Mon petit Elior – 3 mai 2014

Mon petit Elior – 3 mai 2014

Dans quelques jours, les 2 et 3 mai 2015, c’est la fête des 10 ans de la Maison de Naissance et toi tu fêteras en même temps ton premier anniversaire. Un an d’existence, déjà ! J’ai maintenant envie de te raconter l’histoire de ta naissance telle que je l’ai vécue, telle que je l’avais retranscrite une semaine après ta venue au monde, telle que je m’en souviens encore aujourd’hui… Une si belle, si rapide et si intense naissance ! Tu es né avec l’aurore, ce 3 mai 2014 à 05h13, à la Maison de Naissance de Namur. Mais avant de commencer, petit retour en arrière…

2 MAI 2014

Plus que 3 jours et 4 nuits pour que tu naisses spontanément, naturellement… j’en ai tellement envie ! Mais j’ai tellement peur que ce ne soit pas le cas ! Tu as dépassé le terme de plus d’une semaine, presque deux et j’ai peur que la naissance soit provoquée. C’est une véritable épreuve de confiance… Je sais que je dois lâcher-prise, accepter ce qui est… mais c’est tellement difficile ! Bon, ce soir, on va se changer les idées, on va regarder un documentaire sur Jacques Brel…

3 MAI 2014

Je me réveille en sursaut au milieu de la nuit, redressée d’un coup, par une sensation de réveil impérieux, comme si j’avais entendu sonner un réveil. Puis l’envie d’aller aux toilettes et là je commence à avoir mal au ventre… est-ce toi qui t’en vient ? Cela fait tellement longtemps que je t’attends, je n’ose espérer… Je me redirige vers le lit, mais impossible de me recoucher. J’ai envie de m’appuyer sur le lit en me mettant à genoux, je commence à sentir une douleur dans le bas du dos et le bas du ventre. Je me souviens avoir à ce moment là demandé l’heure à Sébastien, mon homme, ton papa : 01h28. Cela fait déjà quelques minutes que je me suis levée, peut-être 5 ou 10… ça y est, je me dis que c’est enfin l’accouchement qui s’en vient ! Je suis contente et en même temps je suis déjà prise dedans, je n’ai plus vraiment le temps d’y penser. C’est tout de même intense et ça me prend toute mon attention. Je demande à Seb le gros ballon pour m’appuyer dessus.

Quand la contraction arrive par l’arrière dans le bas du dos puis se propage à l’avant, dans le bas-ventre, j’ai besoin des mains de Seb pour la traverser. Je repense à la vague d’Isabelle Brabant, j’émets l’intention d’être avec la douleur, de ne pas lui résister. Je pense que je n’ai pas ce luxe-là, j’ai tellement eu peur que l’accouchement soit provoqué et à l’hôpital que le fait de le vivre spontanément me soulage et « m’oblige » à suivre le courant… Je me dis, pour traverser l’intensité, la douleur, la puissance : « Oui, contraction, fait ton travail ! Ouverture, ouverture, ouverture… », comme un mantra. L’intention est là et puis je me laisse emporter, je ne pense plus vraiment…

Je tremble beaucoup et je commence à bien sortir ma voix. Parfois j’ai l’impression de chanter des mélopées amérindiennes. Sortir ma voix m’aide à m’appuyer sur le souffle, sur l’expiration… j’ai l’impression que je rentre en transe. Rapidement j’ai envie de vomir. Je suis étonnée et un peu inquiète car je me souviens avoir lu quelque part que c’était en général plutôt vers la fin que les femmes vomissent, pas au début… mais de toute façon ça sort, pas le choix. Heureusement que Seb est là, me soutient, m’apporte la bassine, pose ses mains dans le bas de mon dos…

C’est très intense, les contractions me paraissent très rapprochées, je n’ai pas l’impression d’avoir le temps de souffler, de respirer entre chacune d’elle. Et en effet, Seb me confirme qu’elles sont toutes les 2 minutes, pas toutes les 5 ! A peine une minute pour m’en remettre que déjà la suivante arrive… Rapidement je lui dis de faire la valise, je sens une urgence qui monte en moi. Il court à droite et à gauche pour rassembler les dernières affaires mais revient à chaque fois m’aider à passer la contraction, une main bien appuyée pour faire contrepoids dans le bas de mon dos. Je suis déjà dans ma bulle, les yeux fermés. Tout me semble intense et rapide.

