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Naissance d’Eglantine – vision maternelle

 

Notre aventure « Arche de Noé » a commencé le 2 janvier 2007. J’étais enceinte de quelques semaines et après avoir été chez le gyné poser toutes nos questions, nous avons aussi été visiter la maison de naissance (sur les conseils avisés de ma grande sœur… merci !). Ce 2 janvier donc, nous entrons pour la première fois dans cette petite maison qu’abrite un superbe tilleul. On est accueilli par Bénédicte, véritable tornade blanche, bourrée d’énergie et surtout de confiance en nous, ce qui moi me fait encore souvent défaut ! On lui pose aussi toutes nos questions, on lui parle de nos peurs, de nos doutes… Après une bonne heure de papote et nos craintes apaisées, il n’y pas de doute dans nos têtes, c’est là que nous avons envie de donner naissance à notre premier bébé.

 

Au fil des semaines, les consultations avec Béné ou Marie-Christine ou encore Evelyne se suivent et ne se ressemblent pas. Ces consultations sont alternées par des soirées à thèmes (douleurs, positions, pleurs de bébé, etc.) et par les préparations affectives à la naissance. Il m’a fallu longtemps pour réaliser que j’était « vraiment » enceinte, qu’un petit bout de vie grandissait en moi.

 

L’année scolaire suit son cours relativement tranquille, puis arrivent les vacances. On met la main aux derniers préparatifs plutôt matériels et puis commence l’attente. Evelyne nous avait dit que notre projet était possible à partir du 2 juillet (et jusqu’au 6 août). Je me suis faite super attentive à tout ce qui se passait dans mon corps pendant ces 2.5 semaines. A chaque fois que notre princesse passait d’un côté ou de l’autre, j’étais à l’écoute, presque aux aguets ! Et puis, petit à petit sont arrivées des contractions, douloureuses mais pas toujours, par contre toujours irrégulières. J’étais stressée pendant cette période. J’avais peur de ne pas être au rendez-vous fixé par ma fille, de ne pas sentir que les contractions sont régulières, de ne pas savoir différencier la perte des eaux et l’urine.

 

Le 19 au matin, je me réveille comme toujours vers 5h55. Le réveil de Gengoux sonne d’habitude à 6h et je l’entend souvent. D’habitude, je me rendors tout de suite, mais pas cette fois. J’écoute les oiseaux dehors, je sens mon ventre durcir mais je me sens bien. Gengoux a pris congé aujourd’hui pour m’accompagner chez la pédiatre que j’avais envie de rencontrer avant la naissance.

 

Et puis, c’est la révélation. Je sais que c’est ça, je perds les eaux ! Je bondis du lit et cours vers la salle de bain non sans crier à Gengoux que « Je perds les eaux ! »… On peut me suivre à la trace dans le couloir…

 

Je suis excitée comme une puce. Gengoux me rejoint à la salle de bain et me prend dans ses bras. Il est aussi excité que moi. On revient au lit et une grosse contraction me tord le ventre. Je me souviens avoir pensé : « Ouf, il est déjà 6h,  je ne vais pas réveiller Marie-Christine en pleine nuit. »

 

Les trois quart d’heure qui suivent cette contraction, on est au lit. On discute. Gengoux me rassure beaucoup par rapport à la maison de naissance et à un éventuel transfert vers l’hôpital et la péridural si c’est trop difficile. Après la deuxième contraction, je sonne à Marie-Christine pour lui dire que c’est pour aujourd’hui. Elle me dit de me reposer, de bien déjeuner et pourquoi pas une petite ballade vers 10h. « Mais en tout cas, maintenant, essaye de te rendormir. Tu en as pour maximum 12 heures avant le début du travail. » Me rendormir !? Mais je n’y arriverai jamais !! On continue donc à papoter puis vers 7h30, nouvelle grosse contraction qui, il me semble, ne s’arrête pas. On vit là une heure très difficile où je ne suis bien nulle part, ni sur le passet, ni dans la baignoire, ni sur le lit.

