Naissance de Tao – 14 mai 2017

Naissance de Tao – 14 mai 2017

Quand je suis tombée enceinte, j’ai tout de suite su que je ne voulais pas accoucher à l’hôpital. La plupart des mamans autour de moi ont subi des césariennes sans recevoir beaucoup d’explications de la part de leur médecin hormis « qu’il n’y avait pas le choix ». Les autres récits que j’ai entendus relataient tous une expérience stressante voire traumatisante, avec une hyper médicalisation et peu d’humanité. Alors même que les grossesses se déroulaient normalement, certains motifs invoqués par les médecins me laissent perplexe et les décisions prises font à mon avis rarement sens, si ce n’est pour leurs portefeuilles et agendas… Bref.

Il était évident que je voulais accoucher de mon enfant, le sentir descendre dans mon bassin et vivre pleinement sa venue au monde. J’ai dès lors un message à faire passer à toutes les femmes : « Accoucher est la chose la plus naturelle qui soit. Une médicalisation ne peut se justifier qu’en cas de complications. Alors, mesdames, reconnectez-vous à votre corps, le pouvoir de celui-ci et faites enfin confiance à la Vie. Vous êtes faites pour donner la vie. Cessez donc d’avoir peur. ».

Mon accouchement à l’Arche de Noé

Dimanche soir 22h : nous allons nous coucher et je sens bien que la douleur dans le bas du dos que je ressens depuis le matin ne se calme pas. J’ai eu mal au niveau des reins toute la journée et je pressens que mon bébé ne tardera plus.

Chéri s’endort et moi je n’arrive pas à dormir malgré la fatigue. Une heure ou deux plus tard, je me retrouve assise sur mon ballon à faire des mouvements de bassin pour me soulager. Je comprends alors enfin que le travail commence et quand je réveille mon chéri vers 2h30 du matin, celles-ci se produisent déjà toutes les cinq minutes. « Chouchou, réveille-toi, je crois que cela sera pour cette nuit ». Il est fou de joie et se hâte vers la voiture pour y déposer les valises. De mon côté, je continue de vivre intensément ces contractions qui m’emplissent de joie car enfin ca y est, mon accouchement se prépare !

Après deux bains chauds et un appel à Noémie, je suis pourtant toujours là dans la matinée, sur mon ballon, à vivre les contractions, qui, à mon grand regret, diminuent en intensité et en fréquence. Je m’assoupis même un moment dans le divan. Les heures passent et dans d’après-midi, elles augmentent d’intensité. Plus moyen maintenant de me concentrer sur quelque chose entre les « vagues ». Chéri me retrouve à chaque contraction et nous crions doucement un « AAA » ensemble. Il me masse aussi le bas du dos qui me fait cruellement souffrir. Je fais les quatre coins de mon grand salon en profitant de ce long travail pour apprivoiser la douleur  et tester différentes positions. Il m’apparait déjà que les phases de « repos » me procurent plus qu’un simple soulagement, un plaisir intense.

Lundi soir vers 22h et après un dernier appel à Noémie, nous prenons enfin la route. Celle-ci vient nous accueillir chaleureusement et je fonds en larmes, déjà exténuée et émue d’arriver enfin sur le lieu de naissance de mon bébé. Je me sens tout de suite accueillie par une Noémie sereine et remplie d’amour. C’est avec soulagement que j’arrive dans la chambre chaude, parsemée de bougies où règne une atmosphère chaudement enveloppante. Je suis si contente d’être là.

Noémie m’annonce que mon col est effacé et ouvert de deux centimètres. Elle prend le relais de mon homme et me masse doucement le bas du dos à chaque contraction. La douleur s’intensifie mais je gère le travail sereinement, dans la position qui me plait le plus, à quatre pattes. Noémie nous laisse ensuite seuls et c’est de nouveau à deux que nous apprivoisons le travail qui s’accélère. Je sens que notre bébé descend de plus en plus et la douleur s’intensifie mais les moments de plaisir entre celles-ci également. Je me sens maintenant à l’état animal et l’ambiance chamanique qui règne dans la chambre me plait beaucoup. Les « ôôôm » que nous chantons pendant les contractions me donnent l’impression d’une transe. Deux heures trente plus tard, Noémie m’annonce une dilatation du col de neuf centimètres ! Le bébé ne va pas tarder à descendre pour de bon. Quelle joie! Le grand moment approche enfin !

Quand la poussée commence, je me sens à bout de forces et donc contrainte de m’allonger sur le lit. Cette poussée ma parait bien longue. J’ai l’impression que ce bébé n’avance pas et les moments de répit entre les contractions n’en sont plus vraiment. Je perds courage pendant un instant et je ne vois pas où je vais trouver la force de continuer à pousser. Pour la première fois, la pensée « je n’y arriverai pas » m’apparait à l’esprit. Je suis exténuée et je m’assoupis entre les contractions.

Mais Noémie, Caroline et mon chéri m’encouragent de plus belle. Chacun à leur façon, mais tous les trois dans l’amour et avec une totale confiance. Le tout couplé à un peu d’eau sucrée me donne la force de continuer et d’expulser mon bébé. Je sens sa tête puis ses épaules… et puis… qu’est-ce donc que je sens tout contre moi ? Je ne comprends pas tout de suite. Ah c’est mon bébé ! Oh mon Dieu ! Quelle joie, quel bonheur ! Oh comme je suis  fière de nous trois !

Après la découverte du placenta, quelques soins prodigués et le coupage du cordon par le papa, nous voici rapidement seuls. Noémie et Caroline partent se reposer. Chéri s’endort rapidement et moi, je reste là, les yeux dans les yeux avec mon bébé. Mon bébé me scrute et semble me dire « Ca y est, je suis prêt à découvrir le monde ». Il gardera les yeux grands ouverts pendant plusieurs heures. Le temps s’arrête. Je ne suis plus fatiguée. Je suis prête à soulever des montagnes. Je ne vois que lui, petit animal rempli de vie, que je viens de mettre au monde.

Tu as été si courageux mon Tao ! Oh depuis le temps que je t’attends ! Tu es si beau et pur. Merci la Vie ! Merci l’Univers ! Et merci à l’Arche de Noé d’exister. J’ai donné naissance à mon enfant, toute seule comme une grande, loin de la froideur de l’univers hospitalier, et accompagnée de sages-femmes extraordinaires. D’ailleurs, j’espère être sage-femme dans une autre vie. Quel magnifique  métier !  Quant à toi mon chéri, tu sais déjà tout. Tu es parfait. Notre Tao est le fruit d’un amour illimité. AUM.