Maison de Naissance de Namur - L'Arche de Noé | Témoignages des parents
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Témoignages des parents

Tant d’histoires s’entremêlent dans notre petite Arche…

Merci de nous partager un morceau de la vôtre! 

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Quand le projet de départ a changé de route, à un moment .

Pour les couples qui avaient eu un jour le projet d’accoucher à la Maison de Naissance de Namur, il y en a pour qui le chemin d’enfantement a pris une direction différente, possibilité qui fait partie de ce que nous partageons avec les couples en prénatal:

–> Certains bébés sont nés en milieu hospitalier : à la Clinique Ste Elisabeth, au CHR de Namur, d’autres à Auvelais, d’autres encore à Braine l’Alleud, à Ixelles ou à Ottignies, à Liège, à Charleroi,à Dinant, à Libramont …

Les transferts se sont fait soit avant le jour de l’accouchement dans des cas de présentations de siège à terme, de placenta trop bas, d’une grosse gastro-entérite chez la maman, ou d’une biologie (prise de sang) perturbée. Pour quelques mamans sans problème particulier, le gynécologue a souhaité un accouchement provoqué entre 40 et 41 semaines. Pour quelques mamans encore, il a fallut provoquer l’accouchement proche ou à 42 semaines.

Pour d’autres couples, cela s’est fait le jour de l’accouchement sans démarrer de travail à la MDN, çà a été le cas parfois pour un travail qui s’est déclaré à 36 semaines et 3 jours, d’autres pour un travail déclaré à 36 semaines et d’autres encore où le travail ne s’est pas mis en route après une rupture de la poche des eaux. Ces naissances se sont déroulées dans le milieu hospitalier, avec ou sans intervention (perfusion d’ocytocine, épisiotomie, péridurale, …)
Un seul bébé a été transféré pour présentation du siège.
Pour d’autres mamans dont le travail ne s’est pas enclenché malgré la rupture de poche, le couple est allé jusqu’à leur hopital référent où le bébé est né plusieurs heures plus tard.

D’autres encore ont commencé le travail à la MDN puis soit pour une demande de péridurale, soit pour une raison de stagnation de l’évolution ou encore d’impossibilité à terminer la naissance en extra-hospitalier. Ceci a été le cas pour un bébé qui s’est présenté par le front, ce qui nécessite une naissance par césarienne. Le transfert s’est fait dans le calme, tout le monde allait bien et la césarienne s’est déroulée sans problème.
De fait, parfois, la naissance s’est terminée par une césarienne ( 10 cas sur 500 couples accueillis chez nous sur 9 ans) pour non évolution soit du travai,l soit de l’engagement et ce malgré les ocytociques proposés à l’hôpital.
Dans d’autres cas un forceps ou une ventouse ont été nécessaire à l’hôpital, mais cela reste peu fréquent.

Ceci permet de comprendre à quel point le souhait d’accouchement en MDN est un projet. Celui-ci est évalué à tous les stades de la grossesse et de l’accouchement et quel que soit le chemin utilisé par le bébé pour sa mise au monde, ce qui compte c’est de respecter des critères de sécurité et de rester bien ensemble et avec son bébé. L’accouchement en MDN n’est pas un mode idéal d’accouchement, il est une possibilité parmi d’autres qui sont accessibles aujourd’hui.

–> D’autres bébés sont nés à domicile vu la rapidité du travail :
Les sages-femmes sont allé rejoindre le couple plutôt que de leur imposer un trajet. La demande des couples à ce moment était de cet ordre. Une bonne dizaine de naissances se sont déroulées de cette manière toute simple et rapide bien sûr.

Ce paragraphe est l’occasion de proposer à tous les couples qui souhaitent témoigner de leur histoire …
de le faire sans hésiter quitte à ce qu’il y ait eu des choses un peu plus difficiles à gérer.

C’est cela aussi une information pour un « choix éclairé « , c’est la base de notre fonctionnement avec les couples.

A la demande de nombreux parents, cette rubrique a été créée pour permettre à ceux qui le souhaitent de témoigner de ce « changement de route « , de leur adaptation et de la naissance de leur bébé.
Bienvenue à vos témoignages …

 

 

La naissance d'Anouk nous est relatée ici, elle est née en clinique parce qu'il a fallu provoquer pour un dépassement de terme.

«  Tous les chemins mènent à la naissance »

 

Par Marie, Marc et Anouk SODOYEZ.

 

Chaleur, accueil, amitié, amour, tendresse, sourires… Tout cela nous l’avons découvert à « Arche de Noé ». les trois petites fées de la maison, Bénédicte, Evelyne et Marie-Christine, nous avaient préparés durant 9 mois, tant affectivement que physiquement, à l’arrivée de notre petite puce.  Neuf mois de bonheur, de découvertes et d’apprentissage sur cet instant magique. Neuf mois d’une grossesse parfaite.

 

Le terme théorique approchait et toujours pas de signes précurseurs….Pas grave, elle est au chaud !!

Durant la semaine qui suivi le terme, tous les remèdes de grand-mère y sont passés : la marche, la méthode italienne, les gouttes homéopathiques, tirer le lait, le bain chaud, un verre de vin, l’huile de ricin, … Rien n’y fit !  Petite puce restait toujours au chaud.

Sa maman n’avait qu’une volonté, la mettre au monde à l’Arche de Noé. L’hôpital n’était à envisager qu’en cas d’extrême urgence. Mais comme Béné nous l’avait dit : « A force d’être trop contre, on se retrouve tout contre »

 

A 41 semaines et 3/7, nous avons fait une échographie et un monitoring de routine à l’hôpital, pour avoir un avis médical. La sentence, cette épée de Damoclès tombe !!

Médicalement parlant, ne pouvant pas provoquer le WE et le lundi suivant nous aurions été à 42 semaines accomplie, on provoque vendredi !! Dans deux jours.

Juste pour raison médicale, nous n’avons plus 4jours, nous n’avons plus 2 jours, nous n’avons plus qu’un seul jour car le rendez-vous est fixé le lendemain soir à l’hôpital.

 

Tout s’effondre, le projet, nos espoirs, nos convictions…Le cœur de maman.

 

Sur le conseil de Marie-Christine, nous avons écrit notre projet de naissance pour l’hôpital , en espérant qu’ils essaient de ternir compte le plus possible de nos  choix.

Les heures qui précèdent notre départ nous servirent à réviser les différents conseils et techniques que nous avaient enseignés nos trois petites fées.

 

La valise est prête, le cœur serré nous partons pour l’hôpital.

Arrivée à la maternité, nous sommes accueilli chaleureusement par Chantal, la sage-femme de la nuit. Elle nous place dans une chambre d’accouchement plus spacieuse, car nous lui avons dit que nous venions de l’Arche. Le monitoring est installé et elle prend le temps de nous parler, de nous écouter et de dédramatiser  notre situation…Elle nous met en confiance.

Minuit,  nous rentrons dans notre chambre, maman devra se lever à 2.30 du matin pour commencer le travail avec le placement du comprimé à côté du col pour son mûrissement.

 

7.30, papa arrive, au grand bonheur de maman. Nous commençons les exercices d’haptonomie et d’hypnose. La sage-femme de la matinée s’appelle Caroline, elle aimerait que je sorte de moi-même et nous le souhaitons aussi de tout cœur.

Malgré tout vers 10.00, le col ne s’ouvre pas assez vite…. La poche est rompue, l’ocytocine est placée… Et maman prend mesure de la différence entre les contractions du début et celles qui arrivent. En concertation avec Caroline, elle demande la péridurale. Celle-ci fonctionnera à partir de midi, ce qui permettra à papa de manger et aussi à maman de se reposer aussi un peu… Malheureusement après deux heures, elle n’aura plus d’effet !!

Le volume d’ocytocine a triplé, les contractions sont synthétiques : rapprochées, rapides et directement à leur maximum. L’anesthésiste viendra trois fois pour réajuster le tir mais rien n’y fera. Maman est dépassée par la douleur. Elle ne parle plus mais fait tout son possible pour accepter cette douleur, encouragée par la présence et les murmures à son oreille de papa.

Caroline examine maman, elle voit ma tête et la montre à papa. Nous sommes à 9 cm, le champ chirurgical est placé, maman commence à pousser. A la demande du gynécologue, elle devra pousser en continu ( pour se dépêcher). Après 20 minutes , ma tête est passée puis tout mon corps et j’ai pu enfin voir maman et papa. Ce moment, je l’ai attendu 9 mois dans mon petit nid.

 

Si comme moi vous devez passez par l’hôpital pour accueillir votre bébé, n’ayez pas peur. Peut-être serez-vous comme moi désemparée, perdue, prise d’angoisse, débordant de larmes, sachez qu’à l’hôpital j’ai découvert d’autres choses que mes apriori.

J’ai d’abord rencontré un personnel compétent : des sages-femmes adorables, qui perçoivent la naissance comme à l’Arche de Noé. Et puis dans cette chambre d’accouchement il y avait tout le matériel nécessaire pour se préparer : un ballon, une baignoire, un siège d’accouchement et même une chaine-Hifi bien sûr si je regardais plus loin, je voyais le matériel médical. Mais cela n’avait plus d’importance. J’étais en confiance, bien entourée et comprise… pour mettre au monde mon bébé

 

Si vous devez donc prendre le même chemin que nous, allez-y le cœur léger en vous disant : « demain, sera le plus beau jours de ma vie, je verrai enfin mon bébé».

 

Ce n’est que le chemin qui est différent, mais l’aboutissement est toujours le même, toujours aussi beau….. Les yeux de votre enfant, vous regardant avec tout son amour.

 

Marc, Anouk et Marie ( dans l’ordre d’écriture).

Pour la naissance de Hugo, il a été nécessaire de transférer pendant le travail pour une naissance en milieu hospitalier.

Samedi 14 avril 2007

Le temps est presque estival. Ce matin, nous avons été promener, histoire de prendre l’air et de faire travailler le col … Je suis toute ronde de toi et je me demande quand tu vas nous arriver (terme prévu le 17 avril).  Il est un peu plus de 18h30 quand je sens une contraction accompagnée d’un tiraillement, là en bas. Je continue à préparer le souper en me disant « chouette, le col travaille ».

 

19h : Ca continue et je me rends compte que les contractions arrivent à intervalles réguliers de 6 – 7 minutes. Tiens, tiens, … Serait-ce le début du travail ? Philippe et moi achevons de manger, presque dans le silence. Vous savez, ce silence qui précède les tempêtes … Nous faisons rapidement la vaisselle. Je continue à regarder l’horloge. Les contractions sont régulières.

 

20 h : J’ai envie d’aller marcher mais je téléphone d’abord à Marie-Christine pour lui décrire mes sensations. Sur son conseil, je prends un bain dans une atmosphère tamisée (musique douce et bougies pour seule lumière). Philippe est rempli d’émotions et a les larmes aux yeux à l’idée de bientôt te rencontrer. Dans l’eau, je te parle, à toi mon bébé. Curieux moment hors du temps où je me demande si tu as décidé de naître ou s’il s’agit d’une fausse alerte. Les contractions sont toujours là, même intensité, un peu plus rapprochées.  Je n’ose y croire.

 

21h : Je rappelle Marie-Christine. C’est bien le travail qui a commencé. On convient que je la rappelle quand j’en ai besoin, quand on veut rejoindre l’Arche. Ca y est, notre vie est en train de basculer. Philippe regarde la télé d’un œil distrait. Je suis en peignoir dans le fauteuil. Les contractions se rapprochent et s’intensifient. On décide de mettre les « valises »dans la voiture. A chaque contraction, je me lève et fais quelques pas pour respirer et accompagner la douleur (car le tiraillement du début s’est transformé en douleur). J’écoute une dernière fois la chanson de Fabienne Marsaudon « 9 mois d’amour » et je pleure dans les bras de Philippe. C’est la fin de la grossesse, le début d’une nouvelle étape. Je sais que d’ici peu je serai ballotée par les forces primitives de la Vie.

 

22h30 : A ma demande, nous allons marcher dans la rue. Quelques centaines de mètres pendant lesquels je me plie en deux régulièrement …

 

23h : Je décide de rappeler Marie-Christine. L’heure est venue pour moi, pour nous, de rejoindre la maison de naissance. Je suis déjà dans la nuit des temps. Les vagues de douleur se suivent et se retirent. Je garde les yeux fermés pendant tout le trajet. Je respire. Je pense à mon col en train de s’ouvrir.

 

23h45 : Nous arrivons à l’Arche. Marie-Christine nous attend. J’ai déjà peu de répit entre les contractions (2 – 3 minutes). Philippe installe nos affaires, allume les bougies et met de la musique. Je suis couchée sur le lit. J’expire profondément à chaque contraction. Je garde les mains grandes ouvertes, à l’image de ce col de l’utérus qui s’ouvre pour laisser passer la vie.

1h15 : Les 2 cms d’ouverture de notre arrivée se sont transformés en une ouverture totale … Quelle rapidité ! Quelle douleur aussi … Je suis bousculée par le rythme des contractions qui me laisse à peine le temps de reprendre mon souffle. Je me sens de plus en plus petit bouchon perdu au milieu de l’océan, balloté par des forces qui me dépassent, qui viennent du plus profond de mon être, du plus profond de l’humanité. Le rivage revient régulièrement mais de plus en plus furtivement. Voilà déjà la suivante et tout d’un coup la poche des eaux se rompt. Bruit insolite dans cette chambre où règne une atmosphère de tempête et de calme à la fois.

 

Philippe est à mes côtés. Il me caresse la tête, m’encourage. Il me passe de l’eau fraîche sur le visage. Il me pince aussi … Technique apprise lors de nos séances d’haptonomie. Ces pincements très vigoureux au moment des contractions font une grande différence pour moi. Ca rend la douleur plus gérable.

Je ne parle pas. Je n’en ai plus la force. J’ai les yeux fermés, tout mon être est tourné vers mon ventre. Je te parle à toi Hugo, je t’encourage à descendre dans mon bassin. De temps en temps, je laisse échapper un cri au moment des contractions.

 

Pendant 1h30, les contractions continuent à m’envahir, accompagnées de poussées. Je change plusieurs fois de position : tabouret, couchée sur le côté, sur le dos, à 4 pattes sur un gros ballon. 1h30 de ces poussées et pourtant tu ne t’engages pas. Catherine, (la seconde sage-femme) est arrivée, présence discrète. Et toi tu te fais attendre. (Marie-Christine nous dira quelques jours plus tard qu’au lieu de fléchir la tête, tu l’as redressée …). Je sens que ça pousse mais je suis fatiguée. Je n’en peux plus. Mon moral flanche. Je subis les poussées. Je n’arrive pas à pousser. Je commence à avoir peur. Peur ne pas savoir te faire sortir. Philippe m’encourage de toute son âme, de tout son cœur. Mais je n’en peux plus.

 

2h30 : Je dis à Marie-Christine que je suis fatiguée et que j’ai besoin d’aide. Elle propose de se mettre en route pour Sainte Elisabeth : elle surveille depuis un moment déjà ton cœur avec le monitoring. Ton rythme cardiaque flanche à chaque contraction … A cela vient s’ajouter ma fatigue et le fait que le travail stagne depuis 1h30. Autant d’éléments qui la poussent à jouer la sécurité.

 

Philippe rassemble à nouveau nos affaires pendant que Marie-Christine prévient le bloc d’accouchement. Catherine est restée près de moi et m’aide à me rhabiller. Je suis soulagée de savoir que l’aide va arriver. Je demande si on va me faire une césarienne tellement je suis loin dans la fatigue. « Ce ne sera pas nécessaire » me dit Marie-Christine.

 

2h50 : Je m’installe sur la table d’accouchement. Je suis consciente sans l’être. Je subis les vagues de douleur. L’accoucheuse m’examine et c’est la surprise … Tu t’es engagé ! Une contraction arrive et on voit ta tête ! Je comprends sans comprendre. L’accoucheuse met un miroir entre mes jambes et me propose de regarder mon fils qui arrive « Regardez, c’est un petit blond ».  J’ouvre les yeux, je te vois, je comprends. Je referme les yeux. Philippe est à ma droite, Marie-Christine à gauche. Je suis bien entourée.

