’antibiotiques. Le travail ne démarrant pas, nous essayons divers traitements homéopathiques, sans résultat. Vers 19h00, Bénédicte vient nous demander ce que nous comptons faire, rester là encore ou aller à la maternité. Nous avons besoin d’un coup de pouce pour démarrer le travail, je sens bien que c’est juste et qu’il est inutile de rester là … Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. Je désespère, j’ai peur, ce n’est pas du tout ce que je voulais … J’ai une très mauvaise impression des hôpitaux, nous n’y allons que lorsque nous sommes malades ou accidentés, non ? Je ne me considère pas malade. Je ne suis pas prête d’y aller, qu’est-ce que les médecins allaient bien pouvoir me faire ? Serais-je respectée, écoutée ? Vont-ils juger mes décisions ? Mais il faut y aller, mon bébé doit naitre. C’est le plus important.

 

Nous arrivons à la maternité vers 20h00, une sage-femme charmante, Anne, nous reçoit et nous place dans la salle d’accouchement. Quelle surprise, ce n’est pas un bloc opératoire ! Maudits préjugés que j’ai ! Elle m’installe à peine sur la table avec le monitoring que le travail commence spontanément. Des contractions déjà toutes les 5 minutes. Anne met un peu d’ocytocine pour aider le travail. Je les accueille, je les prends une à une, je suis fière de moi. Henry et Anne m’encouragent, tout se passe très bien. Le col est à 3cm. 

 

Et puis, tout s’accélère. La poche des eaux se rompt nettement. C’est plus douloureux. Très vite, je n’ai plus le temps de récupérer entre les contractions et je perds pied. Là, je comprends mieux les douleurs dont on parlait aux ateliers et lors des préparations à la naissance ! Je ne sais plus réfléchir ni respirer. Le mercredi, vers 00h30, le col est à 4cm. Anne me parle : je suis épuisée, la route est encore très longue avant la fin, elle me conseille de faire une péridurale pour me reposer un peu. Effectivement, je tombe de fatigue, je souffre terriblement, je sens qu’il est impossible de continuer ainsi. L’anesthésiste arrive et dès qu’il met en place la péridurale, tout se calme. Je ressens tout mais sans douleur. Béni soit cet homme qui me soulage ainsi ! De ce fait, je peux poursuivre ma nuit calmement mais sans dormir. 

 

Régulièrement, Anne me tourne alternativement sur le côté gauche puis sur le droit durant les heures qui suivent. Vers 02h30, le col est déjà à 8cm et vers 04h00, à dilatation complète mais mon bébé est encore très haut. Entre 04h30 et 05h40, Anne me fait pousser à chaque contraction pour le faire descendre jusqu’à ce que nous puissions voir et toucher la petite tête. 

 

La gynécologue arrive et prend les choses en main. Je suis épuisée et ma poussée n’est apparemment pas efficace, Anne doit pousser sur mon ventre en même temps que moi pour aider l’expulsion. Il apparait que mon bébé regarde vers le haut … J’aime croire qu’elle voulait voir le lever du Soleil ! Pas le choix, il faut une épisiotomie. La tête sort, le cordon est autour du cou, puis sortent les épaules et le reste du corps, il est 06h10. Vite, il y a du méconium dans le liquide amniotique, il faut couper le cordon et aspirer les voies respiratoires de ma petite fille. Ensuite, on me la rend pour faire du peau à peau pendant que la gynécologue recoud la plaie. Il y a 5 points de suture à l’extérieur. Le placenta sort. Je perds beaucoup de sang et je suis à la limite de perdre connaissance. 

 

Mais je m’en moque. J’ai mon petit ange dans les bras … Thalia, ce nom lui convient parfaitement. Elle a l’air épuisée également mais elle va bien. Nous sommes emmenés dans notre chambre où nous restons jusque dimanche 15 juin. L’équipe qui nous prend en charge est également très compétente et professionnelle. Nous ne l’oublierons jamais ! L’allaitement se met en place progressivement, il faut un peu de temps pour que maman et bébé s’accordent mais tout se passe à merveille.

 

Je n’ai peut-être pas eu l’accouchement physiologique rêvé mais je me suis sentie respectée, écoutée, bien prise en charge, soutenue et ce, sans jugement. Avec du recul, je constate avoir eu beaucoup de chance : nous avons passé le temps entre la fissure de la poche et le début de travail en cocooning à l’appartement et puis à la maison de naissance, il n’y avait que nous en salle de naissance donc nous avions Anne pour nous tout seuls, c’est ma gynécologue de référence qui a suivi ma grossesse qui était de garde cette nuit et le travail a été très rapide une fois qu’il a démarré, ce qui ne m’a pas fait souffrir trop longtemps. Et pour finir, j’ai reçu le plus beau cadeau du monde, n’est-ce pas ?

 

Aujourd’hui, Thalia a 10 jours et nous allons très bien. Ayant bien compris les actes médicaux appliqués afin que mon bébé puisse naitre, j’ai très bien vécu mon accouchement et je suis prête à être à nouveau enceinte. Je recommencerai le projet de naissance de la même façon, voir jusqu’où je serai capable d’aller le plus naturellement possible et s’il est évident que je risque de perdre pied durant le travail, je demanderai de l’aide aussitôt au lieu d’attendre de vraiment souffrir.