Voir d'autres témoignages de naissance à l'Arche de Noé

L’extraordinaire naissance de Cyril

 

NB : en italique, les notes de la maman

 

Tout commence un dimanche matin. Au réveil, Amélie me dit qu'elle a des épisodes de contractions, ni longues ni fréquentes, mais bien présentes. Notre fille aînée, Alice, est née rapidement, on peut s’attendre à une deuxième naissance rapide elle aussi, on sait qu’on doit partir au premier signe de travail, d’autant plus qu’une heure de route nous sépare de Namur. Depuis les premières contractions durant la nuit, je suis dans un état de béatitude et d’excitation grisante : le bébé va naître ! Malheureusement, les contractions disparaissent après une heure. J’aurais tellement aimé que la poche des eaux se rompe ou bien que les contractions soient d’emblée rythmées et bien puissantes pour être sûre que c’est bien le travail qui commence. On appelle la sage-femme de garde, Marie-Christine, elle nous propose de la rejoindre à l’Arche de Noé. On appelle dare-dare ma maman pour lui confier Alice, et on quitte Bruxelles, pas plus sûrs que ça que l'histoire est en route. Si c’est un faux travail, on se dit que ce sera l’occasion pour passer une chouette après-midi en amoureux par une superbe journée d’automne.


Arrivés à l’Arche, le verdict de la sage-femme et du monitoring sont clairs : il y a de l'activité, quelques contractions, mais rien qui se rapproche d'un véritable travail d'accouchement. Amélie est terriblement déçue. Avec Marie-Christine, on s'accorde pour refaire un point de la situation vers 16h, et Amélie et moi partons vers le centre de Namur pour le repas. On trouve une terrasse ensoleillée : toast aux champignons, magret de canard à l'orange et au gingembre (trop bon)....Ensuite, promenade dans le piétonnier pendant deux heures. La journée est merveilleuse, il fait doux et plein soleil. A table, je glisse à l’oreille de Félix que le bébé serait bien inspiré de naître par une aussi belle journée. On se lève et j’accélère consciencieusement le pas pendant les contractions, je tente quelques sprints, persuadée qu’il va bien descendre et intensifier les contractions.


Retour pleins d'espoir à la Maison de naissance à 16h. Les quelques contractions suscitées par cette longue promenade se sont avérées insuffisantes pour le lancement du travail. Marie-Christine n'a pas l'air convaincue que c'est pour bientôt, mais un retour vers Bruxelles ne nous séduit pas du tout : avoir passé toute une journée dans l'excitation de l'arrivée du petit frère ou de la petite soeur d'Alice et devoir rentrer sur Bruxelles c'est un peu comme du Canada Dry : ça ressemble à l'accouchement, ça a l'ambiance de l'accouchement, mais rien. C’est la grande déception, j’avais commencé à me projeter dans la naissance et je réalise que mon esprit s’est concentré sur la mauvaise cible. Je suis gênée d’avoir rameuté toutes les troupes pour rien : les grands-parents d’Alice, Alice et Marie-Christine. J’aimerais tellement que le travail commence pour me plonger dans son intensité, dans cette bulle délicieuse où le monde pourrait s’écrouler, où les jours n’ont pas de date, où l’enfant va naître. Je ne veux pas rentrer à Bruxelles, je me sens retenue à la Maison de naissance. Pourtant, l’examen est clair, le travail ne commence pas. Marie-Christine comprend notre état d’esprit, elle nous propose de passer la nuit à l'Arche. On peut prendre possession des lieux comme on le souhaite. On pense aller au cinéma mais les films qui nous tentent ne sont pas projetés le dimanche. Alors on retourne au centre de Namur et on choisit un repas de brasserie : frisée aux lardons pour Amélie, boulet liégeois pour moi.


A table, Amélie me dit qu'elle commence à avoir des contractions suffisamment remarquables pour s’arrêter de parler. On appelle Marie-Christine pour lui confirmer que l’on restera à l’Arche et lui faire part de l’état d’avancement d’Amélie : les contractions se sont éloignées mais sont plus franches. Euphorie ! Le travail commence ! Mais ces contractions sont tellement éloignées que je raccroche en disant à Marie-Christine « à demain », persuadée que le travail va à nouveau s’arrêter dans peu de temps. Elle nous dit qu’elle est disponible et qu’on n’a qu’à l’appeler si on veut qu’elle nous y rejoigne. Le tout se passe dans une ambiance très relax, genre l’accouchement se passera dans la matinée de lundi, encore faut-il que ce soit un vrai travail.