 

Tout à coup la fatigue s’envole. Je ne pense plus. Je pousse. Cette fois, je sens vraiment que je pousse. C’est finalement dans cette position que je le sens le mieux …  L’assistante en gynécologie est arrivée, suivie par le gyné de garde. Encore une contraction et je te sens passer dans mon vagin. Ta tête est sortie. « Doucement madame, on dégage son bras » (tu as un bras croisé sur l’épaule). Encore une contraction et te voilà. J’ouvre les yeux, tu sors de moi. L’assistante te dépose sur mon ventre.  Il est 3h23 …

 

C’est un instant incroyable, magique. Les vagues de douleur se sont tues, laissant la place à un rivage paisible. Je te regarde, toi mon fils. Déjà tu cherches mon sein et relève la tête. Bienvenue sur terre Hugo.

 

Le projet de te donner naissance à l’Arche de Noé était présent depuis le début de la grossesse. A première vue, je n’ai pas eu l’accouchement voulu ou espéré. A deuxième vue, j’ai eu l’accouchement qui était juste pour moi, pour nous. Le travail à l’Arche fut à l’image du suivi prénatal : empreint de douceur, d’écoute et de compétences. L’accueil à Sainte Elisabeth fut au-delà de toutes mes espérances. L’équipe présente a respecté notre projet : Hugo est resté longtemps sur moi, encore relié par son cordon que son papa a coupé, nous avons pu reprendre le placenta, nous sommes rentrés chez nous le lendemain de l’accouchement. Aucun regret n’habite mon cœur par rapport au déroulement de ta naissance. J’ai le sentiment d’avoir été là  où je devais aller.

 

Quelques remerciements pour terminer …

Merci du fond du cœur à Marie-Christine pour son accompagnement dans cette nuit hors du commun, et à Bénédicte et Evelyne qui nous ont accompagnés pendant 9 mois. Merci également à l’équipe de Sainte Elisabeth pour son accueil et son respect.

Et enfin, le merci qui éveille le plus d’émotions en moi, qui vient du plus profond de mon âme de femme et de maman : Merci à toi Philippe. Merci pour ton soutien inconditionnel depuis le début de la grossesse. Au cours de l’accouchement et depuis la naissance (Hugo a maintenant 2 semaines), tu as pris ta place de père au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer ou espérer. Merci d’être toi.

 

Avec tout mon amour,

Sabrina

La naissance de Marion s'est terminée à la Clinique pour une poche rompue prolongée

Toute une aventure…

par Emmanuelle le 2007-11-26

Et voilà… nous y sommes, de retour à trois à la maison! Que du bonheur! C’est vraiment un moment magique…

Alors, que s’est-il passé, pourquoi l’hôpital? Comment ça s’est passé, comment avons nous vécu cette aventure d’il y a quelques jours, vous êtes nombreux à vous le demander… Je vous préviens, ce sera long ;-). Je profite de cette occasion pour refaire le point sur ce qu’on a vécu, et en garder la trace. N’hésitez pas donc à ne le lire qu’en diagonale si vous le souhaitez. Que les femmes enceintes soient attentives à ne lire que le côté positif des choses, tout s’est très bien passé au final et chaque accouchement est unique.

Comme certains le savent (on l’avait écrit je pense) nous avions le projet d’accoucher en maison de naissance, donc dans un petit cocon juste assez médicalisé que pour être en sécurité mais pleinement humain et simple hors du stress et des réflexes parfois trop rapides et automatiques du médical, laissant le temps au temps dans le respect du rythme du bébé et de la maman.

Nous avions donc rendez-vous vendredi 16 à la maison de naissance avec Bénédicte, la sage-femme qui était justement de garde pour faire un monitoring et un examen afin de voir où nous en étions. En fin de monitoring, elle remarque qu’il y a sur le tracé une contraction relativement longue, que je n’avais même pas sentie, en rigolant je lui réponds: pas de problème, on a les valises dans la voiture! et on en rit ensemble…

Deux minutes après, en me retournant sur le dos pour me faire examiner,  je sens que je perds les eaux! Nous sommes donc restés à la maison de naissance pour vivre ce travail qui démarrait! Nous nous sommes installés dans la chambre de naissance, allumé des bougies, la musique douce, fait notre nid mais je ne sentais encore rien de bien manifeste…

On a donc été faire une petite ballade en amoureux dans le froid de la nuit mais surtout tremblants d’émotion de se dire que nous allions repartir à 3 de là! On a partagé le repas avec Bénédicte, qui allait nous accompagner jusqu’au bout de cette aventure de manière extraordinaire…

Ce passage à la maison de naissance fut un pur bonheur. Nous avons vécu l’avancée du travail, petit à petit, avec la présence discrète et à la fois bien présente de Bénédicte qui a passé ces 30 heures et quelques avec nous! Elle nous chouchoutait, nous encourageait, nous informait de ce qui se passait et faisait tout pour favoriser l’évolution du travail (petites manipulations, huiles essentielles, homéopathie, etc). Nous avons particulièrement goûté de ne pas être à la maison à nous demander quand on devait partir, ni être à l’hôpital à attendre que les choses avancent ou passer trop vite à accélérer médicalement les choses.

Nous avons ensuite essayé de dormir. Avec l’émotion, j’avoue ne pas avoir trouvé le sommeil facilement… Elle m’a réexaminée à 1h du matin puis nous avons chacun réessayé de dormir un peu, j’y suis un peu parvenue heureusement. Elle m’a réexaminée vers 6-7h du matin. Malheureusement, il nous a fallu faire un constat: j’avais perdu les eaux alors que mon col n’était pas du tout prêt et cela n’a pas beaucoup accéléré les choses. J’ai démarré le vendredi avec une petite ouverture de 1 cm et un col encore long et le samedi matin le col n’était toujours pas effacé et n’était toujours qu’à 3 cm.

Le protocole médical dans ce genre de situation c’est que 12h après la perte des eaux, les hôpitaux provoquent l’accouchement, et il était donc normalement obligatoire que je sois transférée à l’hôpital. Nous avons donc vécu une grosse déception… Bénédicte a téléphoné à l’hôpital pour voir si on pouvait quand même prendre paisiblement notre petit déjeuner avant d’y aller ce qui a été accepté. Nous en avons donc longuement discuté avec elle et nous avons pris ensuite la décision ensemble d’appeler ma gynécologue pour avoir son avis. Et c’est là que nous avons réalisé à quel point nous avions de la chance: la gynécologue a entièrement fait confiance à Bénédicte dans ses compétences et a accepté de laisser un délai supplémentaire à notre projet, à la condition de me mettre sous antibiotique (le seul risque en cas de perte des eaux précoce est d’avoir une infection). Nous avions donc encore un délai jusqu’à 15h le samedi pour voir si le travail se mettait réellement en route (je n’avais toujours pas de contractions réguières mais juste quelques unes assez supportables). Si cela démarrait vraiment, j’accouchais là, sinon, il était important que l’on aille à la clinique pas trop tard pour faire une transition dans de bonnes conditions et accélérer médicalement les choses.

A 15h, dernier bilan, en trois heures, mon col s’était un peu effacé mais pas plus d’ouverture…

Ce délai supplémentaire fut un vrai cadeau. Nous avons eu le temps par cette occasion de donner toutes les chances à Marion de venir dans les conditions que nous espérions et à la fois de nous faire à l’idée que les choses se passeraient un peu différemment et qu’il était temps de laisser place à la médecine, pour notre bien à tous. Nous sommes donc partis sereins à St Pierre à Ottignies où nous étions attendus. Nous avons également profité de ces moments pour nous reposer et encore partager un agréable repas en toute simplicité avec Bénédicte qui nous a cuisiné une bonne soupe bio toute fraîche et nous a fait une bonne salade (j’ai même épluché les carottes, pour dire à quel point c’était détendu comme atmosphère!)

A l’arrivée, nous avons été très rassurés: la salle d’accouchement avait un éclairage doux, la sage-femme de l’hôpital nous a accueillis avec des mots rassurants et nous a présentés des moyens doux pour vivre le travail: ballons, coussins, musique, etc. Cela dit, étant donné le dessin des contractions, trop courtes, elle m’a donc rapidement mise sous Baxter d’ocytocine pour accentuer les contractions. Et c’est là que les choses ont pris vraiment la tournure moins drôle… Mes contractions étaient devenues vraiment marquées depuis environ une heure de l’après midi mais là, c’est rapidement devenu vraiment d’une intensité très forte… et après quatre heures de travail dans ces conditions, je n’en étais toujours qu’à 6 cm d’ouverture et je n’avais même plus le temps de me reposer entre les contractions, j’étais à bout… j’ai donc dû envisager de demander la péridurale, ce que j’ai fait. J’ai énormément apprécié que la sage femme de l’hôpital ne me la propose pas et me laisse pleinement dans mon choix initial. Florent, très présent dans son rôle d’époux aimant et soutenant a continué ce qu’il faisait depuis la veille, être toujours là, présent, me soutenant et cherchant à m’aider à passer au-dessus de tous les obstacles en paix. Il m’a donc soutenue dans mon choix sans non plus chercher à me forcer, prenant énormément sur lui pour me soutenir sans faillir malgré la douleur de me voir souffrir (et de souffrir un peu aussi car je lui ai martyrisé les mains 😉 et son inquiétude qu’il parvenait à masquer pour m’apaiser… Je bénis le ciel d’avoir un tel mari…

Bénédicte aussi fût d’une aide précieuse car, ne pouvant assurer l’accouchement, très respectueuse du travail de ses collègues elle était très présente pour le relationnel et nous a soutenus en m’apaisant de ses gestes doux dès que j’en avais besoin, c’est-à-dire de manière presque permanente.

Je disais donc, il était important que je revoie mon projet et me dise que la péridurale était devenue nécessaire pour nous permettre d’aller jusqu’au bout et ne pas arriver sans forces au moment de l’expulsion. J’ai eu la grande chance que cette décision me soit confirmée par le déroulement de la suite. En effet, il n’était alors que 20h30… (Marion est née à minuit 43) La péridurale a malheureusement d’abord un peu ralenti le travail mais j’ai pu alors me reposer un peu et puis on a réaugmenté l’ocytocine pour faire avancer les choses. Ici encore, que du bon, tout s’est déroulé impeccablement, péridurale parfaite, bien faite et efficace, merci aux professionnels.

Passons les détails de la fin de la première dose de péridurale, la lenteur pour me réinjecter une dose, la même histoire à l’approche de l’expulsion où j’ai eu le sentiment que je n’avais pas de péridurale et le temps de chercher ce qui bouchait le tuyau puis le temps que cela fasse effet. Cela dit, ça m’a permis de pouvoir aider Marion à descendre dans les dernières contractions et de pousser au bon moment pour l’expulsion! Malheureusement, mon col étant décidément très capricieux, il était mal orienté et repoussait chaque fois Marion vers l’intérieur malgré mon ouverture à 9cm. La gynécologue a donc pris les choses en main et a donné un coup de main à notre puce avec les forceps… j’ai été très heureuse de ne savoir qu’après coup que nous étions passés à deux doigts de la césarienne. C’est encore un de ces moments nombreux où nous nous sommes sentis soutenus et respectés dans la manière dont nous avions préparé notre projet de naissance

Et… c’est là que, centrée sur l’effort et la douleur, désespérée de cette attente interminable j’ai eu la voix de l’homme de ma vie qui m’a crié: elle est là! et que je l’ai sentie posée sur moi, vivante, criante et gigotante! Enfin!!! Bonheur, émotion, soulagement, difficile de décrire ce moment…

Après un bon moment de haute couture par la gynécologue durant lequel j’ai eu la chance de garder Marion sur moi et de goûter avec Florent à ce petit miracle, nous avons été laissés seuls à 3 dans la salle de naissance pendant un bon moment, Marion juste recouverte d’un essuie et déposée tout contre moi les yeux grands ouverts et réclamant déjà mon sein à peine sortie! Nous étions dans une autre dimension!

Juste encore un petit mot sur l' »après »: comme pour l’accouchement, nous avons eu la chance d’avoir un soutien très chouette de la part des sages-femmes de l’hôpital durant le séjour. Certaines plus particulièrement, notamment Christel Jouret qui viendra encore s’occuper de nous au retour, Noémie qui était particulièrement sensible à notre vision des choses, ayant elle-même accouché en maison de naissance, plusieurs de ses collègues aussi dont nous ne connaissons pas le nom mais qui ont pu nous apaiser, nous apporter du soutien dans la nouvelle difficulté que nous rencontrions: la difficulté de Marion à prendre le sein… tout en étant sensibles au fait que nous avions dû modifier un projet qui nous tenait à coeur et pour lequel elles avaient beaucoup de respect.

Bilan:
– Un bébé en pleine santé qui en plus est le plus beau bébé du monde, pour de vrai!
– Une aventure de couple unique me rendant encore plus amoureuse de mon mari (comme si c’était possible) et un émerveillement pour sa force dans ces moments et son soutien sans faille
– La découverte d’un petit papa qui se découvre tout naturellement des gestes paternels envers son enfant, qui est parvenu à calmer sa fille avant son premier dodo et la coucher tout en douceur sans la réveiller pour éviter de réveiller la petite maman à bout de force
– La justesse à chaque instant de chaque tournant pris dans cette aventure
– Un bilan médical positif avec la préservation de mon capital obstétrical pour envisager pourquoi pas une naissance ultérieure en maison de naissance? (non non pas tout de suite ;-))
– Des professionnels qui, chacun à son niveau a fait un boulot irréprochable, tant médicalement qu’humainement
– Malgré tout, la prise de conscience que le déroulement de l’accouchement ne fut pas facile et sera peut-être à retravailler à un niveau ou à un autre (notamment ostéopathique pour Marion), même si on veut n’en garder que les aspects positifs

et voilà donc l’aventure de l’accouchement d’une petite famille…

La naissance de Soleymann s'est déroulée à la maison vu la rapidité du travail et le rêve secret de la maman de rester chez elle pour mettre au monde son bébé ...

J’avais décidé que j’accoucherais en Maison de Naissance avant de tomber enceinte de mon 2ème petit garçon.

J’aurais aimé aussi pour le 1er mais mon mari n’étant pas très ‘chaud’ pour,  j’avais laissé tomber.

Je connaissais déjà la Maison de Naissance car je venais aux réunions de La Leache League, et j’aimais beaucoup l’ambiance de la maison! Très zen!

La première fois que je suis venue au tout début de ma grossesse, j’ai été reçue par Bénédicte. Cà a tout de suite ‘accroché’,

Je me suis sentie tout de suite à l’aise (ce qui est rare pour moi la grande timide lol). On a visité la maison

et les chambres de naissance magnifiques !

Le suivi de la grossesse a été parfait! C’était à chaque fois un immense plaisir de venir! Et à chaque visite,

je me sentais de plus en plus en confiance pour accoucher à la maison de naissance.

La date prévue de l’accouchement était le 19 décembre 2008.

 

Bon voila le récit de notre merveilleuse aventure!

 

Donc la nuit de lundi 22 décembre à mardi 23 décembre je vais coucher vers 1h -1h15, de la soirée j’avais rien eu de spécial quelques p’tites contractions non douloureuses comme d’habitude … donc pour moi c était pas encore pour cette nuit …

A 1h30 je sens quelque chose qui coule je me lève d’un bond et çà continue… Je vais vite à la toilette en disant à mon mari que j’ai peut-être perdu les eaux…

A la toilette je vois que cela continue à couler et que j’ai bien commencé à perdre les eaux…

Je téléphone à  Marie –Christine qui était de garde et lui explique que j’ai perdu les eaux et toujours pas de contraction … Elle me propose de retourner essayer de dormir et de la rappeler quand j’aurais des contractions régulières …

 

Je retourne me coucher et çà continue à couler … et puis vers 2h j’entends un p’tit clac et là çà coule mais vraiment beaucoup, à mon avis cela devait être la poche des eaux qui s’est rompue totalement … Après seulement les contractions sont venues … assez régulières toutes les 5-6 minutes … mais je voulais attendre, je me lève et j’essaye de regarder un film à la TV…

J’essaye au mieux de me rappeler ce qui a été dit lors des soirées prénatales, sur la douleur, … et je tente de mettre en pratique lol pas toujours évident! Je me mets dans ma bulle, je ne pense qu’à mon p’tit bébé et j’essaye de penser que chaque douleur me rapproche de lui.

Je veux au maximum rester à la maison parce que je me sens bien, à l’aise… Enfin à l’aise comme on peut avec des contractions lol

Je prends une douche çà me fait du bien, et je parle à mon p’tit Souleyman … j’essaye au maximum d’accepter la douleur en me disant que çà me rapproche de mon bébé (pas tout le temps évident lol).

Les contractions deviennent de plus en plus douloureuses et se rapprochent ….