Sébastien appelle Evelyne, la Sage-Femme de la Maison de Naissance de garde cette semaine-là. Il est 02h30 du matin, cela fait moins de deux heures que j’ai des contractions mais elles sont très intenses et surtout très rapprochées et je sais que je suis déjà à 3 cm d’ouverture depuis plusieurs jours. Evelyne demande à me parler, je ne sais plus très bien ce que je lui raconte, je suis déjà à moitié dans un autre monde, puis la contraction vient alors que je suis toujours en ligne… et après avoir entendu mon « chant » elle nous donne rendez-vous à la Maison de Naissance. L’intensité de mes râles et mes paroles peu cohérentes ont dû la convaincre de l’imminence de la naissance.

Sébastien finit de préparer la valise, je dois passer deux ou trois contractions seule et ça me paraît beaucoup plus dur : l’impression d’être seule, d’avoir mal, de ne pas réussir à me laisser traverser, de devoir davantage « contrôler » la contraction… Heureusement qu’à part ces courts instants il sera là tout du long ! Je vomis encore parfois, tremble toujours et continue à sortir ma voix, plus proche du râle que du cri, ou disons un « cri grave »… toujours à quatre pattes, à genoux, penchée en avant sur le gros ballon.

Ca y est, la valise est prête. Je me revois par terre, me demandant comment j’allais pouvoir supporter le trajet en voiture. Je prends mon courage à deux mains, Seb m’aide à me redresser et c’est parti. Dès la fin d’une contraction je descends les escaliers rapidement… et hop, une nouvelle contraction en bas des escaliers avant de monter en voiture. J’embarque avec un gros coussin sur mes genoux, comme un airbag, mais surtout pour me pencher et m’appuyer dessus comme je le faisais jusqu’à présent sur le gros ballon.

A ma grande surprise, le trajet en voiture me paraît presque plus court que normal, mais je ne suis plus dans le temps habituel, tout me paraît intense et rapide… il doit être trois heures du matin, peut-être que Seb roule un peu plus vite que d’habitude aussi, pressé par l’urgence de m’amener à bon port et que je n’accouche pas dans la voiture ! Je suis toujours dans ma bulle, les yeux fermés. Je me souviens de quelques virages qui m’ont donné le haut-le-cÅ“ur… et du petit trottoir du parking de la Maison de Naissance : « Ouf, ça y est, on est arrivés !». Sébastien me dira plus tard qu’il regardait l’heure en voiture et savait quand allait venir la prochaine contraction : c’était toutes les deux minutes, de manière très régulière. Il continue à me mettre la main dans le bas du dos quand la conduite le permet, je suis le nez dans le coussin, je le mords parfois, yeux fermés, dans un autre espace-temps. Un moment donné j’ai l’impression de faire pipi, je n’arrive pas à me retenir… après coup je comprendrai que je venais de « perdre les eaux ».

En arrivant je me souviens de la nuit noire et des petites lumières qui brillaient en contraste à travers les fenêtres de la Maison de Naissance, les seules allumées à cette heure-là, comme un appel, un phare au loin dans la tempête, une promesse de chaleur, ça y est, on est arrivés à bon port ! Je suis arrivée « à la maison »… home, sweet home.

Evelyne nous accueille sur le pas de la porte. Je la prends dans les bras, elle semble surprise, ce n’est pas trop dans son habitude, mais elle me rend mon étreinte. Je suis soulagée d’être arrivée et c’est ça que je dépose dans ses bras. Je me dirige rapidement vers l’escalier et hop, une nouvelle contraction. Une fois passée je monte l’escalier à toute allure, puis droit vers la chambre soleil…

Et là, quel bonheur, quel plaisir, quelle douceur de voir des petites bougies allumées, une musique toute douce en fond sonore (c’est ce que j’ai cru sur le moment, étant un peu dans les vapes, mais j’apprendrai plus tard qu’il n’y avait que la musique du « glou-glou » de l’eau qui passe dans les radiateurs qui venaient d’être allumés) bref, de la chaleur, de la magie ! Je me sens contenue, comme honorée, apaisée… quel bonheur d’être arrivé dans ce chaud cocon !