On rentre à la Maison de naissance. On installe nos affaires dans la chambre de repos. Je n’ose pas pénétrer dans la chambre de naissance, je veux attendre que le travail soit vraiment installé, qu’il soit évident. On parle tranquillement pendant que Félix calcule les intervalles entre les contractions. Après une heure, il pense qu’on doit passer à côté. Il insiste, on y emmène les huiles de massage, les draps de bain et les vêtements du bébé. J’ai l’impression de désacraliser les lieux avec un ventre qui restera rond pendant encore de nombreuses heures mais Félix me convainc avec la perspective d’un bain chaud. Amélie joue un peu avec les ballons de kiné, les hamacs et essaie le tabouret d’accouchement. On discute tranquille, sans tirer de plans sur la comète. Peu de temps après, on remplit le très grand bain de la chambre de naissance. Amélie s’y plonge avec délice, et on continue de discuter tranquillement. Les contractions s’installent et se rapprochent, on prend pour acquis que le travail commence. Les coccinelles se promènent au plafond.

 

Avec bonheur, je réalise que ça y est vraiment et je me plonge dans le travail. La chaleur de l’eau atténue les sensations. Je me laisse envahir par les contractions qui arrivent comme de douces vagues. J’accompagne le bébé, je lui dis qu’il ne me fait pas souffrir, qu’il peut descendre dans mon bassin. Je prends les positions qui ne soulagent pas l’intensité, celles qui aident le bébé à bien progresser. Félix l’encourage lui aussi en lui parlant et en posant ses mains sur mon ventre. Nous sommes à trois, rien qu’à nous trois. Je ne souffre pas. Je me dis que les contractions intenses de fin de travail que j’avais eues pour Alice vont arriver un moment, dans plusieurs heures sans doute et qu’alors seulement je devrai commencer à gérer la douleur, la naissance sera  imminente. En attendant, je parle au bébé.

 

Les contractions se rapprochent franchement. Peu après minuit, j’appelle et réveille Marie-Christine pour lui dire que les contractions sont rapprochées mais irrégulières et qu’on voudrait qu’elle nous rejoigne pour la suite du programme. Je demande à Félix de ne pas l’affoler parce que les contractions sont espacées d’une à 3 minutes. Je lui dis que ce n’est pas  pour tout de suite. J’aime la façon dont nous sommes à nous trois, le déroulement serein et intime de cette naissance. Je sais que Marie-Christine respectera notre bulle et pourtant je voudrais tellement qu’on nous laisse progresser le plus loin possible rien qu’à nous trois. Après son coup de fil, on relance la discussion entre deux contractions.

Les contractions se rapprochent encore, intenses et bien rythmées. Contraction, contraction, contraction. Soudainement, la naissance semble imminente. Je pense à vider la baignoire. J’ai les idées bien claires. Je ne comprends pas pourquoi Félix s’affaire, on est bien, le bébé n’est pas du tout prêt à sortir, je n’ai pas mal. Marie-Christine arrive. J’ai quelques secondes d’émotion, un tourbillon de sentiments me submerge, j’ai l’impression de relâcher une tonne de tensions en moi. Félix me souffle des mots doux à l’oreille. La vague passe. Je me mets à quatre pattes. Mon corps demande une stabilité. Mes mains veulent se poser à terre, mes genoux veulent écraser le sol.

Amélie me dit subitement qu’elle doit pousser, « je sens sa tête ! », elle est toujours dans la baignoire. Me souvenant de la naissance d’Alice, je pense alors qu’elle veut dire que le bébé est bien engagé dans le bassin et qu’il nous reste encore quelques dizaines de minutes de poussées pour qu’il sorte. Pas de stress. Le bébé arrive, je sens ses cheveux avec mes doigts. Il est là. Mon ventre pousse. Félix est à quelques mètres de moi, je l’appelle. Amélie m’appelle, je me retourne. La poche des eaux se rompt. Ca pousse de nouveau. Mon ventre pousse, je ne fais rien. Le bébé sort, il sort ! Mon amour, c’est Cyril !

Evelyne entre doucement dans la pièce. Marie-Christine entre aussi. Tout va bien. Elles nous demandent le prénom de notre bébé mais soudainement, j’ai un doute, tout a été tellement vite que je ne suis plus sûr qu’il s’agisse bien d’un garçon. C’est bien Cyril, il est né le lundi 30 octobre à minuit 40.

C’était merveilleux. Ecrire ce récit pour le partager ne suffit malheureusement pas pour retrouver la saveur de ces moments. En parler pendant encore des années ne nous rendra pas plus l’intensité de notre trio pendant ces quelques heures. C’était merveilleux. Merci à notre bonne étoile pour ce beau cadeau. Merci aux trois fées, Bénédicte, Marie-Christine, Evelyne, d’avoir rendu ce rêve possible par l’existence de l’Arche de Noé, son atmosphère sereine et par nos discussions apaisantes durant neuf mois. Tout cela nous a mené vers une naissance heureuse. Une naissance merveilleuse.

Félix