A chaque contraction je dois me lever et ‘balancer le bassin’, j’essaye de ne pas fuir la douleur et de me mettre dans la position où çà me fait le plus mal pour aider bébé…

A certain moment, j’ai l’impression que je n’y arriverais jamais et à d’autres moments çà va mieux.

Mon mari reste près de moi il ne veut pas aller se coucher…

A 4h30 c’est plus supportable je rappelle Marie Christine.

 

Là elle me dit qu’il lui faut 30-35 minutes pour arriver à la Maison de Naissance. J’avais oublié qu’elle n’habitait pas tout près lol.

Là on appelle mon beau frère (pour nous conduire car on n’a pas de voiture), çà décroche pas … donc j’appelle mon père, il décroche ouf…

Je commence à préparer les sacs pour partir … enfin à les mettre près de la porte tout était prêt quand même lol.

Et là les contractions deviennent plus violentes et se rapprochent de plus en plus … je dois tout le temps m’arrêter parce que j’ai trop mal.

Je mets mon jilbab au dessus de mon pyjama et puis je commence à préparer Hilal pour partir, enfin je dis à mon mari quoi faire lol parce que moi je n’arrive pas à faire quoi que ce soit les contractions sont trop proches…

 

On est tous près alors mon mari va devant pour voir mon père arriver et moi je suis au salon avec Hilal qui se marre parce que je fais des ptits cris pendant mes contractions …et puis d’un coup je sens que çà commence à pousser … C’est extraordinaire cette envie de pousser !

Alors je crie à mon mari VIENT IL ARRIVE!!!! (encore heureux qu’on habite au rez-de-chaussée lol parce que il était juste devant)

Mon mari arrive tout paniqué le pauvre je lui dis de téléphoner à Marie-Christine pour lui dire qu’il arrive…

Il lui explique que je sens que çà pousse et que bébé arrive elle lui dit de me dire de me coucher en attendant qu’elle arrive… IMPOSSIBLE pour moi de bouger et de me coucher vraiment impossible je ne savais pas décoller mes pieds du sol j’étais debout les mains appuyées sur le fauteuil…

 

Et là je dis à mon mari qu’il faut qu’il m’enlève mon dessous de pyjama parce que je sens qu’il arrive…

Mon mari lui il veut pas et me dit d’attendre lol mais je peux pas lol. Alors il m’aide à enlever tout et je lui dis de prendre un essuie et puis là j’ai du pousser …

Et en quelques poussées petit Souleyman était là.

Mon mari me disait quand la tête était sortie puis le corps et puis je me tourne et je vois mon mari SoubhanAllah je n’oublierais pas son visage complètement paniqué

avec mon p’tit bébé dans l’essuie qui poussait un p’tit cri….

 

Et là je me suis tourné et j’ai prit mon p’tit prince dans mes bras et on l’a bien mis au chaud dans des essuies…

Et puis mon père est arrivé lol trop tard hum

On a laissé le cordon tel quel comme Marie-Christine arrivait… et puis j’ai regardé Hilal, mon grand garçon, qui était là  et je lui ai montré son petit frère. Il n’a pas trop réagi il  était encore à moitié endormi.

Après je suis allé m’allonger dans le lit et je l’ai mis au sein que du bonheur !

Marie Christine et Bénédicte sont arrivées … mon mari a coupé le cordon et elles ont sorti le placenta, regardé si j’avais une déchirure … et j’en avais une micro minuscule, pas besoin de fil juste bien rester les jambes serrées et mettre de l’argile lors des soins …

 

Elles sont restées pendant 3h après pour voir si on allait bien, elles nous ont donné de quoi dîner (et expliqué à mon mari comment préparer lol) et puis sont reparties et Bénédicte a fait mon suivi. Elle est revenue le soir pour voir si tout allait bien. Et les jours suivant pour faire le suivi postnatal.

 

C’était vraiment un accouchement magnifique! J’ai pu rester dans mon p’tit cocon avec mon p’tit Hilal et la vie a pu continuer comme avant avec un petit prince en plus!

 

Je remercie Bénédicte, Marie Christine et Evelyne de nous avoir accompagnés durant cette merveilleuse aventure, durant la grossesse et après l’accouchement.

Vous m’avez vraiment apporté beaucoup et beaucoup aidé!

La naissance de Thibaut à 34 semaines de grossesse ...

Thibault va avoir un mois fin de la semaine, il est grand temps de m’y mettre. Si je veux raconter son histoire, c’est maintenant que je dois le faire quand l’émotion est encore là, quand la douleur ne s’est pas encore tue et que les images vivent encore en moi.

Hier il aurait du avoir trente huit semaines mais  il fait son petit bonhomme de chemin à mes côtés depuis 24 jours déjà … Thibault est né le 13 février 2010.

L’histoire de la naissance de mon garçon est une histoire de cœur. Petit clin d’œil du destin qui le fit naitre la vielle de la saint valentin ?

Depuis le début, le tout premier commencement, j’entendais Thibault murmurer à mon cœur par l’intérieure de moi. D’abord pour me faire savoir qu’il était là, lové en mon sein, bien au chaud, et qu’en secret il grandissait en moi depuis plusieurs semaines.

Par la suite, il me disait que tout allait bien pour lui. Il apaisait ainsi mes craintes et mes angoisses.
Je ne le sentais pas encore bouger, et ses chuchotements m’étaient précieux. Nos âmes savaient se parler avant que nos corps ne se rencontrent. Je ne pensais pas qu’une telle connexion entre deux personnes puisse exister.

Et puis un jour est venu le moment où Thibault avait assez de force pour me faire sentir physiquement sa présence. Durant de longs moments, nous avons joué ensembles « toc toc tu es là ? » il répondait toujours. Tandis que je sentais sa force secouer mon ventre, j’imaginais ici un coup de pieds, là une caresse de sa main.

Et puis une nuit, un jour … rien. Pas de réponse de Thibault. Je n’ai plus entendu sa voix me rassurer. Il n’a pas répondu à mes appels. Mon ventre était si lourd, si bas, la vie semblait l’avoir quitté.  Sous les conseils de Bénédicte, nous nous sommes rendus à l’hôpital pour s’assurer que tout allait bien pour notre petit homme ( Thibault avait 32 semaines).

Arrivée sur place, je passe une série d’examens. Thibault bougeait à nouveau, tranquillement, calmement, juste pour me rassurer mais j’avais compris son message «  maman il est temps que tu te repose ».  La série de tests que j’avais subit en entrant à l’hôpital révèlent une probable souffrance fœtale. Je dis « probable » car le reste des examens démontrent que tout va bien pour mon bébé et moi-même. Mais je suis tout de même gardée en observation. Le cœur de Thibault est lent et peu oscillant et cela inquiète beaucoup de monde, personne ne comprends.

Sébastien et moi savons que tout va bien pour notre bébé mais nous nous plions aux exigences des médecins car «  on ne sait jamais ».  Pendant mon séjour à l’hosto, l’inconnu, l’incertitude, l’impuissance, l’isolement, … me font perdre pied. Je pleurs beaucoup, je tente de rester forte pour Thibault, pour Lea, pour Seb et tous les autres mais vivre sans savoir de quoi demain sera fait, sans savoir si mon garçon va vivre ou mourir, sans savoir si il est bonne santé, c’est dur, très dur.
J’ai le sentiment d’abandonner les miens, d’avoir échoué dans mon rôle de maman, de futur maman, de femme.

J’avais commencé à tricoter une couverture pour accueillir Thibault le jour de sa naissance. Ce bout de laine fut très vite la seule chose qui me raccrochait à lui, à sa venue qui devait être heureuse. Je tricotais alors avec frénésie pour me rassurer, pour lui faire savoir que j’avais confiance et que lorsque nous nous rencontrerions il y aurait beaucoup d’amour, beaucoup de bonheur et que nous deux, nous étions capables d’y arriver. Chaque maille tricotée me rapprochait de lui, les jours passaient, et nous allions toujours bien lui et moi. Nous menions la bataille de front, côte à côte, presque sans faiblir. J’avais comme l’impression que nous nous nourrissions de la force de l’autre.
Les visites des amis, de la famille, les coups de téléphone de chacun, nous aidaient à tenir le coup, ils nous apportaient un peu de l’extérieur, de vie, un peu d’autre chose qui nous faisait défaut entre les quatre murs de la chambre d’hôpital. Malgré cela, je nous sentais peu à peu dépérir. Moi qui aime bouger, partager, vivre un tas de rencontres… je me sentais prisonnière de ma chambre et je voulais autre chose pour mon garçon, je voulais que la vie rentre dans sa bulle pour qu’il sache pourquoi il fallait se battre.  Moi aussi j’avais besoin de la savoir, de me souvenir qu’avant l’hôpital, il y avait autre chose et qu’après il y aura une histoire bien plus heureuse que ce que nous vivions à présent.

J’ai demandé aux docteurs à pouvoir rentrer chez moi, je promettais de revenir en journée faire tous les examens nécessaires mais il fallait que je puisse retourner auprès des miens, m’occuper d’eux et de moi.

Je pu rentrer à la maison. Enfin chez moi, chez nous, mais mon absence avait déjà laissé des traces.
Il fallait que chacun retrouve sa place. Seb avait du, bien malgré lui, jouer deux rôles celui du père et de la mère. Et pour Lea, il avait été primordiale de ne plus s’accrocher qu’à lui. Mon retour n’allait pas changer grand-chose. Lorsqu’elle faisait un cauchemar, ce n’était plus moi qu’elle appelait, je n’étais plus non plus la « distribtrice » de bisous magiques … des petits détails, certes, mais ce sont eux qui me confortaient dans mon statut de maman. Et au retour de l’hôpital, j’avais bien du mal à savoir qui j’étais et ou étais ma place. Seb, quant à lui, sans le vouloir, me faisait payer mon absence, avec des petites phrases assassines «  j’ai bien du faire sans toi pendant 10 jours », ou bien sans s’en rendre compte contredisait mes consignes faites à Lea. Mais c’était peu cher payer pour être à nouveau au prés d’eux. Aujourd’hui les choses reprennent doucement leur place, chacun son rôle mais le chemin semble bien long pour que ce soit comme avant.

Pendant deux semaines j’ai fait des vas et viens jusqu’à l’hôpital pour respecter mes engagements de suivit. Tout allait bien, enfin le mieux que l’on puisse espérer. Thibault continuait de grandir, je le sentais bouger, mais son cœur restait invariablement calme, comme si il dormait.

Me voila à 34 semaines et 4 jours. Nous sommes vendredi 12 février et ce matin je ne me sens pas très bien. Hier nous avons soupé chez des amis et avons passé une très bonne soirée mais peut être ai-je du mal à digérer l’excellent repas qui nous a été servit (j’ai mangé comme 4 ce qui n’est pas dans mon habitude). Je ne vais pas bien … je suis nauséeuse, fatiguée, lourde, j’ai quelques crampes intestinales. J’ai juste envie de rester couchée et de me reposer mais j’ai rendez vous avec mon gyné. Je prends mon courage à deux mains et me voila partie. Au passage, je prends mon sac d’accouchement car les 37 semaines se rapproche et je veux que mon sac soit avec moi au cas où.

Pendant mon monitoring de control, je sens Thibault au plus profond de moi, je m’endors comme d’habitude au son de son cœur qui pour moi a une bien douce mélodie. Ce son me calme, m’apaise et me rapproche de lui. Mais j’entends sa petite voix, ce n’est pas claire, il me parle doucement à l’intérieure de moi et j’ai comme le pressentiment de m’être mise en travail. Pourtant le monitoring est pareil aux autres jours : calme, rien à l’horizon même pas une seule contraction. Mon petit gars bouge peu. Je suis un peu inquiète ou plutôt angoissée car j’ai dans le cœur cette impression : Thibault va naitre tout prochainement et je ne me sens pas encore prête.  « D’ici une heure, je ferais le point avec mon gyné, je verrais Thibault à l’écran et je repartirai sereine », c’est ce que je me dis dans la salle d’attente. Mais les heures défilent et je ne suis toujours pas reçue, ce n’est pas normal car mon gyné n’a jamais de retard. Que se passe-t-il ? Je m’informe et j’apprends que je serais reçue par quelqu’un d’autre car mon gynécologue est en salle d’opération. Je suis au plus mal car la personne qui va me recevoir est  mon premier gyné. Je n’avais pas été satisfaite de mon suivit, de notre relation patient-docteur et l’avait quitté. Elle avait mise au monde ma fille par césarienne dans d’étranges circonstances  sans me donner d’explication.

Face à ce contre temps, le monde s’est effondré autour de moi, je devais a nouveau lui faire face. Ayant pris mon sac d’accouchement le matin, je ne cessais de me dire que j’allais encore accoucher avec elle, enfin « être opérée », obligée d’une césarienne… j’ai pleuré un moment avant de me ressaisir et de me dire «  enfin Caro, elle va juste te faire une écho et tu repars ».

Me voila en face d’elle, je regarde Thibault à l’écran. Fidèle au poste, il gigote, ne se laisse pas faire. Apres un moment, la gyné me dit que tout va bien hors mis le monito mais qu’on va quand même envisager une césarienne.

NON. Je proteste calmement et explique ce qui était convenu avec mon gyné : une pelvimétrie (scanner pour calculer l’espace de mes hanches), un Octest à 35 ou 36 semaines ( provoquer des contractions pour savoir si le cœur du bébé résiste au travail) et laisser faire la nature à partir de la 37 semaine. Elle téléphone à mon docteur, qui se trouve toujours en salle d’opération, et lui dit qu’elle va programmer l’octest pour le lundi. Elle raccroche et dans la minute me dit «  ah ben non, on va vous le faire maintenant » J’essaye de protester car je voulais que Seb soit présent, je voulais être reposée, avoir mes affaires dans le cas où cela déclencherait l’accouchement car le risque existe. Je voulais me préparer et préparer Thibault, je voulais aussi être beaucoup plus avancée dans ma grossesse afin que mon garçon aie les meilleures chances.
Mais rien n’y fait, mes paroles n’ont aucun poids, mon discours aucune force devant elle.  A partir de ce moment là, les choses se précipitent, tout va très vite. Je suis emmenée au bloc d’accouchement, et prise en charge par les sages femmes. Je n’ai même pas le temps de prévenir mon mari correctement, je lui envoie un sms qu’il ne recevra jamais. Je téléphone à mon papa et lui demande d’aller chercher Lea à l’école car ma consultation se prolonge.

Les infirmières m’emmènent en salle d’accouchement. Je suis dans la numéro 7, juste en face de la salle de césarienne. Tout revient en moi ; l’histoire de la naissance de Lea revient en moi, elle me frappe en plein cœur et l’émotion me submerge. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Personne ne peut m’apaiser, je suis seule face à mes peurs, mes angoisses. Je suis là, seule, et si Thibault vient au monde…? Je veux Seb. Je veux partir, j’ai très peur. 

Il leur faut beaucoup de temps pour me préparer au test car j’ai de très mauvaises veines et mon séjour à l’hôpital à laissé des traces. L’anesthésiste est appelé en renfort. Il est visiblement de mauvaise humeur et n’est pas prêt à m’épargner. Il me fait mal, ne s’excuse pas et se montre désagréable. «  je suis relégué au prise de sang » marmonne t’il entre ses dents.

Ce n’est pas du tout ce film là que je me racontais le soir en imaginant la naissance de Thibault. J’avais imaginé faire une grande partie de mon travail à la maison de naissance, entourée de ceux que j’aime, de ceux en qui j’ai confiance, de ceux qui me portent et tirent de moi le meilleur.  Je pensais être accompagnée par Bénédicte, Sébastien, en  sachant ma fille avec mes parents (entre de bonnes mains).  J’avais imaginé être forte, en tout cas un peu plus. Je voulais accueillir mon enfant avec plein d’amour et sereinement. Et là je suis juste effrayée, convaincue que l‘Octest n’est que l’avant  césarienne. Mon bébé me sera enlevé, comme pour Lea et il sera emmené en néonatalogie où je serais incapable d’aller le voir à cause de l’intervention. Décidément cette gyné me volera tout : la naissance, les premiers moments, l’accompagnement que je souhaitais (je ne peux pas accoucher en maison de naissance à cause de ma première césarienne ).