Mais hop, une nouvelle contraction. Rapidement Evelyne me demande si je suis en train de pousser, ce que je commençais déjà à sentir un peu vers la fin du trajet en voiture, mais sans trop savoir. Je m’installe péniblement entre deux contractions sur le dos, sur le lit, pour qu’elle m’examine. Elle confirme : je suis à dilatation complète, prête à pousser ! Je n’y crois pas et me réjouie en même temps, tout est allé si vite, c’est déjà le stade final ! Et pourtant tout me semble si naturel !

Je demande à aller dans l’eau, j’ai envie de m’y déposer, d’être entourée de chaud. Evelyne me prévient, si j’y vais c’est pour y accoucher ! J’y vais, c’est ce que je sens sur le moment, je suis mon instinct, mon envie. Et rapidement l’envie de pousser devient de plus en plus forte et ça me fait du bien ! J’aime cette sensation de participer à l’intensité du moment. Je suis dans une bulle « d’extra-présence », « d’ultra-réalité », pleinement Ici et Maintenant… dans un autre espace-temps et en même temps 100% présente.

Couchée dans l’eau, j’aime pouvoir m’y déposer entre chaque contraction… mais j’aimerais en même temps pouvoir être à quatre pattes et ce n’est pas possible dans la baignoire. Evelyne me demande de choisir… je reste dans l’eau. Je m’accroche avec force aux mains de Sébastien, agenouillé près de la baignoire, en m’agrippant comme si je pouvais m’y suspendre. J’ai peur de lui broyer les mains…

Puis, je me souviens de l’arrivée de Pascale, la 2ème Sage-Femme. Je l’entends se laver les mains, ça me sort un peu de ma bulle mais rapidement j’y retourne en réalisant qui elle est. Je compatis pour les femmes qui sont perpétuellement dérangées pendant leur travail par des sons parasites, des allées et venues de personnes autour d’elles, des paroles échangées sans précaution… Mais dans ce cadre là, je peux revenir à moi rapidement et je nous sens très vite de nouveau tous très présents, dans un silence habité, pleinement vécu. Tout est si intense, si rapide…

Et puis je commence à sentir ta tête qui pousse, ou qui est poussée par les contractions, bref, qui arrive sur mon périnée. C’est paradoxalement la partie de l’enfantement qui m’a paru la plus longue. Est-ce parce que j’avais cru que tu sortirais immédiatement dès que tu arriverais à ce stade là ? Je te sens faire plusieurs allers et retours. Avancer avec la contraction puis revenir en moi quand elle se termine. C’est toi que je sens maintenant, ce n’est plus que la contraction ! C’est très étrange comme sensation. Ces allers-retours me paraissent longs mais les Sages-Femmes me rassurent : « Il est en train de préparer ton périnée, tout va bien !». Et ce fut vrai… au final, aucune déchirure ! Elles m’invitent à crier de manière plus grave. Je tente de le faire ainsi de mon mieux. Puis Evelyne m’invite à m’allonger sur le côté gauche en remontant haut mon genou droit. Encore quelques allers et retours et je sens ta tête qui s’en vient de plus en plus loin à chaque fois. Une fois ou deux j’entends les Sages-Femmes chuchoter entre elles, tout doucement, mais je m’inquiète : quelque chose de grave ? Mais non, elles me rassurent régulièrement, tout va bien. Elles écoutent ton cÅ“ur et toi aussi tu vas bien.

Et puis ça y est, une contraction et ta tête sort en entier. Je la sens, c’est étrange… Je suis toujours les yeux fermés. Je n’y crois pas. Ca m’a paru long pour que ta tête sorte mais l’ensemble m’a paru si rapide ! J’entends le mot « cordon » et je m’inquiète un peu (j’apprendrai par la suite que tu avais un tour de cordon autour du cou mais pas serré, comme la moitié des bébés à la naissance apparemment) mais je n’ai pas vraiment le temps d’y penser, une autre contraction arrive aussitôt et tes épaules sortent, je les sens passer, je sens aussi qu’elles t’aident avec leurs mains à passer ce cap un peu difficile. Et puis le reste de ton corps… avec une autre contraction ? Je ne sais plus, c’est si intense et si rapide !

Et voilà, tu es là, elles te déposent sur moi… je n’en reviens pas. Il est 05h13 du matin, cela fait à peine 4h que je me suis réveillée en sursaut à la maison. C’est incroyable. J’ouvre les yeux… je te vois et pourtant je suis encore dans un autre monde, je ne réalise pas encore tout à fait ce qui se passe. Je te serre dans mes bras et te parle, t’embrasse, te nomme : « Elior, tu es le bienvenu sur Terre. Tu es aimé… Â» .