 

Je passe par des moments de refus, des moments d’accablements, de révolte. A la fin du bain, les contractions deviennent régulières. Gengoux est à genoux à côté de moi et me parle à chaque douleur, m’encourage et surtout m’aide à me prolonger. On revient dans la chambre. Les contractions sont hyper régulières à 4 minutes !

 

Gengoux resonne à Marie-Christine qui nous dit qu’on peut si on veut aller vivre ça à la maison de naissance. On part dans une demi-heure. Ces contractions régulières et l’aide apaisante de mon homme ont changé ma vision de ce qui se passe en moi. J’accepte chaque contraction qui me rapproche de ma petite fille. Gengoux me souffle à l’oreille d’accepter et d’aider l’ouverture puis de parler à ma fille. A chaque contraction suivante, je lui dit de venir, que c’est bien ce qu’on fait toutes les deux.

 

9h30, on part. Le trajet est long et difficile. Je m’agrippe à la poignée et à la main de Gengoux. Je maudit les routes pavées de Soye mais après 25 minutes, on arrive. Marie-Christine est là, accueillante, tout en étant très discrète. Une contraction m’attrape dans l’escalier où je me retrouve à quatre pattes. Je monte sur la table pour que Marie-Christine m’ausculte et le verdict tombe : « Tu es à 10 cm ! Toute ouverte ! J’appelle Evelyne. »

 

On est dans la chambre de travail, à quatre pattes sur le lit. Je te sens venir ma belle. Je glisse un miroir entre mes genoux et je vois ta tête. C’est beau. Ton papa me masse avec des huiles et en même temps, il masse ta tête qui avance petit à petit. Marie-Christine me dit de me retourner, ta tête est sortie mais mes cuisses ne sont pas assez grandes, tu n’auras pas la place. Je bascule alors sur le côté et je te vois, petite boule de cheveux noirs entre mes jambes. Ma jambe droite est posée derrière le cou de ton papa, à genoux par terre. Je reprends un maximum d’énergie puis la dernière contraction te fais sortir et tu es là, tout contre moi.

 

Je déborde d’amour, de fierté et de bonheur. Petite Eglantine chérie, sois la bienvenue au creux de nos bras. Je t’aime.

 

Gengoux, merci pour ton soutien, ton amour et surtout ta confiance en moi. Je t’aime.

 

 

 

 

 

 

L’arrivée comme une fleur de notre petite Eglantine – vision paternelle

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réveil de ce matin du 19 juillet fut un peu brusque… mais oh combien heureux ! « Je perds les eeeaaauuuux… » cria Rachel. Et le temps que j’émerge de mon sommeil (il n’était quand même que 6h du matin… et j’avais pris congé !), ma petite femme courrait déjà dans le couloir menant à la salle de bain pour laisser sortir le maximum de liquide amniotique au-dessus du WC plutôt que sur le lit.

 

Après une première contraction un peu douloureuse, Rachel se détend, me sourit… et puis éclate carrément de rire ! « Ca y est mon amour, c’est pour aujourd’hui. On va enfin voir notre princesse et la tenir dans nos bras ». Quelle excitation ! Quel bonheur ! Je sens mon ventre qui se noue. La joie, l’appréhension, la confiance et l’anxiété se mélange en moi. Je sers ma petite femme très fort dans mes bras et me réjouis avec elle de ce bonheur qui nous arrive. Nous rions, échangeons nos peurs et vivons intensément ce moment à « presque trois ». Nous avons tous les deux l’impression d’exploser de l’intérieur tant les sentiments qui nous habitent à ce moment sont forts.