Le test semble bien se dérouler, je surveille le moniteur et voit le cœur de Thibault battre a du 120 comme à son habitude. Pourtant, alors que le test n’est pas encore finit, une sage femme vient m’annoncer la décision de la gyné : hospitalisation. Pourquoi ? J’obtiens pour seule réponse  « elle va passer vous expliquer »

Je ne la reverrais plus. C’est mon gyné qui vient m’annoncer les résultats du test. Il est sortit de la salle d’opération et reprends les choses en main. Mon cœur fait un grand ouf de soulagement. J’apprends alors que tout est bien, que je peux rentrer chez moi. Je peux arrêter tous les médicaments et on me fait comprendre que j’accoucherais dans la semaine.

Entre temps, Seb m’a rejoins et je repars avec lui chez nous. Je suis très fatiguée de ma journée, je suis toute chamboulée et je ne souhaite que deux choses : me reposer et me retrouver seule avec Thibault. J’ai besoin de lui parler. Pendant le test je lui ai dit qu’il pouvait en profiter pour naitre si c’était le plus juste pour lui et je dois reparler de cela avec lui et lui expliquer ce qu’on vient de vivre.

Je m’endors pour quelques heures et lorsque je me réveille, j’ai des contractions toutes les 10 minutes. Elles ne sont pas vraiment douloureuses mais sont différentes.  Jusqu’ici je les sentais dans le haut de mon ventre, elles oppressaient mes poumons et me forçaient à réfléchir pour respirer.
A présent, elles se concentrent dans le bas de mon ventre, et je ne trouve aucune position assez confortable que pour continuer de dormir. Je descends donc regardez un peu la tv, je repasse, termine ma valise. Apres une heure ou deux, je décide de remonter tenter une nouvelle fois de dormir. Je fais un petit passage par les toilettes et constate que je perds du sang. Je préviens Seb et nous réfléchissons à l’organisation. Où mettre Lea ? Je sais mes parents fatigués, nous demandons alors à Pinpin de prendre en charge sa filleule. Il rapplique presque aussi vite. Nous sommes samedi, je prépare à Lea un sac pour tout le we ainsi Seb n’aura pas de soucis à se faire dans le cas où j’accouche vraiment.

Quelques heures plus tard, nous voila au deuxième étage de st Beth, je suis placée sous monitoring et on m’explique que mes pertes de sang sont normales. Elles sont le résultat de l’examen du col de la vielle. Les contractions sont régulières mais pas très fortes. Je suis reçue par le gyné de garde qui me parle de césarienne, se fâche même lorsque j’explique qu’il était prévu un accouchement par voie basse. Mais c’est le seul à me donner ses arguments, pour lui c’est beaucoup trop risqué de faire naître le bébé naturellement. Je lui explique mon dossier, tous les examens pratiqués, m’appuie sur l’histoire de Lea. Il s’en va assez énervé, me laissant encore pour quelques heures sous monitoring. C’est l’infirmière qui vient nous retrouver pour nous laisser rentrer à la maison. Avec comme consigne, de revenir si bébé ne bouge plus ou si le travail se met vraiment en route.

Je rentre mais je me pose vraiment des questions. Il y a quelques heures, on me parlait de césarienne, limite en urgence et là je peux rentrer chez moi. Dans la voiture, les contractions se rapprochent et deviennent plus douloureuses. Une fois à la maison, je tourne en rond. Je décide d’aller prendre un bain car la marrée monte  😉 mes contractions sont de plus en plus présentes, en force et en rythme. Le bain me fait du bien, je m’apaise et parle avec Thibault. Je sais que je vais accoucher. Je me prépare. Apres le bain, la mer semble calme. Je permets à Seb d’aller promener le chien. Il n’est pas partit de 5 minutes que je suis clouée au fauteuil, incapable de bouger, de pleurer, de crier, je subis la puissance d’une vague déferlante, elle me percute de plein fouet.

« Ah  voilà c’est de ça qu’on parlait dans les ateliers de Béné et d’Evelyne ; avoir mal c’est comme ça ! ».  La douleur passée, il faut a tout prix que je me lève, y’a que comme ça que je vais pouvoir la supporter.   Je ris de moi-même, il y apeine deux jours, je disais à Béné «  la douleur, moi c’est assise que je vais la gérer » Tu parles !

Je reste debout, cinq minutes se sont écoulées et voila une nouvelle vague… plus forte, plus intense, elle parcourt mon corps. Je suis terrassée. Il faut que je trouve le moyen de supporter, je me répète sans cesse «  les cols sont fait pour s’ouvrir, les bébés pour naitre »

Je finis par trouver comment affronter la marée et faire naitre Thibault. Je dois rester debout, me transporter … je pose un coussin sur la table de la salle à manger, je m’appuie dessus. J’enfuis ma tête dedans à chaque contraction. Je répète à haute voix pour que mon corps l’entende, que je m’entende, que je trouve la force, la volonté … «  tu la prends, tu la jette » je parle de la douleur bien sûr. Je prends cette douleur dans mon ventre, je la fais glissée vers mon col pour qu’elle l’ouvre, elle y passe et la laisse tomber le long de mes jambes, je la laisse mourir à terre. Je pleure, je crie dans mon coussin, je regarde l’horloge. Je vois l’aiguille indiquée l’heure de la prochaine vague. Je m’y prépare mais c’est de plus en plus dur, je pense que je n’arriverai jamais à accoucher. Je téléphone à Seb et le somme de revenir.

Lorsqu’il arrive enfin, il me demande ce qu’on fait. « faut retourner à l’hôpital ? » « tu veux que je sonne à Béné ? » Je pleure et dit de ne pas vouloir accoucher, ne pas vouloir retourner à l’hôpital car il faut que je me rhabille, que je grimpe jusqu’à la voiture (nous habitons à 100m de la route , en bas d’une côte à 10%) après il faudra aller en voiture, je ne veux plus m’asseoir et puis à l’hôpital ils vont encore me faire un monito, je n’en veux pas et puis ils vont encore me renvoyer chez moi.

« ben quoi alors ? »  me dit-il presque énervé. « ben on y va ! » Je réalise tout ce que je viens d’énuméré ci plus haut mais avec Seb à mes côtés, les contractions semblent moins fortes et je supporte beaucoup mieux leurs assauts. Mais assise je perds pieds, et le trajet en voiture est vraiment insupportable, à chaque contraction c’est une femme que je ne connais pas qui surgit de moi. Nous arrivons à l’hôpital et Seb reçoit un coup de fil de Béné, il prend le temps de répondre sans préciser que j’accouche ; toute personne qui connait Seb devine qu’il éternise la conversation, je suis sur le point de le tuer  ou de prendre le téléphone mais une nouvelle contraction me fait me tordre de douleur et m’empêche d’agir.

Nous voilà dans l’entrée de l’hôpital. Seb me dit qu’il va prendre les étiquettes pour ne pas revenir après. Il est fou mon homme, il veut vraiment mourir aujourd’hui ? Je m’accroche aux murs, une femme passe et me demande si je vais bien. Je dois vraiment avoir une sale tête, y’a que mon mari pour rien voir.  Au deuxième étage, je suis à nouveau placée sous monito, rien, la sage femme ne voit rien, me palpe le ventre et me dit « vous avez si mal que ça ? c’estsurement le bébé qui est mal mis car je ne sens pas votre ventre durcir »

N’importe quoi, je vous dis que j’ai des contractions et que j’ai mal. Je suis laissée là. Une autre infirmière vient me voir après une heure. Elle m’examine ce qui n’avait pas été fait depuis le matin. Je suis a deux cm, ben oui j’accouche c’est ce que je me tue à leur dire. Le gyné de garde est prévenu de la situation mais je suis laissée sous monito, ben oui faut être sur que j’accouche bien, ma parole ne suffit pas. Une heure s’écoule encore, on me réexamine, je suis à trois cm d’ouverture. Ca y est, ils sont décidés à me mettre en salle d’accouchement et à me laisser faire naitre mon enfant. 

Une fois en salle d’accouchement, je suis à nouveau remise sous monito. Je comprends l’importance de l’examen car le cœur de Thibault inquiète tout le monde. Mais je n’en peu plus. Le gyné vient me voir et me demande comment je vais. « Je veux être debout, j’ai très mal dans cette position mais les infirmières ne veulent pas que je me lève ». J’ai son autorisation pour quitter le lit, avec pour indication de ne pas arracher les fils. Une fois debout je cherche un appui pour faire comme à la maison, laissé glisser la douleur. Mais je ne trouve rien, rien n’est prévu pour accoucher ici ou quoi ? Je suis à bout de force, je réclame la péridurale car je ne sais pas combien de temps il va falloir que je tienne comme ça. Seb lui s’obstine à remettre mes capteurs en place car plus rien ne fonctionne depuis que je me suis levée. Je lui crie dessus «  si personne ne s’en inquiète, laisse tomber ça et appel l’infirmière, je veux la péridurale » il se rassoie ! ????
 « Appuie sur le bouton, je veux la péridurale » lui dis-je.  «  quoi maintenant ? »  me demande t’il « Non, demain mon chéri quand tout sera fini ».

L’infirmière revient mais a pour consigne de percer la poche des eaux avant de mettre une péridurale en route. Je proteste, j’ai bien trop mal, je ne vais pas tenir le coup si elle perce la poche. Assise pour mettre la péridurale, je risque de bouger, j’ose à peine imaginer les conséquences si cela arrive. Mais face à la douleur qui se fait présente, je me recouche pour qu’elle puisse faire son travail. En me disant ce n’est que pour quelques instants. Lorsqu’elle m’examine, je suis à cinq cm et là c’est elle qui refuse de me percer la poche et appelle l’anesthésiste.

Je respire, on s’occupe de moi. Je vais pouvoir rejoindre Thibault dans sa bulle. La péridurale est placé, et on me félicite d’avoir tenu le coup comme ça. A présent, la douleur s’est tue. Je sens les contractions mais je n’ai plus mal. Je peux rester couchée pour le capteur, pour qu’on puisse s’assurer que Thibault va bien. La lumière est tamisée, Seb a mis le cd de Fabienne Marsaudon, je suis tranquille. Je parle à Thibault, je suis sur un nuage. J’ai mon petit à faire naitre. Tout va vite, je suis bien entourée. Les sages femmes m’expliquent que c’est déjà le moment de pousser. On me prépare, on m’apprend ce que je devrais faire pour faire naitre Thibault. L’équipe est fort présente. Le pédiatre est appelé, et c’est là que je me souviens que Thibault n’a que 34 semaines et qu’il va devoir aller en néonat. Mais pour l’heure, je dois faire naitre mon garçon. Le gyné et les sages femmes rigolent entre eux, avec moi aussi. L’équipe médicale me laisse maître à bord. Je pousse chaque fois que je sens la contraction, c’est moi qui mets au monde Thibault ! Dans cet instant, je suis plus que jamais sa maman. C’était si différent avec la césarienne de Lea. Et puis on me ramène à la réalité, « madame prenez le » prendre qui ? je vois la tête de Thibault, dans mon effort à pousser je n’ai pas senti, je n’ai pas perçu que la tête de mon garçon sortait de mon corps.

C’est maintenant que nous nous séparons.

 Je l’attrape entre mes mains et le pose sur mon ventre. Je le contemple, il est beau, il est si beau. La menace de trisomie est loin derrière. Mon petit garçon est sur moi, je suis sa mère !

Je respire ce petit être tout fragile, je lui fais des bisous, je le félicite. Il est si beau !
Puis, il est vite emmené en néonat., une autre histoire commence alors …

Je voulais offrir mon témoignage aux futurs mamans de l’arche de Noé d’abord parce que c’est une façon pour moi de remercier la nature de m’avoir permis de donner la vie par deux fois. Ensuite pour que les mamans et les papas sachent qu’il y a autant de projets de naissance qu’il n’y a de naissances, chaque histoire est unique. Et même si il faut parfois se battre pour défendre son projet, ça en vaut la peine. Qu’il soit ou non entendu par les professionnels, on en ressort grandit. Le projet de naissance évolue avec le temps, pour vivre un tel moment, il m’aura fallut plus de trois ans de réflexions. C’est entourée par les sages femmes et les mamans de la maison de naissance, que j’ai murit mon projet et vécu cette histoire de naissance.

De même, c’est l’occasion pour moi de mettre en avant tout le travail des sages femmes de l’arche et de les remercier de nous avoir permis à Seb et moi de faire notre place dans leur maison. Depuis quelques années, elles nous accompagnent sur le chemin. A leur côté, nous réfléchissons notre rôle de parent depuis le commencement, et même bien avant la naissance et la conception de nos enfants.

Merci Béné de m’avoir offert un merveilleux cadeau : la confiance ! Depuis quelques années, elle me faisait défaut – résultat d’une rencontre malheureuse qui n’avait fait que détruire ce que d’autres m’avaient aidé à construire. Car la confiance en soi, c’est dans notre enfance qu’elle prend naissance. Père et mère, si fière de nous, nous remplissent d’estime, de confiance, d’envie de projets. Dés lors, comment mettre au monde un enfant et l’élever si nous ne sommes pas capable d’être confiant en nous même, en l’autre aussi. Lors de nos séances d’haptonomie, tu m’as appris à m’écouter, à écouter mon corps, mes émotions et à faire confiance à mes ressentis. C’est grâce à toi si j’ai pu protéger Thibault et le garder en moi 34 semaines et 5 jours. Merci à toi pour tout ce que tu m’as donné sans compter : énergie, écoute, douceur, chaleur, patience, amitié.

Merci Evelyne d’avoir toujours soutenus notre famille. Je te sentais proche et discrète comme la matriarche d’un clan. Avec un œil bien veillant et la main prête à agir au besoin. Nos rencontres m’ont permis d’apprivoiser la vague, de la laisser venir dés le début du travail et de la laisser faire son œuvre pour que Thibault puisse naitre.

Merci Marie-Christine, grâce à ton atelier sur les positions qui facilitent la naissance, j’ai compris ce qui se passait en moi à chaque instant.

Merci Docteur, je sais que vous aussi avez menez le combat pour me permettre d’accoucher comme je le souhaitais malgré les risques. Merci de nous avoir accompagné, écouté, rassuré, et d’avoir été honnête avec nous.

Merci à tous les autres aussi : a papa et maman d’avoir été là pour ma fille, à mon frère, à ma belle famille, aux amis, aux mamans papotent et aux secondes sages femmes de l’arche …

Merci

Caroline , maman de Lea 3 ans et de Thibault 9 semaines ( lorsque je termine de rédiger ce témoignage)

La naissance de Gabriel qui s'est décidée pour finir ... dans le nid familial

40 semaines, c’est long … mais bien nécessaire pour se préparer à la plus belle aventure que la vie nous ait donnée de réaliser. Durant toute cette traversée, nous avons du affronter monts et marées sans perdre de vue ce pourquoi nous étions là et la façon dont nous envisagions l’avenir. Nous avons du nous accrocher fermement à nos valeurs, nos croyances et sans cesse raviver la flamme de l’espoir. Notre confiance en nous-mêmes a été mise à rude épreuve. Notre volonté et notre « acharnement » ont été nos meilleurs alliés dans les moments les plus difficiles. Chaque visite en milieu hospitalier nous forçait « psychologiquement » à un retour à la case « départ ».  Tout était à ré-envisager. Les questions fusaient. Etait-il bien raisonnable de mettre au monde notre enfant à la maison de naissance ? Ne valait il pas mieux être suivie en milieu hospitalier étant donné le poids du bébé annoncé par le gynécologue ? Pouvions-nous vraiment mettre notre confiance en ce gynécologue qui nous alarmait à chaque visite et de chez qui j’étais sortie trois fois en pleurant ? Devions-nous suivre ses conseils et donc envisager un accouchement programmé à 38 semaines, des monitorings et des échographies toutes les semaines à partir de 35 semaines ? Comment faire confiance à une machine ? A aucun moment il n’a pris ma hauteur utérine ni mon périmètre ombilical. A aucun moment il n’a palpé mon ventre … Par manque d’objectivité de sa part, par manque de tact, et parce que nous n’avions plus confiance en lui, nous avons changé de gynécologue à 39 semaines. Les sages-femmes de la maison de naissance nous ont permis de mener à bien notre projet de naissance, simplement avec des mots, de l’écoute, beaucoup de patiente… Elles nous ont montré le chemin qui nous permettait d’accéder à ce en quoi nous croyions. 