Puis je vois les Sages-Femmes qui te massent vigoureusement la poitrine, je m’inquiète : est-ce que tu respires ? Mais j’entends ton cri. Je te découvre encore, je ne réalise pas vraiment, je suis encore sous le choc, encore en transe… c’est tellement incroyable.

Je me souviens des grands ciseaux gris et de Sébastien qui coupe le cordon. Déjà ! De nouveau, tout me semble si rapide. Et puis je sens l’eau du bain qui se vide et je pense au placenta. Je me souviens que l’accouchement n’est pas terminé tant qu’il n’est pas sorti… Intuition, coïncidence ? Une contraction et « bloup », le voilà dehors. Ouf, je suis soulagée, là je sais que l’accouchement est vraiment terminé, que tout va bien.

Les Sages-Femmes proposent que Sébastien te prenne en peau-à-peau pendant qu’elles m’aident à sortir de la baignoire… quoi, déjà, je dois te lâcher ?! La réaction est si forte, instinctive, surprenante… Mais je me rassure moi-même en me disant que tu vas dans les bras de ton papa. Il retire son T-shirt et te prend délicatement contre sa poitrine… Les Sages-Femmes m’aident à me relever, à me nettoyer puis elles m’accompagnent sur le lit et m’y installent.

Et te voilà sur moi, nu sur ma peau nue, quel bonheur ! Sébastien est à côté, on est tous les trois sur le grand lit, posés, ensemble, comme à la maison… Je commence enfin à réaliser un peu. Je découvre ton visage, ton corps… tout me paraît incroyable ! Premier échange de regard, intense, profond, magique. Ca y est, tu es né ! En ce beau matin de mai, avec l’aurore, mon petit Elior…

Le soleil s’est levé et ses rayons illuminent la chambre, la chambre « soleil », qui porte si bien son nom ce matin… Nous sommes samedi, il n’y a aucun bruit, seul le chant des oiseaux qui réveillent le monde… tout semble si paisible, si doux… et tout s’est bien passé ! C’était si rapide, si intense… si beau ! Je suis soulagée et heureuse, quel bel accouchement ! Quel beau bébé tu es ! Je te découvre et m’émerveille…

« Bienvenue sur Terre Elior. Je t’aime de tout mon coeur…»

10 MAI 2014

Cela fait une semaine que tu es né… et l’intensité de la Vie continue ! Merci d’être là, de t’être incarné, d’avoir décidé de faire le grand voyage d’une vie en commençant par le creuset de notre famille. De nous accorder ta confiance… Confiance, comme confier. Je me souviens de cette première sensation, dans les heures qui ont suivi ta naissance, une sensation étrange… celle que tu nous étais confié (comme « prêté » et non pas « donné »), que nous devions prendre soin de toi mais que tu n’étais pas « à nous » (je repense au poème de Khalil Gibran « vos enfants ne sont pas vos enfants… », ce message était très clair pour moi dans ces premières heures !). Je te découvrais comme un « Autre », un être à part entière, que j’allais apprendre à connaître, que j’étais déjà en train « d’adopter », un être dont on nous avait confié la responsabilité de prendre soin. Elior, nous allons prendre soin de toi, merci pour ta confiance. Merci d’être là, avec nous. Merci, merci, merci…
Un grand merci à toi mon homme, mon tendre et cher Sébastien, toi qui m’a aidé et accompagné dans chacune de mes contractions, la main dans le bas du dos, puis en m’offrant ta main pour que je puisse m’y accrocher, m’y suspendre presque quand j’étais dans le bain. Je me sentais tellement rassurée par ta présence, pleinement accompagnée, aimée, entourée… merci mon amour ! Et maintenant qu’on a passé la première semaine de vie d’Elior et que je te vois aux petits soins avec nous deux, je me dis… quel super papa ! Merci, merci, merci…
Et merci à vous les Sages-Femmes de la Maison de Naissance ! Quelle présence bienveillante et soutenante ! Quelle compétence ! Je me suis sentie entre de bonnes mains, tout au long de la grossesse et de l’accouchement et ça m’a fait tellement de bien ! J’avais 100 % confiance… et j’avais raison, vous êtes de toute confiance ! Merci, merci, merci…

Merci à toi, la Vie !

Enyam