 

Soudain, je sens Rachel se raidir. Une nouvelle contraction est là. « Accueille la mon amour. Laisse la venir jusqu’au creux de toi et prolonge la douleur qu’elle te procure jusque dans mon corps à moi. » J’essaye de me souvenir des mots qui aideront ma princesse à se prolonger, à se détendre et à ainsi atténuer la douleur. Et de fait, malgré une intensité plus importante que la première contraction d’il y a trois quart d’heure, celle-ci finit aussi par passer.

 

Il est presque 7h. Nous n’en pouvons plus d’excitation et décidons donc de téléphoner à Marie-Christine pour lui annoncer l’arrivée imminente de notre crevette. Mais bon, imminente, imminente… ce n’est pas l’avis de Marie-Christine. « Très bien » nous dit-elle. « Pas de souci, vous avez le temps. Faites-vous un bon déjeuner, allez vous balader un peu, et puis surtout, reposez vous, parce que la nuit prochaine, vous ne dormirez pas ! Il peut y avoir 12 heures entre la perte des eaux et le début du travail, et le travail lui-même peut durer encore 12 heures. Donc prenez vraiment autant de repos que possible. »

 

Se reposer… vite dit… Comme s’il nous était possible de nous rendormir ou de rester allonger avec tous ces picotements et ces ondes électriques de bonheur et d’énervement qui nous parcourent le corps…

 

Pourtant, petit à petit, je sens que Rachel est moins bien. Elle s’agite, ne trouve pas de position confortable, ressent la douleur de plus en plus intense… Je la masse un peu mais ça n’aide pas. Elle jure et fait de grosses grimaces de douleurs. Je lui propose un bain qu’elle accepte mais qui demande du temps pour couler (pourquoi n’avions-nous pas fait ces travaux de plomberie plus tôt afin d’avoir plus de pression !), temps pendant lequel Rachel continue a avoir de grosses crampes en continu, sans moment d’interruption…

 

C’est une heure difficile qui s’écoule car il n’y a quasiment pas d’accalmie… Finalement, le bain aide quand même un peu et je commence à sentir Rachel qui se détend sous mes doigts. Soudain, une douleur bien plus intense que toutes les « crampes ininterrompues » qu’elle a eu jusque là cloue littéralement mon amour sur place dans l’eau de son bain. Elle s’agrippe au rebord de la baignoire, me hurle de lui parler, de trouver des mots, n’importe lesquels… et puis le temps que je les trouve, la douleur passe et Rachel finit par se relâcher.

 

Profitant de cette première accalmie depuis un bon moment, elle sort de l’eau et va s’allonger sur notre lit. Elle ne peut profiter que très peu de cette période de répit car une autre contraction s’en vient… suivie peu de temps après par une autre, et à peine quatre minutes après par une autre encore… Rachel laisse venir toutes ces douleurs, les accueille de manière admirable, crie qu’elle se réjouit de la suivante car cela la rapproche de sa fille… et effectivement, la suivante est là très vite…

 

On décide donc qu’il est temps de prévenir Marie-Christine. « Bien sûr » nous dit-elle. « Pas de problème, vous pouvez venir vivre ces moments à l’Arche directement si vous préférez ». On sent que la situation la laisse un peu perplexe… Rachel a perdu les eaux il y a moins de trois heures, c’est notre premier bébé… et pourtant… si c’est vrai qu’on est déjà à une contraction toutes les quatre minutes…

 

Je rassure Rachel, lui dit qu’on se met en route, l’aide à se prolonger lorsqu’une nouvelle contraction survient. « Vas-y mon ange. Envoie toute ta douleur dans cette grande maison qui est la nôtre. Par les pieds du lit, envoie la jusqu’au grenier et jusqu’à la cave, jusque dans la cuisine et derrière au garage, jusque dans le jardin et tout au bout dans le mûrier. Oui mon amour, c’est super, tu es merveilleuse. »

 

La valise était prête. J’embarque la nacelle et les deux-trois sacs ajoutés en dernière minute, et nous nous mettons en route. Rachel s’accroche à la poignée côté passager… et à mon bras, qu’elle tire vers elle lorsqu’une contraction arrive et qu’elle a besoin de mon contact pour l’accueillir… Je crois que je n’ai jamais roulé aussi doucement sur ces petites routes de campagnes !