Et puis, il y a eu cette rencontre avec un gynécologue hors du commun.  Un gynécologue axé non pas sur la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement mais sur la confiance mise dans les mamans à mettre leur bébé au monde naturellement et mise également dans la capacité des bébés à venir au monde sans aide ni médicalisation … « Les femmes sont faites pour accoucher, les bébés sont faits pour naître… »  tout ceci, bien sur, pour autant que maman et bébé soient en pleine forme et que la grossesse se déroule normalement. Cette rencontre inattendue et tellement espérée m’a permis de retrouver entièrement confiance en moi. Bien que le papa n’y ait pas participé, il s’est senti également plus rassuré par les propos que je lui ramenais. Les sages femmes y avaient également beaucoup travaillé. Après m’être entretenue avec ce gynécologue pendant une bonne heure, un autre projet de naissance (que nous avions abandonné dés l’annonce du poids du bébé à terme) resurgit dans mon esprit. Après avoir mis au monde notre fille aînée en milieu hospitalier et notre deuxième fille à la maison de naissance, j’avais besoin d’autre chose pour l’arrivée de notre fils. Plus j’en parlais avec les sages femmes et ce gynécologue, plus cela me paraissait évident. Notre enfant allait naître dans le calme et la chaleur de notre petit nid douillet, je le savais, je le voulais, j’étais enfin prête après 39 semaines … La lassitude que j’éprouvais les dernières semaines envers les visites rapprochées chez les gynécologues et même envers les allées et venues à la maison de naissance (150 km aller-retour) n’a fait que me conforter dans mon idée de ne plus bouger le moment venu ! J’étais épuisée physiquement et psychologiquement. C’était chez moi que je me sentais le plus en sécurité … bien que j’ai gardé un formidable souvenir de mon accouchement à la maison de naissance.

Ce projet a terminé de murir très rapidement dans ma tête. 

Mardi 28/09, je rencontre Bénédicte pour une dernière visite à la maison de naissance (je ne le sais pas encore). Elle m’accueille, comme à son habitude, très chaleureusement.  Cette visite m’interpelle pour deux détails. Premièrement, j’ai complètement oublié de régler le montant demandé à 37 semaines pour l’accouchement en maison de naissance. Est-ce qu’inconsciemment mon choix était déjà fait depuis longtemps ? Deuxièmement Bénédicte me dit qu’elle sera le week-end suivant en  «week-end» pas très loin de chez moi et qu’au cas où elle pourrait être là rapidement. Elle me dit avant de partir : « Tu verras, ce sera pour ce week-end, il va attendre sagement le retour de son papa » (Mon mari n’étant à la maison que le week-end).

Habitant à 75 km de Namur, étant seule la semaine et n’ayant personne qui puisse me conduire rapidement à la maison de naissance en cas de début de travail, nous avons pris la décision avec Bénédicte de demander à Thérèse de me rendre visite à domicile afin de faire plus ample connaissance et d’envisager l’accouchement à la maison.

Vendredi 1er octobre, Thérèse me rend donc visite à la maison. Nous papotons ensemble de la façon dont j’envisage la venue au monde de mon enfant. Je lui fais visiter la maison et je lui explique que je veux « faire » mon travail dans l’eau et y accoucher également.  Elle n’émet aucune objection. Je lui explique que mon mari rentre le soir même et que le terme arrivant à grands pas, j’ai peur que mon travail ne commence en pleine semaine et qu’il ne soit pas là. Je lui demande donc s’il y a moyen (et si elle estime que mon col est favorable) de détacher les membranes fixées à mon col lors de l’examen afin que notre petit loulou montre le bout de son nez ce week-end là.

Miracle ! Ca fonctionne ! Dés le départ de Thérèse, des contractions différentes se font sentir. Elles sont douloureuses ! Mais encore très irrégulières.  La nuit qui suit est longue. Impossible de fermer l’œil. Les contractions sont toujours présentes, toujours aussi irrégulières. Je commence à m’impatienter. Je fini pas m’endormir en fin de nuit.

Samedi 2/10, la journée se passe comme à son habitude, nous restons à la maison, nous ne faisons rien de particulier. Vers 15h,  je perds le bouchon muqueux. Je sais que c’est un signe annonciateur d’un travail imminent mais je n’y prête guère attention. J’en informe tout de même mon mari, qui lui, s’emballe et s’imagine déjà papa le soir même … je n’y crois pas un instant. Je persiste à croire qu’il ne naîtra pas ce week-end mais la semaine prochaine, en pleine nuit et en peu de temps (comme ma deuxième fille)… le scénario catastrophe ! Mon mari prévient sa maman, je fais de même de mon côté. Le reste de la journée se passe sans grand changement, mes contractions sont toujours douloureuses mais encore très irrégulières. Je discute avec mon mari de la visite de Thérèse la veille. Nous n’avons encore jamais vraiment abordé le sujet de l’accouchement à domicile. Je lui explique donc que Thérèse est venue « repérer » les lieux au cas où le travail a lieu en pleine semaine lorsqu’il est absent. Il est hors de question que je prenne la voiture avec les filles en ayant des contractions. Il est bien d’accord.

Vers 20h, je mets les filles au lit. Ensuite, nous regardons un film à la télévision. C’est au milieu du film que les contractions deviennent plus douloureuses. Toujours irrégulières. Quoique … Je regarde discrètement l’horloge du salon … une contraction toutes les 30 minutes, … très rapidement elles passent à 20 minutes puis 10, tout cela sur le temps d’un film. A la fin du film, mon mari se rend compte que les positions que je prends pour me soulager n’ont plus rien de celles que je prends habituellement pour regarder un film. Il me demande si j’ai encore des contractions, je lui dis que oui mais que ça va passer. Il ne me croit pas bien entendu, il sait à quel point je peux être septique et nier certaines situations bien réelles. A ce moment, nous montons nous coucher. A peine arrivée sur notre lit, je ressens une contraction qui me ramène à la naissance de ma deuxième fille. Il m’a fallu 3 ans pour oublier ces douleurs là … A ce moment, un sentiment de panique m’envahit, je ne peux pas revivre ça, ce n’est pas possible, je vais y passer ! Pourtant je ne veux pas m’enfermer dans cette bulle nocive qui m’avait pris toute mon énergie, qui m’avait rendue spectatrice de mon deuxième accouchement. Je veux maîtriser cette douleur pour mieux l’accompagner, donner un sens à celle-ci, ne pas la contrer, ne pas lui dire non …

A ce moment, je dis à mon mari que je veux prendre un bain. S’il s’agit d’un « faux » travail, les contractions s’arrêteront. Ce que je sais également, c’est que s’il s’agit d’un « vrai » travail, les contractions deviendront plus régulières, plus efficaces et qu’à ce moment là, il me serait impossible de prendre la route pour la maison de naissance.

Le bain chaud … le pied !! Ca me fait un bien fou … et surprise, plus de contraction ! Je dis à mon mari : « Ne te tracasses pas, va dormir, je me relaxe un peu et je viens te rejoindre, je n’ai plus de contraction ». Mon mari, quelque peu désemparé me dit alors qu’il n’est pas question qu’il aille au lit, qu’il reste près de moi quand même au cas où. Une demi-heure passe avant l’arrivée d’une nouvelle contraction. La suivante se fait sentir 7 minutes après. Vingt minutes plus tard, j’ai des contractions toutes les 4 minutes… je n’y crois toujours pas. Elles ne durent qu’une trentaine de secondes et non une minute. C’est alors que mon mari me dit : « Il faudrait peut-être monter à la maison de naissance maintenant, ça à quand même l’air de se confirmer… » Je lui réponds que je suis bien dans mon bain, que ce n’est peut-être pas encore le travail car les contractions ne durent pas longtemps et que je serais incapable de faire une heure de route dans ces conditions. Il me demande alors ce qu’il faut faire. A ce moment là, je doute, je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai besoin qu’on me dise ce qu’il faut faire… J’ai l’impression de ne pas être prête, ce n’est pas possible, je ne suis même pas encore à 40 semaines, je suis à 39 semaines et 5 jours (quelle différence me direz-vous), et puis … ca peut paraître bizarre mais … c’est un petit bonhomme qui est sur le point de débarquer dans notre vie. Nous avons deux petites demoiselles … Comment ça fonctionne un ptit mec ? La grande question que je me pose depuis l’annonce du sexe et à laquelle je n’ai pas encore de réponse. Est-ce que je vais parvenir à lui donner la même place dans mon cœur qu’à mes deux chéries ? Ca se bouscule dans mon esprit. La veille, Thérèse m’a expliqué la démarche à suivre, qui appeler et à quel moment… je ne sais plus. Il est passé 23h, je ne veux déranger personne à cette heure là. A ce moment, mon mari prend les choses en main et téléphone à la sage femme de garde de la maison de naissance qui lui explique qu’il doit contacter Thérèse en premier lieu et que cette dernière préviendra Bénédicte si c’est nécessaire. Il contacte donc Thérèse. Il lui explique que j’ai des contractions de plus en plus régulières toutes les 4 minutes et que je suis dans mon bain. Thérèse arrive 50 minutes plus tard. Je suis encore septique … Elle m’examine, je suis à 7-8 cm, il est  minuit et demi. Elle m’observe durant quelques contractions et me demande : « Les contractions sont toujours comme ça ? » (Toujours aussi courtes), je lui réponds que oui, m’imaginant qu’elle va me confirmer que c’est un « faux » travail … C’est lorsqu’elle va chercher tout son matériel que je réalise que mon bébé est réellement en chemin et que ce sera pour cette nuit.

Je n’ai pas peur, je suis chez moi, parmi les miens, en sécurité dans ma petite bulle. Je « vis » mon travail, je ne le subis pas comme pour mon précédent accouchement. Chaque contraction me rapproche de cette rencontre. Je leur dis « oui » mais en même temps, cela me fait du bien de dire « non » à la douleur… Durant tout le travail, je me suis imaginée que la douleur n’était que le résultat de mes peurs, de mon vécu et je me construisais une barrière imaginaire entre mon cerveau et mon bas ventre à chaque contraction en me répétant que c’était moi qui créais cette douleur et que donc je pouvais l’atténuer… croyez-le ou pas mais ca fonctionne. Ca et l’état de détente dans lequel je me suis trouvée dans l’eau chaude du bain m’ont vraiment aidé à gérer la douleur. La préparation à la naissance que j’avais commencé avec Marie-christine m’a procuré pas mal de pistes pour affronter ce voyage. De l’auto hypnose je n’ai utilisé que la détente. Avant mon travail, je ne pensais pas que je puisse me détendre lors des contractions, mais en me forçant un peu et en allant chercher de l’énergie au plus profond de moi, j’y suis parvenue … Laisser venir les contractions, leur dire « oui » mentalement et physiquement, c’est cela qui m’a aidé à surmonter ce passage obligé. L’image que Thérèse m’avait donnée la veille m’a également aidé. La montagne que l’on monte et que l’on redescend à chaque contraction permet de se situer dans le temps. Grace à cela, il me semble que mes contractions étaient rapides et que les descentes étaient plus longues que les montées … La dernière chose qui m’a bien aidée et qui est venue spontanément est l’utilisation de sons. Je me concentrais tellement sur ces sons que les contractions semblaient passer plus vite.

Au début du travail, je me suis installée comme on s’installe habituellement dans une baignoire, allongée sur le dos. Mais très vite, cette position s’avère inconfortable. Un peu après que Thérèse soit arrivée, je m’allonge sur le côté gauche. Tout aussi inconfortable « extérieurement », mais dans mon bidon, je sens que les choses changent. Mon petit loulou n’était pas bien positionné en début de travail, il avait son petit dos contre le mien et il n’était pas engagé. Il faut donc qu’il se mette dans la bonne position pour pouvoir descendre correctement. Sans doute est ce cela qui prend autant de temps.

Thérèse installe tout son matériel. Une fois terminé, elle s’installe à côté de la baignoire. Mon mari, lui, s’est mis à mes pieds. Thérèse écoute régulièrement le petit cœur du petit loulou battre. Il est très courageux, à aucun moment il ne nous a fait de frayeur.

Vers 1h30, Thérèse contacte Bénédicte et lui dit que je suis en travail. Bénédicte se met immédiatement en route et arrive vers 3h (et oui, pas évident de s’y retrouver dans la brousse ardennaise !)

J’ai le vague souvenir de lui avoir dit bonjour mais j’étais déjà bien « enfermée » dans ma bulle et le monde extérieur me paraissait lointain. Thérèse lui dit par deux fois : « Elle t’attendait » … C’est bizarre, je n’ai pas l’impression d’attendre qui que ce soit, en tout cas consciemment. Et en même temps, tout se précipite quelques temps après son arrivée. Le temps me semblait très long jusque là, je m’épuise tout doucement, je suis de moins en moins détendue, j’ai l’impression que la position que j’ai prise il y a 2h ne fait qu’amplifier la douleur, je suis toute engourdie.

Thérèse me propose de changer de position et de me mettre à genou, ma tête reposant sur les genoux de mon mari assis près de la baignoire. La douleur se fait sentir non pas plus violente mais différemment. Je suis épuisée, je n’ai pas dormi la nuit précédente et tout ce dont je rêve à cet instant c’est de m’endormir dans mes couettes bien chaudes. J’ai mal partout, la baignoire me fait mal, mes genoux commencent à me faire souffrir. Je désespère. Je m’imaginais que le travail serait très rapide en comparaison avec celui que j’avais vécu pour ma fille cadette, il n’avait duré qu’1h30. Quand j’étais arrivé à la MDN, j’étais à 8 cm, une heure plus tard, elle était là. Ici, j’étais à 7-8 cm à minuit, il est passé 3h30 et je n’ai toujours pas envie de pousser. J’en ai marre, je n’en peux plus … je me mets à sangloter, je veux en finir. La douleur commence à se faire plus intense. On me met des draps sous les genoux. Je dis à Bénédicte que je n’en peux plus, qu’il me faut quelque chose pour stopper cette douleur que je ne parviens plus à gérer, je la supplie. Thérèse me fait avaler un remède homéopathique je pense.  Je reprends doucement mon calme, je suis tout contre mon mari, sa chaleur me fait du bien, sa sérénité aussi. Entre deux contractions je me rends compte que ce n’est pas plus éprouvant qu’avant, pas plus douloureux non plus mais que la douleur et la panique ont pris le dessus simplement parce que je me décourage, parce que j’ai peur que ça n’en finisse jamais et sans doute, parce que dans mon corps, une nouvelle phase du travail débute et que ce sera la dernière. Suis-je vraiment prête à accueillir mon bébé ? C’est peut-être cela qui me fait peur …

Une sorte de rage monte tout doucement du fond de moi-même. C’est comme si mon corps se révoltait, qu’il n’acceptait plus la place de spectateur qu’il avait prise quand je me décourageais. A ce moment, alors que je ne ressens pas encore le besoin de pousser, je me mets tout de même à le faire lors de chaque contraction. Une, deux, trois contractions passent comme cela. Je désespère de ne pas sentir cette sensation de brûlure qui indique que la tête est en chemin vers la sortie. Lorsque la 4ème contraction se fait sentir, j’ai besoin, cette fois de pousser. Je n’ai plus envie mais besoin ! Il est 4h30. Le courage me revient d’un coup. Chaque poussée me redonne de l’énergie car chacune d’entre elles me rapproche de mon petit cœur. 15 minutes plus tard, lors d’une poussée, je sens la poche se rompre. Je reprends de plus en plus courage. Puis cette « douleur » tant attendue, qui n’est rien à côté des contractions et qui achève de me remotiver, la brûlure ressentie lorsque la tête est sur sa dernière ligne droite. A chaque contraction, je pousse d’autant plus fort. Thérèse m’invite à sentir sa tête avec mes doigts. J’ai l’impression de devoir monter loin pour sentir sa petite tête mais cela ne me décourage pas, que du contraire. Je sens sa tête déformer mon périnée, puis je sens tout son visage passer, quelle sensation indéfinissable. Une dernière poussée pour faire passer le menton, … ouf ca y est le plus dur est fait (c’est ce que je pense du moins) !

Comme je voulais accoucher dans l’eau et la tête étant sortie, on me maintient le bas du dos dans l’eau. J’attends un peu avant de me remettre à pousser. Je veux attendre la prochaine contraction. Mais … plus rien, plus de contraction, plus envie de pousser, plus rien … comme si mon corps m’envoyait paitre … ! Bénédicte me dit de pousser, ce que je fais mais même avec la meilleure volonté du monde, je n’y parviens pas. J’ai l’impression de pousser dans le vide, sur « du rien du tout » … Je lui dis : « Je n’y arrive pas, il faut qu’on m’aide ! », Bénédicte me dit : « Oui, oui, Thérèse va t’aider » A ce moment, je sens que Thérèse tire sur la tête de mon petit lou mais sans succès.

La précipitation n’aurait été qu’une source de stress pour moi. Je sais à ce moment précis que je suis entre de bonnes mains et que tout va bien, je sens mon bébé me donner quelques derniers coups de pieds avant son entrée dans le monde, je ne suis pas stressée, tout va bien, je n’ai plus mal, je suis détendue. Je ne me pose donc pas de question lorsque Bénédicte me dit de sortir du bain, elle me dit qu’il faut que je me couche par terre sur le tapis de bain car les épaules de mon loulou ont du mal à passer et qu’ainsi elles pourront les dégager plus facilement. Ca ne fait qu’un tour dans ma tête, pas question que j’accouche sur une carpette !! Tout ce dont j’ai peur, c’est de cogner la tête de mon bébé en sortant du bain … On me dit de me mettre debout et d’enjamber la baignoire et on demande à mon mari de m’aider. Je revois encore mon mari me tendre la main (hahaha) … ce n’est pas d’une main dont j’ai besoin mais d’un élévateur !! Après être restée 7h sans bouger dans une baignoire toute dure et après avoir fait les plus gros efforts de ma vie, je suis incapable de me mettre debout ! Je suis complètement engourdie ! Je répète plusieurs fois à mon mari de me prendre en dessous des bras pour me soulever car je ne sais pas me « déplier » et qu’il ne faut quand même plus trop traîner. Il ne se rend pas compte que je suis incapable de me mettre debout seule. Pour finir il me prend sous les bras non pas sans difficulté et m’aide à enjamber la baignoire tant bien que mal. Pendant ce temps Thérèse était partie chercher son tabouret d’accouchement ! Quelle merveille cette petite chose ! Ils m’aident à m’asseoir. A peine assise, je sens qu’on dégage doucement les épaules de mon loulou, ça fait mal mais je m’en fiche, je suis bien au-delà de ça. Une fois l’épaule passée, je sens tout son petit corps chaud passer doucement, puis d’un seul coup, tout le reste de son corps passe. Quelle sensation !! Je le prends directement dans mes bras et je le serre très fort contre moi. Il est 5h15. Qu’il est magnifique notre fils !! Quel beau bébé, tout bleu, mauve et rose, tout gluant et blanc de vernix mais qu’est ce qu’il est beau ! Je garderai cette image dans ma mémoire toute ma vie… Quelle magnifique venue au monde ! Qu’il a été courageux de faire tout ce travail ! Quel bonheur !

Thérèse nous demande comment nous l’appelons. Je regarde mon mari avec un grand sourire, nous ne nous sommes pas encore décidés. J’ai très envie d’un prénom et je lui redemande donc s’il est d’accord pour ce choix, il me répond que oui tout ému. Notre fils s’appelle Gabriel, comme son arrière grand-mère et son arrière grand oncle avant lui.

On me fait une petite injection d’ocytocine, histoire que mon utérus bien fatigué ne traîne pas de trop à expulser le placenta. Mon mari coupe le cordon. Une fois le placenta expulsé, on m’emmène dans notre chambre. Je n’aurais pas su faire un pas de plus, j’ai énormément de vertiges.

Nous restons un peu tout les trois dans notre chambre. Mon mari sort peu de temps après. Une petite voie se fait entendre dans le couloir, il est 6h15, notre fille aînée s’est réveillée. Elle dit à son papa dans le couloir qu’elle a entendu du bruit mais qu’elle est restée dans sa chambre et que maintenant elle veut voir son petit frère … Je n’oublierai jamais son visage en entrant dans notre chambre, elle avait un grand sourire et elle est directement venue faire un bisou à son petit frère et disant des « Ooooooh qu’il est beau »… Notre deuxième fille se réveille une heure plus tard, elle sort de sa chambre en même temps que Thérèse sort de la notre. Elle a un petit instant de recul puis je l’appelle, elle vient me rejoindre. Elle est toute gênée et ne sait pas quelle attitude adopter. Elle ne veut pas lui faire de bisou sous prétexte qu’il est « tout sale » et le regarde comme si c’était un extraterreste… mais est  tout de même très attendrie.

Notre petit Gabriel prend le sein très rapidement après nous être installés dans notre chambre. Il reste en peau à peau durant plusieurs heures, quel bonheur !

« Petit » Gabriel pèse 4Kg800 et mesure 53 cm … C’est un petit garçon en pleine forme et en bonne santé. Je l’allaite à la demande, au début toute les heures et demi. Il récupère son poids de naissance le 4ème jour.

De mon côté, certes il me faut plus de temps pour récupérer que pour nos deux aînées, mais la « magie » qui a tourné tout autour de cet accouchement et de notre petit bonhomme efface tous les petits désagréments qui ont pu survenir par après …

Comme pour notre petite Louise, nous tenons à remercier les sages femmes qui nous ont suivis tout au long de cette aventure, à la maison de naissance et à la maison. Nous les remercions pour leur patiente, leur écoute, leur disponibilité et toute cette chaleur avec laquelle elles nous accueillaient.

La naissance de Nell qui a du être provoquée à l'hôpital à cause d'un diabète de grossesse.

La naissance de Nell

 

Tout comme pour Noam, l’ « Arche de Noé » m’est apparu comme étant l’endroit idéal pour accueillir mon deuxième enfant.

 

Une grossesse parfaite jusqu’à la 32ème semaine ou un diabète gestationnel est diagnostiqué. Visite chez la diabétologue et le verdict tombe : 15 jours de régime et surveiller ma glycémie plusieurs fois par jour. Si au terme de ces 2 semaines, le glycémie n’est pas gérée, un traitement par insuline sera introduit. Ce qui signifiait que je pouvais oublier le projet d’accoucher en maison de naissance…

La déception m’envahit mais je m’accroche et je fais ce régime « draconien ». Après 3 jours, j’avais perdu 1,5 kg, j’étais affamée et à bout de nerfs. Nous décidons avec David de continuer de faire attention à mon alimentation mais de trouver un juste équilibre entre le régime donné et manger à ma faim sans tomber dans la gourmandise. Résultat final positif, la glycémie est gérée…pas d’injections et le projet peut donc se poursuivre à l’Arche. Cette nouvelle me donne la pêche. Je me réjouis et m’impatiente de plus en plus de voir ta petite frimousse. 
A partir de la 37ème semaine, nous sommes sur le qui-vive. Tout est prêt!

 

Le terme théorique approchait et toujours pas de signes précurseurs…. Petite visite chez le gynécologue et il décide de provoquer à la 41ème semaine! Durant les 3 jours qui ont suivi, tous les remèdes de grand-mère y sont passés : la marche, les gélules d’huile d’onagre, la méthode italienne, les gouttes homéopathiques, l’huile de ricin, … Rien n’y fit ! Nell avait décidé de rester bien au chaud! 
Je n’avais qu’une volonté, la mettre au monde à l’Arche de Noé. Je nageais en pleine contradiction : j’étais contre le fait de la provoquer et en même temps j’essayais toutes les méthodes afin de la faire venir pour m’éviter d’accoucher à l’hôpital.

 

Ce vendredi matin là, je pars le pied lourd et le coeur serré à l’hôpital… Arrivés à la maternité, nous sommes pris directement en charge. Je me concentre sur « nous » et me réconforte en me disant que notre rencontre est proche… je vais enfin pouvoir te serrer dans mes bras et sentir la douceur de ta peau.

Vers 9h30, l’ocytocine est placée…Vers 11.30, le col ne s’ouvre pas assez vite et je ne ressens pas vraiment de contractions. L’accoucheuse décide de rompre la poche des eaux, ce qui devrait accélérer le travail. Vers midi, je commence à ressentir la différence entre les contractions du début et celles qui arrivent. Elles sont rapprochées, rapides et directement à leur maximum…

Je ne parle pas beaucoup, je suis avec toi, Nell, et j’accepte du mieux que je peux cette douleur afin de faciliter le travail. 45 minutes plus tard, je suis récompensée, je te vois et je peux enfin t’embrasser, ma beauté. 

Marie-Christine arrivera juste après ton atterrissage 🙂

 

Malgré le cadre hospitalier, j’ai eu un bel accouchement… Je me suis sentie écoutée et respectée dans mes choix.
Le lendemain, nous quittions l’hôpital pour rentrer à la maison et retrouver Noam qui nous attendait avec impatiente.
Une nouvelle vie à 4 commencait 🙂

Touchant récit de la naissance et l'allaitement de Leo

Une naissance à l’opposé de ce que nous avions rêvé…

 

Alors voilà… J’avais imaginé un accouchement le plus naturel possible, dans un endroit douillet, dans une ambiance paisible et dans le respect de nos valeurs.  D’où la Maison de Naissance…et tout de suite, dès les premiers rendez-vous, la confiance.  La confiance en Bénédicte, Evelyne et Marie-Christine mais aussi et surtout, la confiance en nous, futurs parents pour la première fois.  On était tellement dans notre élément à l’Arche de Noé, on s’est sentis tellement bien, et ma grossesse était tellement belle, qu’on n’avait pas imaginé que cela se passerait comme c’est arrivé.  Bien sûr, on savait et on avait été préparés au fait que l’accouchement pourrait avoir lieu en milieu hospitalier, plutôt qu’à la MDN, si ma santé et/ou celle du bébé le nécessitai(en)t.  On l’avait imaginé, avec notre gynéco aussi, pour que, si cela devait arriver, cela se passe dans les meilleures conditions possibles, plutôt que d’être vécu comme un échec.

Mais, encore une fois, tout se passait tellement bien que, jusqu’à trois jours avant la naissance de Léo, on a cru et espéré que tout se déroulerait à la MDN.

 

Une belle grossesse donc: prise de poids tout à fait acceptable (3 kgs en 6 mois), paramètres normaux.  Puis, pendant les vacances de Noël 2012 (j’en suis à 31 semaines d’aménorrhée), je remarque que je commence de la rétention d’eau au niveau des chevilles.  Assez classique en début de troisième trimestre.  Je lis que la marche peut aider à «dégonfler»: je m’y mets!  Une semaine plus tard, l’effort me pèse beaucoup.  Je prends ma tension: j’ai des pics de 17-11, 18-12!  Je me pèse: je réalise que j’ai pris 10 kilos du 6ème au 7ème mois…

Je reprends le boulot mardi le 8 janvier, et là je me rends compte que je me sens essoufflée, même quand je suis assise à mon bureau.  Et depuis la veille, j’ai réalisé que même mes mains et mon visage avaient gonflé.  Là ça m’inquiète.  J’ai rendez-vous avec Marie-Christine le vendredi de la même semaine mais je préfère ne pas attendre et être sûre de ne pas passer à côté de quelque chose.  Je l’appelle le mardi 8 janvier au matin et lui explique ce que j’ai pu observer depuis deux jours.  Calmement, elle m’explique que je présente des signes de décompensation et qu’on ne peut pas attendre vendredi: je dois voir mon gynéco en urgence.  Chance, celui-ci peut me recevoir l’après-midi-même suite à un désistement.  J’étais allée en consultation chez lui juste avant Noël et il est donc surpris de tous les symptômes que je lui explique.  Il me parle de risque de pré-éclampsie.  S’en suivent des examens de contrôle: échographie, monitoring, prise de sang, collecte d’urine pendant 24 heures.  Il me prescrit déjà un médicament pour faire baisser ma tension.

Le lendemain (mercredi après-midi), je retourne à Ste-Elisabeth pour amener mon échantillon d’urine et refaire un monitoring.  Bébé va bien et ne montre aucun signe de souffrance.

Je commence à me sentir un peu mieux, avec encore l’espoir que la situation va pouvoir se stabiliser.  Mais en appelant Marie-Christine ce jour-là pour la tenir au courant de l’évolution de ma situation, elle m’annonce que je ne pourrai pas accoucher à la MDN, au vu de ma pathologie.  Je m’effondre.  Oui, j’aurais dû m’y attendre mais j’ai cru ou j’ai voulu croire qu’il restait une chance pour que la naissance de Léo se déroule dans les conditions que j’avais rêvées pour lui, pour nous trois.  Je suis à ce moment-là capable d’être «raisonnable» et de comprendre pourquoi la MDN ne peut plus être une option.  Mais je suis profondément triste.  Simon ne m’a jamais vue dans un tel désarroi.  Après les premières émotions passées, on en parle beaucoup et on s’accroche à ce qui est positif dans la situation: même si je ne le connais pas depuis longtemps, je sens que je peux avoir confiance en mon gynéco.  Je suis également fière d’avoir rapidement décelé les signes d’une évolution anormale de ma grossesse, soulagée aussi d’avoir appelé Marie-Christine qui n’a pas attendu et n’a pris aucun risque: c’est tout à fait ce genre de réaction qu’on attendait de la MDN.  Bref, face à un problème de santé majeur, on se rend à l’évidence: il n’est pas question ici de frustration de ne pouvoir accoucher à la MDN; vu les circonstances, le milieu hospitalier est nécessaire.

Le soir-même, toujours mercredi, nous assistons à la MDN à une séance d’information sur l’allaitement.  Je suis émue de me retrouver là, alors que j’ai appris quelques heures plus tôt que Léo ne pousserait pas son premier cri à l’Arche de Noé.  D’autres mamans sont présentes, enceintes, comme moi, pleines de cette vie qui grouille en elles, comme moi, remplies d’attentes magnifiques pour leur bébé à venir, comme moi, avec le projet d’accoucher à la MDN…pas comme moi.  Plus comme moi.

L’émotion est là, oui.   Mais à ma grande surprise, elle ne prend pas toute la place.  Et dans ma tête, la raison arrive à trouver sa place.  La présence bienveillante de Simon est pour beaucoup dans l’acceptation de cette nouvelle idée d’accoucher à Ste-Elisabeth.  Bref, la soirée se déroule et je prends toutes les informations que je peux concernant cet allaitement dans lequel je fonde beaucoup d’espoir.

 

Le lendemain matin, jeudi, mon gynéco me téléphone.  Il a reçu tous les résultats de mes examens.  Il est inquiet: mes plaquettes de sang ont chuté de 150.000 à 70.000.   Et mes reins ne remplissent plus correctement leur fonction de filtres: un taux très élevé de protéines se retrouve dans mes urines.  Ce qui nous empêche, Léo et moi, d’en profiter.  Bref, il n’est plus question d’attendre.  Mon gynéco me demande d’intégrer Ste-Elisabeth l’après-midi.  Le but: contrôler mes paramètres en permanence en espérant arriver à les stabiliser.  Je dois prévoir une valiser pour quelques jours.  Et une valise pour bébé.  Oups…

On arrive donc à la clinique l’après-midi-même (jeudi), un peu chamboulés.  L’inquiétude commence à nous gagner.  Je suis sous monito, on vient me faire une prise de sang toutes les 2-3 heures.  Les infirmières sont adorables, on se sent entre de bonnes mains.

Mais à 19h, mon gynéco déboule dans ma chambre et nous fait part du risque grandissant de la pré-éclampsie.  Il nous explique tout dans les détails, que mon placenta est de plus en plus toxique pour le fonctionnement de mes organes, et forcément pour le bébé aussi.  La seule solution pour arrêter cette escalade: enlever le placenta…et donc sortir bébé de mon ventre.  Le Docteur explique qu’on ne pourra plus attendre très longtemps.  Au maximum, ce sera pour ce week-end.  Cela veut dire aussi que Léo naîtra par césarienne.    Pour plus de sécurité et pour éviter des pertes de temps inutiles, il décide que je dois passer la nuit au bloc d’accouchement, déjà prête pour une intervention en urgence.  Me voilà donc parée d’une blouse d’hôpital, d’une perfusion, d’un holter et d’un monitoring en continu.  Je reçois aussi une injection pour accélérer la maturation des poumons de Léo, avant d’être transportée sur mon lit d’hôpital deux étages plus bas.

Nous nous «installons» dans une salle d’accouchement et passons la nuit là, inquiets de notre futur sort.  La sage-femme de nuit vient très régulièrement relever mes paramètres et aussi nous donner les résultats des analyses de sang, au fur et à mesure de la nuit.  Elle est pleine d’attentions et essaie aussi de nous préparer à la possibilité de plus en plus grande que la césarienne aura lieu le lendemain matin.  C’est difficile d’expliquer notre état d’esprit à Simon et moi.  D’un côté tout cela semble irréel: il y a à peine quelques jours, nous n’avions que la Maison de Naissance en tête.