 

Marie-Christine nous attend à l’Arche. A peine entrée, Rachel doit se mettre à genoux dans l’escalier lorsqu’une contraction la surprend entre les deux étages. Après s’être installée dans la pièce pour que Marie-Christine l’ausculte, et après avoir laissé passer une autre contraction, Marie-Christine nous annonce que Rachel est ouverte… complètement ! Elle est arrivée à 10 cm d’ouverture, comme ça, en moins de 4 heures !

 

A partir de ce moment, tout s’accélère et en même temps, j’ai l’impression de vivre les choses au ralenti. Rachel s’est d’abord mise par terre dans la chambre de travail, mais remonte aussitôt sur le lit pour se mettre à quatre pattes, la tête dans les oreillers, car c’est comme cela qu’elle se sent le mieux. Avec la contraction suivante, Marie-Christine attire ma main et me dit : « sens, c’est sa tête qui pointe déjà ». « Ca y est mon amour, tu y es arrivée, elle est là ! On va voir notre petit bonheur ! Oui, vas-y, c’est bien, continue. » Marie-Christine glisse un miroir entre les jambes de Rachel, de sorte que lorsqu’elle se relève un peu, elle voit aussi le crâne et les petits cheveux de notre princesses qui apparaissent entre ses jambes. « Oh ma chérie ! Oh ma fille d’amour ! Ca fait mal, ça pique, mais tu es là, tu arrives ! »

 

Quelques massages à l’huile d’amande douce et trois-quatre contractions plus tard, Marie-Christine demande à Rachel de se tourner sur le côté car le bébé n’aura pas la place pour sortir dans cette position à quatre pattes et proche du matelas. Je suis à genoux à côté du lit et aide ma femme à se retourner. Je lui soulève la jambe et décide même de la passer sur mon épaule pour l’aider à la maintenir en hauteur. Je suis donc idéalement placé lors de la contraction suivante pour voir l’entiereté de la tête de ma petite fille sortir du ventre de Rachel. « Voilà, elle est là » nous dit Marie-Christine. « Détends toi, respire, attends la contraction suivante, et on y va une dernière fois pour la sortir en entier ». « Oh ma belle, je te vois ! Tu es là ! Oui, encore un coup, voilà, viens… »

 

Et ça y était mon Eglantine d’amour. Tu es arrivée à ce moment-là, comme une fleur. Je me suis rué sur un essuie pour t’enrouler dedans afin que tu aies bien chaud. Je me suis appuyé sur l’épaule de ta maman pour mieux te voir dans ses bras, et toute l’émotion et l’intensité du moment ont enfin pu sortir en quelques larmes bien paternelles lorsqu’on t’a entendue crier. Marie-Christine n’a pas eu le temps de se changer. Evelyne n’a même pas eu le temps d’arriver. Mais toi, tu es là, tu es belle, et ta maman a fait preuve d’une telle force que je l’ai découverte toute autre durant ces quatre dernières heures…

 

 

 

Grâce à toutes les préparations, les rencontres, les moments de partage, d’échange, d’écoute et de questions, vous nous avez permis, Bénédicte, Marie-Christine, et Evelyne, de vivre cet accouchement comme un véritable moment de plénitude. Nous resterons bercés pendant de longs mois encore par ces heures intenses et merveilleuses que furent celles de la naissance de notre petite Eglantine. Soyez toutes les trois milles fois remerciées de nous avoir guidé avec tant de justesse et tant de respect ! Nous vous serons éternellement reconnaissant d’avoir su faire grandir en nous cet amour et cette confiance en nos capacités de parents !

 

Et puis vivement dans quelques années qu’on recommence !

 

Un papa tout heureux aux côtés de ses deux princesses endormies.