Depuis que je sais que je suis enceinte, j’ai pris l’habitude, comme la plupart des mamans, de parler à mon bébé et lui exprimer mes émotions et mon ressenti.  Plus que jamais cette nuit-là, j’ai passé beaucoup de temps à lui parler, à tenter de le préparer au fait que sa venue au monde était imminente.  Lui dire aussi que ce serait très rapide, qu’il ne déciderait pas du moment où il ferait sa grande entrée mais qu’on viendrait le chercher par «surprise».  Le rassurer aussi en lui disant qu’on avait confiance en l’équipe médicale qui interviendrait, et surtout que son papa et moi sa maman on serait là avec lui.

 

Le matin arrive et avec lui, notre gynécologue.  Il nous dit qu’il doit discuter avec le staff médical de la décision à prendre me concernant.  Mais il annonce déjà la couleur: le coeur de Léo a montré quelques irrégularités très tôt le matin-même, et si bébé est en souffrance, la césarienne doit se faire dès que possible.  Le docteur évoque aussi le fait que ce sera vraisemblablement une césarienne par anesthésie générale.  En effet, vu mes paramètres vitaux et mon taux de plaquettes, on ne peut risquer une anesthésie locale, qui pourrait amener de graves complications en cas d’hémorragie.

Quand nous nous retrouvons seuls Simon et moi, nous nous rendons à l’évidence: Léo va naître ce matin, à mille lieues de ce que nous avions espéré pour lui.  Nous avons bien compris que l’anesthésie générale signifie que: 1) Simon ne peut être présent dans la salle d’opération et ne pourra donc pas voir Léo tout de suite.  2) je ne pourrai pas voir Léo ni le prendre dans mes bras avant quelques heures, vu mon anesthésie générale et mon transfert vers une salle de réveil.

Cette idée-là est très dure à accepter, bien plus évidemment que l’obligation de renoncer à la MDN,et plus encore que la résignation à la césarienne.  Même si les arguments restent les mêmes (priorité à notre santé à Léo et à moi), imaginer que quelques heures s’écouleront avant que je voie mon bébé, je ne m’y étais pas préparée.

Encore une fois, Simon trouve les mots: il sera là, lui, pour Léo, normalement assez rapidement après sa naissance.  Il lui parlera, il transmettra à Léo notre amour à tous les deux, il lui expliquera pourquoi je ne suis pas là.

Mon gynéco revient assez rapidement et confirme ce qu’il avait pressenti: on attend l’anesthésiste qui devrait arriver dans la demi-heure et puis on y va.  En attendant, je reçois tout de suite la deuxième injection pour la maturation des poumons de Léo. Le docteur nous explique aussi qu’il est possible qu’après mon réveil, je sois transférée, non en maternité, mais au Middle Care (service conjoint aux soins intensifs, pour les situations qui demandent une surveillance médicale accrue).  En effet, les risques d’une éclampsie (avec symptômes convulsifs) restent présents, même après l’extraction du placenta, encore environ 24h.  La maternité n’est pas suffisamment équipée pour assurer une telle surveillance et le Middle Care sera sans doute un passage obligé.  Impossible de dire pour combien de temps.  On a dû sembler très raisonnables à mon médecin: on était posés, calmes, on ne pleurait pas.  Mais à ce moment-là, j’ai eu peur de mourir, pour la première fois de ma vie.  Bien sûr, j’avais peur aussi pour Léo mais les faits étaient là, très objectifs: ma vie était plus en danger que la sienne.

Cette peur que je ne connaissais pas, je n’ai pas voulu la partager.  J’ai pensé à Simon qui serait seul, pendant que je serais opérée (oui, c’est ça: je n’allais pas accoucher.  On allait m’opérer.  Toute la nuance est là dans ce verbe actif «accoucher» qui était remplacé par un verbe passif «être opérée») et j’ai craint qu’il ne cède à la panique si je parlais de ma peur de mourir.

J’ai dû avoir la voix qui tremblait quand même un peu quand j’ai demandé au docteur comment se déroulait une césarienne, car il a adopté un ton particulièrement doux pour me répondre.  Il a aussi pris la peine, autant que possible, de remplacer des mots très techniques et l’explication du déroulement très chronométré de l’opération, par des phrases qui remettaient bien la naissance de Léo dans son contexte.  Il a pris ces quelques minutes pour me rassurer et je lui en suis très reconnaissante.  Rapidement après, tout est allé très vite.  Des sages-femmes et des stagiaires ont commencé à fourmiller autour de moi, me préparant à la césarienne, m’amenant en salle d’op.

L’heure de dire «au revoir» à Simon est arrivée.  On a tous les deux des mots positifs: «ça va aller, on est forts tous les trois, on s’aime c’est le plus important, on a confiance».  Mais une autre question qui me trotte dans la tête, c’est «serons-nous trois après l’opération?».

 

 

Dans la salle d’op, il fait très froid, chacun est à son affaire.  La pédiatre qui prendra en charge Léo dès sa sortie de mon ventre, vient se présenter à moi.  Tout simplement et tout doucement.  Je ne la connais pas encore mais je sens que je peux lui faire confiance.  Je me souviens même m’être dit à ce moment-là «c’est elle qu’on prendra comme pédiatre» (et c’est effectivement elle…).  Une stagiaire sage-femme, aussi jeune que gentille, reste près de moi et s’efforce de me rassurer.  Je la remercie mais lui demande de me laisser seule (si tant est qu’on peut être seule dans une salle d’op à quelques minutes d’une intervention!): j’ai besoin de me centrer sur moi et mon bébé, de lui parler encore, de lui dire que ça y est, le grand moment est arrivé.  Beaucoup plus tôt que prévu (je suis désormais au premier jour de ma 33ème semaine d’aménorrhée depuis ce matin-là), certes, mais que personne n’y peut rien, ni lui, ni moi.  Je lui dis ma confiance totale en l’équipe médicale pour nous prendre tous les deux en charge le mieux possible.

Puis le masque sur mon visage.  Je sais que je ne sentirai pas que je m’endors: ça ira très vite, le docteur m’a prévenue.  Car il faut pouvoir m’ouvrir le plus rapidement possible, pour pouvoir sortir Léo le plus rapidement possible, afin qu’il subisse le moins possible les effets des sédatifs qu’on m’a administrés.

Lorsqu’on m’a mis le masque, j’ai compris le sens de l’expression «à la grâce de Dieu».  À ce moment-là, plus rien ne dépendait de moi, je n’avais pas d’autre choix que de lâcher prise.  Puis c’est le vide.  Je peux imaginer, mon cerveau est capable de créer des images de ce qu’il s’est passé: la rapidité de l’intervention, les gestes précis, techniques du docteur, le vocabulaire médical utilisé, des détails anatomiques, du sang, mes viscères…  Et au milieu de tout cela, mon petit, mon tout petit bébé, encore tout endormi au creux de mon ventre, qui ne comprend pas ce qui arrive.  Tout va tellement vite, tout va trop vite.  Les infirmières sont ensuite allées chercher Simon pour qu’il voie Léo, dans une pièce voisine à la salle d’op (où je suis toujours endormie et où on s’affaire pour me recoudre).  Léo a pleuré, il a poussé ses premiers cris, ce qui est bon signe a-t-on dit à Simon.  Toute une équipe était autour de Léo mais je ne peux en parler vu mon absence, et je ne veux pas prendre la place ni les mots de Simon pour raconter les premières minutes de la vie de notre bébé.

Je me réveille peu de temps après, dans le gaz, avec des paroles incohérentes.  Puis je vois Simon à mes côtés: Léo vient de monter en néonatalogie pour y être appareillé et branché de partout.  Simon me rassure: Léo va bien, et en plus, il est beau!  Simon ne peut rester car je suis transportée, encore dans les vaps, en salle de réveil.  J’ai une pompe à morphine, on m’explique son fonctionnement très simple.  C’est vrai que j’ai un peu mal dans le bas-ventre, là où j’ai été ouverte.  De la salle de réveil, je suis ensuite amenée au Middle Care.  J’ai l’impression de ne plus pouvoir rien faire par moi-même, je suis branchée de partout: j’ai une sonde urinaire, de l’oxygène, des électrodes sur le torse, un holter, trois perfs dans les bras, un appareil pour mesurer la saturation, des baxters.

Je ne peux pas manger ni boire, je ne peux même pas m’asseoir.  Et je ne peux donc pas me déplacer (ou plutôt être déplacée) pour aller rencontrer mon petit bébé.

 

Une première rencontre tardive…

 

S’en suivent de très longues heures, trop longues, trop nombreuses, pendant lesquelles je me morfonds et je pleure de ne pas pouvoir serrer mon tout petit.  Je reçois quelques visites mais elles sont limitées à la famille très proche et dans un créneau horaire restreint.  Seul Simon a le droit d’être avec moi en-dehors de ces moments.  Simon entame donc des allers-retours entre la néonat, le Middle Care et notre maison.  Il me raconte et essaie d’être le plus fidèle possible à ce qu’il observe chez Léo.  Celui-ci va bien et son état, stable, est tout à fait rassurant.  Vendredi soir, visite surprise: Bénédicte vient me voir et amène avec elle un peu de sa chaleur qui lui est si particulière, pour réchauffer mon coeur meurtri de jeune maman qui n’a pas encore pu rencontrer son bébé.  Elle s’inquiète que personne ne soit encore venu pour stimuler ma lactation et récolter mon précieux colostrum.  Elle s’affaire pour la première expression manuelle de mon lait.  Même s’il n’ira pas dans le ventre de Léo, ce premier lait va aider à stimuler la lactation.  Merci Bénédicte pour ta présence réconfortante à ce moment-là, et pour m’avoir convaincue de continuer à parler à mon bébé (comme lorsqu’il était encore dans mon ventre), ce que j’ai fait inlassablement.

Car il a fallu attendre plus de deux journées complètes pour que je puisse enfin serrer mon Léo dans mes bras.  Léo est né le vendredi 11 janvier à 9h30 et je l’ai rencontré le dimanche 13 à 16h00.

Cette attente a été très difficile à vivre.  La situation semblait parfois surréaliste: Léo et moi étions tous les deux au même endroit, à la même adresse, mais nous ne pouvions pas nous voir!  Mon gynéco est passé me voir plusieurs fois et comprenait bien mes attentes.  Malgré son intervention et celle de la pédiatre, je n’ai pas pu quitter le Middle Care avant dimanche après-midi.  Quand j’ai été amenée dans ma chambre à la maternité (chambre commune avec une maman qui avait son bébé avec elle dans la chambre…), Simon a enfin pu me conduire, en chaise roulante, jusqu’en néonat.  Simon a sonné à l’entrée de la néonat et s’est présenté au parlophone en disant «la maman et le papa de Léo».  Quelle fierté j’ai alors ressentie, même si je ne connaissais pas encore Léo!  Passées les formalités sanitaires obligatoires qui me semblent interminables (port d’une blouse, mains lavées et désinfectées), me voilà enfin dans une pièce où trônent plusieurs couveuses.  Simon étant derrière moi et poussant ma chaise roulante, je ne sais pas où il va m’amener, je ne sais pas lequel est mon bébé!  Je suis fébrile à l’idée de ne pas reconnaître mon enfant.  Mais la chaise s’arrête et, enfin, j’ai devant moi mon petit Léo, toute toute toute petite boule d’amour, que je peux toucher à travers les hublots de la couveuse.  Je lui parle, je le caresse, il se tourne vers moi, il me reconnaît!  Quelle bouffée d’amour, quelle fierté à ce moment précis!  Une infirmière s’approche et propose de déposer Léo contre moi, en peau à peau.  On s’emmêle un peu entre les fils de Léo et les miens, mais on y arrive à notre plus grand bonheur.  Il est si petit et si léger, avec son 1,700 kg…et tellement beau!  Il se blottit contre moi, j’ai assez d’une main pour le porter et le maintenir contre ma poitrine.  Les larmes coulent et toutes les émotions viennent se mélanger mais qu’importe!  J’ai mon petit dans mes bras et nous sommes enfin réunis tous les trois.

Le soir-même, je commence à tirer mon lait que j’amènerai à Léo, au fur et à mesure des mes visites à la néonat, plusieurs fois par jour.  Léo a une sonde qui part de son nez jusqu’à son estomac: il est «gavé».  Il ne recevra rien d’autre que mon lait maternel, que j’aurai la chance d’avoir en quantité.  En effet, il est encore trop petit/immature physiologiquement/faible pour être capable de têter à même mon sein.  Il a surtout besoin de dormir et rester bien au chaud, dans la couveuse.

Dans les jours qui suivent, quelques têtées de contact sont essayées mais sans grand succès.  Rien d’inquiétant cependant, vu son jeune âge et son petit poids.

Arrive une nouvelle étape qui est un autre déchirement: après 10 jours de convalescence, je quitte la maternité et nous rentrons à la maison, sans Léo qui reste à la néonat.  Il y restera au total pendant 6 semaines.    6 semaines pendant lesquelles nous sommes allés le voir 2 à 3 fois par jour.  6 semaines particulièrement intenses et éprouvantes, entre les trajets, les séances de tire-lait plusieurs fois par jour, la fatigue, les émotions, les coups de téléphone de la famille et des amis.

 

Un allaitement difficile à démarrer…

 

Dans un premier temps, les infirmières pédiatriques de la néonat et notre pédiatre se sont montrées tout à fait rassurantes, même si les mises au sein s’avéraient infructueuses.  Petit à petit, différentes techniques et positions ont été essayées.  Parfois, Léo têtait 22 grammes, 6 gr, 0 gr….  C’était très aléatoire.  Souvent, nous avions l’impression qu’il y avait eu un déclic, quelque chose de différent dans la têtée…puis sur la balance, rien.  Peser Léo avant, pendant, après la mise au sein…malgré la volonté constante de ne pas nous mettre la pression, à Léo et à moi, ce protocole instauré par la néonat est vite devenu énergivore…et déprimant.  À un certain stade, on a commencé à entendre des petits commentaires désagréables adressés à Léo: «Allez petit fainéant!  Maman a plein de lait, papa et maman veulent que tu rentres à la maison…ça ne dépend que de toi!»…Insupportable.  Je suis devenue de plus en plus sensible, à fleur de peau: qu’est-ce qui ne va pas chez moi?  Pourquoi je n’arrive pas à l’allaiter?  Les bébés arrivés en même temps que Léo en néonat sont rentrés chez eux depuis longtemps…Maintenant c’est le tour de ceux qui sont arrivés bien après Léo…

Je continue à tirer mon lait et à l’amener, mes petits pots remplissent le congélateur de la néonat, on me dit que j’ai beaucoup de chance d’avoir encore autant de lait, alors que Léo ne prend pas au sein.

Je passe ici un épisode long et éprouvant pour notre moral mais en bref, les deux dernières semaines de Léo en néonat nous ont fait perdre toute confiance en nos capacités de parents.  Débutée sur un malentendu, une relation avec un des pédiatres me fragilise davantage car il est question de passer au biberon.  Je refuse mordicus: j’ai du lait, Léo n’a même pas encore l’équivalent de 38 semaines, je veux continuer à essayer.

Les avis et conseils de certaines infirmières sont parfois contradictoires et on ne sait plus où donner de la tête.  Je me sens complètement perdue.  Simon a la bonne idée d’appeler Bénédicte qui propose de venir nous voir en néonat, lors d’une mise au sein.  Elle se montre rassurante et nous conseille d’appeler Thérèse Richard.  Celle-ci nous redonne tout de suite confiance: tant que j’ai du lait, et tant que Léo est capable de têter au doigt (technique du DAL aussi appelée «à la paille»), on peut garder l’espoir que l’allaitement démarre.  Il n’en faut pas plus pour nous rebooster!  Thérèse nous donne également une consigne essentielle: nous devons nous tirer de la tête que nous quitterons la néonat avec un allaitement démarré.  Nous aurons tout le temps de nous y consacrer quand nous serons à la maison, au calme, avec Thérèse.  C’est déjà un soulagement énorme! 

Finalement, quand Léo a 5 semaines, nous passons en «chambre mère-enfant»: c’est censé être la dernière ligne droite avant le retour à la maison, histoire que maman et bébé s’habituent à être ensemble 24h/24.  La sonde de Léo est enlevée et il est donc exclusivement nourri en fournissant des efforts, que ce soit à la tasse, à la paille, et au sein le plus souvent possible.  Une condition est posée par le pédiatre: si Léo ne boit pas assez par ses «propres moyens», le gavage sera recommencé.  On nous dit aussi que, dans notre cas, la chambre mère-enfant n’est pas forcément la promesse d’une sortie dans les 2-3 jours, comme c’est le cas habituellement.  Le but ultime est de développer l’allaitement.  Forts des contacts téléphoniques que nous avons quotidiennement avec Thérèse, nous acceptons ces conditions.  Léo et moi resterons finalement 5 jours en chambre mère-enfant.  Tous les jours, Thérèse nous encourage et insiste sur le fait que la mise au sein sera travaillée à la maison.  Pour nous, ce point-là est très clair.  Mais le faire  comprendre au personnel médical, c’est une autre paire de manches!  Nous voilà parfois amenés à tricher un peu, juste pour qu’on arrête de faire du forcing à heure fixe sur les mises au sein de Léo…qui s’y endort systématiquement!  Au sein de l’équipe des infirmières, deux d’entre elles vont nous soutenir jusqu’au bout de notre projet d’allaitement.  C’était un vrai soulagement de constater qu’elles étaient de service!  Les encouragements téléphoniques de Thérèse et le soutien réel de ces deux infirmières nous ont aidés à tenir le coup et à nous convaincre que non, nous n’étions pas fous de croire en cet allaitement.  Nous sommes rentrés à la maison tous les trois quand Léo a eu 6 semaines.  Thérèse est venue le jour-même nous inonder de ses précieux conseils, de ses paroles encourageantes, de ses gestes chaleureux.

Pendant les 4 semaines qui ont suivi, j’ai continué à tirer mon lait entre 5 et 9 fois par jour, et à le donner à Léo à la paille: c’est la technique qui nous convenait le mieux à tous les deux.  À chacun des ses repas, Léo était mis au sein.  Toujours sans grand succès.  Quelques fois, il têtait un peu et résonnait alors la phrase victorieuse de Thérèse: «il nous a montrés qu’il pouvait le faire».  Nous avons tout essayé: le bain, la pénombre, le peau à peau, la tétrelle, les positions différentes, etc…  Sans succès.  Pourtant, nous gardions espoir!

Tout doucement dans notre entourage s’est installée une sorte de défaitisme, comme si tout le monde (ou presque) pensait qu’il faudrait bien arrêter de s’obstiner et regarder les choses en face: cet allaitement qui mettait tant de temps à démarrer était un échec.  Des petites phrases ont commencé à se glisser dans les conversations: «t’en as pas marre de tirer ton lait?  Tu vas continuer comme ça jusque quand?»…  On était aussi fort limités dans nos activités puisque je tirais mon lait toutes les trois heures.  Mais l’idée d’arrêter tout ça, même si c’était contraignant, et de me résoudre à passer au lait en poudre, cette idée restait inconcevable pour moi au vu, entre autres, de tout le lait que mes seins continuaient à produire.  J’ai aussi et surtout répété inlassablement à qui voulait bien l’entendre que je n’avais pas pu accoucher à la Maison de Naissance, ni de manière physiologique, ni être avec Léo pendant les trois premiers jours de sa vie, mais que pour l’allaitement je pouvais enfin être actrice et décider que je continuais à essayer.

Que Thérèse nous dise qu’elle continuait à y croire était une motivation supplémentaire et majeure.  Quand Léo a eu 2 mois, j’ai préféré essayer les mises au sein avec une tétrelle quasi d’office car les résultats semblaient légèrement plus positifs avec l’utilisation de cet accessoire.

Un peu plus tard, Léo a eu 2,5 mois.  Tout d’un coup, un sentiment de désespoir m’a submergé.  Il est arrivé sans crier gare.  J’ai commencé à culpabiliser.  Bizarrement, cela n’avait pas été le cas jusque-là: j’avais confiance en moi et en Léo pour cet allaitement.  Mais quand la culpabilité à commencé à me ronger, ce fut l’enfer dans mon coeur.  Qu’est-ce que je faisais mal?  Est-ce que je n’étais pas en train de faire du forcing alors que cela n’intéressait tout simplement pas Léo?  J’en ai discuté avec une amie proche, kinésiologue comme moi, qui m’a poussée dans mes derniers retranchements.  Ses questions directes semblaient presque irréalistes sorties de sa bouche, car je savais qu’elle comprenait et soutenait profondément mon allaitement.  Après une longue discussion et beaucoup de larmes, j’ai pris la décision que j’évoquerais avec Thérèse, lors de sa prochaine visite deux jours plus tard, l’arrêt de l’allaitement.  Je n’étais pas soulagée par cette décision, au contraire.  Une autre forme de culpabilité est apparue et mon coeur était en morceaux.

Le lendemain, une autre amie proche est venue nous voir Léo et moi.  Alors que je m’installais pour mettre Léo au sein, plus par habitude et réflexe qu’avec une véritable attente, mon amie a débuté une conversation à laquelle j’ai participé (alors que d’habitude, j’entourais ce moment de mise au sein d’un certain calme et de toute mon attention).  Et là, sans crier gare, Léo a commencé à têter!  Et bien, en plus!  Quand je lui ai présenté le deuxième sein, il a repris de plus belle…  Il a un peu moins têté et je lui ai présenté, comme d’habitude, mon lait à la paille, tiré quelques heures avant: il n’a pas tout bu, me donnant la confirmation qu’il était repu, vu ce qu’il avait déjà bu directement à la source.

Mon bonheur a été immense mais pas complet: j’ai eu peur que cela ne soit qu’une têtée réussie isolée.  Mais au moment de son repas suivant, Léo a réitéré son exploit!  Là, plus de doute, je me suis empressée d’appeler Thérèse pour lui annoncer la grande nouvelle.  Nous nous sommes laissé des messages par répondeurs interposés, mais l’émotion était palpable, des deux côtés!   À partir de ce moment-là, Léo a continué à boire au sein à chaque repas.  Il a quand même reçu, après chaque têtée, un petit complément au DAL et donc le tire-lait est resté dans le décor de notre vie pendant encore de longs mois.  Nous avons poursuivi ce système sur les conseils de Thérèse et de notre pédiatre, car la prise de poids de Léo restait précaire.  Mais petit à petit, les contraintes ont diminué jusqu’à arriver, lors de ma reprise du travail, à ne tirer qu’une fois par jour, les journées où j’étais au boulot.

Il faut aussi savoir que je continuais à essayer régulièrement de donner le sein sans tétrelle.  Là aussi, cela a pris du temps mais on y est arrivés: Léo a commencé à boire au sein avec tétrelle à 2,5 mois, et sans tétrelle à partir de 5 mois.

Je suis très fière de Léo et de notre allaitement réussi.  Dans quelques jours, Léo aura 16 mois et est toujours allaité, pour notre plus grand bonheur.  Cette aventure humaine extraordinaire (je parle aussi bien de la naissance de Léo que de son allaitement) a été possible grâce à des personnes professionnelles remarquables qui ont insufflé, et continuent de le faire dans leur travail de tous les jours, une humanité profonde.  Merci à Bénédicte et Evelyne de la Maison de Naissance, merci à mon gynécologue et à la pédiatre de Léo, merci à Vinciane et Fabienne de la néonat, merci merci merci à Thérèse, soutien indéfectible pendant 8 beaux mois de suivi à la maison.  Et merci bien sûr à nos familles et nos proches qui nous ont entourés de leur amour et de leur amitié.

Enfin, pour la petite histoire, j’ai souhaité revoir le pédiatre avec qui j’avais été en froid à la néonat, afin de pouvoir sortir de cette spirale négative où je ressassais sans cesse nos échanges. J’y ai été encouragée par Thérèse mais aussi par la pédiatre de Léo qui, toutes les deux, chacune à leur manière, ont été dans une véritable écoute.  Le pédiatre a été d’accord de me rencontrer et ce fut pour moi un moment important dans l’acceptation de tout ce qui avait été plus douloureux autour de la naissance de Léo.  Cette rencontre inattendue a été extrêmement positive et je tiens également à remercier ce pédiatre de son humilité.

 

 

                                                                                                          Céline, Simon et Léo

 

                                                                                                    Achêne, le 6 mai 2014.

L'attente et la naissance de Thalia

Le choix d’avoir un enfant

 

Un bébé ? Ca fait un moment qu’on en parle … Ok mais qu’est-ce que c’est de s’occuper d’un petit être ? En sommes-nous capables ? Comment fait-on ? Et puis, c’est pas le tout de le porter mais comment accouche-t-on ? Y a-t-il des variantes à ce que je connais ?

 

Moi, je suis « mal née » … De ce que ma mère m’a raconté, elle est restée les 6 derniers mois de la grossesse couchée par crainte d’une fausse couche. Proche du terme, son gynécologue a d’abord stoppé chimiquement le travail, puis l’a provoqué. Le jour J, il  lui a fait une épisiotomie au préalable mais le tabouret a cassé à ce moment précis, ce qui lui laissait une -très- large incision, ensuite, on m’a sortie avec les forceps, j’avais le cordon deux fois autour du coup et le score d’Apgar n’était pas au top … Apparemment, nous avions frôlé la mort de très près … Est-ce vrai ou pas … Finalement, est-ce important ? J’ai vécu, non ?

 

D’accord, on se lance, j’arrête la pilule fin juillet. Afin de trouver des réponses à nos questions, en octobre 2013, nous nous rendons au salon « Baby Days » à Bruxelles où nous rencontrons une dame super qui nous explique que nous n’étions pas obligés d’accoucher en clinique, donc en maison de naissance ou chez soi, et que le suivi mensuel pouvait être assuré par des sages-femmes, même si plusieurs visites chez le gynécologue étaient fortement recommandées. Notre « bonne fée » nous explique plein de choses sur le choix de la naissance d’un enfant, que chaque accouchement est différent, les positions, dans l’eau, etc. Nous l’ignorons encore mais je suis déjà enceinte … L’aventure commence.

 

Nous commençons notre suivi avec une sage-femme de Louvain-la-Neuve, Françoise, avec le projet d’accoucher avec son soutien à la clinique la plus proche. Cependant, nous devons déménager sur Namur donc, nos choix doivent changer. Nous sommes tristes de la quitter mais voilà, c’est la vie …

 

Nous rencontrons les trois sages-femmes référentes de la maison de naissance de Namur, Evelyne, Bénédicte et Noémie. Le contact est excellent. Après mûres réflexions, notre projet de naissance, à Henry et moi, est de faire naitre notre enfant là-bas. Nous nous préparons bien, nous suivons quasiment tous les ateliers concernant l’accouchement : l’histoire d’une naissance vue de l’intérieur, la douleur, les positions durant le travail et l’accouchement, la physiologie du travail et de l’accouchement, l’accueil du nouveau-né, l’allaitement et les pleurs de bébé. De même, nous suivons une préparation affective à la naissance qui nous apprend l’haptonomie, comment gérer la douleur, comment accueillir les contractions et comment pousser efficacement pour l’expulsion.

 

Les semaines passent, nous sommes de plus en plus en confiance avec l’équipe qui nous encadre. Nous sommes prêts.

 

 

La Naissance de Thalia

 

Ce lundi 09 juin 2014 à 21h30, la poche des eaux se fissure, nous prévenons Bénédicte qui est de garde. Toute la nuit, j’ai des petites contractions qui me font penser : « si c’est ça les contractions de travail, je m’attendais quand même à pire … ». Je note leurs espacements : 20 min … 10 min … 5 min … Le mardi vers 09h00, tout s’arrête. Plus tard dans la matinée, nous nous rendons à la maison de naissance parce que je dois avoir une perfusion d’antibiotiques. Le travail ne démarrant pas, nous essayons divers traitements homéopathiques, sans résultat. Vers 19h00, Bénédicte vient nous demander ce que nous comptons faire, rester là encore ou aller à la maternité. Nous avons besoin d’un coup de pouce pour démarrer le travail, je sens bien que c’est juste et qu’il est inutile de rester là … Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. Je désespère, j’ai peur, ce n’est pas du tout ce que je voulais … J’ai une très mauvaise impression des hôpitaux, nous n’y allons que lorsque nous sommes malades ou accidentés, non ? Je ne me considère pas malade. Je ne suis pas prête d’y aller, qu’est-ce que les médecins allaient bien pouvoir me faire ? Serais-je respectée, écoutée ? Vont-ils juger mes décisions ? Mais il faut y aller, mon bébé doit naitre. C’est le plus important.

 

Nous arrivons à la maternité vers 20h00, une sage-femme charmante, Anne, nous reçoit et nous place dans la salle d’accouchement. Quelle surprise, ce n’est pas un bloc opératoire ! Maudits préjugés que j’ai ! Elle m’installe à peine sur la table avec le monitoring que le travail commence spontanément. Des contractions déjà toutes les 5 minutes. Anne met un peu d’ocytocine pour aider le travail. Je les accueille, je les prends une à une, je suis fière de moi. Henry et Anne m’encouragent, tout se passe très bien. Le col est à 3cm. 

 

Et puis, tout s’accélère. La poche des eaux se rompt nettement. C’est plus douloureux. Très vite, je n’ai plus le temps de récupérer entre les contractions et je perds pied. Là, je comprends mieux les douleurs dont on parlait aux ateliers et lors des préparations à la naissance ! Je ne sais plus réfléchir ni respirer. Le mercredi, vers 00h30, le col est à 4cm. Anne me parle : je suis épuisée, la route est encore très longue avant la fin, elle me conseille de faire une péridurale pour me reposer un peu. Effectivement, je tombe de fatigue, je souffre terriblement, je sens qu’il est impossible de continuer ainsi. L’anesthésiste arrive et dès qu’il met en place la péridurale, tout se calme. Je ressens tout mais sans douleur. Béni soit cet homme qui me soulage ainsi ! De ce fait, je peux poursuivre ma nuit calmement mais sans dormir. 

 

Régulièrement, Anne me tourne alternativement sur le côté gauche puis sur le droit durant les heures qui suivent. Vers 02h30, le col est déjà à 8cm et vers 04h00, à dilatation complète mais mon bébé est encore très haut. Entre 04h30 et 05h40, Anne me fait pousser à chaque contraction pour le faire descendre jusqu’à ce que nous puissions voir et toucher la petite tête. 

 

La gynécologue arrive et prend les choses en main. Je suis épuisée et ma poussée n’est apparemment pas efficace, Anne doit pousser sur mon ventre en même temps que moi pour aider l’expulsion. Il apparait que mon bébé regarde vers le haut … J’aime croire qu’elle voulait voir le lever du Soleil ! Pas le choix, il faut une épisiotomie. La tête sort, le cordon est autour du cou, puis sortent les épaules et le reste du corps, il est 06h10. Vite, il y a du méconium dans le liquide amniotique, il faut couper le cordon et aspirer les voies respiratoires de ma petite fille. Ensuite, on me la rend pour faire du peau à peau pendant que la gynécologue recoud la plaie. Il y a 5 points de suture à l’extérieur. Le placenta sort. Je perds beaucoup de sang et je suis à la limite de perdre connaissance. 

 

Mais je m’en moque. J’ai mon petit ange dans les bras … Thalia, ce nom lui convient parfaitement. Elle a l’air épuisée également mais elle va bien. Nous sommes emmenés dans notre chambre où nous restons jusque dimanche 15 juin. L’équipe qui nous prend en charge est également très compétente et professionnelle. Nous ne l’oublierons jamais ! L’allaitement se met en place progressivement, il faut un peu de temps pour que maman et bébé s’accordent mais tout se passe à merveille.

 

Je n’ai peut-être pas eu l’accouchement physiologique rêvé mais je me suis sentie respectée, écoutée, bien prise en charge, soutenue et ce, sans jugement. Avec du recul, je constate avoir eu beaucoup de chance : nous avons passé le temps entre la fissure de la poche et le début de travail en cocooning à l’appartement et puis à la maison de naissance, il n’y avait que nous en salle de naissance donc nous avions Anne pour nous tout seuls, c’est ma gynécologue de référence qui a suivi ma grossesse qui était de garde cette nuit et le travail a été très rapide une fois qu’il a démarré, ce qui ne m’a pas fait souffrir trop longtemps. Et pour finir, j’ai reçu le plus beau cadeau du monde, n’est-ce pas ?

 

Aujourd’hui, Thalia a 10 jours et nous allons très bien. Ayant bien compris les actes médicaux appliqués afin que mon bébé puisse naitre, j’ai très bien vécu mon accouchement et je suis prête à être à nouveau enceinte. Je recommencerai le projet de naissance de la même façon, voir jusqu’où je serai capable d’aller le plus naturellement possible et s’il est évident que je risque de perdre pied durant le travail, je demanderai de l’aide aussitôt au lieu d’attendre de vraiment souffrir.